écus des douanes
700.000 écus de la taxe d’émigration (sur les travailleurs indigènes).
Quoique le chiffre des importations soit sensiblement supérieur à celui des exportations (de plus de 50 % dans la période 1915-1919), il ne faut pas en conclure que la balance de son commerce extérieur soit défavorable au Mozambique. Les statistiques douanières ne sauraient faire mention du principal article d’exportation, qui n’est autre que la main-d’œuvre indigène. Celle-ci procure à la colonie des revenus élevés sous forme de taxes d’émigration, de droits de douane, de frais de transport, et surtout d’envois d’argent au pays d’origine : le total en est estimé à un million de livres sterling par an, au moins. Il convient d’observer en outre que le transit, qui parait être jusqu’à maintenant l’industrie principale des trois principaux ports, donne des profits considérables. Le total des sommes ainsi perçues par la popula-
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lion du Mozambique comble — el au-delà — le déficit apparent des statistiques douanières.
En réalité, le principal obstacle au développement régulier du commerce consiste dans les difficultés financières de la Métropole, et notamment dans la dépréciation de sa monnaie — qui exerce une répercussion directe sur le prix de la vie. Les importations deviennent difficiles, le l'rè! atteint des prix prohibitifs alors que les produits exportés perdent de leur valeur sur les marchés d'Europe. Enfin, les producteurs se plaignent des taxes d’exportation et craignent la réquisition à bas prix de leurs marchandises par le Gouvernement portugais.
Les mesures prises par ce dernier pour remédier à la chute constante de la devise nationale ont eu sur le système monétaire en usage au Mozambique les effets les plus fâcheux. La monnaie britannique est, en effet, d’un usage courant dans toute la colonie. C’est le souverain d'or et le billet d’une livre sterling qui constituent les signes monétaires usuels des Européens et des indigènes. Les agences locales de la « Ilanco Nacional Ultra* marino ». qui jouit du privilège d’émission dans toutes les colonies portugaises, acceptaient indifféremment les billets anglais et portugais. Mais en juin 1920, sur un ordre venu de Lisbonne, sans aucun délai d'application, elles refusaient de payer le papier portugais au même taux (pie le papier anglais, sans indiquer même le taux auquel il pourrait être accepté. La dépréciation de la monnaie portugaise fut immédiate et profonde. Le billet d’une livre sterling tomba subitement du pair à la moitié de sa valeur nominale. Le prix des denrées monta d’autant et les importations subirent un temps d’arrêt. Une quantité considérable de billets impossibles à utiliser (pour MOO.OOO livres sterling environ) est ainsi restée entre les mains des détenteurs, qui n’ont plus aucun moyen de les convertir en monnaie courante. Ainsi, les mesures maladroites prises par le Gouvernement portugais n'ont abouti qu'à la consolidation de la monnaie anglaise au détriment de la monnaie nationale devenue sans valeur.
Y. — La situation actuelle et les relations anglo-portugaises.
La lutte des partis, plus ardente que jamais, ne laisse guère au Gouvernement portugais le loisir de s’occuper des possessions coloniales, qui continuent à végéter dans l’impuissance et l’abandon. Audessus d'une population indifférente et passive, comprenant 90 % d'illettrés, s’agitent deux ou trois douzaines de politiciens « ministrables », préoccupés surtout de veiller au bon fonctionnement du système rotatif , qui leur assure le bénéfice du pouvoir pendant une partie de la législature. Le pis est que cette conception du régime démocratique est de plus en plus appliquée aux colonies, où les gouverneurs suivent le destin du Ministère qui les a nommés. Ceux-ci, transformés réçejnnient en Hauts Commissaires avec des pou-
voirs plus étendus, pourraient faire œuvre utile, grâce à la véritable autonomie dont ils jouissent désormais. Mais comment s’attacheraient-ils à une œuvre de longue haleine, dans la précarité de leurs fonctions et l’incertitude du lendemain ?
C’est ainsi que M. llrito Camacho, nommé Haut Commissaire au Mozambique par le parti radical actuellement au pouvoir, est violemment combattu par la minorité libérale, dont le journal A Capital est un des principaux organes. M. Camacho n’en a pas moins multiplié ses efforts pour aboutir à une solution favorable sur les trois points essentiels du programme qu'il s'est tracé ; institution d’une assemblée représentative, renouvellement de l'accord avec le Transvaal, emprunt. Quels sont les résultats de cette politique à l’heure actuelle ?
1° Conseil législatif. — L’exemple des colonies voisines avait suggéré au Haut Commissaire l’idée de créer au Mozambique une Assemblée composée mi-partie de fonctionnaires, mi-partie de délégués des groupements agricoles, commerciaux et industriels. Malgré le vocable un peu ambitieux de Conseil législatif, cette organisa-tion ressemble beaucoup plus aux Conseils de gouvernement ou d’administration de nos possessions africaines (pi aux assemblées électives du Dominion sud-africain ou des vieilles colonies françaises. Telle qu’elle était conçue, elle représentait un progrès sensible sur le régime antérieur, fait d’absolutisme sans contrepoids et sans contrôle. La population a paru cependant se désintéresser de cette tentative, el le premier geste de libéralisme administratif des autorités portugaises s’est trouvé annihilé par une grève d’un genre tout à fait nouveau, que ne risquent pas de connaître nos vieilles démocraties : la grève des candidat s !
La séance inaugurale du Conseil législatif, que le Haut Commissaire comptait présider et célébrer comme une date historique, ne put pas avoir lieu, faute de représentants. Seuls avaient répondu à la convocation les chefs de services désignés comme membres du Conseil. Ni la Chambre de commerce, ni le Syndicat agricole, ni l'Association des propriétaires, n’avaient jugé utile d'y envoyer leurs délégués. Les Conseils d'administration de la Compagnie du Mozambique ou de la Compagnie du Zambèze ont plus de succès, même quand ils siègent à Londres ou à Lisbonne. Qu'importent, en effet, les décrets et arrêtés d'un gouvernement sans autorité réelle, qui, par des chartes successives, a livré la presque totalité des richesses existantes aux mains de Compagnies souveraines ?
L’expérience devra être reprise sur de nouvelles bases. Mais tant qu'il n’y aura pas eu. au Mozambique. une réaction vigoureuse contre les empiètements de cette féodalité moderne que constituent les grandes Compagnies concessionnaires dotées de pouvoirs régaliens, comme elle s’est produite au Congo français et en llhodésie, par exemple, tous les Conseils législatifs imaginables seront discrédités par avance aux yeux d'une
population qui sait par expérience à qui appartiennent les réalités du pouvoir.
2° Accord luso-transvaalien. — L'accord de 1909, conclu entre l’Union sud-africaine et le Mozambique, ayant été dénoncé, les deux gouvernements intéressés ont nommé des délégations en vue d’élaborer une convention nouvelle. Le Portugal a désigné, pour le représenter au Cap, M. Freire de Andrade, le colonel Sà Carmeiro, et quelques autres coloniaux moins connus. La tâche de ces derniers, en face des exigences du général Smuts, Président actuel du Gouvernement sudafricain, est devenue tellement difficile, que le chef de la délégation portugaise a sollicité la présence au Cap du Haut Commissaire et que le cabinet de Lisbonne envisageait môme, en juin dernier, la nécessité de dépêcher en Afrique du Sud le ministre des Colonies, M. Rodrigues Gaspar, à la rescousse de sa délégation en péril. Celui-ci, trop fin parlementaire pour commettre cette imprudence, préféra défendre sa politique sur place, et, après avoir inutilement pressenti M. Alvaro de Castro pour cette mission délicate, exprimait à la Chambre toute sa confiance dans la délégation actuelle. A la séance du o juin dernier, il exposait la situation en ces termes : « La convention lusotransvaalienne de 1909 ne correspondait plus aux conditions actuelles des deux pays. C’est pourquoi M. Camacho envoya des propositions nouvelles au duc de Connaught, Haut Commissaire britannique en Afrique du Sud. Personne ne peut douter des connaissances très étendues de M. Freire de Andrade. ni de son grand patriotisme. D’autre part, le Haut Commissaire du Mozambique a reçu du Gouvernement les instructions utiles et il s’en tiendra à ces instructions. La haute autorité dont il jouit là-bas, son intelligence et son patriotisme inspirent toute confiance dans son action. D’ailleurs, la convention qui est à l’étude sera présentée au Parlement. Vous pouvez être tranquilles à ce sujet ».
Ces alarmes sont d’autant plus curieuses que c’est le Transvaal qui joue le rôle ingrat de demandeur et que toute la question réside dans les compensations à obtenir pour les avantages qu’il sollicite. Le Transvaal ne peut pas vivre sans le Mozambique, tandis que celui-ci peut parfaitemens se passer de ses voisins. Ce sont ces derniers qui ont entravé son développement en accaparant à la fois sa main-d’œuvre et ses débouchés maritimes.
Il s’agit, en effet, de fournir aux mines du Rand les milliers de travailleurs cafres nécessaires pour la mise en exploitation des galeries et des chantiers (jue les rois de l’or et du diamant ne cessent d’ouvrir à travers l'Eldorado sud-africain. Dans une interview accordé au journal A Capital du 23 mai, le colonel Sà Cardoso disait :
« La main-d’œuvre du Mozambique a une importance absolument vitale pour l’industrie minière de l’Afrique du Sud, mais il est également vrai que la province de Mozambique, étant donné sa situation financière, a un besoin aussi vital de voir ses indigènes participer au travail
rémunérateur des mines. 11 est également vrai que beaucoup de nos indigènes ont le moyen de venir travailler dans le Rand, qu’il y ait convention ou non, mais les mauvais effets de cette irrégularité sont évidents et je pense qu'on arrivera à un accord satisfaisant pour les deux parties. Les indigènes portugais constituent l’épine dorsale de la main-d’œuvre des mines. »
Voilà, certes, une politique coloniale que la France, pour son honneur et son prestige, n’a jamais songé à pratiquer! Exporter ses sujets, officiellement, administrativement, dans une colonie voisine, et prélever sur leurs salaires de quoi équilibrer le budget; — enlever à un pays où d’énormes richesses latentes sollicitent le travailleur, quel qu’il soit, mineur, paysan ou berger, des milliers de ses habitants déjà insuffisamment nombreux pour ses vastes étendues ; — ressusciter sous une forme légèrement adoucie, ces migrations plus ou moins volontaires qui ont si longtemps fait des côtes africaines la terre bénie des négriers — c’est jouer un jeu dangereux en un temps où les ambitions ont coutume de se cacher sous les dehors d’un vertueux apostolat. Les plus âpres impérialismes cheminent souvent derrière les Sociétés philanthropiques, et le temps n’est pas loin où les colonies belge et française de l’Afrique Equatoriale étaient, pour des motifs analogues, l’objet d’enquêtes tendancieuses rsstées sans effet parce qu’elles étaient sans cause.
Non content de faire exploiter les mines du Rand par les Cafres du Mozambique en réservant à ses électeurs le rôle de contremaîtres et d’actionnaires, le général Smuts réclame également pour son pays la libre disposition de la baie de Delagoa. Il a déjà, à plusieurs reprises, fait lancer par la presse, comme ballon d’essai, l’idée d’une union économique et douanière du Mozambique et du Commonwealth sud-africain. L’Angleterre n’est-elle pas depuis plus de deux siècles la fidèle alliée du Portugal? 11 offrit même au Cabinet de Lisbonne, toujours à la recherche d’un équilibre financier de plus en plus difficile à trouver, de lui acheter Lourenço-Marquès à beaux deniers comptants. Cette fois, l’opinion portugaise se récria, et les livres sterling, si tentateur qu’en fût le cours, ne purent avoir raison de la noble misère de l’ escudo. Mais les événements marchent vite, et des intérêts se nouent, en réseau de plus en plus serré, entre Lourenço-Marquès et l’Union. Chaque jour marque un pas en avant vers l’incorporation du port et de sa zone d’influence dans la puissante Fédération qui l’enserre de tous côtés.
Il est singulier que les négociations en cours ne paraissent avoir d’autre objet que la discussion d’avantages unilatéraux au profit du Transvaal. Est-ce simplement une rente annuelle que songe à. demander en échange le Gouvernement du Mozambique ? En ce cas, le jour n’est pas loin sans doute, où l’intrus dira, comme le personnage de Molière, au propriétaire étonné : « Je suis ici chez moi; c’est à vous d’en sortir. »
3° L'emprunt. — Cette question, qui traîne depuis dix ans, est devenue la grande idée d’abord.
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le cauchemar ensuite, de chacun des gouverneurs et Hauts Commissaires qui se succèdent au Mozambique. M. Brito Camacho n'attendrait lui-môme, pour donner sa démission, que le succès des négociations entamées par lui avec des banquiers de Londres. Mais les premières informations publiées à ce sujet en mai dernier ont provoqué des protestations unanimes dans l’opinion portugaise, et des journaux comme le Diario de Noticias et A Capital ont prétendu que les mandataires de M. Camacho n’ont trouvé de l'argent dans la Cité qu'à des taux usuraires, aggravés encore de conditions draconiennes. Le premier disait, dans son numéro de 29 mai : « La connaissance des conditions des banquiers anglais, le taux de 8 %, l’hypothèque des recettes de l'émigration, les impôts de douane, la condition que les Anglais seraient les intermédiaires pour l'achat du matériel, ont suscité une grande indignation dans toute la colonie. »
A Capital du 26 mai publiait, sous le titre : « Le Mozambique hypothéqué aux Anglais », les réflexions suivantes :
« Le Parlement a le droit de dire le dernier mot sur l’emprunt, et le gouvernement, de son côté, ne peut pas être un serviteur inconscient des résolutions des Hauts Commissaires surtout lorsqu'elles affectent les intérêts géuéraux. N'y a-t-il pas d'ailleurs un ministre des Colonies? Ce ministre est M. Rodrigues Gaspar, qui a fréquemment réagi contre certains scandales et abus de pouvoir des gouverneurs dans les colonies. M. Rodrigues Gaspar ne peut éviter d'intervenir en ce cas. Qu’il porte la question dans son état actuel au Conseil de ministres.
« Si cela ne se produit pas. si dans les partis, au Parlement, dans le gouvernement, personne ne dit une parole, ne fait un geste, ne prend une résolution dans un cas si important dont les conséquences sont incalculables, il faudra répéter la phrase mélancolique attribuée au grand ministre de Don José : « Adieu, Portugal, car tu t’en vas à « toutes voiles ! »
Le pessimisme de l’opinion, que traduisent sous une forme un peu... tragique, les deux extraits ci-dessus, neparaitpas toutàl'ait injustifié. Voici, en effet, les conditions imposées par les banquiers anglais pour cet emprunt de 5 millions de livres, à 8 % :
1° Hypothèque de 50 % sur la plupart des impôts ;
2° Les devises anglaises provenant de la deferred paij des indigènes prêtés au Transvaal seront déposées en garantie entre leurs mains;
3° La majeure partie de l'emprunt restera à la disposition des banquiers londoniens, qui l’emploieront à acheter du matériel de construction dans le Royaume-Uni ;
4° Le Mozambique ne réduira pas les impôts hypothéqués et devra équilibrer son budget malgré ces charges nouvelles,
« Seigneur, préservez-nous de nos amis et alliés! » a dû penser le Haut Commissaire, en présence de conditions pareilles.
Aux dernières nouvelles, les pourparlers seraient rompus, et M. Camacho. après bien d’autres, aurait renoncé à l’emprunt.