LA QUESTION DES VOIES FERRÉES
EN ÊRYTHRÉE
Dans l’article que Y Afrique française a consacré, dans son numéro du mois d’octobre dernier, à la mise en valeur de l’Erythrée, il a été signalé rapidement l’importance que devait avoir, pour le développement de ce pays, ta construction d’un certain nombre de voies ferrées en même temps uc les difficultés de cette construction.
L’opinion coloniale italienne se préoccupe de ce problème ferroviaire qui revêt une importance politique autant qu’économique, du fait qu’à ces deux points de vue la solution s’en trouve en Abyssinie.
Pour la même raison, il ne sera pas sans intérêt pour les lecteurs du Bulletin d’insister sur ce point.
Les voies ferrées actuellement en service en Erythrée se réduisent à la ligne Massaoua-Asmara- Iveren, quia environ 200 kilomètres.
Les travaux se poursuivent sur le tracé qui va à Agordat et le rail devra, à l.’avenir. être poussé jusqu’à Eleghin, qui se trouve sur le Setit, à la frontière même de l’Erythrée et de l’Ethiopie septentrionale.
Les crédits nécessaires ont été ouverts et la colonie espère que les travaux pourront désormais être poursuivis avec la plus grande célérité. Cette voie ferrée d’ Agordat à Eleghin, par Barantou. aura un peu plus de 200 kilomètres.
Lorsque ce projet aura étc mené à bien, il semble qu’un autre, envisagé dès maintenant, devra être adopté. Il s'agirait de pousser la voie ferrée d’Eleghin à Condor, au cœur de la province éthiopienne d’Asmara, à plus de 300 kilomètres à l’intérieur de l’Ethiopie.
Les milieux coloniaux italiens ne se dissimulent pas les difficultés de divers ordres que soulèvera l’exécution de ce projet, et de bons esprits pensent que pour le moment il faut se contenter d’envisager. sous un point de vue purement local, l’intérêt de la voie Eleghin-Asmara, Ou espère, en effet, grâce à (die, permettre la colonisais n agricole du Case et du Setit où des centaines de milliers d’hectares se prêteraient admirablement aux cultures tropicales.
Certains espèrent, en outre, que grâce à ce chemin de fer une partie du trafic intense du Soudan anglo-égyptien sera attirée par Agordat à Massaouah qui en constituait autrefois le débouché naturel. Ils pensent, en outre, que cela permettrait la constitution à Eleghin. d’un nouveau marché qui exercerait une action attractive sur le mouvement commercial de l’Ethiopie septentrionale et centrale.
Toutefois ces espoirs ne sont pas sans susciter quelques réserves parmi les gens les plus au cou-
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
vaut de la situation réelle. On fait remarquer tout d'abord que la zone, où une intense colonisation agricole est envisagée, est constituée par unfe plaine accidentée, chaude (‘I malsaine, pauvre en eau dans sa plus grande partie, très peu habitée et par conséquent sans main-d’œuvre, et où des razzias sont fréquemment accomplies par les tribus résidant de l'autre côté de la frontière.
Jusqu'à maintenant les tentatives de colonisation agricole sur le haut plateau, tentées cependant dans des conditions beaucoup plus favorables que celles offertes par la région du Gasc et de Setil. ont misérablement échoué. Il faudra à la fois beaucoup de prudence et de vastes moyens d’action pour obtenir des résultats heureux.
11 ne faut pas exagérer, en outre, l'importance agricole que l'Erythrée peut offrir et sur laquelle des illusions trop optimistes semblent se donner cours,
Ces réserves faites, au point de vue de l'avenir agricole que permettrait la nouvelle voie ferrée, d’autres sont élevées en ce qui concerne les espoirs commerciaux que l’on met en avant. Ces espoirs se rapportent à deux régions différentes ! le Soudan anglo-égyptien et l’Ethiopie septentrionale et centrale.
D’excellents esprits, en Italie, considèrent, à ce point de vue. que le commerce du Soudan est définitivement perdu pour l’Erythrée.
La création de centres soudanais très florissants, l'existence d'un réseau de communications parfaitement adapté aux exigences du trafic et la prochaine construction de tronçons de voie ferrée enlèvent toutes probabilités de retour d’un courant commercial vers les marchés italiens. A ce résultat contribuent grandement le traitement privilégié dont jouissent les marchandises sur les chemins de fer soudanais, l’existence de voies fluviales permettant* des transports très économiques et les mesures douanières adoptées par le Gouvernement anglais pour l’exportation vers le Soudan.
Si l’on ajoute que le marché de Cassala prend une importance toujours croissante et qu’il sera relié, dans un temps très court, par un chemin de fer à la ligne du Haut-Nil et à celle de Port-Soudan. on voit qu'il y a peu de chances pour que la ligne d’Agordal exerce une influence suffisante sur le trafic du Soudan anglo-égyptien pour le détourner vers Massouah.
Le marché d’Agordat finirait donc vraisemblablement par n’avoir qu’un caractère purement local,. môme si le chemin de fer apporte une aide très notable au mouvement commercial intérieur.
I rès gêné, ad ueilement, par la pauvreté des moyens de transport.
Les mômes constatations peuvent être faites en ce qui concerne le trafic avec l’Abyssinie.
Les coloniaux italiens attribuent justement une importance essentielle, pour l'avenir de l'Erythrée, à leur pénétration commerciale en Ethiopie. Mais à cette pénétration est lié un vaste problème politique et commercial dont il faut retracer rapidement (es origines.
L’est une loi naturelle que les marchandises
affluent aux marchés les plus proches et où les voies de communication sont les plus faciles et h-s plus rapides. L’Erythrée en a eu la preuve, avec la diminution du mouvement commercial de l’Ethiopie vers ses marchés et ses ports, à la suit»; de la mise en service du chemin de fer qui unit le Clioa et le Ilarrar à la mer.
La cessation quasi complète du trafic soudanais, ainsi qu il vient d être dit, eu est une autre preuve.
On ne peut donc espérer reudreauxancienscentres leur importance passée, en face de cette déviation naturelle des courants commerciaux. Il faut au contraire s’efforcer de suivre les nouveaux courants et de leur indiquer une voie plus aisée et plus courte.
L’influence commerciale que peut exercer un marché dans une zone ne peut donc être vraiment efficace que si ses moyens de communication et sa position géographique lui permettent, d'attirer à lui ce mouvement commercial qui finirait, autrement, par trouver d’autres débouchés, et que s'il peut assurer la rapide évacua lion des marchandises qui y sont apportées.
Le futur marché du Sel i t possède-t-il ces conditions essentielles pour arriver rapidement à cette haute fortune? Si on peut l’admettre, pour ce qui regarde les communications, il est au contraire permis d'en douter en ce qui touche à sa position géographique .
La sphère d'influence commerciale que la voie ferrée doit donner à ce marché est déjà activement exploitée par le marché anglais de Gallahat, à qui la voie navigable de l’Athara donne un moyeu de communication, à la fois commode et rapide, avec les riches marchés égyptiens. La position géographique de cette localité est indubitablement meilleure que celle d’Elcghiu et elle ne semble pas avoir à en craindre une concurrence efficace.
Eu fait, le trafic du Tigré méridional, de l'Amhara et des régions de l’Ethiopie centrale trouvera toujours plus aisé de converger vers la station anglaise beaucoup plus proche, plutôt que de se rendre à la frontière de l’Erythrée, située dans une position oxcentiique par rapport au réseau des routes caravanières de la région,
11 convient d’ajouter à cela que la très prochaine construction du chemin de fer du Haut-Nil à Gallabat améliorera encore en de grandes proportions les avantages offerts par ce marché.
On peut donc conclure que l’action commerciale du nouveau centre italien ne se fera vraiment sentir que dans la zone limitrophe de la frontière, zone trop restreinte et trop pauvre pour faire vivre la nouvelle voie ferrée sur laquelle on fonde tant d’espérances.
Les cercles italiens, qui élèvent ces prudmtes réserves, estiment toutefois qu’une grande amélioration peut être apportée à cet avenir limité: Cette amélioration serait certaine, si le chemin de fer italien se poursuivait jusqu’à Gondar. Ainsi seraient détruites définitivement les objections précédemment soulevées contre la probabilité d’attirer vers l’Erythrée h' mouvement commercial
de l’Ethiopie et cela suffirait à compenser grandement la perte du commerce avec le Soudan, perte que la colonie doit considérer comme définitive.
En effet, le rôle de Gallabat, au point de vue du trafic caravanier avec l’Ethiopie, serait grandement diminué, sinon totalement paralysé, car le chemin de fer de Gondar réaliserait parfaitement ces conditions géographiques qui manquent au marché d’EIegliin.
Le chemin de fer de Gondar, en outre, donnerait la possibilité de concurrencer la station anglaise de Roseires, sur le Nil Bleu, qui constitue également une cause importante de la diminution du trafic d’importation et d’exportation de l'Erythrée avec l’Ethiopie. Ainsi, pense-t-on, Massouah pourrait retrouver son importance primitive.
Ces considérations, qui ont trouvé leur écho dans le discours prononcé par M. di Fausto, à la Chambre des députés italienne, font entrevoir une active campagne pour la pénétration de la voie ferrée d’Erythrée sur le territoire abyssin. Il est probable que, dans les mois qui vont suivre, nous aurons à en entretenir nos lecteurs du Bulletin.
1 1 Cl 1 1 1 1 II I 11 1 1 I 1 1 1 1 1 1 1 III I III I III III 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 II II II I II I III 1.1 II IJ Mil lil P,
LE CAMEROUN