‹ Renseignements coloniaux et documentsChapitre 150 sur 154 · I. — Emirat de Dikoa · texte numérisé non relu

I. — Emirat de Dikoa

Superficie : environ 5.000 milles Carrés. Population évaluée à 200.000 hab.

Administration allemande — L’Administration du Bornou allemand, sous le cheikh Oumar fut, à plusieurs égards, différente de l’ Administration de son cousin, le cheikh Aboubakr, dans le Bornou britannique. Ici fut édifiée l’ossature d’un Etat organisé, avec chefs de villages et de districts salariés, taxation légère, mais régulière, ses tribunaux, un trésor, une force de police, une prison, etc. La première de ces Administrations offrait, au contraire, le tableau d’un royaume soudanais non réformé, exempt seulement des pires abus, tels que la chasse aux esclaves et la guerre continuelle. Les Allemands manquaient de personnel colonial, et avaient à s’occuper des parties moins reculées du Cameroun ; aussi ne firent ils aucun essai d’administration à Dikoa. Quand, le quartier général des troupes, au nord de la Bénoué-, fut transporté à Kou&seri, ils maintinrent seulement à Dikoa un petit détachement, commandé par un sous-officier. Alors, le cheikh Oumar forma son administration, sur le modèle de celle qui avait été en vigueur dans le Bornou avant l’arrivée de Itabah.

Les principales taxes étaient le Bine imam , imposition générale frappant, non les individus, mais chaque village ou chaque clan collectivement et le Kajiram , taxe levée sur les troupeaux étrangers, qui venaient pâturer à Dikoa. Le total des divers impôts pouvait s’élever à 10.Û00P, ce qui n’eût pas été excessif pour le pays; mais les riches ne payaient pas assez, et il y avait une foule de parasites, exempts d'impôts. La part des Allemands, dans le tribut, en 1913', fut 52o£, et 12 chevaux; des céréales et du coton étaient réquisitionnés de temps à autre, pour les garnisons de Kousseri et de Dikoa. Il n’y eut pas de levée d’impôt spéciale. La somme était payée, quand il le fallait, par le Cheikh et les feudataires, dans la proportion, des deux tiers environ, pris sur leurs parts dans le Bmemiam. En 1914, les Allemands avaient en vue un proiet de réorganisation, qui se rapprochait beaucoup des administrations indigènes de la Nigeria. On devait diviser en trois parts le revenu provenant des taxes ; une part aurait été dévolue au gouvernement allemand, une au isouvèf ain , pour les services centraux, et une pour les chefs de districts et de villages. L’application de cette mesure devait être introduite dans le Mandara, h l’automne de 1914, et à Dikoa, l'année suivante. Les fonctionnaires allemands de Dikoa percevaient fies droits de douanes sur les marchandises, passant la frontière, en provenance

HULLET1N DU COMITE I)E L’AFRIQUE FRANÇAISE

de la Nigeria, apparemment 5% sur toutes les marchandises, sauf celles venant de Tripoli, et allouaient au cheikh une part du produit.

Les tribunaux indigènes ne furent pas, semble-t-il, institués, à l’initiative des Allemands; i! ne paraît pas, non plus, que les ordonnances et les ordres venant de Buéa et de Berlin aient été, mis en vigueur à Dikoa. Il est à remarquer que les ordonnances décrétant une taxe de 10 marks, payable par tout homme adulte, dans toute l’étendue du Cameroun, ne sont pas exécutées dans les territoires de Mora, de (faroua et de Ngaoundere, et Dikoa dépendait de Mora. Le cheikh Oumar fut autorisé à conserver ses armes à feu, dont le nombre n’était pas inférieur à mille ; il avait l’habitude de s’en servir pour lever les impôts et pour réprimer les troubles. Les Allemands n’avaient, à Dikoa, aucun personnel administratif .indigène ; ''leurs soldats étaient étrangers au pays et venaient de la côte ; aussi, les officiers allemands, à l’exception d’un seul, qui avait appris le Kanouri, à Dikoa, en étaient à peu près réduits, pour communiquer avec les indigènes à se servir, comme truchements, de gamins de Dikoa ayant attrapé des mots de jargon anglais, au cantonnement, car T Allemand n’était pas du tout employé.

Dikoa , pendant et après la ■ guerre. — Le Cheikh Oumar aida, autant qu’il put, l’expédition anglaise dans le Mandara, ce dont il fut hautement loué. Il déclara qu’il était ravi d’être soumis aux Anglais, et il ne fit rien qui pût rendre douteuse sa sincérité. Il livra 513 fusils. Après la chûte de Mora, en février 1916, un détachement montée fut établi à Dikoa, et un Polr tical Ojficer y résida quelques mois; mais on n’essaya pas d’introduire des changements importants dans l’administration du Cheikh.

Le nouveau cheikh, appelé, lui aussi, Oumar, et neveu du précédent, prit le pouvoir, dans des circonstances difficiles (janvier 1917). Il fut, seulement, nommé régent, et, provisoirement, pour une durée d’un an. C’était un homme relativement jeune ; il avait été élu par les chefs de Dikoa parmi lesquels quelques-uns de ses oncles. La perte de territoire, résultant de la, délimitation provisoire, porta atteinte au presîige et aux finances du cheikh, et de ses chefs La frontière était une ligne imaginaire, tracée entre les villages et non tracée sur le terrain ; de là une extrême incertitude, chez les indigènes, quant à l’attribution des villages, voisins de cette ligne. L’administration s’en trouva paralysée, dans toute la région frontière. Il fallut, en 1919, envoyer une patrouille militaire, dans le sud de l’émirat, et, l’année suivante, y établir une Cie complète d’infanterie’ montée.

En novembre 1917, le détachement militaire, ef le Political Office:)' furent rappelés, de Dikoa. Depuis, le cheik Oumar administra de la même manière que son prédécesseur, en se conformant aux avis et aux instructions reçus du résident du Bornou, à Maiduguri. Les choses allèrent relativement bien, preuve de la stabilité de l’ad-

ministration de Dikoa. Un tribut de 500 L. par an fut payé, de 1917 à 1920, au gouvernement britannique. Néanmoins, l’aspect de la ville de Dikoa révèle, éloquemment, la décadence; cet aspect ne peut se comparer à ce qu’il était, à la mort du cheikh Oumar. Beaucoup de belles habitations sont tombées en ruines. Les commerçants arabes de Tripolitaine ont quitté la ville, en grand nombre, les uns pour Fort Lamy, les autres pour Maiduguri. D’ici, le trafic avec Dikoa pourra être facilement repris, maintenant que les droits de douanes, établis par les Allemands, n’existent plus.

Administration s dus le mandat. — Un partage d’influence, au Cameroun, fut .effectué par !» Déclaration franco-britannique du 10 juillet 1919. En juin 1920, quoique les mandats n’eussent pas encore été formellement accordés, il fut décidé entre les autorités françaises et anglaises qu’on commencerait à administrer; et, en septembre 1920, les territoires touchés par la nouvelle frontière (autant qu’on pouvait le ceri ifter, à cause de certains points douteux, dans 1* description de la frontière, contenue dans Farticle premier) furent formellement cédés par la France aux Anglais et vice- versa. En conséquence, Dikoa regagna une partie de son territoire perdu, et de plus, une portion de contrée montagneuse.

Des mesures furent immédiatement prises pour réformer l’administration. La première fut d’établir quatorze district, avec des chefs de district résidents, choisis parmi les feudataires. Les possesseurs de fiefs cessèrent d’exister en tant (tue classe; ils n’auront plus de droit de propriété sur leurs fiefs, quoique conservant certains droits de propriété privée, qu’ils peuvent avoir possédés. Certains d’entre eux deviennent chefs de district ou peuvent recevoir des postes dans l’administration à créer; mais la majorité devra vivre sur leurs fermes, ou se livrer à un commerce, ou subsister des libéralités du cheikh. Cette réforme avait été, depuis longtemps, considérée comme inévitable, par les notables de Dikoa; le dernier cheikh Oumar était même disposé à l’introduire, pendant la guerre ; elle aurait été acceptée avec empressement. Des quatorze chefs de district, cinq appartiennent à la famille Kanemi, la famille des cheikhs ; quatre aux familles arabes, qui ont eu de l’influence à la cour de Bornou, au xix’’ siècle ; trois sont des chefs de tribus arabes, qui om toujours vécu au milieu de leur peuple ; 1 un d eux est le commandant en chef de l’armée de Bornou ; un autre est un chef Mandata . résidant dans le district montagneux.

En avril 1920, un Political officer et un commis, avec des administrations indigènes, s’établirent au Fort Babah, et un bureau de gouvernement et une trésorerie furent ouverts. La frontière internationale fut, bientôt après, tracée provisoirement, sur le terrain, autant qu il fut possible, de concert avec un officier français.

La politique à suivre est celle du gouvernement indirect. Les. fonctions du Political officer

consistent simplement à donner des conseils, et toute l'œuvre administrative réelle sera dans les mains du cheikh et de ses subordonnées, comme au temps de la domination allemande, mais avec un organisme réformé, analogue à celui adopté dans les émirats de la Nigeria. Etant données les affinités étroites qui existent entre Dikoa et le Borne u britannique, un très petit nombre d’années verra un rapide développement de cette politique. Le Polity-al oftiçcr est T intermédiaire entre le cheikh et les autorités nigériennes.

Les réformes suivantes sont en voie d'application :

Taxations. — Le Bine mr'am est maintenu, et quand un recensement aura eu lieu, sera transformé en impôt sur le revenu ; le taux actuel est environ 5 sh. par homme adulte; en outre, une taxe spéciale sur le bétail, quel que soit le lieu d'habitation du propriétaire, c’est-à-dire comprenant et dépassant le Kajiram, est levée, sur le taux de 1 sh. G par tête de gros bétail, et 3 d. par tête de mouton et de chèvre. Il n’y a pas d’autres taxes, ni d'autres impositions, sauf les amendes et les frais de justice. Il ne sera pas porté atteinte aux aumônes musulmanes habituelles et aux contributions pour les fêtes.

Finances. — Le revenu pour 1921-1922 a été estimé à 10.000 I'., provenant des taxes et des recettes de justice. 25 % des taxes seront payées au gouvernement anglais; le reste sera employé à payer des appointements au cheikh (3.000 £. par an) et aux chefs de districts et de villages, aux cadis. aux agents de police, aux gardiens de prison, etc. Le reste, environ 1.000 sera destiné aux travaux publics. Le revenu croîtra rapidement ; et, quand la nouvelle administration sera établie convenablement, 50 % des taxe-- seront payées au gouvernement.

Tribunaux. — Les deux tribunaux de Dikoa sont conservés; l’un d eux, toutefois, est sous l’un des imans, faisant fonction de cadi, et appliquera la loi musulmane et la coutume locale. L’autre sera un conseil de justice présidé par le cheikh, avec l’iman en chef, comme assesseur, et deux autres membres, et s’occupera de questions telles une la propriété foncière, l’esclavage, des matières administratives, les délits, en général, et les lois nouvelles que les autorités britanniques introduiront. On propose de donner à ces tribunaux pleins pouvons. Les tribunaux de district sont au nombre de quatre, et appliquent la loi musulmane et la coutume locale, par les soins d'un cadi. Leurs pouvoirs seront étroitement limités.

PoUct et prisons. — T ne force de police sera formée, d'abord, sur une petite échelle, seulement, jusqu'à ce que le revenu permette de l’étendre. Une prison est eu construction; quand elle sera achevée, les prisonniers v seront transférés, de la partie de la demeure du cheikh, où ils sont, présentement, logés

Travaux publics. — Des palais de justice, des bureaux de finances et des jrrisons sont en construction. On commence à construire des chaussées pour routes. On achète des charrettes à

bœufs et un camion automobile ; on forme des menuisiers, des forgerons et des mécaniciens. Avec l’accroissement du revenu attendu, des sommes d’argent beaucoup plus importantes seront consacrées à ces desseins.

Enseignement . - — Six élèves fréquentent

l’école de Maiduguri, au Bornou, et deux jeunes gens sont envoyés au collège de Kassina, dans ia Nigeria, pour apprendre le métier d’instituteur.

Ces réformes entreront pleinement en vigueur à partir du 12 novembre 1921, jour anniversaire de la naissance de Mahomet, époque à laquelle h revenu tel qu'il a été évalué, condition sine qiu non, sera en mains. La situation financière de cet émirat sera hautement satisfaisante, quand le revenu, provenant des taxes, atteindra 20.000 A'., ce qui doit être. Le gouvernement recevra 10.000 £., et 10.000, ou davantage, entrant danle trésor indigène, pourvoieront, dans une bonne mesure, aux dépenses pour les services publics.

On ne saurait mettre en doute les bonnes dispositions de la communauté, considérée dans l’ensemble, pour le nouveau régime. Les paysans gagnent beaucoup d argent. Les feudataires et leurs vassaux, considérés comme classe sociale, ont perdu, mais leur transformation, de parasites qu'ils étaient, en producteurs, doit, en définitive, profiter grandement à l’Etat. Le cheikh touche des recette-' à peine moindres qu 'auparavant, et il est affranchi de la lourde charge résultant pour lui de l'entretien de la plupart des agents au gouvernement. Il est inutile d’ajouter qu’aucun effort ne sera épargné pour encourager son initiative et celle de ses conseillers, et pour faire d’eux les vrais dirigeants d'un Etat qui doit être développé de manière à assurer le bien publie, comme ils peuvent eux-mêmes en juger.

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