Partie du Cameroun au sud de ia Benoué
et à l’est de la province nigérienne de Yola
Superficie approximative : 10.000 milles carrés. Population: 25.000 habitants. 5 districts: Nassarao, Numberu, Toango, Gashaka et Gurumpao.
Administration sous les Allemands. — Jusqu’au commencement de 1914. les Allemands avaient très peu fait pour administrer le territoire. Des quatre districts qu’il comptait alors, les deux premiers, Kwancha et Gashaka, étaient placés sous le contrôle de Banyo ; les deux autres, Nassarao et Laro, sous le contrôle de Garou a.
Pour la première fois, en 1914, un m us-officier allemand fut envoyé de Garoua à Maio Kalei, village situé à 20 milles de la ville de Nassarao et presque à la frontrière méridionale de la province de Yola. Il y construisit un fort en terre et établit une station. Il recouvra le produit des taxes des mains des chefs 'et s’occupa lui-même
des impôts, portant spécialement son attention sur les licences accordées aux commerçants et les droits d’importation et d'exportation.
Toutefois, avant que la guerre éclatât, rien ne fut fait pour établir ni pour diriger les tribunaux indigènes, pour fixer et publier les impositions ou pour améliorer les communications. Enfin, ces districts étaient à l’extrême limite de la sphère administrative allemande, et peuvent très bien être désignés comme n’ayant pas été administrés.
Les chefs avaient ordre de lever certaines sommes, comme taxe foncière, et de porter ces som-/ mes à Garoua et à Banyo. A leur arrivée en ces lieux, ils recevaient, pour leur propre part, approximativement 45 % . Ils gardaient cela comme un profit purement personnel. Pendant tout le temps où les sommes exigées furent fournies, on ne croit pa3 qu'une surveillance ait été exercée sur la méthode de perception ni qu’une limite ait été imposée au montant de la somme à recouvrer.
Des institutions indigènes étaient, pratiquement, non-existantes. Les chefs de district n avaient aucun contrôle, en dehors du petit ray or. des villes où ils résidaient, et des hameaux habités par les esclaves, cultivateurs, sauf sur les commerçants étrangers, Haoussas et Kanouris.
Les causes civiles et criminelles étaient jugées avec corruption et arbitrairement par le- chefs. Les Alkalai, ou juges indigènes, existaient, mais leur titre était honorifique et la fonction une sinécure.
Extorsion, oppression et esclavagisme étaient pratiqués par quiconque -e jugeait assez fort pour réussir.
Administration sous les Anglais. — Ce territoire a été administré, depuis 1915, par un Pohtical officcr, détaché du personnel de la résidence de Yola. La ville de Kwancha fut, d’abord, occupée par les troupes britanniques, en juin 1915, mais l’administration ne fut commencée que cinq mois aprè-, en novembre 1915.
Le Political officcr a un personnel indigène de sept individus, un agent politique, un greffier arabe, un interprète et quatre courriers. Son escorte consista. -jusqu'au commencement de 1917, en un subalterne européen avec, ouinze soldat-, remplacés, ensuite, par un caporal de police et onze agent- de police.
Le quartier général du Politisai officcr fût à Kwancha jusqu’en octobre 19'20 ; il fut alors transféré à 20 milles de là et établi à Toango. Ce déplacement fut nécessité par la cession à la France d'une bande de territoire le long de la frontière est des districts de Garhaka, Dodeo, Kwancha et Laro. Cette bande était destinée à donner à la France la route «le commerce de Banyo à Garoua, et comprenait les trois villes de Dodeo. Kwancha et Laro.
Le district de Dodeo fut cédé entièrement à la France, par la délimitation de frontière, en aoûtseptembre .1920, sauf, étendue assez négligeable, quelques milles carrés, faiblement peuplés.
Le* deux chefs de district Usumanu de Kwancha et le patriarche Mansuru de Laro, avaient à choisir entre rester dans leurs capitales de Kwancha et de Laro, sous l’administration française, c’est-à-dire perdre les moitiés occidentales et plupeuplées de leurs districts, ou bien émigrer à l’ouest, et établir de nouvelles capitales dans leparties de leurs districts qui demeuraient dans la sphère anglaise. Sans hésiter, les deux chef- choisirent l’émigration; cependant, l’un et l'autre comprenaient que de tels changements amèneraient beaucoup de trouble et une perte d'argent considérable, ceci parce que, sans doute, beaucoup de leurs esclaves domestiques refuseraient de les accompagner ; cela parce que la construction d'une nouvelle ville, qui est toujours une laborieuse entreprise, serait moins aisément achevée dans les conditions présentes d’administration britannique, avec ses restrictions imposées par l'ancien usage impitoyable du travail forcé. Usumanu, ci-devant de Kwancha, commença à construire, dans la saison sèche de 1920-21, sa nouvelle capitale à Toango, dans la sphère britannique ; Mansuru, ci-devant de Laro, fit de même à Namberu.
Comme de nouveaux chefs, portant les titrede Chef de Kwancha et Chef de Laro, furent, en même temps, établis par les Français, il fut nécessaire de changer les titres de Usumanu et Mansuru en chefs de district de Toango et Namberu. La détermination prise par ces deux chefs est un hommage flatteur envers l’administration anglaise, pendant les années 1915 à 1920, spécialement de la part du vénérable Mansuru de Namberu, qui avait toujours espéré vivre et mourir à Laro. On leur donna une petite subvention prise sur l’argent de l'administration indigène : 85 £. au chef de district de Toango, et 30 £ au chef de district de Namberu.
lies chefs de ces quatre districts ont, jusqu’ici, été considérés comme les chefs indépendants de leurs districts, et furent responsables seulement envers le Political officcr de Kwancha, maintenant Toango, qui fut nommé par le résident de Yola. Mais, à ce point de vue, leur réincorporation dans l’entité publique de l’émirat de Yola. auquel ils se rattachent pour des raisons de race et d’histoire, apparaît- désirable. Les chefs de Gashaka, Toango et Namberu envisagent volontiers cette perspective. Le chef de Nossarao. homme exceptionnellement intelligent et capable, quoique d’abord très opposé à cette idée — il a une vieille querelle privée avec l’émir de Yola, son cousin — est, maintenant, réconcilié avec. cette éventualité. Le fait qu’il peut être choisi pour succéder à l’émirat de Yola l’a sans doute décidé à modifier l’attitude quelque peu excessive qu’il avait eu, à ce sujet, dans le passé.
Ce chef a récemment demandé au Political officcr d’exprimer au résident de Yola son sincère loyalisme envers lui et envers le gouvernement britannique, qu’il représente à cette extrémité de l'empire. Il dit* aussi que ce qu’il a vu de l’administration anglaise pendant les cinq dernières air
un, LE TIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
nées lai inspire confiance, et qu'il comprend, maintenant, qu’il n’avait pas de sérieux motifs de craindre, comme il l’a fait, qu’on le condamnât sans l’entendre ou sans le confronter, publiquement, avec certains diffamateurs. Aussi est-il prêt à offrir une fidélité honnête et courtoise, sinon chaleureuse, à son parent, l’émir actuel de Yola, et à servir sincèrement l’administration indigène en qualité de chef de district dans le territoire où il est, maintenant, chef indépendant.
Administration de district. — Tous les cinq districts de la division ont été tranquilles et exempts de dissensions internes, et les administrations indigènes peuvent être représentées, en général, comme capables. Les relations entre les Foulbés et les païens placés sous leur domination sont amicales et, sauf une ou deux exceptions, où l’on ne trouve qu’un état de résistance passive et rien d’autre, tous les villages sont sous un très bon contrôle. On a pu, de façon plus ou moins continue depuis 1915, maintenir dans la division un Political officer ; celui-ci contribua beaucoup à rendi-e les affaires satisfaisantes ; mais une autre raison est la sévérité, non oubliée, avec laquelle un village ou un groupe, qui montrait quelque brutalité ou refusait de payer la taxe aussitôt qu’elle était exigée, était traité sous le régime allemand.
Des quatre districts foulbés, Toango est peutêtre le plus pauvre. Il n’y a pas de marchés dans le district depuis que la ville de Ivwancha a été englobée dans le territoire français.
Le district de Numberu est beaucoup dans la même position que Toango, ayant eu sa partie la plus riche, y compris oon marché, amputée et englobée dans la sphère d’influence française. Le chef est vieux et laisse beaucoup à son Sarakuna, mais son fils aîné, âgé d’environ trente-cinq ans, homme très intelligent, l’aide beaucoup.
Les deux groupes Chamba indépendants de Gurumpao et de Yibbi rejetèrent le joug de Nas sarao, le premier quand la guerre éclata et, d’après le chef, parce que Nassarao demandait une prestation excessive de main-d’œuvre et de blé pour les Allemands; la vérité est, plus probablement, qu’il saisit la première occasion qui se présenta pour recouvrer son indépendance.
Son premier acte, en liant son sort au nôtre, fut de se rendre auprès de l’officier commandant les troupes à Maifaran et de lui donner des renseignements sur les Allemands. Le chef de Nassarao, avec quelques troupes allemandes, l’attaquèrent, mais se contenta dé tuer et de capturer quelques-uns de ses hommes. Cependant, en 1919, son loyalisme parut décliner, et la famille Chamba, en janvier 3920, visita Gurumpao et remit les choses en état.
Le groupe Yibbi, dont Sarkin Iapuli est le chef, fut soumis à Nassarao jusqu’à un an ou deux passés, époque à laquelle ils refusèrent de payer les taxes plus longtemps à Nassarao, parce que, au dire des chefs, les émissaires de Nassarao devenaient trop exigeants dans leurs demandes. Ce fait est démenti par Nassarao. Le plus probable
est que le groupe Yibbi désirait avoir son indépendance, tout comme Gurumpao, qui est, en réalité, entre lui et Nassarao.
Taxation. — En 1916, à la requête des chefs eux-mêmes, dont le revenu, pendant près de deux ans, avait été nul, le Political officer, alors en fonction, obtint la permission de rétablir la taxation .
En 1916, on recueillit 550 £. pour la taxe foncière et une somme égale pour la taxe sur le bétail. La première fut, en réalité, une taxe de capitation, conforme à la procédure et à l’incidence allemandes, autant qu’on peut l’affirmer pour cette dernière. La taxe sur le bétail fut au taux de 1 sh. par animal, le taux allemand ayant été 1 mark. Ce total, 1.100 £., fut triplé en 1920, non pas -par l’élévation de l’incidence de la capitation, mais par suite de l’accroissement pacifique et graduel de l’étendue contrôlée par chaque chef dans son propre district. De 1917 à 1920, des licences commerciales furent délivrées par le Political officer, conformément à la coutume allemande. En 1920, cependant, la délivrance de ces licences fut supprimée parce qu’elles empêchaient la liberté du commerce. Tontes les taxes, sur la terre et sur le bétail, furent divisées en trois parts égales, 50 % allant au gouvernement et 50 % aux administrations indigènes. De cette seconde part, la moitié fut répartie entre les chefs qui étaient chargés de la perception, sous leur responsabilité (le Political officer et ses agents ne prirent pas part à la perception, bien que ce fonctionnaire lui-même fît et approuvât chaque répartition) ; l’autre moitié servit à débrousser et à entretenir les routes bonnes, mais non empierrées ; des camps de repos furent établis pour les voyageurs européens, des bacs et des ponts furent construits.
Tribunaux indigènes , — Il y en a maintenant quatre : à Nassarao, Toango, Gashaka et Gurumpao. Les deux premiers sont parfaits. Leurs registres sont bien tenus et régulièrement examinés pr le Political officer. Les causes lui sont, aussi, régulièrement lues par les Alkalai (juges) et les Mallama i (greffiers du tribunal). Le tribunal de Gurumpao est un tribunal païen, avec le chef comme président, trois anciens formant les autres membres de la cour.
Prisons indigènes. — Les recettes provenant des droits de justice, des amendes et des droits de succession légitimes suffisent à payer les salaires mensuels des juges, des scribes et des gardiens des trois prisons. Ces prisons sont inspectées ave soin par le Political officer, et les prisonniers sont convenablement, nourris, logés et habillés. Les achats de nourriture et de vêtements sont aussi faits avec les recettes du tribunal.
Situation générale. — IT administration, imitée en majeure partie de l’administration nigérienne, a fait de grands progrès dans les six dernières années, et les chefs et la population paraissent très contents. Mais il reste beaucoup à faire pour étendre l’étendue administrée. Beaucoup de régions restent à visiter. Les païens, qui
habitent les collines au-dessus de Gurumpao, et la ruasse des tribus païennes Kaka et Nambila, dans l’extrême sud, n’ont jamais été visitées par un Européen. Les collines Atlantika sont juste en face de la limite sud de la province de Yola ; mais on dit que pas un commerçant indigène qui a gravi le sommet n’est jamais revenu. Le bruit local dit que le sommet de la chaîne est fortement peuplé et que les païens sont une petite race, avec- des bestiaux nains, et que les céréales croissent à la moitié de la hauteur de celles des plaiues environnantes.