L’AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE
Ce Conseil de Gouvernement de l’Afrique Occidentale Française s’esl réuni à Dakar, le 19 décembre 1921, au palais du Gouvernement général, pour tenir la session ordinaire de 1921.
M. le Gouverneur général Merlin a prononcé le discours suivant :
Messieurs,
Je me fais tout d’abord un agréable devoir d'adresser, au nom du Conseil de Gouvernement, mes souhaits de bien revenue aux nouveaux membres appelés à y siéger, à Messieurs les délégués des Colonies, à Messieurs les présidents des Chambres de commerce, à Messieurs les fonctionnaires et officiers et aux chefs indigènes qui, précédemment, ne prenaient pas part à nos délibérations.
Je les adresse particulièrement à M. le député Georges Barthélemy, délégué des colonies du Soudan et de la Eaulc- Volta, rapporteur à la Commission des Affaires extérieures du projet de loi présenté au Parlement par M. le ministre des Colonies et relatif au programme de grands travaux publics à effectuer en Afrique Occidentale Française. M. G. Barthélemy qui, pourtant, connaissait déjà la colonie a. par un scrupule qu’on ne saurait trop apprécier, tenu à yrevenirpour y examiner sur place les projets préconisés pour la mise en valeur de l’Afrique occidentale et à entrer en contact avec tous les éléments de la population avant d’apporter ses conclusions à la grande Commission parlementaire qu'il représente.
Je suis heureux de saluer aussi M. l’inspecteur général Méray, à qui je suis attaché par de très anciennes et très cordiales relations, dont la grande expérience, l'esprit actif et avisé ne manqueront pas d’apporter à nos travaux un concours précieux.
Messieurs,
C'est la première lois que se trouve réuni le Conseil du Gouvernement général, tel qu’il a été constitué par ledéeret du V décembre 11*20.
Lorsque, après onze ans d’absence, j’aigpris laîjdiaute direction de l'Afrique occidentale; j'ai constaté que son Conseil. tel qu'il avait été institué par l'acte du 18 octobre 1904, ne correspondait plus ni aux circonstances, ni aux idées nées delà guerre, ni au progrès accompli par le pays. Il ma paru nécessaire d’appeler plus largement à délibérer sur les problèmes d'intérêt général les représentants, à divers titres, des populations européennes et indigènes de notre possession. Dix-huit d'entre eux figurent désormais dans l'Assemblée dont les membres ont été portés au nombre de trente-neuf, y compris l'adjonction de certains chefs de service dont la compétence particulière peut être utile a nos travaux.
Il m’a, d’autre part, semblé nécessaire de donner au Conseil de Gouvernement, en la précisant sans ambiguité, son véritable caractère qui doit être celui, non seulement d'une Assemblée financière qui fixe les taxes et délibère les budgets, mais d'un Conseil législatif appelé à assister le Gouverneur général dans tous ceux de ses actes qui intéressent l'ensemble des colonies du groupe et à lui fournir, notamment. son avis sur les textes organiques portant réglementation générale en Afrique occidentale.
Au fur (d à mesure que s'organisent nos possessions d’outre-mer, que la vie administrative y devient plus complexe, il convient que des Assemblées locales, régulièrement constituée-;, périodiquement réunies, viennent assister, dans l'accomplissement de ses principaux actes, le pouvoir exécutif. dont l’autorité avait dû. tout d’abord, s'exercer discrétionnairement. De telles Assemblées, sont de nature a améliorer la gestion des affaires publiques et à provoquer une vie politique plus active et mieux ordonnée. Le pouvoir exécutif y trouve des éléments de compétence et d information précieux, propres à lui éviter toute erreur de conduite, ainsi que l’occasion de se tenir en permanent contact avec l'opinion publique, de connaître ses aspirations et de lui faire comprendre* ses intentions. Les membres qui font partie de ces Conseils y prennent le sens de la complexité de la vie publique et de la tâche administrative, ainsi que do la part qui. dans les aspirations de la population, peut être progressivement réalisée sans compromettre foncièrement ni les intérêts sociaux, ni les intérêts économiques du pays. A participer ainsi à la gestion des affaires publiques, chacun prend b* sentiment exact des réalités et la conscience des responsabilités qui lui incombent. C’est pour tous une excellente école de vie politique.
Dans un pays où nous avons un peu légèrement rompu tous les cadres sociaux, il est de toute nécessité de multiplier ces organes de vraie et saine vie publique, depuis le simple Conseil de notables et la commune indigène jusqu'à un Conseil plus général par colonie et une sorte de Conseil suprême commun à tout le groupe. Ces Assemblées, tout d'abord consultatives, peuvent, par la suite, se transformer en Assemblées délibérantes, au fur et à mesure des progrès réalisés dans chaque colonie par l’esprit public. Il convient, toutefois, de veiller à ce que cette correspondance entre le progrès de l’esprit public et les libertés plus grandes octroyées soit exactement observée et que nulle Assemblée ne soit appelée à détenir une parcelle plus importante d'autorité avant d’avoir acquis une expérience suffisante «le la gestion des affaires publiques et le sentiment précis des grands devoirs et des lourdes responsabilités que lui impose cette gestion. L'un des points les plus délicats est. dans nos possessions d'outre-mer. la formation même de ces Assemblées. 11 importe de veiller attentivement à ce que tous les éléments de la population, tant européenne qu’autochtone, ainsi que tous les intérêts en cause, intérêts économiques, commerciaux, industriels et agricoles, intérêts administratifs et des finances publiques, intérêts politiques même, y soient exactement représentés, sans qu’aucun d'eux ait le sentiment d’être sacrifié aux autres. Il est non moins délicat de régler le rapport des deux races en présence, dont les efforts doivent se coordonner, dont la collaboration doit s'organiser pour assurer la prospérité du pays et dont les aspirations doivent finalement se confondre dans un même zèle pour le bien public, dans un égal sentiment de respect et d’attachement à la mère-patrie. 11 importe, en effet, de ne pas laisser absorber l’élément civilisateur et européen par la masse de l'élément à civiliser et indigène et. d’autre part, de donner à l’élément autochtone le sentiment très net qu'il n’est pas sacrifié à cet intérêt supérieur. Une politique qui s’attache dans tous les actes de la vie à demeurer exacte-
ment juste et impartiale d'une part, constamment et inflexiblement ferme d’autre part, est néanmoins assuré - d’y réussir.
C’esl de ces idées. île ces principes et de ces règles que sont inspirés les décrets du 4 décembre 1920 que j ai soumis l’an dernier à l’agrément du ministre, et auxquels il a bien voulu donner son approbation décrets réorganisant le Conseil du Gouvernement général, réorganisant les Conseils d’administration des colonies, réorganisant le Conseil colonial du Sénégal, instituant enfin le régime des communes mixtes et des communes indigènes.
J'estime que. dans l’avenir, cette réorganisation pourrait être heureusement complétée par l’institution de conseils économiques, particuliers à chacune des colonies du groupe, et d’un Conseil supérieur siégeant à Dakar. Dans de telles Assemblées, qui seraient en quelque sorte les Conseils généraux de la colonisation, les représentais de tous les éléments de la vie économique du pays seraient appelés à délibérer des grands intérêts commerciaux, industriels et agricoles dont dépend la prospérité de l’Afrique Occidentale Française. La constitution et l’organisation de pareils Conseils fait l'objet de mes préoccupations, cl j’espère être en mesure de les réaliser avant la fin de l’an prochain.
Vous n’ignorez pas. Messieurs, avec quelle vivacité, avec quelle précision la guerre a révélé à la métropole l’intérêt que présentait pour elle son domaine colonial . Ce senti ment nouveau s'est traduit d'une façon particulière pour l’Afrique occidentale, au cours de l’année qui s’écoule. Si j'ose dire, elle est devenue à la mode, presque autant que sa belle voisine le Maroc. Elle a reçu de nombreuses visites.
La plus importante est celle du ministre des Colonies. M. Albert Sarraulcst le troisième des chefs du Département colonial qui vinrent sur la Côte d’Afrique. M. André Lebon v est venu en 1897. el M. Milliès-Lacroix, en 1908. M. André Lebon avait visité le Sénégal et le Soudan; M. Milliès- Lacroix. le Sénégal et les colonies riveraines de l’Atlantique. M. Albert Sarraut a pu visiter, en détail, le Sénégal et la Guinée française, durant la quinzaine de jours qu'il a consacrée à ces deux colonies, Il a traversé la Guinée, de part en part, jusqu’aux rives du Niger et du Milo. Il s’est rendu dans les principales villes du Sénégal : Dakar, Saint-Louis, Rufisque, Thiès, Kaolack et Tivaouane. M. le ministre des Colonies, que son long séjour en Indochine, l’étude particulière qu’il a faite des questions coloniales, préparaient si heureusement aux fonctions qu'il occupe et qu'il est à souhaiter qu’il occupe encore de nombreuses années, désirait, depuis longtemps, se rendre en Afrique occidentale pour parfaire son expérience coloniale de ois u. pour prendre une connaissance précise des choses et des gens de l’Afrique Occidentale Française et des problèmes cpie comporte l’avenir de ce pays. Au cours de son voyage, M. le ministre des Colonies n’a pas manqué d'entrer en rapport avec tous les éléments de la population sans exception et de prêter une oreille attentive à tous les desiderata, comme à toutes les doléances qui lui ont été exprimées. Il a reçu partout un accueil enthousiaste, aussi bien dans les localités les plus éloignées de là côte, comme Kankan, que dans les vieilles villes sénégalaises telles que Dakar et Saint-Louis. Européens et indigènes ont tenu à lui témoigner leur reconnaissance d'avoir, pendant quelques semaines, abandonné les lourdes responsabilités de sa charge pour leur apporter un nouveau témoignage de la sollicitude de la France. Ils ont tenu, par la chaleur de leurs acclamations, à lui exprimer leur attachement passionné à la mère-patrie. M. Albert Sarraut a emporté de son séjour en Afrique occidentale, des quelques jours qu’il a vécus au milieu des populations qui I habitent, un impérissable souvenir. Désormais, la colonie trouvera en lui. non seulement un ministre particulièrement averti de ses besoins, particulièrement désireux d’y satisfaire, mais un ami animé d'une chaude sympathie pour elle et d’une foi ardente dans ses destinées.
Dans tous ses discours, en des termes d’une rare élévation de pensée et d'une remarquable fermeté, dans tous ses entretiens, avec un charme incomparable, M. Albert Sarraut a affirmé, de nouveau, et précisé la doctrine qu'il a exposée déjà à maintes reprises, en Indochine, à la Pagode de Confucius, au Sénat, le 27 février 1920. à la Chambre des
BULLETIN DU COMITE DE L'AFRIQUE FRANÇAISE
députés. le 2 juillet suivant, et qu’il a consignée parécril dans le magistral rapport qui appuie, devant le Parlement, son programme de grands travaux d’intérêt national à effectuer aux colonies.
il a fait un appel à l’union de toutes les bonnes, volontés, de tous les efforts pour le bien el la prospérité du pays qui ne saurait rester sans écho. Cel appel vient, avec toute l’autorité qui s’attache à la qualité du Ministre des Colonies, confirmer tous ceux de la même nature que je n’ai cessé de faire, depuis mon arrivée en Afrique occidentale. Dans les circonstances actuelles, alors que la France se débat au milieu de difficultés politiques, économiques cl financières d une gravité sans précédent ; alors que malgré la victoire, l’avenir reste sombre; alors que l’Afrique occidentale traverse une crise économique sérieuse, que les finances de certaines de ses colonies sont dans un étal d’instabilité inquiétant, l’union de tous les citoyens, la concorde entre tous les éléments de la population, sont des devoirs aussi impérieux que l’était HJnion Sacrée aux jours où. de la Manche au Rhin, nos poilus opposaient leur poitrine à la ruée germanique. Je demeure convaincu que, dans toute 1 Afrique occidentale, le sentiment de celle obligation morale a pénétré tous les esprits et tous les cœurs, et que- les querelles de partis, s'atténuant progressivement, il n’y aura bientôt plus, partout, que des bons ouvriers, travaillant en commun et cordialement, à la prospérité du pays, à la restauration et à la grandeur de la France.
A peine M. le ministre des Colonies était-il parti, que la colonie a reçu la visite du général Mangin et de l’amiral l’ugliesi-Gonti, à bord du Jules-Michelet, qui venaient (l’accomplir une longue mission diplomatique au Pérou el dans les différentes Républiques de l’Amérique du Sud. Le général Mangin s’arrêtait à Dakar pour y procéder à un nouvel examen du recrutement des troupes indigènes. Jusqu’en 1910. les besoins de recrutement s’élevaient en Afrique occidentale à 1.000 ou 2.000 hommes par an pour entretenir des effectifs qui ne dépassaient pas 10 à 17.000 hommes. A la suite des décisions votées par la Chambre des députés en 1910, en vue de la création d’une armée noire, les recrutements annuels s’élevèrent jusqu’aux enviions de
8.000 hommes. De 1914 à 1918, durant la guerre, l’Afrique occidentale fournit, pour les besoins de nos armées, plus de 130.000 hommes. Depuis lors, l’effort militaire auquel est contrainte la France, la nécessité d’égaliser les charges imposées à tous ses enfants, ont conduit la métropole à faire appel, dans une large mesure, aux ressources de son empire colonial dans le projet de réorganisation de son armée. En 1919 et .1920, 23.000 hommes, lant appelés qu’engagés et rengagés, ont été incorporés. En 1920 et 1921, 12.000 hommes ont été également incorporés. Le recrutement en cours doit donner 13.000 hommes. Si les règles «; ii i trouv ent leur application en France étaient suivies ici. dans la même mesure, la population de 12 millions d’hommes de l’Afrique occidentale devrait donner une classe annuelle de 00.000 hommes. Mais I <* coefficient d’inaptes est ici. pour des raisons diverses, considérable et une semblable classe ne peut en réalité fournir qu’un contingent de
12.000 «à 13.000 hommes. Espérer actuellement davantage serait se préparer des déceptions; exiger plus serait s'exposera des difficultés sans nombre qui pourraient finalement peser lourdement sur la situation politique du pays et sur son avenir économique.
Lite mission parlementaire est, d’autre part, annoncée, qui vient visiter les diverses colonies du groupe. Elle est composée de plusieurs membres de la Commission des Affaires extérieures et des colonies. L’Afrique occidentale ne saurait lmp se féliciter de semblables visites. Elle a tout avantage à être de; mieux en mieux connue dans ses richesses, si nombreuses el variées, dans ses populations si intéressantes cl si dévouées à la France. La plupart des erreurs qui ont été commises dans notre politique coloniale proviennent de l’ignorance où les pouvoirs publics étaient naguère de la situation de nos possessions d’oulre-mer et de l’état réel de leur vie sociale, On ne peut que se réjouir de voir cette ignorance disparaître el il esl bien certain que plus nombreux les métropolitains et notamment les membres du Parlement, auront [iris un contact direct avec les pays neufs placés sous la souveraineté de la France, moins les
Pouvoirs publics seront enclins, j’en suis certain, à leur étendre le bénéfice de lois qui ne sont pas faite- pour eux el pour lesquelles ils ne sont pas faits, à pratiquer, en un mol, la néfaste politique de l’assimilation. Ils comprendront de plus en plus clairement que les peuples de races diflérenles, habitant sous des climats divers, qui n’ont pas. les uns et les autres, traversé les mêmes phases d évolution historique, qui ne sont pas parvenus au même stade de civilisation exigent des conditions de vie publique et administrative entièrement autres que celles que réclament les occidentaux el les Français du x.\e siècle.
Au cours de l’année 1921. la situation de la colonie a été généralement bonne. La situation politique a été marquée par une grande détente. La réintégration dans la société indigène des éléments mobilisés pendant la guerre, qui avaient eu. tout d’abord, quelque peine à se réadapter à la vie ancienne, est aujourd’hui complètemeht effectuée. Au furet à mesure que s’éloignent les élections, la fièvre passagère qu elles avaient créée s’év anouit. Sur nos confins sahariens, la situation reste bonne, malgré quelques rezzous provenant du Sud marocain. Une nouvelle liaison a pu être élablie entre l’Algérie et l’Afrique occidentale par des routes qui, jusqu’à ce jour, n 'avaient pas été parcourues. Le capitaine Augiéras venant de l’Algérie et lecoinmandanl Lauzannc venant de Mauritanie, se sont rencontrés dans le llank, aux confins de la frontière marocaine. Lors du voyage du ministre des Colonies à Saint-Louis, tous les grands chefs de la Mauritanie, dont l’émir des Trarza Ahmed Saloum. tous les grands marabouts, dont le cheik Sidia, sont venus saluer le représentant de la France et lui apporter l’assurance de leur dévouement. Dans le Lohi seulement aux confins de la Gold Coast et de la Côte d’ivoire, subsistent quelques éléments de fermentation. Les Lohis, chez lesquels nous avons pénétré depuis quelques années seulement, se sont montrés particulièrement réfractaires à notre action. Ce sont des populations encore sauvages qui inclinent à se croire à l’abri de toute sanction derrière les murs de leur soukalas. Une action politique, ferme et patiente, aura toutefois raison, semble-t-il, de leur résistance. Une amélioration s’esl déjà produite, dans celte région, depuis quelques mois.
Le Sénégal a été, au cours de l’année, particulièrement éprouvé par une épidémie de peste, moins grave cependant que celle de 1914. Alors que celle de 1914 avait causé dans tout le Sénégal 3.087 décès et à Dakar seulement 1.423. celle de 1921 n’a causé que 330 décès au Sénégal el 900 à Dakar. Elle a sévi surtout pendant les mois de mai, juin, juillet, août et septembre. La lutte contre la maladie a été entreprise avec une grande énergie par le corps médical. L’isolement des malades et des suspects a été aussitôt pratiqué. La dératisation se poursuit encore aujourd’hui et. depuis quelques mois, il n’a lias été détruit moins de 6.000 rats à Dakar *>1 moins de 700.000 dans tout le Sénégal. La maladie a aujourd’hui complètement disparu. Pour se préserver de tout retour de la peste dans l’avenir, il importe de poursuivre non seulement la destruction des rais sans relâche, mais, surtout, l’amélioration des habitations indigènes el des conditions d’hygiène des quartiers populeux de la ville. C’est une œuvre à laquelle les Pouvoirs publics du Sénégal doivent s’attacher avec une méthode soutenue et une inflexible fermeté.
L’Afrique occidentale n’a (tas échappé à la crise économique qui sévit dans le monde entier. Toutefois, qlle semble devoir la traverser sans catastrophe. Aucune maison n’a dû cesser ses affaires. Le mouvement commercial qui était en 1913 de 277 millions de francs el qui avait atteint 1.200 millions de francs en 1920, n’a pas été- inférieur à 300 millions de francs pendant le premier semestre de 1921. ti est probable que le second semestre, qui semble avoir été plus actif que le premier, permettra d’atteindre, cette année encore, le milliard Les droits de douane, qui suivent exactement la courbe du mouvement commercial, avaient donné, 23 millions de francs, en 1913. 32 millions de francs, en 1920. Ils donnent en 1921. pour les onze premiers mois do l'année, près de 42 millions de francs, et donneront, sans doüle, pour les douze mois, près de 46 millions de francs, ne faisant apparaître qu’une moins-value de 6 millions due. pour une bonne part ie, aux restrictions apportées au com-
merce dos alcools; celle-ci sera, d’ailleurs, compensée, pour une large part, par les économies réalisées sur les dépenses au cours de l’exercice.
L’ensemble du budget général et des budgets locaux qui s’élevait, en 1914, à 76 millions de francs et. en 1921, à 165 millions de francs, atteindra, en 1922, 172 millions et demi de francs. Le budget général, à lui seul, figure, dans ces chiffres, respectivement pour 31 millions, 64 millions et 70 millions de francs. Pendant les mêmes années, tes budgets d’exploitation des chemins de fer ont respectivement atteint 10 millions. 25 millions et 30 millions de francs; les dépenses effectuées pour le compte des emprunts se sont élevées à 27 millions, à 65 millions et 56 millions de francs. En résumé, en 1922. les budgets de l'Afrique Occidentale Française dans leur ensemble mettront, à divers litres, en circulation, pins de 260 millions de francs.
Les Caisses de réserve ne présentent pas une situation moins favorable. Alors qu’elles s’élevaient, en 191 4. à 19 millions de traites, elles ont atteint 33 millions en 1921 et dépasseront 60 millions en 1922.
Je puis donc répéter ce que je disais récemment en m’adressant au ministre : l’instrument financier de l’Afrique Occidentale Française a été si solidement établi par l'éminent administrateur qu’est M. Roume. qu’il est, malgré la crise mondiale ael uelle, et restera toujours en état défaire face à toutes ses obligations à l’égard dos porteurs de titres de l’Afrique Occidentale Française. C’est sans difficulté qu'il dispose des 10 millions de francs nécessaires au service des arrérages annuels de ses emprunts qui s’élèvent, au total, à 346 millions de francs, dont 50 millions de francs ont été déjà régulièrement remboursés.
11 est bon qu’il en soit ainsi, car l’Afrique occidentale va avoir, dans les années qui viennent, à pourvoir à d'immenses besoins. Les années de guerre ont arrêté son magnifique essor. Elle a à réparer tout un outillage surmené et à préparer la réalisation du programme de grands travaux établi sur les instructions de M. Albert Sarraut. Elle n'aura pas trop de toutes ses ressources pour pourvoi!' à nue semblable tache, dont la première bénéficiaire sera, avec elle, la métropole même. .
Au lendemain de la victoire, il est apparu, avec une clarté éblouissante, de quelle nécessité était, pour la restauration cl le développement des industries métropolitaines,» la mise en œuvre rapide des richesses de notre domaine colonial. Il ne faut pas perdre de vue que tout retard apporté à cette mise en œuvre risque d’être mortel, non seulement pour les colonies, mais pour la France ellemême. Il importe, en effet, que la mise en valeur de nos colonies n’intervienne pas si lard que nos industries métropolitaines trouvent la place prise sur tous les marchés mondiaux par des concurrents plus entreprenants et plus actifs. Dans la crise financière grave qu’elle traverse, la métropole incline à demander à ses colonies de supporter une partie îles charges qui lui sont imposées. Certes, les colonies ne doivent pas se refuser à l'accomplissement d'un semblable devoir de solidarité. Mais la métropole, avant de rien exiger d'elles, devra examiner avec soin si les quelques millions de francs qu’elle obtiendra ainsi pour combler un déficit de plusieurs milliards, constitueront pour elle une aide bien efficace et si elle ne I couverait pas, dans ses propres finances. des économies ou des améliorations d'égale valeur. .Ne seraif-il pas d’une politique plus sage, à vues plus étendues. décaisser aux colonies la libre disposition de toutes leurs ressources, sous l'obligation d’activer leur développement et d’apporter le plus rapidement possible à la métropole la plus grande quantité des matières premières qui lui sont nécessaires, plutôt que de leur imposer un sacrifice qui risque d’entraver leur essor, sans fournir aux finances (le la France un appoint qui remédie sérieusement à leur état actuel?
Vous connaissez. Messieurs, lé programme des travaux qu’a exposé M. A. Sarraut au Parlement en ce qui concerne l’Afrique Occidentale Française. Je vous en ai déjà entretenus l’an dernier. Il s’élève à 1. 250.000. 000 de francs et doit s'accomplir en une période de vingt à vingt-cinq années. Il n’est pas sans intérêt de s’arrêter un instant à la répartition de cette somme par colonie et par catégorie de travaux.
Le Sénégal y figure pour 278 millions de francs, le Soudan pour 451 millions de francs, y compris les irrigations de la vallée du Niger ; la Guinée pour 101 millions de francs, la Côte d’ivoire pour 238 millions de francs, le Dahomey pour 102 millions de francs, le Togo pour 76 millions de francs; enfin, la Haule-Volta, trop éloignée de toute côte pour entrer, d’ores et déjà, dans l'ère des grands travaux, pour 8 millions de francs seulement.
Dans la nomenclature, par nature de travaux, les ports et rivières figurent pour 1 19.200. 000 francs, les voies ferrées pour 660 millions de francs, les routes et ponts pour 55.500.000 francs, les travaux d'assainissement et d'adduction d’eau pour 51 millions de francs, l’assistance médicale pour 35.800.000 francs, l'enseignement pour 15 millions de francs, les bâtiments administratifs pour 9.500.0O0 francs et. les irrigations pour 280 millions de francs. Il est à observer que tous ces chiffres ne constituent pas des évaluations définitives, mais ne sont faites que pour déterminer l’ordre de grandeur des dépenses afférentes aux différents travaux; ils seront à préciser par la suite. D'ailleurs, le programme Sarraut. analogue au programme Freycinet pour la France, est plutôt un bilan des travaux d’intérêt national à poursuivre aux colonies qu’un programme de travaux à faire sur un emprunt immédiatement réalisable. Les moyens financiers propres à assurer l’exécution de ces travaux pourront être de sortes très différentes : crédit colonial, fonds de concours ou d’avance de la métropole, emprunts, fonds du budget général, fonds des budgets locaux.
C’est ainsi que sans attendre les décisions à intervenir, le Gouvernement général s’est, suivant les prescriptions du Département, attaché à préparer l’avenir.
Une convention a été récemment passée avec la Société des éludes du port de Dakar pour l’élude approfondie des aménagements immédiats ou prochains à y faire et pour fournir des éléments d’appréciation plus certains en ce qui concerne les grands travaux à y entreprendre ultérieurement.
Une autre convention a été passée avec la Société générale d’entreprises pour étudier les conditions d’aménagement des chutes du Sénégal et du Niger (Gouina et Sotuba), en vue de l’électrification de la ligne de Rayes au Niger. Cette ligne établie, autrefois, dans d’autres buts et dans de mauvaises conditions financières, est menacée do ne pas pouvoir suffire au trafic qu’exigera d'elle le chemin de fer de Thiôs à Rayes lorsqu’il aboutira à Ambidédi. Il convient donc d’aviser aux moyens de lui permettre, aux moindres frais, un trafic plus intense. L’électrification peut être une des conditions de ce trafic.
Une outre convention est actuellement à l’examen pour rétablissement de l'avant-projet du chemin de fer .de Porto- Novo à Cotonou et du chemin de fer de Segboroué à Grand- Popo et Anéeho.
Enfin, des ouvertures ont été faites par une Société au Gouvernement général pour effectuer le complément d'études nécessaires de la vallée du Niger aux fins d’irrigation.
Par ailleurs so poursuivent les travaux en cours. La construction du chemin de fer du Thiès-Rayes est poussée activement. Récemment, la gare de Rala (kilomètre 457) a été ouverte à l'exploitation. La gare de Rouigheul (kilomètre 483) sera atteinte à la fin de l'année, ne laissant plus entre ce point et le terminus de la ligne qu’une coupure de 140 kilomètres. Les terrassements atteignent déjà le kilomètre 540 et sont en cours d’exécution jusqu’au kilomètre 576. On peut espérer que le pont de la Faléiné établi, le chemin de fer du Thiès-Raves sera terminé au cours du deuxième semestre de 1923. '
Le chemin de fer de la Côte d'ivoire qui, au moment de la guerre avait atteint Bouaké (kilomètre 316) se prolonge actuellement sur 60 kilomètres. La voie est déjà posée jus qu’au kilomètre 343, les terrassements jusqu’au kilomètre 346 et les débroussements jusqu’au kilomètre 350. Par ailleurs sc poursuit, à Grand-Bassam, la construction d’un second wharf de 272 mètres de long, desservi par 6 grues de 5 tonnes et 2 grues de 10 tonnes et dont on peut prévoir l’ouverture au trafic en juillet 1922.
Assurer, dans les circonstances difficiles actuelles, la continuation des travaux publics en cours, préparer l’exécution de ceux qui sont en projet pour le moment où la colonie disposera des moyens financiers utiles, n’était pas toute
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la Lâche du Gouvernement général. Si la mise en valeur des pays neufs est surtout un problème de circulation, c’est aussi un problème de production. Il importe de procurer aux instruments de transports nouveaux qu’on organise, le maximum de produits à écouler. Aussi bien dans nos possessions d’outre-mer qu’on France, labourage et pâturage sont, pour reprendre un vieux mot , les mamelles d’où déeoule la richesse du pays. Trop longtemps dans l'Afrique occidentale, on s’est attardé à la formule que j’appelle du comptoir; trop longtemps on s’est borné à acheter aux indigènes le produit de leur cueillette ou de leurs cultures rudimentaires. Il faut aujourd'hui modifier res méthodes. Il faut, dans un pays à population clairsemée, arriver à faire rendre au sol plus à l’heclare avec un travail moindre. On n’y parviendra qu’à l’aide de procédés de culture pl us scientifiques et par la substitution de moyens mécaniques au travail humain dans la plus large mesure possible.
Imbu de ces idées, je me suis attaché à réorganiser les Services d’agriculture d’après des règles très différentes de celles adoptées dans le passé. J’estime (pie notre effort doit surtout se porter, dans chaque colonie, sur les produits à grand rendement : arachides au Sénégal, palmistes à la Côte d’ivoire et au Dahomey, coton au Soudan. A cet effet, trois stations ont été créées, l’une à Niénébalé, sur les bords du .Niger, dans la région qu’a étudiée M. l’ingénieur Bélime et qui s’occupera de la culture du colon, uni' autre s’organise sur la Mé, dans la Côte d’ivoire, une troisième à Pohé, au Dahomey; ces deux dernières, chargées de poursuivre la création de grandes plantations de palmiers à huile dans les deux colonies. Enfin, un établissement, consacré exclusivement à l’arachide, est installé à Bambey, au Sénégal.
Grâce à une heureuse circonstance ces stations ont pu être dotées, tout de suite, d’un capital de premier établissement important prélevé sur les bénéfices réalisés pendant la guerre, d’une part, par le consortium du coton, (l’autre part, par le consortium dos oléagineux, 3.500.000 francs sont attribués à la station cotonnière, du Niger, 3 millions de francs à la station du palmier à huile de la Côte d’ivoire, 3 millions de francs à celle de l’arachide au Sénégal,
2.500.000 francs sont demandés pour la station des palmiers à huile au Dahomey. Par ailleurs, il a déjà été prévu au budget général, en faveur de ces stations, des sommes importantes : pour la station de Niénébalé, 35.000 francs en 1921 et 150.000 francs en 1922; pour celle de la Mé, 100.000 francs en 1921 et 150.000 francs en J922; pourcelle de Pohé,
53.000 francs en 1921 et 250.000 francs en 1922; enfin, pour celle de Bambey, 6.835 francs en 1921 et 150.000 francs en 1922.
Par une innovation heureuse et destinép, je présume, à avoir les meilleurs effets, ces établissements jouiront d’une pleine autonomie. Ils auront leur budget propre dont sera ordonnateur et responsable le directeur même de la station. Bien qu’ayant un objet scientifique qui est l’afhclioration rationnelle de la culture d’un produit spécial, ils seront géc rés commercialement, afin, qu’à loul moment, le directeur puisse se rendre compte du prix de revient des produits et des bénéfices que l’exploitation de celui-ci permet de réaliser. Afin d’éviter que ces établissements ne s’enferment dans les formules administratives, toujours un peu spéculatives, ils seront placés sous le contrôle d’un comité de perfectionnement, fonctionnant en France et. où siégeront, à côté des éléments administratifs et techniques, des éléments industriels et commerçants s’intéressant au produit. Chaque année, le plan de campagne, le programme des travaux, les résultats obtenus l'année précédente, seront soumis à l’examen du Comité dont les suggestions, les observations elles critiques seront infiniment précieuses au directeur. Par le moyen de ce Comité, j’espère en outre arriver à intéresser, d’une façon plus effective et même pécuniaire, au produit dont ils vivent, les industriels et les commerçants français qui ont. jusqu’à présent, vraiment trop négligé de faire œuvre créatrice dans nos possessions d’outre-mer.
Débarrassés de ccs œuvres d’études, les Services locaux (l’Agriculture devront s’attacher, plus diligemment qu’ils ne l’ont fait parle passé, à l’amélioration dé la culture indigène. J’ai prévu la création d’agents régionaux qui, dans une aire déterminée qu’ils ne cesseront de parcourir, s’attacheront à guider colons et indigènes dans les cultures qu’ils entreprennent. A procéder de la sorte, l’expérience locale de ces agents s’enrichira rapidement de ce qu’ils sont appelés à
voir el à discuter avec les uns et les autres; leur action s’affirmera avec les années auprès des indigènes qu’ils
ci aîlront mieux et dont ils seront mieux connus. Il e<t à
présumer qu’ils arriveront ainsi à faire pénétrer chez les populations indigènes des procédés de culture améliorés el l’usage des moyens mécaniques employés par nos propres paysans de France.
Je ne saurais terminer cet exposé des efforts faits pour la mise en valeur économique de l’Afrique Occidentale Française sans parler de la grande manifestation coloniale qui aura lieu à Marseille l’été prochain. Bien que j’estime que l’Exposition intercoloniale de Marseille soit prématurée et ait été entreprise trop au voisinage de la guerre, je n’ai pas cru, du moment qu’elle était décidée, devoir lui ménager mon concours, et le budget général lui a, en quâtre exercices, consacré près de 5 millions de francs. Peut-être que celte somme considérable aurait pu trouver un emploi plus immédiatement efficace si elle avait été consacrée partiellement à l’organisation, telle qu’elle doit être définitivement, de l’Agence économique qui a été récemment créée à Paris. Le véritable organe de propagande des colonies françaises est l’institution de puissantes Agences économiques,' telles celles que possèdent, en Angleterre, le Canada et l’Australie, telles qu’en ont créées déjà, en France, le Maroc et l'Indochine.
Je viens de vous faire connaître,- Messieurs, l’effort fait depuis un an, par le Gouvernement général, dans l’œuvre de développement économique du pays. Le travail purement administratif des Services du Gouvernement général n’a pas été moindre.
Il a fallu, après la désorganisation que la guerre avait apportée, non seulement dans la constitution de tous les cadres, mais dans la vie matérielle de tous les agents, procéder à une réorganisation complète de tous les Services locaux. Tous les cadres du personnel ont été révisés el refondus, dans un sens libéral d’ailleurs. Aujourd'hui, il n’est établi aucune autre différence entre les agents que celles qui proviennent de leurs tilres de capacité à l'entrée, de leur mérite, et de Jeur travail par la suite. Toutes les soldes et toutes les indemnités ont été revues et améliorées grandement pour faire face aux difficultés actuelles de la vie. Il en est résulté une charge écrasante pour les budgets. Il serait à souhaiter que, dans quelques années, lorsque la situation serait redevenue normale, et que le franc aura retrouvé son cours au pair, une révision de ces soldes et de ces indemnités intervienne, sans quoi les budgets locaux de 1 Afrique occidentale risquent d’être, pendant longtemps encore, surtout des budgets de personnel, au grand dommage du développement du pays. 11 est, en effet, à noter qu’en l’absence de tout état-civil et de tout cadastre, de toute base à la propriété, aussi bien immobilière que mobilière, les impôts ne peuvent avoir, ici. la même souplesse qu’en France et, que, d’autre part, la faculté contributive générale de la population autochtone est moins élevée que dans la métropole.
Sous la consciencieuse direction de son nouveau chef, M. le Gouverneur de Guise, à qui je suis heureux de donner un public témoignage de ma satisfaction, les Services financiers du Gouvernement général ont été profondément réorganisés. Un lourd passé s’achemine vers sa liquidation. Depuis un an, 35 comptes définitifs ont été apurés, 8 à 10 autres vont pouvoir l’être en celte fin d’année et l'on peut espérer qu’en y tenant la main — et je l'y tiendrai — les comptes définitifs de 1920 eux-mêmes pourront être clos au cours du premier semestre 1922. La situation sera alors redevenue normale potir tous les budgets ressortissant au Gouvernement général. Je ne doute pas qu’il n'en soit de même, à brève échéance, pour les budgets locaux, dans chacune des colonies du groupe. Je sais trop le zèle des lieutenants-gouverneurs, l’attention qu'ils apportent à la bonne gestion de leurs finances pour n’en être point assuré.
L’organisation d’une Trésorerie générale de l’Afrique Occidentale Française a été élaborée, a été soumise à l'approbation des deux Départements intéressés des colonies et des finances et adoptée- par eux. Toutes les dispositions sont prises pour qu’elle puisse fonctionner à partir du 1er janvier prochain. C’est une institution que justifie plei-
nement l’oeuvre co nsidérahlc que la Trésorerie a u accomplir dans l'ensemble de l’Afrique Occidentale Française. Elle assurera au fonctionnement <1 un Service si important une unité de vues, une impulsion qui lui onl parfois fait défaut jusqu’à présent. La constitution d une Caisse d épargné postale a été également menée à bien et. dans les premiers mois de 1 022, elle pourra fonctionner régulièrement. Ainsi sera finalement satisfait un vœu qui avait été exprimé depuis longtemps par tous les pouvoirs publies. La Laissé d épargne postale mettra à la disposition de la population autochtone un moyen d'épargne quelle n’avait pas jusqu à présent, et lui permettra d’échapper aux prêts usuraires trop généralement pratiqués. Elle est de nature à développer, chez les indigènes, le goût de l’économie et à créer, dans le pays, les premiers éléments d’une capitalisation nécessaire.
L inspection générale des Travaux publics *i eu a étudier les nouvelles conventions passées avec la Compagnie du chemin de fer du Dahomey, concernant l’exploitation de cette voie ferrée et celle du wharf. Après de longs pourparlers, de sérieuses améliorations onl été apportées a I ancien traité en compensation des avantages nouveaux que demandait la Compagnie. Par ailleurs, divers projets de loi onl été soumis au Département, modifiant la répartition des crédits inscrits dans la loi d’emprunt de 1913. Les crédits affectés au Thiès-lvayes ont dû être relevés à 77 millions de francs. Une somme de tt millions de francs, qui avait été primitivement prévue pour le chemin de fer de Porfo-Novo, puis affectée à d’autres travaux, a été rétablie. Enfin, il va être présenté à vos délibérations de nouvelles propositions concernant les tarifs de chemins de fer. A la suite de la hausse de tous les prix survenus en 1 1120. les tarifs des différents chemins de fer locaux avaient été. Lan dernier, relevés très sensiblement. L’expérience a démontré qu ils l’avaient peut-être été à l'excès, au moins pour certains de leurs éléments. La crise qui sévit actuellement sur tous les marchés du monde impose de les abaisser. Il en résultera une lourde charge pour le fonds de réserve commun à tous les chemins de 1er, qui devra supporter le déficit ainsi créé dans les ressources de quelques-uns d’entre mx. J'ai estimé qu'il était cependant nécessaire de consentir .*e sacrifice, les chemins de 1er étant aux colonies des instruments économiques plus encore que des instruments financiers.
Vous savez. Messieurs, de quelle importance est. dans ces pays-ci. l’œuvre de l’assistance médicale, quel intérêt y porte légitimement notre actuel ministre des Colonies. M. Albert Sacra ut. avec l’expérience qu’il a acquise en la matière, alors qu'il était gouverneur général de l'Indochine. L'œuvre se poursuit en Afrique Occidentale Française, certes, mais bien moins activement que je ne le souhaiterais. Cinq années de guerre ont grandement appauvri le corps médical. Dieu des médecins onl péri victimes du devoir; pendant cinq ans tes écoles n’en onl formé aucun. D'autre part, toutes les expéditions lointaines dont notre armée a la charge, retiennent, loin des colonies, la plus grande partie des médecins des troupes coloniales. Alors qu’en 1 0 10, il y avait, en Afrique Occidentale Française, SS médecins, il n’v en a plus aujourd'hui que .">7. Alors qu’en 1914. les médecins du cadre spécial de l'Assistance médicale étaient au nombre de 42. ils ne sont plus aujourd’hui qu’au nombre de 30. Cependant, les statistiques établissent que, grâce au zèle (le tons ('es admirables praticiens, les résultats acquis ne sont pas inférieurs à ceux atteints en 1010. Les journées de traitement dans les hôpitaux s'élevaient, en 1014. à 38.000 en chiffre rond; elles s'élèvent, aujourd'hui, à 130.000. Dans les dispensaires, elles étaient nu nombre de 122.000 en 1910, elles sont seulement de 34.000 pour les neufs premiers mois de 1021, en raison de la pénurie des médecins Les consultations. qui se chiffraient, en 1910, par 1.032. 000, se chiffrent. également pour les neuf premiers mois de 1921, par 1. 133.000: les vaccinations, respectivement, par 017.000 et 883.000.
Une œuvre particulièrement intéressante (l'Assistance médicale a été entreprise depuis quelque deux ans. à Dakar, sur l’initiative du docteur Le Danlee. Une Ecole de médecine a été créée, appelée à former des médecins auxiliaires indigènes destinés a assister, dans l’œuvre de soins à donner aux populations de l’intérieur, les médecins européens. L'Ecole compte déjà 39 élèves, dont 42 élèves médecins, 6 élèves pharmaciens et 11 élèves vétérinaires. Il est à
remarquer que c’est le Soudan, le Dahomey, puis le Sénégal qui ont fourni le plus de candidats à celte Ecole. A cet établissement est adjointe une école de sages-femmes qui compte 37 élèves. Là encore, c’est te Soudan et le Dahomey qui ont fourni le plus grand nombre de candidates. 15 de ces jeunes filles vont sortir de l'école, en 1921, pour être réparties dans les diverses maternités fonctionnant déjà en Afrique Occidentale Française et qui n’ont pas donné moins de 4.730 consultations, an cours de cette année. A Dakar, une maternité modèle a été organisée. Elle fonctionne depuis le 1er juillet 1919 et, depuis lors, n’a pas fait moins de 392 accouchements. Accueillie d’abord avec indifférence par la population, elle est aujourd’hui si suivie que jamais un lit n’y est vide. Elle n’a pas compté moins de 23.700 consultations. depuis qu elle est ouverte. Tout récemment, grâce au concours des dames de Dakar, une crèche lui a été adjointe qui a reçu 33 enfants, et qui a donné jusqu’à 2.3o0 consultations eu ces quatre premiers mois d'existence. Vous pouvez constater que si l’œuvre d’assistance est. en Afrique Occidentale Française, encore modeste, elle n’en est pas moins bienfaisante déjà. Elle ne demande d’ailleurs qu’à se développer. Ce n’esl point l’argent qui nous fait défaut, c’est le personnel. Il est à souhaiter que la réorganisation du cadre des médecins de l’Assistance médicale que poursuit M. Albert Sarraut aboutisse à bref délai et réussisse à nous procurer tous les médecins dont nous avons le plus urgent . besoin. v
Dans toutes les autres branches de l’administration, un égal effort a été donné, bien (pie partout les effectifs de personnel soient aujourd’hui sensiblement inférieurs à ce qu’ils étaient avant la guerre, il y a sept ans. alors que la vie du pays était moins complexe, que les charges administratives de toutes sortes étaient moins lourdes. Quelques chiffres illustreront cette affirmation. Alors qu’en 1914, le Service des douanes était assuré par 248 unités, il n’en dispos»' plus aujourd'hui que de 181. Sur un millier d'administrateurs et dàigentsdes Services civils que comptait l'Afrique Occidentale Française, en 1914, il eu manque aujourd'hui
11 est de coutume d’affirmer qu'il y a trop de fonctionnaires aux colonies. Un travail que j'ai fait établir pour le corps des administrateurs, semble bien aller à l’encontre d’une telle assertion. 11 est à noter qu'il s’agit des fonctionnaires qui sont, dans toute I Afrique Occidentale Française, les représentants directs de l’autorité souveraine et qui, répartis dans toute l'étendue du pays, sont chargés de veiller à la sécurité, à la tranquillité de toute la population. Or. sait-on qu’en Afrique Occidentale Française il y a un administrateur au Sénégal par 3.000 kilomètres carrés et par 18.000 habitants; en Guinée, par 3.700 kilomètres carrés et 25.000 habitants ; au Soudan, par 5.700 kilomètres carrés et 32.000 habitants; à la Côte d’ivoire, par 5,000 kilomètres carrés et 29.000 habitants; au Dahomey, par 2.300 kilomètres cariés et 19.000 habitants; dans ta Haute-Volt a, par 8.000 kilomètres carrés et 06.000 habitants. Il y a lieu d'ajouter, à l'exposé de ces chiffres, qu 'administrateurs cl agents des Services civils sont leS seuls fonctionnaires que nous ayons dans l’intérieur du pays pour assurer, non seulement l’exercice de notre autorité, mais l’ensemble de toutes les tâches administratives. Aussi, Messieurs, estimarais-je manquer au principal devoir de ma charge si, dans les circonstances difficiles que nous avons traversées depuis la guerre et que nous traversons encore, je n’adressais pas à tous mes collaborateurs, à ceux qui sont \ à mes côtés, comme à ceux, et surtout à ceux qui sont au loin, isolés dans (tes pays souvent perdus, sous des climats rigoureux, mes remerciements émus pour l'œuvre qu’ils accomplissent chaque jour, modestement et courageusement.
Par l’exposé que je viens de vous faire de la situation de la colonie et du labeur qui y a été poursuivi, au cours de ces dernières années, vous pouvez constater que malgré des difficultés sans nombre, malgré une pénurie grande de personnel. malgré le mauvais état de son outillage économique, avili par la guerre, malgré un défaut considérable de matériel et 1 impossibilité de s’en procurer, par suite de l'état de l'industrie française, l'Afrique Occidentale Française a réussi, au cours d’une crise mondiale saus précédent, à assurer,
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
non seulement son existence normale, mais aussi, dans une certaine mesure, sa restauration cl sa réorganisation. Elle s'est même efforcée de préparer prudemment, mais sûrement, l’avenir, pour l’instant où les difficultés financières actuelles réduites, les disponibilités de trésorerie plus grandes lui permettront rie reprendre son plein essor. Les années qui viennent sont certes des années de rude labeur, mais la difficulté de la tâche à accomplir n’est pas pour décourager des âmes françaises. Nous en avons témoigné pendant la guerre, aux heures sombres de Charleroi, de la Marne et de Verdun ; pous le prouverons de même après la victoire. Après avoir gagné la guerre, nous saurons gagner la paix. Pour y réussir toutefois, il faut que chacun consente à travailler avec acharnement, toutes les heures du jour. et. les yeux fixés sur la France glorieuse, consacre à la mère-pairie toutes les forces vives de son être. C’est dans ces sentiments. Messieurs, que nous devons tous nous écrier : Vive la France! Vive l’Afrique Occidentale Française!
LA
D’après le Maréchal ALLENBY
Le i gouvernement britannique a publié récemment le rapport du maréchal Altenby sur la situation de l'Egypte eu 1920 (Cmd. 1487). Ce document est daté du 9. juillet 1921. .Vous eu publions in extenso ci-après, la partie relatire à la situation politique de l'Eggple afin d'éclairer les négociations angloégyptiennes actuelles.