II. — EN ALGÉRIE LOranie
Le train présidentiel arrive à Tlemcen le 16 avril, à huit heures.
Le Président de la République, MM. Bérard, ministre de l'Instruction publique, et Le Trocquer, ministre des Travaux publics, et M. Steeg, gouverneur général de l'Algérie, sont salués par M. Ferlet, préfet d'Oran, M. Barisain, maire de Tlemcen. entourés de la municipalité et des représentants au Parlement.
Le 6e tirailleurs algériens rend les honneurs.
Devant la gare, la population acclame le Président.
Aux souhaits de bienvenue du maire, M. Millerand répond :
« En venant ici. je ne remplis pas seulement un devoir de reconnaissance el d’admiration envers les fils de l’Algérie qui ont fa>t si vaillamment leur devoir pendant quatre ans et demi, j’apporte aussi aux colons el indigènes qui travaillent à mettre en œuvre ce superbe pays les encouragement? et le salut de la France, Vous pouvez compter que le Gouvernement de la République, ^près ce Aoyage, plus encore qu’avant si possible, continuera à entourer ce pays de sa sollicitude la plus vigilante. »
Le cortège présidentiel gravit la hauteur où se dressent la mosquée el le tombeau de Sidi hou Médine. Les Arabes brandissent de grands étendards en psalmodiant des chants religieux. Le cortège redescend el pénètre dans la ville. Toutes les maisons sont pavoisées.
Sur la grande place, la population française, massée, fait une manifestation très enthousiaste.
Le cortège présidentiel est invité par les aulori-
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tés religieuses à pénétrer dans la grande mosquée. Chacun chausse des babouches pour traverser la salle des prières.
Le Pré; i dent s’arrête ensuite aux édifices religieux îles différents cultes.
Le Président se rend à la gare au milieu des acclamations. Le train pari à !l h. 30 pour Sidibel-Àbbès.
Il y arrive à 12 h. 2o. .M. Millerand esl salué par M. Lisbonne, maire de la ville.
Il passe la revue de la compagnie de la légion étrangère qui rend les honneurs.
Sidi-bel-Abbès, fondée parles Français, esl une cité agricole fort prospère de 40.000 habitants. Ceux-ci font entendre de vives acclamations. Un peloton de spahis escorte la voilure de M. Millerand pendant le trajet assez long jusqu’à l'Hôtel de Ville.
Place Carnol. devant le régiment du Ie1' étranger. le Président remet la cravate de commandeur de la Légion d’honneur au colonel Douce, commandant la subdivision.
Le défilé des troupes à très belle allure produit une vive impression sur le public nombreux qui applaudit et crie : « Vive Millerand ! vive la France ! »
Aux fenêtres et sur les trottoirs se pressent les habitants, tous très enthousiastes. Le carillon de l’église sonne la Marseillaise.
Au vin d’honneur offert à l'Hôtel de Ville et répondant au maire, le Président dit combien il est touché de l’accueil enthousiaste qui lui est fait par la population de celle ville française née il y a soixante-quinze ans, qui s'est développée magnifiquement pendant la guerre. Les colons, les fils d’étrangers et les indigènes se sont groupés pour courir au drapeau. La, France a réalisé ici le miracle qu’elle a tant de fois réalisé au cours de son histoire par sa séduction, par l’attrait de son génie, par sa civilisation. Elle a su retenir et grouper ensuite ceux qui étaient venus auprès d’elle. Il n’y a ici que des Français, quelles que soient leurs origines.
Ils l'ont montré de la façon la plus éloquente.
Les paroles sonl très applaudies.
Par des avenues plantées d’arbres, le cortège arrive à la caserne de la légion étrangère. Le colonel Boule t-Desbaraux fait les honneurs au Président de la République des salles où sont déposés les trophées les plus glorieux de la légion acquis en Chine, en Afrique et sur le front français.
Dans une allocution, le colonel fait revivre les principaux faits d’armes de ses soldats, particulièrement des Garibaldiens pendant la dernière guerre. Le P1 étranger instruit actuellement les quatre régiments de la légion. La conduite des jeunes légionnaires est aussi héroïque que celle de leurs aînés, ils le prouvent chaque jour.
M. Millerand répond qu’il ne pouvait passer à Sidi-bel-Abbès sans faire de pèlerinage au temple de l’honneur el du courage militaire. Il ajoute :
« Mon prédec 'sseur au ministère de la Guerre. M. Eugène
Etienne, qui laisse tant de souvenirs et de regrets dans cette Oranie, a voulu, en demandant la croix de la Légion d’honneur pour la légion étrangère, récompenser les services éclatants rendus par elle ùla France •sur tous les points du globe. Si la légion esl un modèle, un exemple, e’e-l que ses officiers eux-mêmes sonl les modèles des officiers français. Tant vaut le chef, tant vaut la troupe. »
Cette scène est très émouvante el l’on voit des officiers tout couverts de décorations qui ne retiennent pas leurs larmes.
Le cortège officiel traverse à nouveau la ville sous les acclamations. A 14 h. 30, le train présidentiel repart pour Grau.
Le Président de la République reçoit un télégramme dans lequel M. Léon Bourgeois, président du Sénat, lui exprime le regret que son étal de santé ne lui permette pas de l’accompagner dans son voyage ei joint les vœux du Sénat à ceux du Président de la République pour la prospérité et la grandeur de celle glorieuse terre d’Afrique que l’àme de la France a pénétrée de son incomparable rayonnement,
A Oran où il arrive à 13 h. 45, M. Millerand est salué par M. Moll, maire de la ville, après avoir passé la revue de la compagnie de zouaves qui rend les honneurs. Le Président, en sortant de la gare, est vivement acclamé par lu foule massée derrière les fusiliers marins, un bataillon d’infanterie, des spahis el des cavaliers indigènes. L’amiral Salami, commandant de l’escadre, et le général Didier, commandant la division, saluent le Président qui monte dans une daumont de grand gala avec le maire d’Oran; les ministres, le gouverneur général d’Algérie, les autorités montent dans voilures suivantes. Le eorlège traverse la ville brillamment pavoisée, pour se rendre à la Préfecture. où ont lieu les réceptions officielles,
Dès son arrivée à la Préfecture, M. Millerand reçoit les élus et les autorités constituées de la ville et du département.
A 20 heures, il assiste au banquet île 500 couverts qui lui est offert par le Conseil général, le Conseil municipal et la Chambre de commerce d’Oran.
Le dîner est servi dans une grande salle pavoisée el décorée de guirlandes électriques. M. Millerand préside la table d’honneur, ayant à ses côtés, M. Pitollet. président du Conseil général; M. Moll, maire d’Oran: M. Baupuy, président de la délégation financière; M. Léon Bérarjl, M. Le Troequer. M. Steeg, les sénateurs et députés du département, les amiraux et les généraux, Mgr Durand, évêque d'Oran. et son vicaire général, les aghas. caïds, etc.
Des discours de bienvenue et de remerciements sont prononcés par le maire, les présidents de la Chambre de commerce et du Conseil général. M. Casser, sénateur el par Ben llalial. délégué financier d’Oran. Ce dernier dit, notamment, aux applaudissements de l’assistance ;
« Au moment où plus d'une puissance coloniale vit dans rincerlilude du lendemain, nous ne demandons, nous, musulmans d'Algérie, qu’à nous rapprocher davantage de la France, à cire plus près de son cœur. Des siècles durant elle
a entretenu avec 1 Islaui des relations (le solide amitié. La voie où votre politique clairvoyante l a de nouveau engagée ne peut ([ue réjouir nos cœurs et fortifier, s’il était possible, les liens (fui attachent à sa fortune ses enfants Nord-Africains. >>
M. Alilleraml prend le dernier lu parole. Tous les convives l’écoutent debout et l’applaudissent fréquemment.
Le Président traduit la première impression de son voyage en Algérie :
« Il se dégage, dit-il. de l'Uranie une force de vie incomparable. Ici on travaille de toutes les façons, de tonies ses forces. J'ai voulu en accomplissant ce voyage marquer que désormais l'Afrique du Nord est bien loul entière le domaine paisible, sûrement acquis à l’influence el à l'action française. et je le fais ù une heure où, on me l’a déjà plusieurs fois indiqué, d'autres soucis pouvaient peut-être devoir retenir à Paris le Président de la République.
« Mais quel hommage plus éclatant el plus significatif à la sagesse de ce peuple de France, a sa puissance calme et tranquille qu’à l’heure où les problèmes les plus graves >e débattent entre les nations le chef de l’Etat puisse, sans inquiétude, quitter pour cinq semaines la capitale el aller porter au Maroc, à l’Algérie, à la Tunisie des paroles d’espoir, de confiance el de reconnaissance de la mère patrie' >•
Le Président dégage deuN leçons «1rs sacrifices de ceux qui sont morts pour la Franco.
La première, c'est de no. pas oublier quo. quelles que soient les circonstances, un peuple n'a jamais. le droit de s'abandonner, que si pacifique qu’il puisse être, et nul ne l'osl plus que la démocratie française, il doit pourtant se rappeler que pour être I artisan de. ses destinées, il convient de veiller et puisqu'il veut la paix, de se tenir prêt. Si par malheur quelqu'un, quelque pari, voulait, à un moine ni donné, la troubler, il défendra à nouveau sa sécurité el ses libertés.
La deuxième leçon qui ressort avec un éclat particulier de celte réunion, e est la nécessite impérieuse de l'entente. de l'union entre tous les Français. Celte union, elle ne coûte rien à nos conditions,, à nos croyances.
Le Président reconnaît que chaque Français a le droit et le devoir de lui ter pour ce qui lui apparaît être la justice el la vérité.
Les partis sont une nécessité dan- une démocratie, maiceux qui soutiennent celle lutte indispensable ne doivent pas oublier qu'ils oui été fraternellement unis dans la guerre et que. quoi qu'il arrive, ils >onl des frères qui peuvent se combattre loyalement, sans jamais oublier que leur mère est la même.
Le Président félicite les Algériens d a\ oir pratiqué toujours les’ idées républicaines démocratiques.
(les idées, s’écrie le Président, ce sont les règles mémos de la politique qui doit nous guider dan- la conduite à tenir vis-à-vis des indigènes.
Pour servir, comme ils ont le droit de le demander, leurs intérêts légitimes, la République française u’a qu'à consulter ses principes. « République, cela veut dire, justice, liberté ». Ces deux mots renferment en eux tous les devoirs que nous avons vis-à-vis d’eux, comme ils forment l'ensemble des devoirs qui s'imposent à eux. Nous savons ce qu'ils ont fait hier : leurs enfants ont été mêlés aux nôtres dans les luîtes pour la défense nationale, el c’est parce que. hier, le Parlement républicain a reconnu par une manifestation nouvelle qu’il était utile de resserrer encore les liens existant en leur donnant des droits nouveaux, que j’ai le droit de dire : « Justice, liberté ».
Mais la justice et la liberté impliquent, dans une démocratie. un troisième terme, qui n’est pas moins nécessaire, c’est l'autorité également respectée, librement consentie, l'autorité qui s’impose à tous, qui doit être respectée par tous. Celte autorité elle s'exerce, ici comme dans la France entière, sous les formes les plus bienveillantes et tes plus justes. Nous sommes décidés à appliquer de plus en. plus cette politique réaliste, qui tient compte de tous les éléments du problème, et qui se propose de donner à tous membres de la communauté française, sans distinction, des raisons nouvelles chaque jour de l’aimer davantage.
El c’est parce que la France répand autour d'elle ce rayonnement. c'est parce qu’elle a toujours lutté pour ces idées que j’ai rappelées, parce qu’elle a travaille à les faire triompher dans le monde, parce qu elle les applique chez elle que. depuis que j’ai mis le pied à Casablanca jusqu’à ce que je sois à mon dernier jour de voyage dans l’Afrique du Nord, nous rencontrons partout ce spectacle, qui me comble de fierté et de joie, de voir le nom de la France acclamé, non pas seulement par ses colons français, qui sont ses fils directs, par les fils étrangers qui sont ses enfants adoptifs, mais par tou> ses indigènes qui sentent chaque jour davantage les bienfaits d’une puissance qui veut se faire connaître en se faisant chaque jour davantage aimer.
Je lève mou verre à l’Algérie unie étroitement, indissolublement à la France, je lève mon verre à la ville et au département d’Oran.
Le Président, qui n mis une grande chaleur à prononcer sou discours improvisé, provoque un vif enthousiasme.
AL Ali liera nd regagne la préfecture en suivant des avenues illuminées, le long desquelles les habitants, en rangs serrés, manifestent leur joie par des ovations. I/animal ion esl considérable dans la ville.
Le 17 avril. AL Alilleraud remonte à pied à la promenade de Lélaug, parc planté de palmiers, donl le boulevard domine l'immense rade de Afers-el-Kébir.
L'escadre «le la .Méditerranée el plusieurs cargos sont, embossés dans le port.
Lue tenle a été dressée au boni de la terrasse. Sur une table est étendu le plan des Iravaux «jui vont être ebtrepris pour l'extension du porl d'Oran.
AL Alilleraud félicite le président de la Chambre de commerce el lui donne l’assurance que le ministre des Iravaux publics, présent à la cérémonie, mettra un terme aux pratiques regrettables qui ont retardé de dix ans l’approbation du plan qui va être réalisé el qui assurera la prospérité <1'( Iran .
Le cortège officiel en voitures automobiles se reforme pour aller à l llùlel de Ville.
La municipalilé reçoit le présidenl de la République, puis h* maire remercie AL Alilleraud d’avoir su sauvegarder la France et la République menacées par les plus terribles dangers.
AL Alilleraud remercie le maire, puis rappelant la politique qu’il suivil au cours de sa carrière, il s’exprime en ers termes :
J'ai accepté d’être l'élu de l'Assemblée nationale. J'ai déclaré que le présidenl de la République ne pouvait, ne devait être l'homme d'aucun parti, mais qu'il pouvait être et devait cire l’homme d’une politique.
Cette politique, elle peut se caractériser ainsi : politique nationale, politique sociale. Politique nationale, parce qu elle place au-dessus de tout, dans l'étude de fous les problèmes et dans le choix (le toutes les solutions, l'intérêt de la na- I tion : politique sociale, parce qu’elle doit grouper tous les
REi'âEIOKME.'iTS CODOIUW.
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Français dans un mémo effort de solidarité, (l'est celte politique. et j'en suis profondément heureux, qui groupe ici l'ensembte des citoyens oranais.
Pour la pratiquer avec succès, voulez-vous me permettre, au risque de me répéter, de vous dire que l’union et la coneorde entre les citoyens sont indispensables au même titre que la liberté totale de croyance et d’opinion et le respect absolu des uns à l’égard des autres.
C’est dans ees conditions que la France et la République poursuivront la marche glorieuse qui vient de s'ouvrir pour elles par la noble victoire, qu'avec le concours de nos alliés, nous oui donnée l'héroïsme de nos soldats et la science de leurs chefs.
Je souhaite de tout coeur. Monsieur le maire, à la ville d'Oran, à tous scs habitants, un avenir de grandeur et de prospérité Ici que vous le méritez, et. j'en suis sur, que vous atteindre/..
Le discours du Président est longuement applaudi.
I)e la mairie. Al. Alillerand va à I hôpital qu'il visite, puis il fait eu automobile un long trajet à travers la ville.
Le cortège monte, par mu; forêt de pins, jusqniàun belvédère, d’où l’on découvre, à plusieurs mètres au-dessous de soi. loul le panorama de la ville et du port.
Los voitures redescendent parmi sentier sinueux au flanc de la colline où elles ont juste la place d'évoluer.
Le Président s’arrête à l ‘hôpital civil, puis rentre à 1 1 heures h la Préfecture, où il se repose jusqu'à 11 li. 10. avant d'aller à la gare.
Le Président est encore acclamé avec enthousiasme sur tout le parcours de la Préfecture à la gare. v
Le train présidentiel pari à midi pour Sainl- I )enis-dn-Sig, où il arrive à 13 h. 30.
M Lamure. maire, salue le Président de la République qui monte en automobile pour visiter cette riche région jusqu'à Mascara. La population de la localité a acclamé le Président.
Le cortège présidentiel passe à Dublùieuti. puis atteint Mascara, l'ancienne résidence de l’émir \bd el Kader. ville français»' de 15.000 habitants conligifë à la Médina peuplée de 20.000 indigènes.
Le Président, reçu à la sous-préfeeturc. échange avec les autorités des paroles de courtoisie. Les élus el fonctionnaires sont présentés à AL Millerand. Les habitants foui au Président un accueil chaleureux.
Après le lourde la ville au milieu des aeclmna- I ions. Al. Alillerand quitte Mascara à 17 h. 13 par chemin de fer.
Le Irain arrive à 10 h. 15 à Perregaux . petite \ i I le de 6.000 habitants.
Le diner de 400 couverts, offert par les Compagnies P.-L.-AL et de l’Etal algérien, est servi sous une vasle tente ornée de palmiers, de tapis et de trophées de drapeaux.
AL Alillerand préside, ayant à ses côtés : MAI. Le Trocquer. Léon Bérard, Sleeg. les hautes personnalités dirigeantes des deux réseaux el les membres du Parlement.
A riieure d.es toasts. Al Le 'l’rocquev dit sa fierté de- saluer h Président au nom du personnel des réseaux.
Vous le connaissez mieux que personne, dit M. Le Trocquer, vous qui fûtes son chef. On peul dire que le personnel des chemins de fer constitue une véritable famille. Je le remercie de ce qu'il a fait hier. C'est le plus sûr garant de ce qu i) fera demain. Hier, les cheminots son! tombés par milliers au Champ d’honneur ; les autres ont assuré les communications et le ravitaillement. Aujourd’hui, c'est la lutte économique. C'est avec satisfaction que j'ai vu l'Algérie entreprendre un vasle programme de travaux publics.
Al. Le Trocquer ajoute :
L Algérie a compris qu’il n'y aurait pas de politique plu.~ néfasle que celle qui ne consentirait pas les sacrifiées nécessaires pour assurer l'avenir.
Le mitiislre se réjouit Me la cohésion, de la collaboration des deux réseaux algériens, dont le personnel. à Ions les degrés, a contribué à leur prospérité ('l à celle de l’Algérie.
Al. Le Trocquer lève sou verre en l’honneur de I Algérie et du Président de la République.
Répondant à AI. Le Trocquer, AI. Alillerand le remercie, ainsi que les Compagnies de leur hospitalité el prie AI. do Nouflize d'être son interprète auprès de AL Dervillé.
Le Président lève son verre à l'armée des cheminots algériens, collaborateurs indispensables de la prospérité du pays.
Les convives foui une manifeslalion en l'honneur dn Président.
AL Alillerand el les personnages qui raccompagnent prennent place, à 10 heures, dans le train présidentiel qui pari aussitôt.
Le 18 avril. AI. Alillerand el les personnages qui l'acèompagnenl descendent à 8 heures en gare d’Affre ville, grand marché de la région, qui porte le nom de l'archevêque de Paris, tué sous les barricades eu 1848.
L.e Président de la République esl salué par MAL Leféburc, préfet; Duroux, sénateur: Fiori el \bbo, députés du département d'Alger: Jourdan, maire d’Affreville : Laffont, maire de Miliana : b docteur Rubouchet, maire de Téniet-El-Haad. et les autorités de ees trois localités.
Sur le terre-plein, devant la gare, sont massés les représentants élus, les- fonctionnaires et les notabilités de la région. Le préfet les présente à AL Alillerand. Huit jeunes filles offrent des gerbes de fleurs au Président.
Répondant aux maires d Affreville el de Miliana. le Président promet d'aider les représentants de la région à réaliser les grands travaux, notamment celui du barrage du Chélif. qui assureront la sécurité aux agriculteurs.
Le Président gravit les marches d une haute tribune d'où l'on découvre une vue très vaste >ur la plaiue. La population acclame AL Alillerand, qui regagne bientôt son train.
Celui-ci répart à 8 h. 30 pour Blida.
Le Président arrive à Blida à 10 h. 30. Al. Raoul Péret, président de la Chambre des députés, venu en automobile d'Alger, salue AI. Alillerand.
AL Messance, maire de Blida. souhaite la bienvenue au Président.
A la grande joie de la population, la pluie annonciatrice des moissons, commence à tomber.
.HEM SEIGMEMEMTS COLOM IALX
Sur loul le long parcours, à travers les rives fleuries et pavoisées de la ville, le Président de la République est acclame par une foule très dense.
A l'Hôtel de Ville, le maire présente au Président les corps constitués et les fonctionnaires.
Pendant plus d une heure, le cortège roule dans les jardins ombragés par les arbres fruitiers de toutes essences et arrive au Bois-Sacré, où se trouve le marabout de Sidi-ben-Yacoub.
M. Millerand se promène à pied au milieu du public qui l'acclame. Le Président assiste à un grand déjeuner, à l'issue duquel le maire se fait l'interprète des sentiments patriotiques de ses concitoyens, unis dans le travail pour le relèvement de l'Algérie. La présence du chef de 1 "El o I les encouragera à persévérer dans cette voie pour ta gloire de la France.
Kaïd Hammond, délégué financier, rappelle que c’est la France qui féconda la Milldja. Il affirme la solidarité des musulmans avec lous les autres Français. L'Algérie esl le modèle de l’alliance indéfectible des deux races sous l’égide de la France.
M. Fiori, député, remercie M. Millerand de sa visite au nom des élus du département d’Alger.
Le Président prononce un discours que les convives écoutent debout. Après avoir dit combien il esl sensible aux acclamations qui ont salué le représentant de la France, il ajoute:
Le voyage que j'ai entrepris à (’.asahlaiicu pour le terminer ii Tuni- a une signification qui a clé tout de suite nettement comprise.
D'abord, r'est un hommage de reconnaissance aux soldats indigènes, français et - fil- d’étrangers, qui, dès le premier jour des hostilités, se sont levés pour courir au secours de la Mère-Patrie ; ensuite, et personne ne s’y est mépris, j'ai entendu marquer avec éclat les liens qui, depuis si longtemps, mais plus particulièrement depuis le siècle dernier, unissent la France à 1 Islam.
En cnlendmil loul à l'heure les paroles de Kaid Hammond, j'ai vérifié une fois de plus que nous ne nous étions pas trompés; celte communauté que nous voulons chaque joui’ plus intime et plus étroite entre le? indigènes et les colon~. elle est aujourd'hui line chose faite: elle a été attestée par le sang répandu côte à cète sur les champs de bataille; elle s affirme chaque jour dans la paix, comme elle s’est affirmée dans la guerre. Cette entente, elle e>l commandée par le souci des intérêts des uns e! des autres, mais c’est en vain que l'intérêt se ferait entendre si le cœur ne parlait pas, el e'esl parce qu'entre les indigènes et tes colons se sont peu à peu établis des liens étroits el affectueux que celte communauté s'psl fortifiée chaque jour jusqu'à devenir indissoluble. "s.
M. Millerand termine en disant l'amour profond de la France pour l'Algérie. 11 déclare qu'en accordant à l'Algérie l'autonomie dont elle avait besoin pour son développement et sa prospérité, la France n'a entendu rompre aucun des liens (pii l'unissent à (die.
Les paroles du chef de I Fiai sont fréquemmeul applaudies.
Après le déjeuner, le cortège présidé ntiel. pour se rendre à la gare, traverse encore la ville. La population manifeste avec une grande force sa joie d’applaudir et acclamer le président.
Le train présidentiel part à li heures pour Alger, où il arrive à 15 h, 50.
Alger.
Les bâtiments de l'escadre de la Méditerranée el le cuirassé Paris, mouillés en rade, ont arboré le grand pavois. Les flottes étrangères sont représentées par un cuirassé el deux destroyers britanniques. un croiseur et un contre-torpilleur américains. un cuirassé espagnol et un croiseur portugais.
M. Millerand est salué à sa descente de wagon . à lo h. 30. par MM. Raiberti, ministre de la Marine; Chéroïi, ministre de l'Agriculture: Raft’i. moire d'Alger, et ses adjoints: le général Paulinier, commandant le 10e corps; le général de Bonueval. commandant la division: l’amiral Laugier. commaudanl la marine; Richard, président du Conseil général; Thomson. Robert David. Denise, M’oblemaire, députés; Ordinaire. Culloli. Lémery, sénateurs.
Le Président passe en revue la compagnie du 9e zouaves, qui rend les honneurs, et sorl de la gare.
Les navires eu rade, les loris, tirent les salves réglementaires.
Le maire d’Alger souhaite la bienvenue au Président de la République au nom de la populationalgérienne, qui voit dans la longue randonnée de M. Millerand dans l'Afrique un acte de loi dans l’avenir.
M. Millerand remercie le maire d'avoir si bien défini le but de son voyage, qui esl un acte de reconnaissance envers les morts, el de loi envers ceux qui Ira va il le ut pour sauvegarder les l'rnil <:!'• la victoire.
M. Millerand en habit, le grand cordon de la Légion d’honneur eu sautoir, monte dans un lan dau de gala attelé à la Daumoul.
M. Sleeg. gouverneur général, le maire et l’amiral Vindry prennent place dans sa voiture. Le président de la Chambre, les quatre piinislrc . les membres du Parlement, les officiers généraux, montent dans les landaux suivants.
Les voitures gravissent lentement les rampes qui mènent boulevard de la République. Les fenêtres et les balcons des grands immeubles qui bordent celte voie face à la mer sonl noirs de monde. Une foule considérable se lient sous les arcades. Les applaudissements, les cris de : Vive Millerand! Vive la France! Vive la République! se fondcnl dans une rumeur considérable.
Le cortège suit le boulevard de la République el le boulevard Carnot jusqu'à la Prélecture, édifice remarquable, de style mauresque.
Le Président décoré solennellement des officiers el des caïds, puis, dans les salons de la Préfecture, M. Lefébnre lui présente les officiers des navires étrangers et de l'escadre, les membres du corps consulaire, Mgr Laynaud. archevêque d'Alger, les minisires des différents cultes, les élus el les fonctionnaires.
Le Président serre lu main de six chefs touaregs, le visage à moitié voilé, qui ont fait 1.300 kî lomètres à dos de chameau, du Hoggar à Ouargla, pour venir lui présenter leurs hommages. Le cos-
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lume pittoresque de ces Sahariens et les manteaux écarlates de nombreux caïds sont d’un heureux effet dans ce palais d’architecture mauresque.
Les réceptions terminées, le Président se rend avec le même cérémonial, au Palais d'été, situé sur les hauteurs de Mustapha. Les Algériens se bousculent par dizaines de milliers pour acclamer le chef de l'Etal. Le Président arrive à 17 h. 30 au Palais d'été, où l’attend Mm9 Millerand. Le Président de la République assiste, ce soir, au Palais d’été, au dîner que donne, en son honneur, le gouverneur général.
Le dîner, donné par le gouverneur général de l'Algérie et Mlue Steeg en l'honneur du président de la République cl de Mmc Millerand, est servi dans le somptueux décorde la salle des fêtes du palais d’été, vaste galerie néo-mauresque, reconstruite en 1914, décorée par les orientalistes les plus renommés.
Les uniformes des amiraux, des généraux, des diplomates, des bach-agha et caïds constellés de décorations de tous les pays, ’ s’harmonisent avec, les mosaïques de faïences multicolores plaquées d'or des grandes arcades de l'édifice.
Le président de la Chambre des députés, les membres du Gouvernement el du Parlement, - l'archevêque d’Alger, les hauts fonctionnaires et les notabilités d'Alger ont été invités.
A l’issue du diner, M. Millerand se rend au cercle militaire, où une réception est donnée en l'honneur des officiers des navires français et étrangers • fui participeront demain à la revue navale.
M. Millerand est reçu au cercle militaire par le général Paulinier. qui le conduit dans les salons et les jardins brillamment illuminés, où la haute société d'Alger s'est réunie. L’assistance fait au Président un accueil chaleureux. De la terrasse, le Président admire le spectacle des navires’ de guerre, dont les contours sont étincelants de lumières.
Le général Paulinier. levant une coupe de champagne en l'honneur de M. Millerand, remercie le Président au nom de l'armée d’Afrique :
C’est pour moi une vraie joie, répond M. Millerand, de inc trouver dans un foyer de l’armée d’Afrique dont les exploits pendant la grande guerre ont dépassé ceux de son glorieux passé.
Le Président regagne a 11 h. 30 le palais d’été au milieu des acclamations de la population algéroise.
La ville illuminée présente la plus grande animation.
Le 19 avril, le Président quille, à 8 h. 30. le palais d'élé pour se rendre à l’Hôtel de Ville, où lui sont présentés la municipalité el les Conseils d’ad minisl ration des Bureaux de bienfaisance.
Le maire d’Alger prononce un chaleureux éloge de la population algéroise orgueilleusement française, qui a créé sur la terre de l'Afrique du Nord une ville qui fait l’orgueil de la mère patrie, el (fui. pendant la guerre, a fait pour elle les plus grands sacrifices de sang et d’or.
M. Millerand exprime sa joie de revenir dans
une Alger agrandie et embellie, qui a bien servi la France pendant la guerre el qui continue dans la paix, en travaillant dans l’union sans arrièrepensée. M. Millerand remercie Alger d’avoir pris comme filleule la ville de Cambrai. Ce .geste atteste que 1 Algérie est intimement unie à toutes les joies, à toutes les douleurs de la patrie. Le Président signe le Livre d'or du Conseil municipal.
La pluie se met à tomber abondamment et cela parait être décidément la fin de la grande sécheresse qui. depuis deux mois, angoissait tous les Algériens. Le voyage du Président coïncide ainsi avecrim événement qui réjouit la population.
Les Algérois, sous leurs parapluies, se tiennent de bonne heure sur le passage du Président, applaudissent et acclament.
C’est sous nue averse torrentielle que le président. de la République, les ministres, le président de la Chambre, le gouverneur général, le maire, le préfet, les sénateurs et députés traversent à pied le cimetière Saint-Eugène pour monter jusqu'au monument aux morts.
Le Président, tète nue, sous la pluie, dépose une grande palme fleurie et se recueille un instant devant la stèle glorieuse.
Le cortège se rend à très vive allure à Bouzaréah. pet il village sur une hauteur à 400 mètres d’altitude, à G kilomètres de la ville, où l'on arrive par la belle route du Frais- Vallon et d'où l’on a un beau point de vue très étendu sur la Mitidja. le Sahel et le littoral méditerranéen.
Le cortège redescend à Alger par la localité d'El-Biar où débarquèrent les premières troupes françaises sur le territoire d’Alger.
Le maire rappelle cette date importante. M. Millerand répond que la République est assez fortement assise, et trop au-dessus de toutes les discussions pour ne pas s'incliner sans arrièrepensée devant toutes les gloires de notre histoire, quel que soii fe nom du régime sous loque} elles se sont produites. La monarchie française qui. en 183(1. peu de jours avant de disparaître, a piaulé ici le drapeau français, a rendu à la France un service dont peut-être elle n'a pas mesuré toute l'étendue. Elle l'a rendu non seulement à la France, mais à l'Algérie el au monde musulman, à la civilisation, eu faisant disparaître ce repaire de corsaires d'où partaient les barbarèsques qui allaient désoler les côtes rie la Méditerranée.
D\ France, une lois de plus, a rempli sa mission. La République la continue, depuis cinquante ans et avec quel succès, nous le voyons, depuis que nous avons mis le piecl sur cette terre d’Alger. Nous pouvons unir le passé, le présent el l'avenir dans un même sentiment de confiance et d’espoir dans les desiinées françaises.
Ces paroles, improvisées par le chef de l’Etal, en ce lieu historique, produisirent une grande impression.
Le Président est rentré à 10 heures au palais d’été où il est resté jusqu’à 1 1 h. 30.
M. .Millerand préside à midi un grand banque! de 800 couverts à la Foire-Exposition d’Alger.
Le déjeuner est offert au président de la République par le Conseil municipal d’Alger, les délé-
gations financières, le Conseil général, la GÊambre de commerce el la Chambre d’agriculture du déparlement d’Alger.
Le Président el les membres de ces assemblées ont pris place autour des tables dressées dans un hall artistiquement décoré.
M. Millerancl préside, ayant à ses eûtes le président de la Chambre, lés ministres, les députés el sénateurs, le préfet, le maire.
- Lemaire d'Alger porte un toast au Président, au nom de ses concitoyens, dont il proclame le patriotisme.
M. Sabatier, président des délégations financières, xlil sa conviction que la visite du Président aura des conséquences très heureuses pour le développement de l'Algérie.
M. Du roux, sénateur, au nom des élus du département. s'associe aux sentiments précédemment exprimés. Il forme le vœu que la question du fret, qui intéresse au plus haut point l'Algérie, soit i - * - solue au mieux d’intérêts qui paraissent contradictoires el termine par un vif éloge de M. Steeg « qui, dit-il, a fait l'unanimité en Algérie autour de son nom ». » ( I ifs applaudissements.)
M. Steeg. gouverneur général de l'Algérie, prononce un éloquent discours fréquemment interrompu par de chaleureux applaudissements.
S'adressant au chef de l'Etal. .M. Steeg dit I ou « 1 - d’abord :
L’Algérie française, par la voix de <a eapilale. vous salin' et vous acclame.
Alger pouvait, à juste litre, revendiquer l'honneur qui lui échoit ; car. c'est ici. qu'eu t SAU. après quinze années d’effacement, la France affirmait sa volonté d'autonomie diplomatique et ses desseins d'expansion méditerranéenne Et. n’est-ce pas le succès éclatant de cotte immense entreprise qui lui rendit confiance dans ses aptitudes colonisatrices et qui lui inspira le dessein de créer ce! empire colonial où, malgré les mutilations de l’année terrible, la patrie «levait trouver un surcroît de force militaire, économique et morale à l'heure de sa suprême épreuve?
Le gouverneur général oppos«“ ensuite au spectacle doréalisations actuelles les obstacles que rencontrèrent le? liéru? «les temps laborieux de la conquête. Mais les résultats aequi? ne sauraient distraire notre jespril de la situation présente, «les angoisses qn’elle nous cause, des difficultés qu’elle nonoffre, des devoirs qu’elle nous impose
L'Algérie, déclare le gouverneur, toute l’Algérie, ?<■?!
. confondue avec la mère patrie aux heures de l'épreuve suprême. Elle en a partagé les espoirs, les deuils, les exploits, le triomphe. Comme elle, elle véeut la divine allégresse de la victoire ; elle souffre delà crise financière économique et même morale qui a suivi. L'incertitude derelations commerciales, l’oscillation déconcertante de toutes clés valeurs, même de la valeur de la monnaie, affectent la confiance nécessaire à une pleine efficacité du labeur La tension prolongée d une énergie presque surhumaine provoque par une inévitable réaction, la recherche fiévreuse des faciles délassements Comme les villages de France, cor tains centres de colonisation, décimés par la guerre, se voient abandonnés par quelques-uns dé leurs habitants qui préfèrent à une rémunération incertaine ou insuffisante d un labeur obstiné, poursuivi dans la solitude lointaine du bled souvent inhospitalier, l’éclat décevant et faux du bien-être des agglomérations urbaines.
La terre algérienne saura bien ramener à elle ses enfants prodigues. Le Gouvernement de la République, par le calme et la fermeté de son attitude, par la force de sa modération assurera à la France les réparations de justice sans lesquelles il n’y aurait plus pour le monde, ni de paix véritable, ni de clair avenir.
lit ciel implacable a poursuivi el poursuit en Algérie la
besogne meurtrière des hommes. Après le typhus et la disette, ce fut l’effondrement des cours des produits du sol. Alors que la vie cependant demeurait chère, pas plus que la France, notre grande colonie ne s’est abandonnée. Elle n'a pas tendu une main suppliante vers la mère patrie don) elle savait les écrasantes obligations pour assurer l’alimentation d une population désastreusement éprouvée. Elle a multiplié les sacrifices.
Forte de la solidarité trempée dans l’épreuve des éléments ethniques qui la constituent, consciente de la force qui la soulève, elle marche d’un pas résolu vers tes destinées qu’elle fixe d'un regard assuré. Elle compte non seulement sur l’enveloppante séduction de son ciel, de sa lumière, de ses sites, mais sur l'énergie méthodique de son audacieuse volonté, sur la nette vision des problèmes et. des solutions qu’ils comportent. Elle enteud liquider le déficit légué par la calamité des dernières années, réaliser courageusement l’équilibre budgétaire, gage de son crédit, condition de ses progrès.
Vous le voyez, Monsieur le président de la République, poursuit M. Steeg. il n’esl pas à craindre que l’Algérie se laisse gagner par ce vertige d’orgueil où tant de pays neufs ont fini par compromettre leur avenir, sous prétexte d'accélérer leur essor. Xon, elle veut s’armer pour la lutte économique sans que l’appareil de son armature risque de l’écraser: mais elle sail b jeu que les dons de la nature ne sulïh sent pas à assurer le succès de son effort.
l’otir que l’œuvre soi t durable, il lui faut les liens d’une solidnrile entière, la conscience d'un effort collectif donl l’objet dépasse la portée matérialiste «les égoïsmes individuels.
.1 ai pu vous dire, Monsieur le Président, qu'en dépit dés éléments ethniques qui la constituent, l’Algérie était «le la France, de la vraie France. Nulle part, vous ne sentirez vibrer plus d’attachement, plus de fidélité, plus de ferveur filiale que sur ce sol où tous, à l’unisson, confondent dans un égal amour les chevaleresques traditions de la France el la généreuse mission de la République.
Notre démocratie a su rallier autour d’elle des hommes ’de races el d'éducation différentes, cl sa vertu supérieure a été de leur inspirer ce sentiment lucide du devoir national «|ui csl d’union et non point de sacrilège déchirement. Elle n’a jamais cherché à infliger aux autres «les asservissements qu elle repousse pour elle-même.
Los faits se chargent d’apporter leur tranquille démenti aux légendes calomnieuses répandues sur la rigueur de notre domination. Rien ne permet de méconnaître l'inspiration généreuse «le notre politique musulmane en Algérie. C’est, dans la plénitude «le notre libre volonté, en dehors de tout romantisme comme de tout calcul, comme de toute crainte, que nous poursuivons une œuvre de justice et de civilisation.
l.a France se réalise de plus en plus. Ce n’est point pur tuiblesso qu’elle est équitable. Elle est assez forte pour se faire obéir. Mais cette force, elle la révèle et l’accroit par le respect qu elle mérite, par l’affection qu’elle inspire.
Le guuvemeii!' général termine ainsi :
Quand vous avez pris le pouvoir. Monsieur le Président de la République. <•! comment n'évoquerais-je pas avec, une émotion de fierté reconnaissante F heure où vous me fites 1 honneur de m’associer a votre tâche de fermeté civique, de concorde républicaine et de dignité nationale, vous avez appelé te pays à renoncer 'aux vaincs querelles, à marcher délibérément dans le sens des réalisations cl de? réparations les yeux fixés sur l’idéal resplendissant de ta patrie victorieuse.
La seule force de votre programme d'union fraternelle, dans le travail, par le travail, suffit à briser les entreprises de sectaires insoumis qui prétendaient faire le bonheur du prolétariat en l'écrasant sons les ruines de la grande démocratie française.
Ce que vous apportez aujourd’hui à l’Algérie, c’est le salui de la France reconnaissante sans doute et avant tout, mais, c'est aussi la leçon de vos préceptes, les principes de votre action. Aux heures les plus graves, vous n’avez pas désespéré de la pairie. L’exemple de votre énergie, de votre labeur, de votre foi nationale, de votre volonté de réconciliation civique et de progrès social animera, réconfortera
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
l'activité (le tous les enfants de la terre algérienne, unis dans l'hommage de respect qui va à votre personne, mais aussi dans l'expression de la tendre gratitude qu’ils éprouvent à l'égard delà France souveraine leur protectrice puissaute. maternelle et juste.
Le président de la République a prononcé le discours suivant au banquet qui a eu lieu à la Foire-Exposition :
Le 3 août 1914, à t> h. 45 du soir. l'Allemagne déclarait la guerre à la France.
Le lendemain. 4 août, à 5 heures du malin, les ports de liôno et de Philippevillc subissaient le premier bombardedemenl de l'ennemi.
Ce n'est pa> sans émotion que j'évoque aujourd’hui, dans relie ville qui vient de réserver un si magnifique accueil au représentant de la fiance, le souvenir de ces heures poignantes.
Nul. en effet, ne se méprit alors sur la vraie signification de l'agression et sur l'espoir injurieux pour la dignité et l'honneur de l'Algérie dont elle était la manifestation. Certes, pas un instant, la France n’avait douté de la réponse qui serait faite à ce défi. Elle dépassa cependant, par sa netteté et sa spontanéité, tes espérances les plus optimistes. Elle jaillit péremptoire et décisive du cœur enthousiaste des enfants de l'Algérie. Français et indigènes, confondus dans la même révolte, dans la même foi. dans le même amour de la France, de la patrie commune pour la défense de laquelle les uns et lés autres se dressèrent, d'un seul mouvement, prêts au sacrifice.
La réponse, c'est cette admirable armée d'Afrique qui est allée la porter sur tous les champs de bataille d’Europe, ajoutant «à ses anciens litres de gloire tant de titres nouveaux, consacrant par le sang versé pour le triomphe de la même cause, l'union définitive préparée par tant d'années de vie commune.
La réponse, elle est venue enfin de cette population algérienne qui. sans une minute de défaillance, pendant les dures années d’épreuves, a contribué de tous ses moyens, avec une énergie et une générosité inlassables, au ravitaillement de la métropole.
Au lendemain de celte guerre si longue et si douloureuse, après la victoire du Droit, que le sacrifice d'un trop grand nombre de nos enfants a rendue possible, le président de la llépublique se devait à lui-même, il devait à l'Algérie comme à la France, d’apporter l’expression de la reconnaissance naiionale et le pieux hommage do la République aux éO.OOO soldats de l'Algérie morts pour lu France.
L'est le premier objet de la visite que je vous rends aujourd'hui. Ce n’est pas le seul.
Nous sommes assez enclins à exercer sur nous-mêmes notre esprit critique et à nous juger avec une sévérité parloi- excessive pour saisir l’occasion aujourd'hui offerte de mettre en lumière la grande leçon, tout à l’honneur de la France, qui se dégage de l’active collaboration de tous les Algériens — qu’ils soieid Français, d’origine européenne ou de race indigène.
Une œuvre glorieuse de civilisation a été accomplie dans ce pays: nous avons le droit d’en être fiers et noire reconnaissance est due aux hommes qui. au cours d'une période presque séculaire, ont su non seulement assurer la conquête du sol, mais — résultat autrement rare et précieux — obtenir l’adhésion des intelligences cl des cœurs.
C’est à eux que j'entends rendre hommage. Ce sont ces lils de France, courageux, intelligents, entreprenants, qui ont rendu possibles les résultats dont nous nous enorgueillirons aujourd'hui. Ce sont eux qui, en créant ces fermes, ces exploitations agricoles, ces centres de colonisation, ces villages et ces villes vers lesquels l'élément indigène se sentait de plus en plus attiré, ont préparé, puis cimenté la nécessaire t-l bienfaisante communauté des intérêts. En associant étroitement à leur œuvre la population indigène, en l'initiant à leurs méthodes, en la faisant participer à leur prospérité, ils l’ont progressivement acheminée vers une harmonie de sentiments qui devaient se manifester avec éclat le jour où la France menacée l'appellerait à défendre le patrimoine commun.
Au cours du voyage de mon éminent prédécesseur et ami. M. le Président Loubet, en Algérie, un chef indigène
s’écriait : « Nous sommes tous prêts à marcher sou- le drapeau français pour la défense de la France », Ce que valait cette promesse, jaillie spontanément des lèvres d’un agha en avril 1903, les faits l’ont vérifié de 1914 à 1918.
Sans doute, une adaptation aussi laborieuse, aussi délicate ne s’est pas accomplie sans heurts, sans à-coups. Il n'est pas d'œuvre humaine — surtout d une telle complexité — qui n' eut raine avec elle d'inévitables erreurs.
Ce n'en est pas moins pour lu France un titre d impérissable honneur que d’avoir tenté, sur celle terre d'Afrique, la conquête morale des populations indigènes, et de l'avoir réalisée, en respectant scrupuleusement leur foi. leurs traditions et leurs mœurs.
Certes, ce n’était pas un problème aisé que celui de rendre aimable à des races d’origine, de mentalité et de civilisation si différentes. Faction de notre autorité, et c’est un devoir bien doux à remplir que de rendre aux hommes qui l'ont résolu, à tous ceux — militaires et civils — qui se sont succédé ici depuis tantôt cent ans, cette justice qu'il- ont su à travers la consciencieuse recherche des meilleures formules de colonisation, édifier peu à peu une œuvre digne de la France, de la plus haute personne morale, pour reprendre le mot de Gambetta, qui soit dans le monde.
Rien loin de songer à détruire, ces conquérants s'attachèrent, au contraire, à créer de la richesse et du bien-être. Ils apportèrent à la population indigène, décimée par la maladie. les misères physiologiques, l'inestimable secour» de la science moderne.
Par une organisation méthodique de la lutte contre lès épidémies, par la création d’hôpitaux, d'infirmeries indigènes, par l'amélioration constante du sort des populations, ils réussirent, non seulement à enrayer la mortalité, mais à déterminer un accroissement significatif de la population qui serait à lui seul — s’il en était besoin — la plus éloquente des réponses à nos détracteurs. L'œuvre se développe sous nos yeux.
Pour n'avoir pris possession de vos hautes fonctions, que depuis quelques mois, mon cher Gouverneur général, vous n’en avez pas moins déjà fait apprécier par vos administrés. Français et indigènes, les rares qualités de tact, de conscience, d'autorité qui vous avaien désigné au choix du Gouvernement.
S’il m’était permis de distinguer entre les fonctionnaires placés sous votre éminente direction, je désirerais exprimer plus particulièrement la reconnaissance du pays à certains d’entre eux auxquels me paraît être confiée une des missions les plus essentielles et les plus complexes. Je veux parler de nos administrateurs des communes mixtes, *i modestes et si méritants. C'est par eux que l'œuvre de pénétration et •le colonisation française, entreprise par nos colons. Lest trouvée complétée. Vivant en contact plus étroit encore avec les indigènes, parlant leur langue, les aimant, ils ont -u. dans l'ensemble, être les protecteurs, les éducateurs, le? animateurs de cette société, dont il importait de guider prudemment l’évolution dans le sens de ses traditions.
C'est à la conception qu'ils se font de leur rôle, à l'esprit qui les anime, à leur valeur morale que sont dues — > pour une grande part les harmonieuses relations nouées entre les éléments français et indigènes.
L'œuvre veut être poursuivie dans le même esprit, avec la même prudence.
La guerre n'a pas seulement provoqué un indescriptible bouleversement économique; elle a eu également pour con-^ séquence un ébranlement moral considérable. Elle a jeté, à travers le monde, dans un désordre tumultueux un flot d'idées, de revendications, de principes dont il serait hardi de prétendre qu'une tentative trop rapide de réalisation ne risquerait pas d'amener un mouvement de régres-ion redoutable et de compromettre les résultats chèrement acquis par plusieurs générations.
Aucune solution ne saurait être a priori exclue. Il est. au contraire, profondément souhaitable que ceux qui ont donné de si indiscutables témoignages de loyalisme et d'attachement à la grande patrie soient, de plus en plus êtroitemenl associés à nos préoccupations nationales, à nos devoirs et à nos droits. Les représentants, à tous les degrés, de la France en Algérie doivent redoubler d'attention, de sollicitude et d’activité pour conduire sans à-coups, sans les troubler dans leurs croyances, au rythme de leurs propres facultés d’évolution, les population* qu’il* administrent ver-
un étal social, politique et économique qui, chaque jour amélioré, ne cesse pas toutefois de répondre aux exigences de leur mentalité et de leurs traditions.
Au premier rang des artisans de celle grande œuvre, je liens à saluer les membres des Délégations financières algériennes.
Vous avez amplement justifié, Messieurs, la confiance que vous avait témoignée le Gouvernement de la République, en remettant entre vos mains les destinées économiques et financières de notre magnifique domaine.
L'épreuve a été décisive.
11 suffit, pour s'en convaincre, de suivre, année par année, la progression de vos budgets, indice d'une richesse en voie d’accroissement continu.
Par la création de nouvelles voies ferrées, par l'ouverture de roules nationales, départementales et viscinales, par les crédits considérables consacrés à {'aménagement des poi ls, à l'amélioration el à l'extension des exploitations agricoles, vous avez contribué à aeeroilre, dans des proportions inespérées, le chiffre des exportations et des importaient en Algérie.
Le programme de grands travaux que vous venez d élaborer H de gager par un emprunt atteste la confiance robuste et l'énergie qui font de vous les dignes successeurs des pionniers auxquels, tout à 1 heure, je rendais hommage. Vous serons heureux, d'accord avec les dévoués représentants de- l'Algérie au Parlement, de seconder votre action, estimant de quel poids peuvent peser dans le relèvement de notre économie nationale les richesses que vous créez et développez sur cette terre d'Afrique.
.Nous savons ce que vous al tendez de nous : la large décentralisation qui vou> e.-t nécessaire et dont la souveraineté française la preuve en esl amplement faite n'a rien à redouter.
Entre la métropole el l’Algérie, l'union est indissoluble. Le sang versé eu' commun l a définitivement scellée et la fraternité des armes -'est affirmée si étroite, dans de >i tragiques circonstances, que la France peut. san> inquiétudes, avec la fierté cl la tendresse confiante d'un eteur maternel, restreindre son rôle à assurer la marche toujours plus libre de sa fille chérie vers les magnifiques destinées que l'avenir nous réserve.
.le lève mon verre à l'Algérie, à sa prospérité, à son avenir, •à -es représentant-
K u <|iiiltanl lu lAure-Lx-position. le président de lu République se rend sur les <|(ini- [idur présider In cérémonie de l'inauguration des I ravaux d'extension du port. La population, massée sur le parcours, lance des vivais frénétiques.
,\I. Billiard, président de la Chambre de commerce, explique qu'un avant-port, deux bassins el cinq môles vont être construits.
Le Président félicite les Algérois de leurs lieumises initiatives el leur donne l'assurance (pie le Gouvernement delà République leur en l’aeililera l'exéculion.
Le cortège officiel, suivant le boulevard de la République, au milieu des mêmes mnnifcsl; liions enthousiastes, arrive à l'Amirauté.
Devant l'Amirauté, les fusiliers marins rendent les honneurs. M. Millerand el tous le- personnages qui l'accompagnent s'embarquent -tir une vedelle battant pavillon présidentiel el vont aeeosler le Strasbourg, sur lequel le Président passe la re\ ne navale. L'cquipage rend les honneurs. La musique joue la Marseillaise. Le pavillon présidentiel est hi-sé au grand mal. Le vice-amiral Salami. commandant en chef l’escadre de la Méditerranée, le vice-amiral américain Niblack. le contre-amiral anglais sir Richard Wobb. le conl re-amiral italien 1 ! ustovo Xicn-I ro cl les chefs de mission des au Ires
nations représentées montrai également sur le Strasbourg .
Ce bâ liment, suivi d'autres unités légères, passe successivement, au milieu des fracas des salves d’artillerie, entre la Bretagne, 17 tah (américain), le Bembow (anglais), le Caio-Duilio (italien), ta Reina- Régenté (espagnol), le Caroalhao-Arau jo (portugais), et des torpilleurs anglais, américains, italiens. Les grands cuirassés et les petites unités, avec, comme décor au fond, le. panorama unique de la ville blanche bâtie en cascade sur les collines qui ceinturent la. rade, produisent, un effet impressionnant. Neuf avions escortent le navire présidentiel.
M. Millerand, debout sur la passerelle de commandement, répond âux saints des marins.
Los équipages, rangés le long des lisses, poussent les cris de : « Vivo la République! » el des hourras.
Le Strasbourg infléchi! sa roule el défile devanl la l'rrnue, h* /bois, je Met;, l' Edgar-Quinet , le h un- Hart. D'autre part un toi pilleur italien, neuf torpilleurs français et trois sous-marins défilent à contre-bord du Strasbourg .
Le Strasbourg ramène le Président à l'Amirauté.
La revue est terminée à t7 heures.
Le président de la République traverse loute la. ville en automobile pour revenir au Palais d’été. Les habitants manifestenl encore leur joie en applaudissant et en criant : « Vive Millerand ! Vivo le Président ! »
A l'issue de la revue navale, le président de la République a adressé à M. Raiherli. ministre de la .Marine, la loi Ire suivante :
Mon cher Ministre.
Au cours de In revue de là force navale réunie (Unis ht splendide rade d'Alger, j’ai constaté une lois de plus la belle tenue des bâtiment- et de- équipages placés sous le commandement vigoureux de l'amiral Salami.
Je \ous adresse à cel le occasion mes plus chaudes félici talions en vous priant d'en Iransmeltre L'expression aux amiraux, officier.- mariniers et aux équipages.
Je v ous prie également d’èlre mon interprète auprès des commandants des forces navales étrangères dont In participation a rehaussé l'éclat de celle démonstration.
Veuillez agréer, cle.
A. Mii.u;ka.M).
.M. Raiherli, ministre de la Marine, a transmis (m ces termes au vice-amiral Salami, commandant eu chef l’escadre de la Méditerranée, la lellee de 'félicitations du président de la République :
Mou cher amiral.
J'ai l'honneur de vous transmettre la lellre que m'adresoe M le pré.'idenl de la République en vous priant de la porter à la connaissance de- ('•lals-majors et des équipages sous vos ordres. Je sui- heureux d'y joindre les félicitations di ministre de la Marine el scs compliments personnel- pour le commandant en chef de l'escadre.
RxiBEim.
Le président de la République a adressé au roi d'Angleterre et au roi d'Italie tes télégrammes suivants .
BULLETIN DU COMITE DE L'AFRIQUE FRANÇAISE
A Sa Majesté le roi Georges V.
Votre Majesté en taisant saluer le président de la Répu- Idique à son arrivée à Alger par les beaux bâtiments dont je viens de passer la revue a donné à la France une marque nouvelle d’amitié dont je suis sincèrement louclié. J’ai eu grand plaisir à admirer ces navires ainsi que la superbe tenue de leur équipage ; les liens de mutuelle sympathie qui unissent nos officiers et nos marins ne pourront être que fortifiés par cette nouvelle rencontre et en exprimant à Votre Majesté mes plus vifs remerciements pour son aimable pensée, je La prie d'agréer l’assurance de mon inaltérable amitié.
A. Mii.lekaiYI).
A Sa Majesté le roi Victor Emmanuel lit.
Au cours de la revue navale que je viens de passer en rade d'Alger, j'ai admiré les unités italiennes dont les vaillants officiers et marins emporteront, j’espère, de leur rencontre avec leurs camarades français un agréable souvenir. Eu exprimant à Votre Majesté mes remerciements les plus sincères pour son aimable pensée d’avoir envoyé ses bâtiments saluer en son nom le président de la République française, je suis heureux de Lui renouveler l’expression de mes sentiments de constante et fidèle amitié.
A. Mll.MUtA.NI>.
Le ministre de la Marine a également écrit aux rommundanls des forces navales étrangères qui ont participé à la revue d'Alger, pour les prier de Iransmetlre aux états-majors el aux équipages sous leurs ordres les félicitations du président de la République.
M. Millerand reste ce soir au Palais d'été où le gouverneur cl M"1*’ Steeg donnent un grand bal dans les jardins illuminés elles salons.
Le 20 avril, le présidenl de la République quille à S h. 30 le Palais d'été pour se rendre à Plnslitul Pasteur.
Le cortège présidentiel traverse ensuite les faubourgs d'Alger dont les habituais ne ménagent- pas leurs ovations à M. Millerand.
L’armée d’ Afrique, avec la collaboration de la flotte, offre ensuite au président de la République un spectacle que nulle part ailleurs il ne serait possible d’admirer. L’école de cavalerie indigène el les régimenls de la première brigade de cavalerie d’Algérie, spahis et chasseurs d'Afrique, avec le concours de l'aviation, du génie, du groupe d'auto-milrailleuses. simulent une bataille sur la plage d’Iïussein-Dey. Les spahis et les chasseurs ont débarqué des navires que I on aperçoit au large. Les ennemis sont en fuite. Une fantasia célèbre la victoire dans le tumulte des sabres et des galops fous des chevaux emportés. Mais l’adversaire attaque. L'escadre, composée, de quinze grandes unités, évolue, fa.il feu de I ou les ses pièces contre l'ennemi, qui recule, poursuivi par scs vainqueurs.
Tonies ccs évolutions se produisent avec nue précision parfaite', malgré le désordre apparent du chaos de la guerre.
Le Président fébrile h* colonel Renoms qui a dirigé la manœuvre.
Le cortège présidentiel fait un grand circuit dans la banlieue d’Alger. Le Présidenl visite en passant l’école de rééducation des mutilés de Kouba.
L’école, qui est le centre de rééducation professionnelle de l’Afrique du Nord, est construite sur
une éminence, dans un beau jardin d'où l'on découvre toute la rade d’Alger.
Le Président salue les mutilés, les veuves el les orphelins de guerre groupés dans la cour de l’école.
Le directeur, M. (Irand, mutilé, prononce des. paroles courageuses de confiance dans la France.
M. Millerand l’en félicite el dit : « Les victimes de la guerre sont pour nous un exemple et un modèle constants. Ils nous disent qu’à toul moment nous devons être prêts à faire le sacrifice total de ce (pie nous sommes, au bénéfice de la collectivité qui esl la patrie. Jamais, la France n’oubliera la dette sacrée qu'elle a contractée envers les mutilés. les veuves el les orphelins de la guerre. »
Après celle visite émouvante, le cortège gagne Alger par Rirmanrlrcis el se rend à l'Universilé.
Les Imlinienls de l'Universilé, d'une très belle architecture, sont construits dans mie palmeraie. Les professeurs, les étudiants et les enfants des écoles acclament le Président. Le recteur, M. A rdaillon. conduit AL Millerand devant la plaque de marbre où sont gravés les noms des professeurs el élèves de l’Université d’Alger morts pour la France et prononce le serment que les survivants de la nouvelle génération sauraient aussi faire leur devoir.
M. Millerand reçoit ce serinent au nom de la France.
Rien n’est plus significatif, dit-il. que ces simples plaques de marbre. Si quoique chose peut alléger notre deuil, c’est la pensée (pie la France n'a été pour rien, dans les événements qui ont rendu ces sacrifices nécessaires. Lorsque le 2 août 1014, la France tout entière s’est levée pour courir à la frontière, elle savait que. depuis cinquante ans, depuis que lui avaient été arrachées par un odieux abus de la force les provinces chéries qui faisaient partie de sa chair et de son sang, elle n’avait pas fait un geste, elle n’avait pas eu une pensée qui pût mener à la guerre.
La guerre lui a été imposée, mais le jour où elle a dû se lever pour y faire face, elle a prêté le serment de leuir jusqu’au lion I, c’est-à-dire jusqu’au jour où l’injusliee aurait été réparée, le droit vengé, les Français violemment enlevés de la mère patrie rendus à celte patrie. Ce serment a été tenu, le 1ml nlleinl. El vous, jeunes gens qui m’écoule/ el qui, demain entrerez dans la vie, rappelez-vous ce que veulent dire ces plaques: elles signifient que si vous êtes comme nous animés de l’espril de paix el du droit, si vous estimez que la guerre esl une chose épouvantable, horrible, il y a quelque chose qui serait plus épouvantable el plus horrible, ce sérail d’aceepler. le l’ronl baissé, l'humiliation et de ne pas être en mesure, le jour venu, comme l’ont fait vos aines de 1914 jusqu’en 1918, de faire respecter le droit et d’assurer le triomphe de la civilisation.
Vous le feriez comme eux. poursuit 31. Millerand. si la destinée le voulait. Mais je suis tranquille, je suis sûr que l'attitude de la France esl pacifique, mais ferme dans ses desseins, proclamant au monde qu'elle ne veut comme clic l'a toujours voulu depuis cinquante ans que la paix, mais décidée à faire, comme elle l’a fait hier, respecter le droit et ses droits. Je suis sur que celle attitude suffira el que nous aurons la satisfaction profonde, la joie indicible de voir que ces héros sont morts, non pour seulement sauver la France, . ils oui en même temps, par leur sacrifice suprême, assuré à l’humanité une ère de paix, et de calme.
Le cortège escalade les hauteurs de la vieille ville cl arrive au milieu des acclamations jusqu'à la Médersa cl à la mosquée de Sidi-Abderrhaman.
Le reclcur de l'Universilé musulmane prononce