‹ Renseignements coloniaux et documentsChapitre 52 sur 154 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

uno allocution dans laquelle il affirme le loyalisme des étudiants musulmans.

M. Millerand le remercie. « II ion , dil-il, ne prouve mieux le respect qui anime la politique de la France à l’égard des indigènes, politique d’association, d’union étroite. »

Sans sortir des bâtiments qui ont une étendue considérable, le Président se, rend à la mosquée au centre de laquelle sont groupés les représentants du culte et les fidèles.

Ben Siam. président de la confrérie, souhaite la bienvenue au Président, affirmant 1 altaehemeul des populations à la France.

Il le fait en ces termes :

Qu’il me soi l à mon Ion r permis, Monsieur Je Président, d'élever jusqu'à' i ons l'adresse respectueuse de lu plus heureuse bienvenue.

L'Afrique du Nord tout entière, de l'Océan jusqu’aux Séries, vibre cl retenti t des acclamations enlhousiasles (jue lancent sur voire passage les populations accourues pour saluer en une seule personne, le Chef de l'Etat, l'homme éminent, le représentant de la Mère-l'ntrie. Alors que (nul d'autres voix si éloquentes, si chaleureuses, se taisent h peine, alors que je les écoule encore, voici que le mandai dont je suis investi me donne le précieux privilège de me joindre bien modestement au concert des hommages et des louanges sincères.

Monsieur le Président de la République, si humble que soit ma voix, elle vous apporte un tribu nombreux : daigne/. considérer derrière moi les populations arabes qu'il m'est donné de représenter, ces populations dont je soi- l'iulerprètc pour vous donner l'assurance de leur dévouement cl de leur affection sans limites pour votre très liante personne et pour la Franco. Car les Arabes d Algérie. Monsieur le Pré.-ideiil , font plus que vous rendre hommage : ils aspirent de tout leur cccurà ce que vous sachiez, la reconnaissance qu'ils ont pour le noble et généreux pays qui en conduisant ici ses armes et ses drapeaux, a voulu et su y apporter aussi son libéralisme, son équité, son respect des mœurs et des croyances d’autrui, et qui, par sa douceur el son souci de les élever sans cesse, a fait, de ces sujets d un sang différent, les fils d une même pairie.

En vérité, ta France que vous incarnez devant nous. Monsieur le Président de la République, est notre patrie. Si le moindre doute pouvait subsister à cet égard, les événements considérables de ces dernières années Font manifesté de la plus évidente manière. Dès qu'ils eurent compris le péril que courait noire mère d’adoption, la France métropolitaine où ils n'avaient cependant jamais été, nos hommes se soûl levés du fond des douars el il- sont venus se presser sous les drapeaux tricolores, et ils ont donné sans compter leur sang pour la défense acharnée du sol de la patrie.

Voici la paix revenue. Monsieur le Président de la République, et déjà nous savons que vous la voulez el la faites aussi glorieuse que les années de batailles, et par dessus tout laborieuse, fertile, assurée. Que mes faibles paroles puissent vous amener à penser que les Arabes d'Algérie ne failliront pas à la lâche commune de labeur el de bon vouloir. L’œuvre généreuse de la France, attentive a tous nos besoins moraux et matériels, l'instruction qu'elle nous donne dans ses écoles el dans ses l diversités, sa noblesse el son libéralisme à nous admettre au plus intime de sou sein, produiront comme par le passé leurs fruits, que nous nous efforcerons chaque jour de rendre plus beaux, en rapprochant sans cesse notre âme de celle de nos livres français, en demeurant, dans les époques à venir, les lits dévoues jusqu'au sacrifice, s'il le faut encore, d’une patrie que nous aimons à l’égal d'une mère.

Vive la France! Vive I Algérie! Vive la République!

Ccsl au tour île l'émir Khaled, petil-fils d'Alul el Kader. conseiller municipal, conseiller général el délégué financier, dont <»n connaît le rôle joué en ces dernières années en Algérie à la fêle du pari i

nationaliste musulman. Nous publions en entier son discours dont le Journal officiel, ira donné qu'un extrait :

Monsieur le Président de la République,

Permeltez-moi, en ma qualité de représentant élu de la population musulmane au Conseil municipal, au Conseil général et aux délégations financières, de vous adresser nos souhaits respectueux de bienvenue.

Dans ta longue et attentive visite donl vous voulez bien honorer l'Afrique du Nord. l'Algérie ne peut avoir, pour vous recevoir, que des mots de reconnaissance el de joyeux accueil.

Soyez le bienvenu pour l’honneur insigne que vous nous faites, pour la marque de haut intérêt que vous nous témoignez el pour l'espérance qu’elle fait naître dans nos eomrs.

A la veille du centenaire, de l’occupation française, cette haute marque de bienveillance peut-elle avoir d’autre bul que de proclamer hautement que les habitants de l'Algérie, sans distinction de confession el de race, sont également les enfants de la France el ont un égal droit à son foyer ?

Au moment où, d’un bout à l'aulre de la terre, le monde, bouleversé par un cataclysme sans précédent, essaye de reprendre son équilibre normal, les Musulmans algériens demandent instamment à la France de leur continuer sa tendre sollicitude en développant les libertés qu’elle leur a déjà si généreusement accordées, afin de leur permettre de prendre définitivement rang dans la grande famille française.

Ce ne son I pas les quelques réserves ou restrictions nécessitées par leur slalul personnel qui pourraient mettre obstacle à leur définitive adoption et vous faire hésiter.

Leur loyalisme n'a connu ni réserve ni hésitation lorsque, à l'heure du danger, ils ont combattu pour la défense du droit el de la liberté, soutenus par la plus grande France.

Ce n'est pas le simple l'ail du hasard que, suivant la noble tradition léguée par l’émir Abdelkader, ils ont, depuis la conquête, observé religieusement la parole donnée à la France el le serment prêté.

I)e Ions les peuples, te peuple français, par sa glorieuse histoire el son génie, est celui avec lequel ils peuvent le mieux s'entendre et fraterniser.

Uue occupation quasi-séculaire, une fréquentation journalière. ta lente et sûre association des intérêts el des idées oui créé des liens puissants, qu'il serait impossible de rompre.

Un siècle de vie commune fait que nous ne pouvons plus nous passer de la France, de son gouvernement organisé, de la paix qu'il procure, des possibilités de développement qu'il offre aux facultés de l'individu, de sa bienveillance naturelle, enfin !

Or, si le libre jeu de ses institutions permet à scs propres enfants le plein épanouissement de leurs moyens, nous souhaitons qu'il en soit bientôt de même pour nos enfants adop tifs, donl les intentions les meilleures sont, parfois mal interprétées ou incomprises.

La lâche de collaboration entière avec vous qui reste à accomplir ne peut être menée à bien que par des hommes éclairés ci mandatés par nous.

C’est pourquoi avec la déférence et le respect dus à l'hôte illustre que vous êtes, nous venons solliciter une représentation.musulmane au Parlement français. Seule, elle serait capable de porter à la Mère-Patrie, l’expression de notre indéfectible attachement el de sceller l'anneau de notre destinée à la longue tradition de gloire qui place la France, dans le monde, à la tète de la civilisation et du progrès.

Nous avons mérité cet honneur el elle considérera sans doute qu elle se doit à elle-même de nous l'accorder.

Dans l’Algérie musulmane, il peut se rencontrer des gens arriérés, des esprits incultes, il ne se rencontre pas un seul anlifrnneais.

C'est pourquoi, loyalement, nos mains el nos cœurs se tendent vers la France. Nous nous demandons de ne pas les repousser, de même que nous vous prions. Monsieur le Président de la République, ainsi que tes personnalités éminentes qui vous accompagnent, de bien vouloir vous faire les interprètes de nos aspirations, et. le cas échéant, devons

porter garants pour nous. Nous sommes certains de ne vous avoir pas sollicité en vain.

Le souci que nous avons de nous créer, au sein de la France, une situation digne d’elle et digne de nous, est lu meilleure preuve que nous sommes de bons Français et que nous n’avons d’autre but que de resserrer davantage les liens qui nous attachent à la Mère-Patrie.

Vive la France! Vive l'Algérie! Vive le Président de la République !

Les paroles de Klialed suai écoutées dans un grand silence, colons el indigènes prêtent la plus grande attention à ce (pie va répondre le Président de la République.

Dune voix très assurée, liés nette, scandant bien ses paroles, AI. Alillerand répond dans les ternies suivants :

« Je suis heureux que vous ayez rappelé, en les confir niant, les déclarations de loyalisme, d’indéfectible attachement que je recueille à chaque arrêt parmi les indigènes de l'Algérie.

Depuis que la France y est installée, les indigènes ont pu compter les améliorations que la France leur à apportées. Elle ne s'en fait pas un titre glorieux ; en agissant ailes i elle a obéi «à son esprit, elle a rempli son devoir : elle continuera.

« Les indigènes ont répondu noblement, correctement, à Ja confiance que la France mettait eu eux. Ils avaient le droit de rappeler que pendant la grande guerre, les fils des indigènes se sont fait tuer comme les fils de colons pour la défense de la France et de la civilisation. La France ne la pas oublié et. dès 1919, à peine la guerre terminée, le Parlement de la République a voté une loi considérable qui n'a pas été sans rencontrer en Algérie de vives oppositions. Elle a mis sur le pied de complète égalité dans les conseils municipaux. dans les conseils généraux, dans les délégations financières, les représentants des indigènes et les représentants des Français européens.

« A'ous demandez plus et pour nous vous avez posé la question avec netteté. Je vous remercie de me permettre de répondre avec la même netteté. Je crois qu'il n'y aurait rien de plus dangereux pour tous, pour vous comme pour nous, que d'aller trop vite dans la voie où nous nous sommes engagés et où nous ne nous arrêterons pas. Donner aux musulmans des représentants directs au Parlement, telle est votre demande.

« Je ne doute pas qu’un jour ne vienne où les droits politiques déjà considérables des indigènes soient augmentés encore. Vous êtes un esprit trop fin, trop avisé, trop averti des réalités, pour ne pas vous rendre compte que le péril le (dus grand pour les indigènes comme pour nous serait celui où nous nous exposerions si, voulant aller trop vite, nous étions contraints de revenir en arrière. Voilà pourquoi je*' crois prudent d'attendre que la loi de 1919 ait développé ses conséquences, que la population des colons comme la population des indigènes ait pu en connaître et en apprécier les résultats. Ces résultats, j'en suis sûr. seront bienfaisants: ils nous permettront un jour d'aller plus loiiV. A la réflexion vous comprendrez comme moi que ce qui s'impose d'abord, de toute nécessité, c’est que l'éducation sc fasse par la pratique des droits nouveaux que la France a été heureuse d’accorder aux musulmans algériens, par la conscience qu'ils prendront de plus en plus do leur importance et do leur étendue.

Aussi, je suis convaincu que forts des avantages légitimes qu'ils ont déjà remportés, connaissant bien l'esprit et la volonté de la France, les indigènes poursuivront, en plein accord avec les colons, cette association nécessaire el bienfaisante de laquelle j'attends, dans l'avenir, des résultats non moins heureux que ceux qu’elle a déjà produits dans le passé pour les indigènes, pour les colons, pour l’Algérie, pour la France. »

Le Président de la République revient au Palais d'été en traversant les quartiers ouvriers. Le peuple algérois acclame et applaudi! très chaleureusement le chef de l’Etal.

AI. Alillerand déjeune dans l'intimité avec sa famille, au Palais d’été, où il reste à travailler cet après-midi.

AI. Alillerand a échangé des cadeaux avec les agha et baebagha.

Al Al". Raoul Péret, président de la Chain lire de* députés : Le Troequer, ministre des Travaux publics; J /‘on Bérard, ministre de P Instruction publique: .MAL Lémery, .Morand, sénateurs:

Baréty. Itegaud. Denise, députés, qui s’embarquent sur le Maréchal- Hugeaud, ont pris congé du Président de la République.

AL Alillerand travaille l'après-midi sur les dépêches et les documents qui lui ont été apportés par la valise.

Le Président de la République a adressé une lettre de félicitations au général Paulinier. commandant le l!te corps d'armée, pour la brillante fantasia exécutée par la cavalerie d'Algérie sur le terrain d'Hussein-Dcy.

Après avoir dîné dans l'intimité, le Président de la République quitle le Palais d'été à 21 h, 30. pour se rendre à lu gare.-

Le département d Alger

Le col lège emprunte le même parcours que le jour de l’arrivée. Les Algérois se montrent tout à fait enthousiastes dans leurs démonstrations. Les édifices, notamment l'Hôtel de la Poste, sont brillamment illuminés. Les navires de guerre inondenl les collines de leurs faisceaux électriques. Le train présidentiel quitle Alger à 22 heures.

Le 21 avril, avant d'arriver à Tizi-Uuzou. le train présidentiel s'arrête quelques instants au petit village dit Camp-du-AIaréchal. où la population, malgré l’heure matinale, esl venue au complet saluer le Président. La population offre cette particularité qu elle est presque entièrement originaire d'Alsace, étant venue après 1871. pour ne pas subir le joug de l'envahisseur. Des jeunes filles portant la coiffe alsacienne aux grands rubans offrent des fleurs au Président; lune d'elles prononce un petit compliment, auquel AL Alillerand répond en quelques mots, non sans émotion. Les habitants crient : « Vive la France! Vive F Alsace- Lorraine! «pendant que le train reprend sa marche vers Tizi-Uuzou, où il arrive à 8 heures précises.

A1AI. Alillerand, Raiberli. Chéron. Steeg. les sénateurs et députés, les autorités prennent aussitôt place dans des automobiles. La population acclame le Président.

Place de l'Eglise, le o® régiment de tirailleurs algériens rend les honneurs. Tous les élus el fonctionnaires sont groupés, ainsi que de nombreux colons indigènes.

Le maire souhaite ta bienvenue à AI. Alillerand et rappelle que ('Allemagne, qui avait suscité l'insurrection de 1871. s’est lourdement trompée en comptant provoquer uni' révolte lors de la dernière guerre. Au contraire, les Kabyles sont parmi ceux qui firent leur devoir. AL Alillerand s'associe à cet hommage, constatant que la France a su faire la conquête des cœurs. Ce» paroles sont

vivement applaudies. Le cortège repart à 8 h. 30, au milieu des cris de : « Vive Millerand! Vive la France ! »

Depuis la vallée du Sebaou, d'où partent les automobiles du cortège présidentiel, jusqu’aux hauteurs de Fort-National, les indigènes sont groupés en de nom breux points du parcours pour saluer le chef de l’Etat. Ce sont de solides montagnards aux figures bronzées, éclairées d’un sourire qui découvre une dentition superbe. Les enfants, très nombreux, font preuve d'une grande gaîté dans leurs acclamations aux cris de : « Vive la France ! »

Au tournant de la roule, à 10 kilomètres avant d'arriver à Fort-National, le Président salue la stèle élevée à la mémoire des soldats français morts en Kabylie.

Le paysage est, au-dessous de la route, vertigineusement accidenté; à 600 mètres de profondeur, presque à sec, le Sebaou se tortille dans la plaine. Les hauteurs couvertes du Djurdjura semblent toutes pareilles et proches.

La route serpente encore pour arriver à Fort- National. citadelle bâtie à 1.000 mètres d’altitude, à proximité d’une petite agglomération de quelques centaines de Français. Ceux-ci l’ont fête au Président de la République. La route monte et tourne encore pendant 12 kilomètres au-dessus de ravins à pic, dont quelques-uns ont plus de 1,000 mètres.

Toutes les voitures arrivent à Michelet, village habité surtout par des fonctionnaires qui administrent la région. Le Président, à qui ils soid présentés par le préfet, les félicite de leur œuvre.

Le déjeuner est servi sur une terrasse d'où l’on découvre le panorama du Djurdjura. Après une heure de repos le cortège présidentiel repart pourjlougie. ^

Pendant I kilomètres, le cortège présidentiel suit la même route qu’à l'aller, traverse le Sebaou cl pénètre dans la forêt d'Yakoureut.

Les Kabyles brandissent de gros bouquets et crient : «. Vive la France! » Les gardes forestiers ont élevé, en un site pittoresque, à la limite des deux départements d'Alger et de Constantine, un arc de triomphe décoré d’une quinzaine de sangliers tués par eux la veille et le jour même.

Le cortège, poursuivant sa route, franchit les gorges de Talmalz-Tighalt et d’Igher-Ziclaou, puis il arrive dans la vallée très encaissée que surplombent des montagnes boisées de 1.000 à 2,000 mètres.

Après quatre heures d'un parcours alpestre de plus de lOO kilomètres, le cortège parvient à Rougit' par El Kseur et la Réunion, village fondé par des Alsaciens-Lorrains en 1871.

Les édifices publics et les maisons particulières ont reçu une décoration de feuillages et de drapeaux.

Toute la population se lient aux fenêtres cl sur les trottoirs; elle acclame vivement Je Président de la République.

Le cortège va directement à la Sous-Préfecture, où il est salué par MM. Thomson et Morinaud, députés : les élus, les autorités et les fonction-

naires sont présentés par le Préfet au Président.

M. Millerand se repose dans les appartements qui lui sont réservés jusqu'à 20 heures.

Le Président de la République assiste à l'Hôtel de Ville à un grand dîner offert en son honneur.

M. Millerand a. à ses côtés. MM. le D Gérard, maire de Bougie; Cliéron, ministre de T Agriculture ; Raiberti, ministre de la Marine ; Steeg. gouverneur général de l'Algérie, et les membres du Parlement.

A l’heure des toasts, le maire exprime la joie de ses concitoyens qui. depuis M. Jules Grévy. n'avaient pas été honorés de la visite du chef de l'Etat.

M. Gérard préconise une politique d'union sacrée pour rendre à la France toute sa prospérité économique.

C’est à cette condition, dit-il, que la France sera maîtresse de la paix comme elle l a été de la guerre.

Le caïd Ourrabah, délégué financier indigène, apporte au Président de la République l'hommage des populations qu’il représente, et se fait leur interprète pour remercier la. France de les avoir initiées aux méthodes de progrès.

Il dit que la France peut compter sur leur collaboration dans la paix comme elle l'a eue sans réserve pendant la guerre.

M. Cuttoli , sénateur, dit a M; Millerand que ses concitoyens garderont de ce voyage une reconnaissance enthousiaste.

L'Algérie, dit-il, est pour la France la plus belle moisson qu’elle ait laite.

M. Millerand improvise le discours suivant que le Journal official n'a pas reproduit en entier et qui est l’un des plus utiles qu’il ail prononcés:

* Messieurs,

.le vous demande d'associer la France entière à l'hommage que M. le maire de Bougie et le caïd A bderrahman Ou Raha ont rendu tout à l’heure aux héros algériens français et indigènes qui, de 19 1 4 à 1918, ont couru au secours cle la mèrepatrie et sont tombés là-bas. loin du pays du soleil, pour sauver la France, ^

Ce devoir pieux accompli, je demande à M. le maire de répondre à l'appel qu’il m’a tout à Fheiire adressé. lia demandé ma collaboration pour les intérêts économiques algériens et en particulier pour ceux de cette jolie ville qu’il administre, dont il a, avec une piété fervente rappelé le glorieux passé et pour laquelle il veut un avenir qui soit digne de son passé.

Je réponds à cel appel. Si je suis ici. c’est précisément pour pouvoir, en connaissance de cause, apporter mon modeste concours ;ï Fu'uvre admirable qui s’accomplit ici. Celle journée m’a apporté bien des documents et bien des impressions utiles. Aucun de nous, j’en suis sûr. n’oubliera les paysages toujours grandioses cl délicats que nous avons admirés.

Au point de vue impressions économiques, comment, en traversant ce pays partout cultivé, en traversant cotte immense forêt que nous avons d’un bout à l’autre parcourue, comment ne nous serions-nous pas demandé ce qu’il fallait pour que tan! de richesses puissent apporter à l'Algérie et par conséquent à la France tout ce que l une et l'autre en attendent ?

Impressions d’humanité ! J'ai été pou r ma part et M. leGouverneur général, qui était assis à côté de moi, partageait ces impressions, vivement frappé de ces groupements si nombreux d'indigènes, d’enfants que nous avons rencontrés de

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

place on place dans noire randonnée, ces enfants à l’allure -i alerte, au visage si éveillé, qu’accompagnaient parfois quelques instituteurs on institutrices français, il faut, comme le demandait tout à l’heure M. le caïd Abderrahman Ou Raha, il faut que nous fassions pour eux tout ce qui peut cl doit être fait dans leur intérêt et dans le nôtre.

Eh bien! à la fin de cette journée, après avoir réuni ces impressions, après avoir entendu les discours que vous venez de prononceret qui n'étaient pas seulement des discours dans le sens du mol. mais, si j’ose dire, des actes, quelles conclusions. pour ma part, en tirerai-je?

11 me semble d'abord qu’au point de vue de cet admirable pays, il est d’une importance évidente de le faire chaque jour mieux connaître. Le tourisme n'est pas seulement une distraction, c'est une branche importante de la richesse française et algérienne. Nous avons bien longtemps attendu avant de songer à l’exploiter. Je sais que vous y pensez: j’ai rencontré sur ma route plus d’un Algérien participant à ces Syndicats d'initiative qui veulent mettre en valeur les richesses naturelles de leurs régions. Je sais déjà, je l'ai constaté de moi-même, quels progrès de ce côté ont été réalisés. Vous êtes eu roule vers des améliorations extrêmement importantes au point de vue économique.

Nous ne pouvions pas. M. le Gouverneur général et moi, voir aucun de ces oueds à côté desquels nous avons passé à plusieurs reprises sans nous dire : mais comment tirer parti de ces richesses si vitales? Comment faire pour utiliser cette eau si indispensable à votre pays — car la sécheresse est ici le fléau dont vous avez plus d'une fois mesuré la gravité et l'étendue — comment faire, nous disions-nous, pour que le plus tôt possible on tire parti de ses richesses naturelles ?

Eh bien! les Délégations financières ont, sur ce point, donné des indications précieuses. Je pense qu'il est tout à fait utile, poursuivant l’œuvre qui depuis plus de vingt ans a été entreprise, de marcher dans la Aoie où vous vous êtes -i nettement et si hardiment engagés, de donner à l’Algérie un peu plus encore d'autonomie qu’elle n’en a pour les grands travaux publics, auxquels je fais allusion.

Pourquoi ne pas donner à l’Algérie une liberté plus grande ? Pourquoi ne pas l’affranchir de toutes les formalités qui précisément. parce qu’elles s’accomplissent de l'autre côté de la .Méditerranée, sont nécessairement plus longues et plus lentes, malgré la bonne volonté des administrations intéressées ? En résumé, pourquoi ne pas permettre à l’Algérie, sous sa responsabilité avec ses ressources, de faire ellemême les travaux utiles ?

Quant aux indigènes, nous n'avons qu'à continuer, nous n’avons qu’à faire tout ce qu’il dépend de nous pour, dans leur intérêt comme dans le nôtre, les élever. Nous n'avons qu’à aider à leur éducation par les maîtres que nous mettrons à leur disposition et aussi surtout par eux-mêmes.

Nous avons commencé, il y a bien longtemps, depuis que la France est entrée en Algérie. Je ne serai démenti par personne. >i je dis que les indigènes ont vu. au fur et à mesure que la colonisation française s’installait, se fortifiait, •'‘asseyait plus sûrement, leur situation à tous les points de vue. intellectuel et moral, grandir et s’améliorer. Nous entendons continuer dans le même sens en les faisant eux-mêmes juges des retards que certains prétendent être apportés à quelques réformes. Ces délais, nous pensons qu’ils sont prudents et nécessaires, parce (pie, je l'ai dit et je le répète, il y aurait quelque chose de pis que ne pas aller vite: ce serait, en allant trop vite, de déchaîner des régressions redoutables, dont nul ne peut mesurer la gravité.

Voilà, messieurs quelques-unes des observations que j'ai laites au cours de cette journée et je m'excuse à la fois de leur caractère un peu général. Il me semble néanmoins qu’il y a un certain nombre de directives sur lesquelles, si nous sommes d'accord, nous devons faire front pour continuer notre oeuvre.

Je -mis venu ici. monsieur le maire, pour pouvoir, lorsque certaines de ces questions qui se posent à propos de votre beau pays solliciteront une solution des pouvoirs publics, faire entendre mon mot. parce que d'abord je vous aurai entendu et parce que aussi j'aurai vu sur place tes hommes et les choses.

l’erruettez-moi, messieurs, d'ajouter que ce n'est pas seulement au Président de la llépubiquc que j’ai pensé en faisant ce pèlerinage J’ai cru. en entreprenant ce voyage être

utile à l'Algérie. Nos adversaires, nos amis mêmes, ne savent pas assez ce qui a été fait ici. Il- ne connaissent pal'œuvre admirable qui a été accomplie, la somme de travail, d’efforts et de patience qui a été dépensée et les résultats qui ont été obtenus. Il est bon que l’étranger connaisse les raisons qu’il a d'estimer la France.

Et puis, c’est à la France elle-même, à la France de l'autre côté de la Méditerranée que j’ai pensé. Elle aime ardemment l’Algérie, elle sait ce que vous avez fait pour la Patrie dans ces quatre années et demie où, côte à côte, les Algériens ont lutté avec nos enfants.

Oui, la France aime ardemment l’Algérie. Mais elle la connaît moins qu’elle ne l’aime.

Je voudrais aussi .que mon voyage puisse servir, grâce aux répercussions que la presse portera dans toutes les fractions de l'opinion publique, d’occasion pour que la France connaisse mieux l’Algérie, en l'appréciant davantage et en l’aimant plus encore, s'il est possible.

Messieurs, je lève mon verre à l'Algérie, au département de Constantine. à la ville de Bougie, à leur représentant.*.

Le discours de M. Millerand est vivement applaudi.

.U. .Millerand rentre ensuite à la Sous-Préfecture à 10 li. 30. acclamé parles habitants.

Le 22 avril, le Président de la République quille la Sous-Préfecture à S b. 13.

Le collège de voitures automobiles gagne Sétif par la roule célèbre qui franchit le défilé du Lhabet-el-Akra et que les Kabyles appellent le « Chemin de l'autre bout du monde », à cause de son aspect surnaturel, de ses parois inaccessibles, de ses gorges étroites.

Dans la traversée de Bougie, le Président de la République est l'objet «le manifestations chaudement sympathiques de la pari des colons et des indigènes.

Les tirailleurs algériens et la compagnie do débarquement de Y Edgar-Quinet rendent les honneurs.

Les voitures franchissent plusieurs oueds et passent en vue des premiers contrefort 3 des Babors.

Les habitants de Souk-el-Teninc acclament le Président à son passage rapide.

Le cortège s'engage dans la vallée de l’oued Agrioun, entre les monlagues des Beni-Hasseiu ci des Boni Youssef. Le vrai spectacle esl donné au Président et à ses invités dans les gorges du Chabet-el-Akrn. l'Adrar SmellÊd à droite et le Takoueli à gauche, dont les cimes se dressent à 1.800 mètres au-dessus de la route. Une inscription indique que celle-ci a été construite de 1863 à 1870, taillée à même le roc. passant sous des ponts les gouffres au fond desquels bouillonne le torrent.

Le Président s'arrête un instant au village de Kerrata. à la sortie des gorges. Les habitants et les touristes crient : « Vive Millerand! \ ive la France! » Le cortège présidentiel suit une route sinueuse, au flanc des collines sans arbres, tantôt montant, tantôt descendant et atteignant au col de Tenient-el-Tin une altitude de plus de 1.100 m.

A va ni d'entrer dans Sétif, le Président de la République visite l une des plus grandes exploitations agricoles de la région, dirigée par un Français, conseiller général de Conslantine. Il parcourt différentes parties du domaine, notamment une ferme modèle qui contient un très

grand nombre de bêtes à cornes. Une collation, composée de crème fraîche, de fraises, de cerises, de lait et de gâteaux, est servie au chef de l'Etat, qui repart ensuite pour Sétif où il arrive à 12 h. 30.

La ville: de construction Loul à fai I française, esl brillamment pavoisée, toutes les maisons son! édifiées le long d’une longue avenue qui aboutit à la place Nationale.

Devant la mairie, le Président de la République met pied à terre. A cet endroit, toute la population, qui s’est massée aux abords de la place, lance mie acclamation unanime, vibrante. Les cris de : Vive Millerand ! Vive la France! » redoublent lorsqu 'après avoir passé la revue des tirailleurs qui présentent les armes et décoré deux caïds. Je Président lait à pied le tour de la place. Des jeunes filles lui remetlent des gerbes de fleurs. Le Présidenl les embrasse.

AL Millerand assiste ensuite à un grand déjeuner qui lui est offert par la municipalité à la mairie.

A l’heure des toasts. Jemaire de Sélif. AI. Aubrv, prononce le panégyrique des colons héritiers du paysan de France, qui font produire aux plateaux de Sélif de riches moissons. Les colons vivent en parfaite solidarité avec les indigènes. La légende < [ii i représent»' ceux-ci comme des parias esl meuleuse. Des grands efforts soûl faits, au contraire, pour répandre l’instruction parmi eux. La France, mettant en valeur son empire africain, consl i- I uera un empire de 75 millions d’habitants. Le voyage du Président dans la plus grande France, signifie pour les populations algériennes que celle o'iivre va se réaliser.

Le Bachagha de Sétif loue Dieu d'avoir permis la visite en Algérie de AL Millerand.

Al. Lévy, délégué financier, dit que le miracle accompli par la Franco en Algérie récompensera la mère pairie de ses efforts lorsque son outillage économique sera terminé.

AI. .Millerand prend la parole. Les convives l'applaudissent .

AI. .Millerand exprime son admiration pour les paysages uniques, pour les gorges du Lhaabet qu'il a vues aux portes de Sélif. (>1 pour le travail agricole des colons el des indigènes, dont il a constaté les effets sur les hauts plateaux, l/associalion des colons et des indigènes s'impose. Il faul met Ire l’opinion publique en garde contre la légende. Il n’est pas vrai qu’il y ait entre colons el indigènes une hostilité quelconque.

AL Millerand continue :

Sans doute, comme dans toute association, il peut >c produire des frictions, mais cette association se développe et produit déjà des résultats considérables. Elle doit, pour donner tout son effet, être basée sur la confiance mutuelle. Comment les colons n’auraient-ils pas confiance dans 1rs indigènes qui ont mêlé leur sang au leur, de 1911 à 1918. et comment, à leur tour, les indigènes n’auraient-ils pas eu confiance sans réserve dans les colons ? Ils n’oublient pas. ils ne peuvent pas oublier que le passé est l’histoire des progrès qu'ils ont accomplis sous l'égide de la France. Eu 1919. ta France fit un pas décisif en mettant les indigènes sur le même pied que les colons dans les assemblées locales. Que d'autres progrès doivent suivre celui-là. ce n’est pas dou-

teux ; il> soûl inévitables. Il> viendront en leuanl compte d’un facteur indispensable à loulc œuvré humaine qui s’appelle le temps. La France a marqué son génie de doux traits caractéristiques: elle esl à la fois profondément idéaliste et profondément réaliste: elle a devant elle un idéal vers lequel elle a toujours marché et c’est son honneur et sa gloire île n’avoir mesuré ni ses sacrifices ni son sang pour atteindre le but qu’elle a devant elle. Cetic nation idéaliste est en mémo temps protégée par le bon sens le plus solide et le plus fin contre les exagérations qui risqueraient, pour vouloir atteindre l'idéal trop vite, de le faire retomber plus bas. »

C'est ce qui fait qu'au lendemain delà guerre, j'ai le droit de le dire sans forfanterie, sans jactance, car c’est un fait que lé monde entier a constaté, de toutes les nations, la France est la première qui se soit moralement reprise el qui ait montré le plus de calme, le plus de tranquillité, dans cette reprise de la vie quotidienne. Ces préoccupations idéalistes, ce bon sens, sont les qualités de la race française, ici comme partout, et voilà pourquoi, je l’ai cli I aux indigènes qui déjà, avec leur finesse habituelle, ont pu s'en apercevoir, iis n’ont rien à craindre, la France continuera l’œuvre idéale qu’elle a commencée ici. Cetic œuvre esl assez, grande, assez belle, pour mériter cl fortifier toupies dévouements. Ce que nous avons fait ici depuis quatrevingt-dix ans prouve ce que nous sommes capables de faire demain.

Je bois à l'Algérie.

Les paroles du chef de F Et; il sonl applaudies l'cspecl iK'iisenicnl mais avec force par ïgs convives.

Le président de la République, les ministres, le gouverneur général, foui une promenade à pied dans la ville jusqu’au jardin public. La population acclame le Président avec, enthousiasme.

Le cortège présidentiel se rend à la gare. AL A I i I lerand monte dans son train, qui parl a 15 h. 45 pour Raina.

Le 23 avril, le train présidentiel entre en gare de Balua à <S h. 30.

A la descente du wagon, AL Millerand esl salué par AL Maglioli, maire de Batna.

Le Président passe en revue les spahis qui rendent les honneurs. Le président de la République, les personnages qui l'accompagne ni se rendenl, au milieu d'un grand concours de population, à la mairie où ont lieu les réceptions officielles. Les cris de « Vive Millerand! Vive la France ! » sonl 1res nourris el témoignent de l'enthousiasme joyeux de la population.

Le cortège présidentiel pari à U heures pour Lambessa. célèbre comme lieu de déportation des républicains après le coup d'Etat de 1852.

Le président de la République descend de voilure pour visiter la cellule de liane. Celle-ci. très étroite, n'a pas d’autre ouverture que la porte. L'inscription suivante : « Dans collé cellule a été retenu en 1850 Arthur Banc, écrivain cl homme politique français, déporté à Lambèse à cause de ses opinions républicaines et comme complice de Bellemare. accusé d’attentat contre l'impératrice ». rappelle la captivité du député de Paris, ami de Gambetta.

Après ce salut à 1‘ un des fondateurs de la Iroisième République, le président de la République remonte en automobile.

Voici les ruines imposant es de la ville de Tliamugadi. aujourd’hui Timgad.

MAI. Godet, inspecteur des fouilles, et Ballu. chef du Service archéologique, prennent la tète de

BULLETIN DU COMITE DE L AFRIQUE FRANÇAISE

lu colonne ol’ïieielle cl, par oit historique soinmaire. rappellent que Thamugadi, fondée en l'an 100 «le notre ère. sous Trajan, devint une ville romaine opulente et luxueuse, el qu’elle lut ruinée par les luttes religieuses, puis par les invasions des vandales. Relevée par les Byzantins, elle lui détruite par les Arabes. Les archéologues français Font tirée de son sommeil de douze siècles. Voici les portiques à colonnes de la via Cardo-Maximo. la bibliothèque municipale, la voie Triomphale, qui conduit à chaque extrémité, à une porte monumentale, celle de Maxula el celle de Lambèse.

On s’arrête au Forum, spacieux avec la curie, le temple de la Victoire, la Iribune aux harangues. Sur le dallage du Forum on lil celle inscription épicurienne : « Chanter, se baigner, jouer, rire, cela est vivre. »

Voici encore le théâtre (pii pouvait contenir plus de 3.500 personnes el sur les gradins duquel les indigènes a^-sis font penser aux loges romaines. Enfin, le capitolc domine l’amas des ruines. I n livre important suffirait à peine à donner les détails de ces milliers de fûts de colonnes, mosaïques, statues, murs, qui appartinrent à des monuments autrefois somptueux.

Le Président prend un grand intérêt aux explications qui lui sont fournies. 11 en provoque des complémentaires et discute avec une parfaite compétence toutes les questions archéologiques.

Le temps passe vite, et c'est visiblement à regret qu'après avoir signé, au musée, le livre des visiteurs, le Présidenl et les ministres remontent dans Tes automobiles, ainsi que les autres personnages, pour rentrer à Bakia.

A midi, le président de la République préside un grand banquet qui lui est offert par la municipalité de Batna.

A l’heure des toasts, le maire* de Batna proclame les sentiments patriotiques et républicains de ses concitoyens.

M. Derouich, conseiller municipal indigène, remercie la France d’avoir donné à l’Algérie la sécurité et les bienfaits de la science moderne. « Vous ne demandons qu une chose, dit-il. l'instruction obligatoire pour nos enfants. »

AI . Millerand remercie cordialement I»* maire et AL Derouich de l'expression de leurs sentiments. « Si Batna et l'Algérie sont républicaines, il faut (“il reporter le mérite à l'Empire. Ce sont les républicains déportés ici qui. eux el leurs familles, ont été les pionniorsdes idées auxquelles nous sommes fortement attachés.

J'ai clé heureux, ce matin, de faire le pieux pèlerinage à Lambèse, où, par l'arbitraire de l’Empire, fut enfermé l’un des hommes qui l'ont le plus d’honneur au parti républicain. Il fut l’un des doyens de celte phalange sacrée dontM. Thomson fut l'une des jeunes recrues el dont il demeure parmi nous un des respectés représentants.

Le président de la Bépublique se réjonil de la parole du conseiller indigène, demandant l'instruction obligatoire pour les indigènes. <• Cette parole, dit Al Alillerand,. est vraie partout et pour tous. (Test votre honneur que de l’avoir comprise »

Le Président rappelle que la République, au

lendemain de la victoire allemande, due à l'instituteur allemand, résolut de donner à tous les citoyens cette instruction obligatoire.

« La loi de 1880 a donné des résultats dont la dernière guerre a prouvé l’importance. Cette loi s'applique à l'Algérie, mais dans des conditions (pii arrêtent le Gouverneur général el les représentants de l'Algérie. Celle-ci a déjà consenti de grands sacrifices. Elle s’apprête à faire davantage pour réaliser le vœu qui vient d'être si heureusement présenté. Alais il n'y a pas d’enseignement primaire* sans enseignement supérieur. La visite de Timgad, ce matin, a montré l'intérêt de cet enseignement. »

Al. Millerand espère que l'initiative privée aidera l'Etal à mettre à jour toutes ces richesses merveilleuses.

Les paroles du chef de l'Etal sont longuement applaudies.

Le Sud Algérien

Le Présidenl part à 14 h. 15. en automobile pour Biskra. Le maire de la ville prend place dans une voilure avec le Gouverneur général. Les indigènes aux turbans blancs sc pressent derrière leurs cavaliers et, à l'entrée de la ville, ils font une chaude réception au présidenl de la République.

La colonie française et les touristes se tiennent, mêlés aux indigènes sur la belle promenade; plantée de palmiers et d'autres espèces d’arbres, qui conduit à la mairie. Les applaudissements, les cris de : « Vive Millerand! Vive la France! « sonl d’une intensité rare.

Le président de la République est reçu à la porte de la mairie par les six plus jolies jeunes filles françaises de Biskra qui. [tour la circonstance, ont revêtu des costumes de soie rouge et or, les bijoux et toutes les parures des Ouled-Vails.

AI. Alillerand embrasse les six gracieuses messagères de Biskra. il serre la main aux élus el ■fonctionnaires de la ville rassemblés dans la cour de la mairie el qui lui sont présentés par le préfet.

AL Alillerand se repose ensuite dans les appartements qui lui sont réservés, puis assiste, à 20 heures, au banquet qui lui est offert au casino par la municipalité.

Le dinar comprend 300 couverts, lous les personnages qui accompagnent le Président et les notabilités de Biskra sont groupés autour de AL Millerand.

AL Cazenave, maire de Biskra. rappelle que Napoléon 111 vint à Biskra peu de temps avant sa chute el l'insurrection, tandis qu'aujouxd'hui. toute la population salue avec joie le chef de l'Etat el manifeste ainsi son attachement à la France.

Ali Ben Gaina, délégué financier indigène, prie le President d'agréer l’expression du loyalisme affectueux des indigènes,

AL Üonnefois. délégué, donne au Président l’assurance que malgré des divergences apparentes, les cœurs de tous les Algériens vibrent à l'unisson

L’œuvre des colons eu Algérie atteste qu'ils onl conservé lotîtes les qualités de la race. L’indigène n'a pas. de meilleur

protecteur que le colon. Les colons, pionniers de la civilisation, ont entrepris contre la nature une lutte parfois douloureuse, la présence du chef de l’Etat est pour eux un grand réconfort.

M. Cutloli. sénateur, remercie aussi le Président d'être venu contempler l'œuvre de l'énergie française, qui a relevé le défi de la nature en répondant à l’appel du désert.

L’Algérie du Sud. dit M. Cutloli. vous est profondément reconnaissante d'être venu saluer aux portes du Sahara, le désert pacifié et conquis par le sacrifice du plus humble des spahis à celui du plus grand chef.

.M. Millerand remercie les orateurs.

Les spectacles de la nature et le travail de l’homme, dit-il. se disputent notre admiration. Jamais on ne saura assez exalter le courage optimiste de nos colons qui sont venus planter le drapeau en des endroits si difficiles. El au point de vue de la nature, quel spectacle, à El-lvanlara, que celui du Sahara qui s’ouvre? Je m’incline au nom de la France, devant ceux qui. de cet obstacle, oïd fait le trait d’union entre l’Afrique du Nord et nos possessions équatoriales.

.M. Millerand remercie les officiers qui, dans le Sahara, ont assuré la sécurité.

l'n pont, dit-il. demain devra être jeté entre les deux parties de l’Afrique française, le transsaharien sera demain une réalité. Je lève mon verre aux deux parties de l’Afrique française, qui formeront bientôt un tout indivisible, inséparable; je bois à l’Algérie, je bois à Biskra.

Ces paroles sont applaudies frénétiquement par tous les convives.

Le président de la Ilépublique assiste à une fêle indigène de nuit, au jardin Laiulon, un parc magnifique.

Le président de la République, les ministres, le gouverneur et tous leurs invités prennent place sur une vaste tribune devant laquelle une centaine de danseuses indigènes et quelques Aissouas se livrent à leurs exercices.

Un feu d’artifice esl en même temps tiré, qui illumine par instant toute la flore tropicale du jardin ainsi (pu; les costumes étincelants des Uuled- Nails.

M. Millerand rentre à 22 h. 30 dans ses appartements.

Le 2i avril, le Président et les personnages <pii I accompagnent, quittent à 9 heures, T hôtel où ils sont descendus.

Le président de la République traverse à pied les allées ombreuses du délicieux jardin, créé par un Français, M. de Landon, et où loules les plantes et arbres de l’Afrique et beaucoup de ceux. d'Europe ont une végétation luxuriante. Les azalées en fleur forment des bouquets rouges piqués dans les palmiers verts.

Le cortège présidentiel, en voitures automobileparcourt la palmeraie et arrive à la ville indigène.

Sur les murs de boue séchée qui entourent celte cité saharienne, des milliers de burnous s’agitent. Lue grande acclamation salue M. Millerand et l’on entend beaucoup de : «. Vive la France », parfaitement articulés.

Le Président passe sous un arc de triomphe qui porte une inscription de bienvenue en arabe et, suivant une piste couverte de lapis, arrive à une

tente sur une éminence, l'ancien fort turc, d'où l’on découvre toute la palmeraie qui entoure les maisons indigènes.

Le conseiller municipal Saïd Djoudi prononcé une allocution dont ses concitoyens approuvent chaque phrase de leurs applaudissements.

L'n interprète traduit ces paroles cpii sont extrêmement affectueuses pour la France, pays de juslice. de liberté, de science, de progrès. La seule chose que les indigènes lui demandent, c’est l'instruction pour mieux connaître, mieux aimer la civilisation française pour laquelle ils sont prêts à mourir comme leurs frères,

Le président delà République, qui ne dissimule pas à son entourage à quel point il est ému par la beauté impressionnante de ce peuple africain proclamant chez lui son amour de la France, d’une voix claire qui porte jusqu'aux confins de cette foule enthousiaste, lance cette déclaration :

J, o représentant (le la France reçoit avec émotion les promesses et les engagements qui viennent parla voie de votre représentant, une fois de plus, confirmer que cette admirable réunion ne restera pas seulement dans nos esprits et dans nos cœurs comme un incident merveilleux et pittoresque du voyage que j’accomplis dans l’Afrique du Nord; elle est plus et mieux. Elle est un symbole, le symbole de l’union indissoluble renouvelée en ce moment entre la France et les populations indigènes de l’Algérie. Par voire x'oix. les indigènes de l'Algérie qui, depuis quatre-vingt-dix ans, éprouvent les bienfaits du génie français, renouvellent leur serment de loyalisme et de fidélité.

En eu prenant acte, je renouvelle, à mon tour, au nom de la France et delà République que j’engage, le serment de continuer à protéger les indigènes de l’Afrique, de travailler sans cesse à améliorer leur condition matérielle et morale, de leur assurer toujours plus de sécurité, toujours plus de de justice. Vive l’Algérie! Vive la France! Vive la République !

Celte improvisation pathétique produit une seusalion considérable, non seulement parmi les Français, mais parmi les indigènes qui. la plupart, comprennent le français. Les acclamations éclatent sans fin.

Le cortège se reforme. Le Président visite l’école indigène de tapis cl l’hôpital Lavigerie. dirigés l'un cl l’autre par les sœurs blanches pour venir en aide aux indigènes.

Le Président félicite la supérieure et les sœurs.

Lorsqu'il quitte l’hôpital Lavigerie, il prie la sœur supérieure de l'accompagner dans sa voiture jusqu'à sa résidence.

11 rentre à son hôtel à 10 h. 30 pour se reposer avant la diffa.

La diffa offerte par le bachagha des Zi bans. Si Bouaziz beièCana. au président de la République est servie sous une tente de grande dimension, sur des tables nappées de blanc autour desquelles 350 convives sont assis sur des chaises, devant des couverts européens. Mais le menu, édité luxueusement. ne comporte que des mets arabes. Les aglia et les caïds sont rangés à l’entrée, derrière le bachagha, tous en manteau pourpre écarlate, richement décorés. Les chefs touaregs, venus du Sud saharien, dont la haute stature a déjà été remarquée à Alger, sont là avec l’officier qui leur sert d’interprète.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Le président de la République esl solennellement annoncé. AI. de Fouquières précède le chef de l’Etat que le l)achaglia salue. Les chefs s'inclinent bien bas devant M. Millerand, qui prend place à la place d'honneur, un fauteuil rouge qui a été réservé.

Le président de la République a à sa gauche le bachagha et à sa droite M. Steeg. La véritable «liffa commence au moment où. en grande pompe, sont apportés à dos d'hommes les animaux rôtis entiers : chamolons, agneaux, gazelles.

Le bachagha. en parfait français, remercie b* Président de sa visite qui, dit-il, est notre meilleure récompense des services que nous avons rendus à la France. Le bachagha rappelle qu’il a commandé legoum des Zibans à Casablanca, sous le général d'Amado. Il n'est pas surpris du chaleureux accueil fait au Président par les populations marocaines, heureuses de servir le glorieux drapeau tricolore. Les musulmans algériens ont fait leur devoir pendant la guerre, ils n’ont jamais douté de l'issue favorable de la guerre. «J’ai eu. ajoute Je bachagha, la grande joie d'assister à Paris au défilé de la victoire, sous l’Arc-de- Triomplie, derrière les glorieux maréchaux do France. » Le bachagha dit le prix que ses coreligionnaires attachent à la création de l’Institut musulman à Paris. Il boit à la France, à l’unité du grand Empire africain français, au président de la République.

Le commandant Reraud. le général de Lagardette de Favier apportent u.u Président le salul respectueux des populations cl des troupes de l'Algérie du Sud. dévouées à la garde de la paix française.

Le président de la République répond :

Tonie parole ne pourrai) qu'affaiblir l'impression que nous emportons de l’hospitali lé fastueuse cl eu même lemps discrète cl si attentive dont la fastuosilé n’a d'égale que le bon goût, qui nous a été offerte aujourd’hui par les grands chefs du Sud.

•le les remercie de loul cœur. Elle esl une preuve nouvelle el non la moins forte, la moins délicate d’un loyalisme dont eux el leur famille onl donné, au prix parfois de leur sang, lanl de preuves à la France, .le suis heureux d’unir dans un même toésl les officiers des territoires du Sud auxquels je renouvelle l'expression de la reconnaissance nationale' el les grands chefs indigènes dont la fidélité éprouvée esl à la lois l'orgueil et la force de la République française.

Le loasl écoulé debout est fort applaudi.

Le Président esl reconduit avec h' même cérémonial qu'à l'arrivée.

Il se repose dans ses appariements jusqu'à II» heures.

Il se rend ensuite sur le terrain de Sidi-Ghezel pour passer la revue des goums du territoire du Sud.

Dans le lointain, des tentes s'élèvent au pied des dunes. 110 cavaliers des territoires d’Aïn-Sefra, 2 des oasis. 120 du territoire de Touggourt, 200 du territoire dé Gliardaia, forment une ligne derrière laquelle, sur deux files, se tiennent 270 nïéharistes, des Touaregs du Iloggar. des Touaregs Ajjer. des Chambas d’El-Golea, des Chambas d’Ouargla. des Goums «lu Tidikelt el des Saïd-Okba, des méha-

ri stes des goums de Touggourt, 21 j méhari rdcs do Chain bas-Barnzza. Les caïds se tiennent en avant de leurs troupes. On ne peut se défendre d'un mouvement d'admiration en présence de ces hommes dont quelques-uns, venant de l'aman rassel el d'Agadès ont, pendant un mois et plus, franchi de 1.000 à 2.000 kilomètres dans le désert pour venir saluer le chef de l’Etat.

Au point de vue matériel, le spectacle de celte force esl impressionnant.

Quand le président de la République est annoncé. Ions les fusils partent à la fois. Les burnous blancs et «le couleurs, les chevaux impatients, les goumiers et leurs montures qui étaient, il y a une seconde immobiles sous le soleil, sont secoués comme des épis sous un vent d’orage. .Mais le Président, en ‘habit, la poitrine barrée du cordon rouge, précédé de AI. de Fouquières en uniforme, constellé de décorations, suivi «1rs ministres, du gouverneur général, est descendu de voiture. L’immobilité, un silence solennel sont revenus. L<‘ Président remet solennellement «les décorations aux chefs militaires, la plaque «le grand officier de la Légion d’honneur au général de Lagardelte (>l au bachagha Bon Aziz ben Gana. la cravate <!»■ commandeur ou la rosclle d’officier aux autres aghas H caïds. Le général de Lagardelte rassemble du côlé du Sud tous les cavaliers el les méharistes: le Président prend place dans la tribune.

La population de Riskra forme cercle autour du champ de manœuvre; les cavaliers défilent sur vingt (te front. Chaque ligue est précéder d'un immense étendard: on remarque un fauconnier à cheval qui passe avec quatre oiseaux sur ses épaules; deux compagnies onl un grand succès à cause de robes de soie bleues, jaunes, rouges, étoilées d'autres couleurs, qui flotleul au venl. sur la croupe de leurs chevaux.

Le passage des Méharistes et particulièrement des Touaregs, dirigés par «les officiers français, est tout à fait impressionnant. Un avion survole le lorrain.

Les cavaliers, rassemblés à l’Ouest, face aux tribunes, chargent sur elles dans un nuage «!<• poussière : ils s'arrêtent ael lorsque leurs commandants sonl à 20 mètres «levant le président « I «' la République.

AL Alillerand s'avance vers les chefs et les félicite. Un cheval gris pommelé, harnaché d'or, esl présenté <‘l offert au Président par les chefs du Sud.

Pendant ce temps, une centaine de méharish's font âge nouilh'r leurs bêtes, «jui grognent ou plutôt poussent «le véritables rugissements. Sur un signal, toutes se lèvent et partent au grand trot. Une fantasia endiablée continue cette fête du «lésort qui défie toute description.

Un concours de bassours, sortes «le palanquins où. sur les chameaux, voyagent les dames, ajoutent au pittoresque. Le Président prend le thé sous les tentes des bachaghas d’Aïn-Sefra el de Laghouat. 11 rentre à 18 h. 30 à Riskra. après avoir exprimé aux organisateurs de cette solennité saharienne loulc son admiration.

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