‹ Renseignements coloniaux et documentsChapitre 53 sur 154 · RS · texte numérisé non relu

RS

Après un dîner intime, le président de la République part en automobile pour la gare. Les habitants de Biskra. massés sur le parcours, l’applaudissent et l'acclament chaleureusement.

Le train présidentiel part à 21 h. 40 pour Cons tontine.

Constantine.

Le 25 avril. M. Millerand descend du train présidentiel à 8. h. 30.

Les ministres, MM. Chéron. et Raiberti. MM. Mcrinaud. maire de Constantine; Thomson, député: Cultoli, sénateur, président du Conseil général; Lamv-Boisrozier. préfet de Constantine, accompagnent le président de la République. Des voitures automobiles découvertes sont rangées avenue des Etats-Unis, devant la gare.

Le président de la République monte dans le landau de grand gala, attelé à la daumont. Des spahis, des chefs arabes rendent les honneurs.

Une nombreuse population, massée derrière les troupes, acclame le Président.

Le cortège présidentiel franchit sur le pont d Ellvantara. le précipice célèbre par les faits d’armes de 1836 et 1837. lors de la prise de la ville. On aperçoit au loin le pont suspendu de Sidi-Mcid, qui plane encore plus haut au-dessus du ravin.

Le cortège passe sous un arc-de-triomphe à la sortie du pont d El-lvantarn et s’engage dans les rues de la ville pour aller à la mairie.

La pluie se met à tomber assez, fortement. Elle n’empêche pas M. Millerand de se découvrir pour répondre aux acclamations de la foule. Aux 8.000 habitants se sont joints de nombreux co^ns et indigènes de la région.

La rue Nationale, décorée de nombreuses banderolles, est trop étroite pour le public,

Devant la Médersa. sont réunis tous les étendards des confréries religieuses de la ville. Les cris de: a Vive Millerand! Vive la République! Vive la France! » sont très vibrants.

Dans cette longue (d étroite artère de Constantine, la population se livre également à de nombreuses démonstrations de sympathie à l'adresse de M. Caston Thomson qui. depuis quarante-sept ans représente sans interruption, à la Chambre le département île Constantine, et qui, comme le président île la République le rappelait il y a quarante-huit heures, fut le fidèle compagnon de lutte de Gambetta et de liane.

Une plaque de marbre rappelle que l'Hotcl de Ville, où le cortège arrive, a été inauguré en 1903 par le Président M. Loubet. C’est un édifice de style moderne, construit sur une corniche d'où l'on jouit d'une perspective magnifique sur la vallée du Rimmel et la montagne du Chettaba.

Dans les salons, le préfet présente au Président les élus et fonctionnaires. M. Morinaud remet au Président, pour M,ne Millerand. une statuette de bronze représentant une victoire ailée, génie de Constantine, et qui s’élèvera au-dessus du monument aux morts.

Le maire rappelle qu'il y a vingt ans, il eut éga-

lement l'honneur de souhaiter la bienvenue au Président Loubet. C’est, dit-il. le symbole de la fidélité algérienne.

M. Millerand remercie en ces termes :

Je veux que mes premières paroles soient pour vous remercier et prier le maire de Constantine d’être auprès de la population l’interprète de mes remerciements pour l’accueil inoubliable qu’elle vient de taire au représentant de la France. Je ne saurais trouver de mots pour exprimer ma gratitude de la pensée que vous avez eue, et que vous avez rendue encore plus délicate en offrant cette exquise statuette à Mme Millerand.

La victoire que vous m’offrez n’est pas seulement le génie de Constantine, elle est le génie de la France. Cette victoire ailée est celle que nos héros, ceux d’Algérie comme de toutes les parties de la France, ont été chercher sur les champs de bataille, et pour laquelle ils ont lutté et combattu jusqu’à la mort, pour la tendre en mourant à la mère patrie. Cette victoire ailée nous rappelle les sacrifices, les souffrances qui nous ont value Elle est pour nous une joie sans égale. Elle est pour nous une leçon que nous n’oublierons jamais. Vous serons dignes de ceux qui nous ont donné celte victoire et en la regardant nous songerons aux devoirs qui nous sont imposés et qu’ici, comme dans la France tout entière, nous saurons remplir.

Le Président reçoit les ministres des divers cultes, puis, en automobile, fait le tour de la ville.

D'une saillie du boulevard de l'Abîme, le Président contemple les gorges, au fond desquelles le torrent forme une cascade écumante.

La promenade se ppursuit sous les tunnels et sur les boulevards qui contournent le rocher escarpé de Constantine. Le rocher est particulièrement beau, vu des ponts de Sidi-Mcid et de Sidi- Rached.

Dans les faubourgs de la ville, M. Morinaud montre au Président les travaux entrepris pour construire des habitations ouvrières à bon marché.

M. Millerand félicite la municipalité de Constantinc. « C’est, dit-il un exemple que la presse, je l'espère, répandra partout et offrira en modèle à toutes les municipalités. Je ne crois pas qu'il y ail d'autres solutions sérieuses de la crise du logement que celle de la construction que vous entreprenez. »

Le président de la République procède, un peu plus loin, à la pose de la première pierre du palais consulaire que fait édifier la Chambre de commerce.

M. Ferrando, président, remercie M. Millerand.

Le président de la République rentre à la préfecture, où il déjeune dans l’intimité. Il y passe l'après-midi à travailler.

La population de Constantine ne cesse de manifester son enthousiasme.

Bien que M. Millerand soit empêché parle dépouillement des dépêches de se promener cet après-midi dans Constantine, des fêtes populaires comprenant une fantasia, une kermesse et des courses sont organisés en divers points de la cité, qui présente la plus joyeuse animation.

Le Président quitte la préfecture .à 19 h. 15. La nuit est venue. Les rues sont illuminées. Les

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Constantinois ont tenu à venir très nombreux acclamer le chef il'Elat . Ils se bousculent derrière les haies de zouaves, sur les trottoirs des étroites rues de Caraman et de France.

AI. Alillerand arrive à lî) b. dO au lycée où le Conseil général, le Conseil municipal et la Chambre de commerce lui offrent un banquet. Les ministres, le gouverneur général, les membres du Parlement, 1rs présidents et les membres des Assemblées qui ont organisé le dîner et 200 notabilités de Constanline prennent place autour des tables dressées sous une tente dans la cour du lycée.

Au dessert. M. Aloriuaud, maire, exprime au Président la gratitude de ses concitoyens pour le voyage qu’il accomplit dans cette seconde partie de la France que forment le Maroc, l’Algérie et la Tunisie.

La Tunisie et le Maroc devront être peuplés de Français comme l'Algérie l’a été. Colons et indigènes sont intimement unis dans l’amour filial de la France. La troisième France qui est constituée en Afrique centrale, sera bientôt réunie aux deux autres pour former la France une et indivisible.

AL Morinaud conclut en s’écriant : « Vive la France! Vive la République! » (Applaudissements répétés.)

Salali bey, conseiller municipal, proclame le loyalisme des indigènes pour la généreuse nation française.

AI. Ferrando. président de la Chambre de commerce. fait l'éloge de l 'activité des Cirléens, qui trafiquaient déjà avec l’Europe et avec toute l'Afrique. La colonisation française a stimulé celle ardeur au travail.

AL Jules Cüttoli, président du Conseil général, s’ssocie aux paroles d’affection pour la France et pour son Président , prononcées par les précédents orateurs. « La France, dit-il, peut faire crédit à ses enfants d’outre mer. »

AL Alercier. au nom des colons français, salue le Président.

AL Alillerand, prenant ensuite la parole, cl i I quelle est sa fierté et son émotion de l’accueil de la population algérienne et des paroles de ses représentants, et il ajoute :

Me pardonnerez-vous, si je vous demande, au moment où je vois avec tant de regret s’approcher le terme de mon admirable et trop bref voyage sur la terre algérienne, la permission de perdre un instant de vue l’Algérie, pour acquitter une dette de la patrie ?

L’œuvre des colons algériens, je l'ai chaque jour contemplée avec une émotion el un respect croissants; il n’esl pas de terme qui soit à la hauteur de l’éloge qu’ils méritent. Je ne saurais assez magnifier leur œuvre, mais ne sied-il pas d adresser l’hommage qu’ils méritent aux gouvernements et aux hommes d’Etat qui ont permis de l’accomplir ? Et je le disais à Elbiar, aux portes d’Alger, là où la France, il y a quelque cent ans. posa la première fois le pied, la République esl assez solidement assise pour n’avoir aucun embarras de l'œuvre des régimes qui l’onl précédée. Mais ce n’est pas fausser l’hisloirc, c’est l’écrire que de reconnaître que de cette œuvre, la pari capitale, de loin prépondérante, c’est la République qui a le droit de la revendiquer. {Applaudissements répétés.)

Le président de la République manquerait à un devoir qu’il lui est doux d’accomplir en n’adressant pas l’hommage public de la reconnaissance nationale aux grands républicains par qui a été réalisée celle œuvre colonisatrice. Jules

| Ferry, le Tunisien ( Applaudissements ), Jules Ferry, le Tonkinois (. Applaudissements ). El de ces mots dont une polémique injuste et impie essayait de le flétrir, l’histoire aujourd’hui lui tresse des couronnes. (Applaudissements.; Rendant à sa patrie un suprême service à la fin de sa carrière, c'est Jules Ferry qui. présidant la Commission sénatoriale de l’Algérie, traçait d’une main ferme la voie dans laquelle, au début de ce siècle, pour le bien de l’Algérie et pour le bien de la France, on s’est enfin engagé.

Comment dans celte Algérie oublierais-je un homme dont le nom esl écrit à toutes les pages de l’histoire coloniale de la République? Il n’était pas représentant de Constantine, mais je sai> bien que nulle part autant qu’à Constantine ne sera salué le nom du grand Algérien: el l’histoire dira le grand Français qui fut Eugène Etienne. (Vifs applaudissements.)

Il avait appris à l’école de Gambetta la politique qui, confondant la République avec la France dans un même et grand amour, a placé, en toutes circonstances, au-dessus de tout, l’intérêt national. Au ministère des Colonies, au ministère de la Guerre, hors du Parlement, hors du Gouvernement. partout où il a pu faire entendre sa voix, faire agir son influence. Eugène Etienne fut le défenseur et l’animateur de toutes les entreprises coloniales par où s’est affirmé, consolidé et étendu l’Empire admirable que la France étend aujourd'hui sur le monde.

Au moment où ces hommes, les Ferry, les Paul Bert. les Eugène Etienne, entreprenaient et poursuivaient cette (ouvre coloniale, une critique amère et violente s’éleva qui était bien faite pour, à certains moments, les ébranler; et pourtant, à aucun instant, ils n’en furent ni déconcertés, ni détournés de leur voie.

On leur disait : Mais à quoi pensez-vous? Quoi, nous entraîner au Tonkîn, à Madagascar! Enfouir loin de la France ses énergies et ses richesses? Oubliez-vous donc la plaie ouverte à notre flanc!

No regardez-vous donc plus les deux provinces qui nous ont été ravies et vers lesquelles notre œil et notre pensée doivent continuellement être fixés ? Et ceux qui avaient compris que l'heure était venue où les puissances devaient le plus rapidement possible [conquérir sur le globe leur part légitime d'influence el que si la France laissait passer cette heure, il sciait trop tard et que pour atteindre et mériter la réparation a laquelle plus que personne pensait le Yosgien qui regardait toujours du côté de l’Alsace, il fallait d’abord que la France fût grande et puissante^ ont persévéré dans leurs desseins. (Applaudissements répétés.)

Quelles justifications inouïes la guerre leur a apportées! Que ne nous ont pas donné à ce moment les colonies. l'Algérie el le Maroc, et la Tunisie, et nos possessions lointaines! Ce ne sont pas seulement les soldats, les produits, qui sont arrivés à la mère-patrie, c’est aussi, il ne faut pas l'oublier, à la tôle même de noire armée, quelques-uns de ceux et des plus illustres qui nous ont donné la victoire et que le service aux colonies avait formés à la rude école de l’initiative el de la responsabilité : Tes Joffre et les Gallieni. ( Vifs applaudissements.)

Inclinons nous avec un respect ému et une reconnaissance sans limite devant la mémoire de ces grands serviteurs de la République et «lu pays, et pour les honorer comme ils le méritent et comme ils voudraient l’être, disons que leur œuvre esl la nôtre-

Résumons, en un mot, ce que nous ferons, nous inspirant de leur exemple et de leurs préceptes : « Nous maintiendrons ». ( Longs applaudissements.)

Je lève mon verre à l’Algérie, à la ville cl au département de Constanline.

L'assistance fait une ovation chaleureuse au cliel de l'Etal don!, les paroles improvisées ont été dites avec une émotion qui. par instant, faisait trembler la voix de l’orateur.

AL Alillerand se retire au milieu d'une grande manifestation d’enthousiasme de tous ceux qui ont entendu cette allocution éloquente.

Le président de la République rentre à la préfecture à 1 0 heures.

La population l’acclame chaleureusement.

Le 26 avril, le président de la République part à 8 heures pour Philippeville. Le cortège des voilures automobiles passe par Birot, Coudé, Smendou, El-Arrouch, Saint-Charles.

Le cortège présidentiel entre à 11 h. 30 dans la ville qui est brillamment pavoisée et dont toute' la population s'est portée à la rencontre du Président pour l’acclamer.

Sous les arcades de la grande rue Nationale, toute parée de guirlandes et de drapeaux, aux balcons cl aux fenêtres, une foule nombreuse se presse, qui applaudit et crie sans discontinuer : « Vive Millerand !„ Vive la France! »

Le cortège longe le port. L’escadre de la Méditerranée, embossée dans le golfe, tire les salves réglementaires.

Le maire souhaite la bienvenue ou Président au seuil de l’Hôtel de Ville et lui présente les autorités et les fonctionnaires.

Le Président se rend ensuite à la salle du déjeuner. i

Le déjeuner est servi dans un grand hall vitré, tout à fait au bord de la mer et, qui semble être suspendu sur les vagues.

Les tables comprennent 300 couverts.

Pendant le déjeuner, les convives s'intéressent aux évolutions des navires de guerre, qui ont pris le large. Le maire, M. Passerieu, portant le premier toast au chef de l’Etat, fait l'historique de l’ancienne Rusicade, ressuscitée par le génie français : ici, se forma une race vigoureuse, avanl tout française. Le maire évoque le bombardement rie Pliilippeville par le Gtvben : « C'est notre honneur, dit-il, d’avoir été les premiers à subir les feux de l’ennemi. »

« Les citoyens de Philippeville ont confiance dans M. Millerandqui tient la barre du navire français à un moment où des nuages sont apparus à l'horizon. Vive la République! Vive la France immortelle! » ( Applaudissements .)

Le président du Conseil général et un conseiller municipal indigène remercient le Président de sa visite, de l'encouragement qu elle a apporté à leurs concitoyens.

\l. Caston Thomson, député, prend la parole. Les convives lui foui une ovation.

M. Thomson commence par rappeler également que la première page de la guerre fut rougie par le sang algérien. Les Allemands avaient pris un prétexte mensonger et ridicule pour rompre les relations. Le lendemain matin, le Gœben bombardait Philippeville ; 20 zouaves furent tués, plusieurs blessés; des civils furent également victimes. Cette perfidie avait pour objet de faire entendre en Afrique du Nord le canon allemand. On connaît la réponse de l’Algérie : ses enfants coururent à la frontière, l’Algérie ravitailla la métropole et pesa d’un grand poids pour la victoire.

« Je porte, dit en terminant M. Thomson, un toast au ministre de la Guerre de 19L4, qui a puissamment contribué à la victoire de la Marne. » ( Applaudissements répétés.)

Le président de la République parle ensuite. Les convives se lèvent .

Le Président remercie d’abord les orateurs qui viennent de prendre la parole. 11 fait un éloge ému de M. Gaston Thomson. Puis il s’exprime ainsi :

Le 4aoùl 1914, à Philippeville. tombaient les premiers obus de la Grande Guerre. Le 20 avril 1922. nous y voici réunis. Huit ans se sont passés. Où en sommes-nous? La France et la civilisation sont sauvées. A quoi l'ont-elles dû? A l’union étroite des Alliés décidés à périr plutôt que de renoncer à leur raison de vivre, l’idéal de liberté et de justice qui les anime.

L’iniquité de 1871 a été réparée, la Pologne a ressuscité. Les nationalités opprimées ont été libérées, les frères séparés ont été réunis.

L'œuvre est-elle achevée? Un bouleversement aussi profond que celui qui, quatre ans et plus, a secoué l'Europe dans ses assises, ne s’opère pas sans laisser après lui des dévastations et des ruines. L’Europe est réunie en ce moment pour délibérer sur l’œuvre de sa reconstruction économique. La France est à Gènes. Hier, avec sa lucidité et sa précision coutumières, le président du Conseil a rappelé de quelles idées directrices, adoptées d’accord avec nos alliés à Cannes, puis à Boulogne, notre politique traduite avec autant de fermeté que de prudence par nos délégués s’y inspire. Elles sont celles-là mêmes qui nous conduisaient, nos alliés et nous, le jour où l’odieuse agression de l’Allemagne nous mil les armes à la main; elles sont celles que, dès sa naissance, le gouvernement que j’avais l’honneur de présider et dont mon ami Steeg était l’un des principaux collaborateurs, a affirmées. Nous avions lutté, nos alliés et nous, pour le triomphe du droit. Pour lui, des millions de morts étaient tombés. Nous ne le laisserions pas remettre en question ; nous ne permet trions pas que les nations sorties du tombeau y fussent ramenées, que l’Europe nouvelle, issue des traités, fût modifiée.

La France ue rêve pour elle-même d’aucune hégémonie. L’influence bienfaisante de son génie dans le monde suffit à son ambition cl à sa gloire. Elle n’entend pas sacrifier la reconstruction do l’Europe à la sienne propre, mais elle-croit avoir le droit de penser, sans être taxée d’égoïsme ni d’injustice, que la reconstruction de la France, dévastée pour avoir servi de rempart aux armées de la civilisation, est une partie essentielle de la reconstruction de l’Europe.

Autrement dit, nous voulons, et nos alliés ont déclaré vouloir comme nous, l’exécution sincère du traité de Versailles et dos traités qui le complètent. A-t-on le droit de prétendre qu’une Allemagne qui donnerait la preuve de sa volonté loyale d’exécuter ses obligations, et pour le désarmement et pour les réparations, trouverait, néanmoins, dans la France, malgré la paix conclue, une résistance obstinée à reprendre des relations économiques? Non, certes. Depuis le début de 1920, les cabinets qui se sont succédé n’ont cessé de protester de leur bonne volonté à son égard sous la seule et nécessaire condition (pie le désarmement et les réparations deviendraient une réalité.

De même, en ce qui concerne le gouvernement des soviels, depuis 1920, jamais, à aucun moment, sous aucune forme, un cabinet français n’a prétendu s’immiscer dans sa polilique étrangère. Si, à une heure tragique, mon Gouvernement a été unanime à reconnaître Wrangel comme à interdire à notre ambassadeur à Londres de poursuivre aucune conversation, même économique, avec les représentants des soviets, c’est que la Pologne était en danger et qu’il fallait qu’on sût à Varsovie — et on l’a su, et on l’a compris — que la France était résolue à tout faire pour la sauver du gouvernement des soviets.

La France n’a jamais réclamé qu’une chose : qu'il fut un gouvernement, c’est-à-dire qu’il endossât les obligations souscrites par les gouvernements russes antérieurs, qu’il réparât les dommages par lui causés aux ressortissants étrangers et qu'il leur assurât à l'avenir, pour leurs personnes et pour leurs biens, les garanties élémentaires de sécurité et de justice.

Cette politique, le Gouvernement que j’avais l’honneur de présider La définie. Président de la République, je l’ai pour-

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

suivie en plein et cordial accord avec les cabinets qui se sont succédés. Depuis le début de ce voyage, j’étais tenu au courant .chaque joui' de ses développements par les soins de mon éminent collaborateur et ami, M. Poincaré. lorsqu’à éclaté la- nouvelle de l’accord de Rapallo, ce n’est pas sans raison qu'on a évoqué, a ce propos, le souvenir de Brest- Litowsk. Des contractants sont les mêmes et, sans doute, leurs intentions n’ont pas changé. Mais la victoire n’est plus à emporter et les alliés, pour qui le traité de Brest-Litowsk lut une redoutable menace, ont dû trouver, dans l’accord de Rapallo, un avertissement qui n’était peut-être pas inutile. Ils sont d’accord, et ils sauront le demeurer, pour, "en profilant de l'avertissement, mettre à néant .tout ce qui heurte les clauses du traité de Versailles. Leur accord, fortifié du libre concours des peuples demeurés neutres au cours de la guerre, se maintiendra pour mener à bien l’œuvre de paix qu’ils ont entreprise.

La France y collaborera, comme elle a commencé de le faire, de toute son intelligence el de tout son cœur, sans autre souci que de sauvegarder, avec ses intérêts propres, ceux de toute l’Europe.

Je ne doute pas, pour ma part, du succès final, el le voyage que j’accomplis m’a apporté, comme aux ministres et aux parlementaires qui m’accompagnent, de nouvelles el puissantes raisons de confiance. Les qualités d’esprit et de cœur que la France a déployées dans l’Afrique du Nord, qui lui ont A-alu une si triomphale réussite, ne seront pas moins efficaces ni souveraines dans l’entreprise pacifique qui doit achever et couronner la victoire.

La péroraison est saluée par les cris de : « Vive Millerand ! Vive la France ! Vive la République ! » La manifestation se prolonge un instant.

Le Président de la République remonte dans son automobile. Le cortège pari à 14 heures pour Bône, au milieu des ovations de la population.

Le cortège présidentiel met trois heures à faire le parcours. Les populations des localités traversées ; notamment celle de Jemmapes, se tiennent devant les portiques de fleurs, agitent des drapeaux et acclament le Président.

A Bùne, une foule considérable applaudit et acclame le Président devant l’Hôtel de Ville.

M. Marchis, maire de Bùne, salue le Président. M. Millerand passe en revue les troupes qui assurent le service d’ordre et décore deux caïds.

La foule, qui est particulièrement dense ici. applaudit et pousse des vi\ats.

Dans les salons de la mairie, le préfet présente au Président les élus et la ville.

Le Président de la République se rend à pied au collège, où est servi le dîner qui lui est offert par la A ille de Bùne. Il passe sous une voûte de feux électriques d’un demi-kilomètre; la population l’acclame avec enthousiasme.

M. Saint, résident général de France, à Tunis, est venu dès ce soir saluer le Président de la République, qu’il va accompagner pendant son voyage de six jours en Tunisie.

Ont également pris place au dîner, MM. Raiberti, Henry Chéron, le gouverneur général de l’Algérie, les membres du Parlement et quatre cents élus, hauts fonctionnaires et notabilités de la ville.

Après le dîner, le Président regagne la gare, où il prend congé du gouverneur général de l’Algérie,

Le train présidentiel part pour Tunis à 22 h. 30.

Page 1