L'ENSEIGNEMENT DE L ARABE
cil France
Le mouvement qui anime tous les peuples après l'ébranlement de la grande guerre n’a point manqué d’atteindre les populations qui font profession d'islamisme et qui. par une rencontre historique dont il serait déplacé de rechercher ici les causes, n'ont pas gardé leur indépendance politique ou la conservent limitée et amoindrie. En Turquie, en Asie mineure et en Asie russe, en Perse et dans l’Inde, en Syrie et en Mésopotamie, en Egypte, en Afrique Mineure, les populations musulmanes, sous des régimes divers et avec des aspirations variées, semblent réclamer des droits nouveaux. Dans cette agitation qui, en maint endroit, a plus de surface apparente que de profondeur réelle, la France doit avoir une politique nettement définie; elle doit savoir reconnaître ce que veulent vraiment les peuples musulmans, et spécialement ceux qu’elle a assumé la tâche de diriger vers une humanité meilleure, et discerner les droits qu’il est utile et opportun de leur donner et aussi les devoirs qu’elle doit toujours leur imposer. Pour pouvoir agir avec méthode, avec constance et équité, dans leur intérêt comme dans le sien, elle doit, c’est une naïveté de le redire, les bien connaître dans leur passé et dans leur présent. Et l’un des instruments essentiels de cette connaissance, c’est la langue, le moyen de communiquer directement avec les divers éléments de la population.
Or, l’arabe reste le langage essentiel des peuples
musulmans; une grande partie d’entre eux ne parle que l’arabe; d’autres, comme les Persans et les Turcs, tout en conservant la langue de leurs ancêtres, ont adopté, pour l’expression écrite et solennelle de leur pensée, une partie de l’idiome classique de l’Islam; tous maintiennent une large place à l’étude de la langue dans laquelle Allah a révélé le Coran.
La France n’a point attendu d’être une grande puissance musulmane pour s’intéresser à l’étude de l’arabe. Sans remonter aux savants du Moyen âge et de la Renaissance, ni même aux érudits et aux littérateurs, qui, dès le xvne et le xvme siècles ont rendu l’Orient populaire dans notre pays ; il suffit de rappeler que, fondée par la Convention sur un rapport de Lakanal et bien peu de temps avant l’expédition d’Egypte, l’Ecole des Langues orientales vivantes avait pris au début du xix* siècle, grâce à la maîtrise incontestée de Silvestre de Sacy, la direction des études arabes en Europe. Dans les années qui suivirent, le Collège de France, l’Ecole des Langues orientales, la Société asiatique furent les centres intellectuels où se maintenait et s’affermissait l’influence de l’Ecole française sur les progrès de l’érudition orientale. Cependant elle prenait aussi grand soin de former des interprètes, des praticiens; et quand la France eut à administrer en Afrique des populations en majorité de langue arabe, elle put trouver des hommes tout prêts à les comprendre et à les aimer.
Successivement l’Algérie, la Tunisie, le Soudan, le Maroc, la Syrie sont entrés dans la sphère d’influence française, et devant des besoins nouveaux, la décentralisation des études arabes s’est imposée. Alger a créé une Ecole des Lettres où dès l’abord les études arabes ont occupé une large place, sous la direction de l’un des premiers savants de l’Europe, René Basset; elles l’ont gardée dans la jeune Faculté des Lettres, dont il est le doyen. La Tunisie a suivi d’un pas inégal, nouvelle venue à la culture française, ayant manqué aussi, à ses débuts, des hommes capables d’y créer des méthodes fertiles d’enseignement et d’y encourager les recherches désintéressées; en d’autres mains, elle regagne maintenant le temps perdu. Au Maroc, la guerre a entravé les premiers efforts, mais le maréchal Lyautey n’a point habitué « son pays » à être en retard, et l’Ecole de Rabat donne déjà mieux que des promesses. — Dans ces divers centres et quelques autres, Constantine, Tlemeen, Oran, etc., l'arabe est étudié sous ses manifestations diverses, littéraires et dialectales, dans des milieux où la culture arabe garde quelque vitalité et où la fréquentation des lettrés, comme celle des masses populaires, constitue pour les travailleurs, l’incomparable école de l'expérience.
Quelle que soit la valeur des établissements créés ainsi en Afrique du Nord, la tâche des Ecoles métropolitaines reste iinporlante. En France européenne, le goût des études arabes s’est fort développé dans les dernières années. Le rôle considérable que l’Afrique du Nord joue dans la vie générale delà France moderne a été affirmé aux yeux de tous, par la présence des vaillantes troupes africaines dans les armées de la grande guerre. La littérature et l’art croient trouver des chemins nouveaux en se dirigeant vers les civilisations anciennes de l’Asie. La politique, comme la mode, est tournée vers les choses de l’Orient.
Pratiquement, il importe qu’un échange d’hommes s’établisse entre l’Afrique du Nord ou la Syrie et la métropole, et que les fonctionnaires algériens, par exemple, ne soient pas tous nés en terre africaine et pénétrés de quelques préjuges, qui pour être exactement inverses de ceux des Français d’Europe, n’en sont pas moins des préjugés. L’expérience montre chaque
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
année les résultats heureux de la présence d’étudiants algériens dans les Universités métropolitaines où les qualités différentes du milieu sont favorables à leur développement intellectuel. — 11 semble aussi, mais c’est une opinion qui ne saurait être exposée ici en détail, qu’une pénétration intime devrait exister entre l’enseignement métropolitain de l'arabe, particulièrement celui cle Paris, et les enseignements africains; on voudrait voir s’établir un échange constant d’étudiants et de professeurs entre Paris, Alger, Tunis, Rabat, etc. Qu’il soit permis de dire ici que les professeurs y gagneraient au moins autant que les étudiants : les arabisants d’Afrique retrouveraient à Paris l’atmosphère de culture générale, le goût des recherches désintéressées, les instruments du travail livresque, qui leur manquent parfois de l’autre côté delà Méditerranée; les arabisants de la métropole retourneraient avec joie vers le soleil, vers l’ambiance arabe, vers les hommes vivants, sans la fréquentation desquelles une langue et une civilisation tendent à n ôtre plus qu’une curiosité de musée. 11 suffira d’un geste de l’administration, se libérant une fois de plus des routines bureaucratiques, pour rendre aux études arabes un service inappréciable.
C’est en effet vers l’harmonisation des efforts isolés, vers l’organisation de groupements universitaires nouveaux, avec toute la diversité et toute la souplesse de leurs existences variées, que doivent tendre aujourd'hui les efforts; c’est dans cette direction qu’ont été créés à Paris, l’Institut des Etudes slaves et celui des Etudes chinoises. — Sans doute, il y a encore des enseignements à créer pour donner à la jeunesse française des ressources d'étude analogues à celles que possède l'étranger; mais le deA’oir immédiat est d’utiliser, mieux qu’on ne le fait encore, les organisations qui existent et d'éviter les créations inconsidérées, les doubles emplois, l’éparpillement des forces et des bonnes volontés.
Aujourd’hui l’arabe est enseigné, dans la France métropolitaine, d’abord à Paris. L’Ecole des Langues orientales vivantes a trois enseignements parallèles et, en fait, conjoints, arabe écrit, arabe d’Orient, arabe maghrébin, avec des répétiteurs et un cours d’histoire et de géographie; les étudiants y commencent l’élude de l’arabe par ses premiers éléments, et après trois années parviennent à une connaissance suffisante de la langue pour pouvoir être utilisés; ils ont acquis une méthode, et si l’on peut dire, un goût des études arabes qui leur permet, l'expérience en fait foi, d'atteindre par la A’ie en pays arabe une connaissance profonde de la langue qui fait si souvent défaut aux purs prati ciens. La durée des études est diminuée pour les étudiants qui ont déjà acquis une certaine connaissance de la langue ; des facilités leur sont données pour faire compter dans leur scolarité les séjours à l’étranger. Ce n’est point ici le lieu de rechercher s’il ne conviendrait point d’étendre et de renforcer l’enseignement pour certaine catégories d’étudiants, de le simplifier pour d’autres.
Au Collège de France et à l’Ecole des Hautes Etudes (sciences philologiques et sciences religieuses), des enseignements de pure érudition s’adressent spécialement aux étudiants qui complètent leurs études par des recherches personnelles. L'Ecole coloniale vient de créer un enseignement « tout pratique »; il est probable que la A'aleur du professeur compensera l’infirmité du programme. — A Lyon, à Marseille et à Bordeaux, des cours d’arabe écrit et parlé ont été créés à la Faculté des Lettres et donnent dès maintenant d’heureux résultats. — A Paris et dans les trois villes que l’on vient de citer, des enseignements non univer- -itaires ont été créés par des organismes privés, notam-
ment par les Chambres de Commerce: ces cours, dont on annonçait, non sans quelque malicieuse ostentation, « le caractère vraiment' pratique » n’ont pa^obtenu les brillants succès qui étaient attendus. Il semble que prétendre enseigner aA-ec quelque étendue, une langue dialectale, dont la grammaire est une invention des Européens et qu’ils sont seuls à vouloir écrire, est. hors du pays où on le parle, une entreprise simplement chimérique ; les auditeurs de ces cours apprennent des mots, répètent quelques phrases et restent incapables de toute étude suivie de la langue.
Telle est l’organisation des études arabes en France. Les événements des dernières ann^fs et le goût du jour ne peuAent qu’encourager leur développement. L'autorité militaire s’est aperçue qu’il est plus difficile qu’on ne le supposait de trouver des officiers sachant véritablement de l’arabe, c’est-à-dire dépassant cette connaissance « pratique » et en réalité inutilisable, dont on vient de dire un mot. Elle a donc organisé à Saiut- Cyr et à Fontainebleau des cours d’arabe qui sont très assidûment écoutés; des officiers-élèAes de l’Ecole de Guerre suivent aA’ec attention et succès les cours de l'Ecole des Langues orientales. v
Un décret du 30 juin 1921 a organisé des examens, ouverts à tous les officiers, sous-officiers et soldats, et échelonnés en trois degrés, qui donnent droit à des primes en faveur des candidats ayant obtenu des notes satisfaisantes.
Mais ces enseignements s’adressent tous à des hommes faits, au moins à des étudiants; aucun d eux n’est destiné aux écoliers de l’enseignement secondaire. En Afrique au contraire, des cours d’arabe permettent aux élèves des lycées et collèges d’étudier cette langue et de la présenter comme langue principale ou secondaire à l’examen du baccalauréat, ce médiocre et redoutable despote de notre enseignement. Ayant acquis des connaissances élémentaires d’arabe, ces jeunes gens pourront aborder rapidement des éludes plus complètes et n’ont point, comme leurs camarades de Paris, à apprendre, à 17 ou 18 ans, l’alphabet de l’arabe et ses rudiments. On s’est demandé s’il ne serait pas possible de créer en France, à Paris par exemple, dans un ou plusieurs lycées l’enseignement de l’arabe, qui assurerait aux écoles militaires, à l’Ecole des Langues Orientales, etc., un auditoire d’étudiants déjà aAaneés et contribuerait ainsi au progrès des études orientales. On a rappelé que les Jeunes de Langues, c’est-à-dire les fils de consuls, boursiers du ministère des Affaires étrangères, qui, par une ancienne tradition, faisaient tous leurs études an Lycée Louis-le-Grand, y recevaient, il y a cinquante ans même, un enseignement préparatoire d’arabe, de persan et de turc, avant leur entrée à l’Ecole des Langues Orientales. Avant la guerre, on était arrêté par un obstacle insurmontable; l’arabe n’était pas inscrit au programme du baccalauréat à l’Université de Paris ; il l’est depuis deux ans ; l’obstacle a disparu et l’on reprend le projet.
Ce n’est point dans le 11 ni /et in du Comité de /' Afrique française que 1 on fera mauvais accueil à une tentative qui pe peut que faAoriser les études arabes et faciliter les relations entre l’Afrique du Nord, l’Orient proche et la métropole. Il importe seulement de préciser quelques observations de détail et de mettre en garde contre des erreurs qui. en faisant échouer l’expérience, seraient nettement préjudiciables aux études arabes.
En Afrique du Nord, l’enseignement de l’arabe dans les lycées et collèges n’est en progrès, croyons-nous, ni parle nombre des élèAes, ni par la force des études. Il semble que la diffusion du français parmi la populo,-
lion indigène des villes, incite les jeunes gens à négliger l’étude de l’idiome local, et à apprendre une langue européenne à laquelle ils attribuent, à tort ou à raison, une valeur économique supérieure ; il est difficile de se prononcer sur la valeur de cet enseignement et de ses méthodes qui ne semblent pas avoir fait l'admiration des inspecteurs généraux qui, à défaut d’un inspecteur général d’arabe, ont modestement affecté de ne donner qu’une appréciation incompétente. En tout cas, les résultats sont médiocres; les candidats, en général, au baccalauréat sont incapables de lire sans longue préparation un texte élémentaire, et quelquesuns s’en tiennent à ces vagissements de langue vivante qui paraissent être le but suprême de quelques éducateurs. Il est étrange que, dans une ambiance qu’aucun préjugé ne peut empêcher d’être favorable, renseignement de l'arabe n ait pas été plus fructueux. — A Paris, si l’on y organise définitivement l'enseignement de l’arabe, les écoliers n’auront point la répétition journalière de l’ambiance linguistique qui devrait donner une si grande facilité à l’étude de l’arabe dans les lycées africains. 11 faudra, par la sûreté de la méthode, s’efforcer de compenser ce désavantage.
11 est un point sur lequel il parait utile d’attirer l’attention, bien qu'il échappe souvent aux professeurs de langues eux-mêmes, c’est la valeur pédagogique de l’arabe. 11 importe de ne pas oublier que jusqu’à nouvel ordre les établissements d’enseignement secondaire ne sont pas, en théorie du moins, des poulaillers où l’on gave au maximum de jeunes volailles afin de les présenter bien grasses aux récompenses du jury, sans se préoccuper de savoir si une indigestion du lendemain n’annulera point le succès de tant d’efforts. On continue à croire qu’il s’agit de former leur chair, leur sang et leur cerveau à une activité utile et durable, de donner aux écoliers une fermeté de conscience et une résistance morale qui leur permettent, au contact périlleux de la vie sociale moderne, d'être des hommes énergiques et utiles, tout prêts à l’activité technique vers laquelle leurs aptitudes ou le hasard les dirigera. L'étude d’une langue étrangère ne peut contribuer au développement intellectuel de l’écolier que si l’enseignement de sa grammaire et de sa vie littéraire est un cours de psychologie pratique, et si les textes qu’il étudiera dans les classes supérieures font entrer dansa jeune pensée des idées fécondes en enseignements et en réflexions. Ces avantages éducatifs, un instant méconnus, le latin les dispensait largement aux générations précédentes d’écoliers; le grec si insuffisamment étudié, l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, les lui procuraient à des titres divers. Il faudra s’efforcer de les trouver dans l’étude de l'arabe : sans doute il n'est pas aisé de recueillir dans les textes de lecture élémentaire l’équivalent des « morceaux » que fournissent abondamment les littératures occidentales ; on pourra pourtant mettre dans les mains des écoliers des recueils qui contiendront des récits où la niaiserie ne le disputera pas à l’immoralité. On pourra retirer beaucoup, pour le développement de l’esprit de l’écolier, de l’étude intelligente de la grammaire arabe classique, dont la logique est un peu artificielle dans >a rigidité et dont la finesse va parfois jusqu’à la subtilité, mais qui est matière à réflexions fécondes, si le maître sait les graduer et y intéresser son jeune auditoire. C’est de la psychologie, et de la plus solide et de la plus haute, que l’enseignement linguistique d'un maître comme Antoine Meillet. par exemple. Dans la lecture des textes, il faudra que les professeurs, ne pouvant éviter l’exotisme de l’expression et de la pensée même, si éloignées de celles de l'Occident, s’entêtent à obtenir des écoliers des équivalents précis, une compré
hension réelle des mots, et qu’ils ne pratiquent pas cette méthode si courante qui consiste à admettre qu’un texte oriental peut ne présenter aucun sens raisonnable, et même que plus la traduction en sera absurde, plus elle aura celte couleur orientale si chère aux snob< de notre temps.
Dans l’enseignement secondaire, c’est l’arabe dit littéral qui doit servir de base à l’étude, et ce n’est point seulement pour les raisons pédagogiques qui viennent d’être indiquées, mais aussi dans un but « pratique ». Il ne viendra sans doute à l’esprit de personne qu’un bachelier avec mention arabe soit absolument incapable do déchiffrer un article de journal, même une annonce, une pièce officielle, un acte de vente, la lettre d’un homme instruit; et tout cela lui sera incompréhensible s’il n’a point étudié l'arabe classique. — Il importe de bien voir ce que représente ce terme dans la vie actuelle du monde arabe; il ne s'agit point d'une vieille langue morte qui n'intéresse que quelques érudits prétentieux et abscons; mais d'une langue vivante, puisqu’elle se transforme et qu’.ellc se parle ; c'est la langue du livre, delà revue et du journal, tous deux si actifs dans la vie moderne; du discours prononcé dans les assemblées et dans les réunions politiques, du sermon du vendredi à la mosquée, de la conversation des gens instruits. Elle est la langue commune de tous les Arabes cultivés.
Ce n’est point, il est vrai, celle que parle la grande masse illettrée de la population; chaque région, chaque province, parfois chaque ville et chaque tribu a son dialecte, qui diffère plus ou moins profondément du voisin par la prononciation, par le vocabulaire et par la syntaxe. En résulte-t-il qu'un Arabe ignorant la langue classique est incapable de comprendre un autre idiome que le dialecte d’un petit groupe social ? Evidemment non. Certaines personnes en concluent, en toute naïveté, à la nécessité d’apprendre exclusivement et « pratiquement » l’arabe « parlé ». Il faut cependant essayer de voir comment le rapprochement se fait entre des éléments très divers". — Les Arabes sont fort curieux du beau langage, très soucieux d’observer avec malice les « fautes » du voisin, très bons observateurs et très bavards. Ceux d’entre eux qui voyagent, se trouvant en relations avec des hommes qui ne parlent pas leur dialecte, en observent donc très rapidement les particularités et quand ils ont à converser avec eux, s’efforcent d’atténuer dans l'expression de leur pensée les caractéristiques les plus accentuées de leur dialecte ; si leur interlocuteur a la même bonne volonté, le gros obstacle à une mutuelle compréhension sera levé et la conversation se suivra aisément sur des sujets courants, non sans quelques coqs-à-l’âne dont les deux causeurs seront lés premiers à rire. Mais il n’en résultera point que le voyageur arabe comprendra la conversation des indigènes quand ils s’entretiendront entre eux dans leur dialecte. William Marçais a fait, à ce sujet, une expérience très nette; il y avait parmi les étudiants de la Médersa d'Alger quelques Tangérois, qui. tout en parlant avec leurs camarades algériens la langue demi-classique des to/bâ, employaient entre eux le dialecte très particulier de la ville de Tanger. W. Marçais les mit en présence de quelques étudiants originaires du sud-algérois et leur demanda, aux uns et aux autres, de parler leur dialecte maternel ; les jeunes gens eurent grande peine à poursuivre une conversation, et, tout en riant, ils s’accusèrent mutuellement de ne point parler arabe.
On dira sans doute que le Français-ayant étudié dans les classes un dialecte arabe sera, comme notre voyageur, capable de s’adapter à l’idiome d’interlocuteurs
nouveaux : c'est une bonne plaisanterie. Cette adaptation rapide n'est possible qu’aveo la connaissance intime tle la langue, le sentiment de sa vie propre, qui est naturel à quiconque a l'arabe comme langue maternelle et qui, sans doute, pourra être acquise par un Français après un long et énergique effort, mais qui manquera totalement au lycéen ayant péniblement anonné quelques phrases arabes entre les quatre murs d’une classe.
Pour le lycéen, l’introduction à l’étude de l’arabe, c'est l’enseignement de l’arabe classique, qui lui sera en lui-même utile dans tout le monde arabe et qui lui donnera le goût de la langue vivante ; il apprendra aussi qu’il sait bien pSu de chose et qu'il a presque tout à apprendre. — Qu’il soit permis de rappeler ici un fait qui nous a été rapporté par le général Largeau, qui commanda plusieurs années les territoires du Tchad et qui fut tué en 1917 sur le front français; le colonel Largeau, à l'un de ses retours en Afrique, emmena un officier interprète de l’armée, d’origine algérienne, parlant couramment le sabir arabe des bureaux des affaires indigènes et ayant quelque habitude des parlers du sud algérien, n’ayant su de l’arabe classique que le strict nécessaire pour subir l’examen d’interprète et s’étant hâté de l’oublier, très convaincu d’ailleurs de sa connaissance complète et « pratique » de l’arabe. Or des groupes importants d’habitants du Tchad parlent des dialectes arabes très intéressants qui ont été incomplètement étudiés jusqu’ici et qui sont, soit des idiomes orientaux bédouins d’Egypte, soit des dialectes maghrébins avec des influences réciproques, mal connues. Dès le premier contact avec ces Arabes, l’interprète s’aperçut qu’il ne comprenait rien à la langue qu’ils parlaient, et un mois après il demandait son changement; s’il avait acquis, par l’étude de l’arabe classique, une culture plus développée et le sentiment des diversités de l’arabe classique ou vulgaire, il aurait été intéressé par ce dialecte, à première vue incompréhensible, et il l’aurait appris, mais sa connaissance de l’arabe manquait d’une base solide, et l'étude mécanique, « vraiment pratique » de l’arabe algérien l’avait rendu incapable de comprendre d'autres dialectes.
Des trop nombreuses lignes qui précèdent et qui pourtant n’épuisent pas le sujet, on voudrait conclure que l’introduction de l’arabe dans l'enseignement secondaire parisien sera utile s’il a une valeur pédagogique et une utilité pratique. Or, l’étude de l’arabe 11e donnera aux collégiens un profit intellectuel que si on les apprend à raisonner sur la structure d’une langue très différente de la nôtre et s’ils apprennent à traduire avec précision des textes ayant quelque portée; ils n’en retireront un profit pratique que si leurs connaissances acquises 11e sont pas un trompe-l’œil, le perroquettage de quelques phrases exotiques, mais une initiation solide, une introduction à l’étude de l’arabe, sous quelque forme que ce soit.
Un enseignement sérieux de l’arabe dans les lycées devra avoir pour base l’étude de l’arabe classique, de la langue commune de tous les Arabes qui savent lire et écrire. Après les premières études, on initiera l’élève aux modifications que la langue subit quand elle est parlée et on lui fera prononcer des phrases dans un dialecte vivant. On lui donnera nettement le sentiment qu’on lui apprend seulement une méthode pour ses études ultérieures. Le maître aura grand soin, dans l'étude de l'arabe classique, de n’enseigner aucun fait grammatical qui ne soit d'abord complètement compris par l’élève et qui ne lui soit en outre matièreà réflexion
et à comparaison avec sa propre langue. Il portera une grande attention à la prononciation de l’arabe classique; il laissera aux flexions vocaliques leur place secondaire, il les négligera parfois entièrement pour insister sur la place de l'accent, et préparera ainsi l’élève à la compréhension de la langue parlée. Le maître exercera les élèves des classes supérieures à la connaissance de l’arabe moderne, de la langue des journaux et des revues; il se persuadera, et il apprendra à ses élèves, qu’arabe classique ne veut pas dire langue des commentaires coraniques du ixe siècle ou des poésies a ntéisla iniques, mais arabe actuel et vivant. Ainsi compris, l’enseignement au lycée sera très utile. S’il est organisé, au contraire, suivantdes théories qui, sous prétexte de « pratique », sont naïvement et superbement dédaigneuses des réalités, l’échec est certain (1).
Gaudefrov-Demombvxes.
En ouvrant le 23 mai. la session des Délégations Financières, M. Steeg, gouverneur général de l’Algérie, a prononcé le discours suivant :
Messieurs,
L’ouverture de la session des Délégations financières a été précédée par un événement, dont, après votre président, je crois devoir souligner l’historique intérêt, la durable importance.
Le Voyage Présidentiel
L'enthousiasme unanime qui, du moindre village aux plus populeuses cités, a partout accueilli le Chef de l'Etat, montre combien la population algérienne, indifférente aux excitations des uns comme aux ironies de certains autres, a ressenti la délicatesse et mesuré la valeur du témoignage de tendre attachement que,- par son premier magistrat, la France métropolitaine adressait à la France africaine.
Mais elle a compris aussi qu'il y avait là plus qu'un geste de cordialité et que la manifestation qui s’est déroulée ax-ec autant d’ordre que d’éclat sortait du cadre des cérémonies officielles. Elle a compris que la présence sur le sol africain de M. le Président de la République, dans les circonstances actuelles, comportait des significations idéales en même temps que des buts pratiques d'un caractère exceptionnel. Elle a compris que nous assistions à un acte politique, ayant un sens politique, et ce mot « politique », je l’entends dans son acception la plus large et la plus plus haute. 11 ne s’agissait, en effet, dans ce voyage ni d'un programme de parti, ni même d'un programme de gouvernement, mais d’un dessein délibéré d’instituer en commun, sur les bases d’une confiance mutuelle, faite d’expérience et de sincérité, un avenir définitif de collaboration, d’initiative et d’expansion nationales.
Vous le savez, l’heure où le Président de la République prenait le chemin de l’Afrique du Aord n'était pas de celtes qui laissent l’esprit sans anxiétés ou, du moins, sans préoccupations patriotiques. Pensez-vous que s’il ne s’était agi que de charmer ses yeux de spectacles pittoresques, de recueillir des acclamations sans lendemain, de soulever des
(1) Une « expérience » est actuellement en cours au lycée Henri IV dans (les conditions favorables : compétence du professeur et caractère facultatif d'un enseignement réservé à la classe de seconde. 11 est impossible de porter aujourd’hui un jugement sur les résultats: on peut dire seulement, et c’est un succès, que le cours dure avec un groupe d’élèves attentifs.
manifestations flatteuses, mais stériles, un Chef tel que M. Millerand eût hésité à sacrifier aux exigences de ses lourdes responsabilités une entreprise de pur apparat? Non. Loin des pièges subtils, des manœuvres suspectes, des controverses périlleuses, sans cependant les perdre de vue, le premier magistrat de la République a montré que la France était assez grande pour n’ètre pas mégalomane, assez sûre d’elle, de ses enfants, de tous ses enfants, assez confiante dans ces derniers, pour poursuivre avec calme, vigueur et méthode la tâche qu’elle s’est assignée, pour dresser l'inventaire de ses forces ethniques, économiques et morales, groupées, disciplinées et multipliées en vue de satisfaire aux nécessités impérieuses de l'intérêt national, qui a été, je l'imagine, aussi bien servi par le voyage présidentiel à travers l’Afrique française du Nord que par une conférence retentissante et confuse sur une autre rive méditerranéenne.
Ce voyage, il signifie, d’abord, je ne dis pas gratitude — l’Algérie ne demande pas de gratitude pour avoir fait son devoir — mais fraternité. Trop de jugements superficiels et injustes avaient été portés sur l’àme de ce pays, le plus solidement, le plus ardemment patriote qui soit. De tout cela il n’est plus question. Les souffrances subies, les périls traversés ont servi d’épreuve, et d’épreuve décisive. La France maternelle vous connaît mieux aujourd’hui qu’hier et se reconnaît en vous. Voilà ce qu’avant tout, ce que par-dessus tout, le Président venait proclamer ici au nom de la Patrie commune, en hommage à ces tombes glorieuses sur qui plane le vol des victoires libératrices.
Fraternité d’abord et confiance par là même, nous a dit la puissante voix de M. Millerand. Votre œuvre, Messieurs, a trouvé dans les paroles du chef de l'Etat la plus compréhensive, la plus autorisée des appréciations. Il s’est rendu compte de la sincérité de votre effort, il en a apprécié, documents en main, la prudence efficace et -avisée. Il a déclaré solennellement que ce n’est pas en vos mains que périclitera celte grande Algérie dont la France vous a déjà remis les destinées financières. En même temps qu elle consacre votre œuvre, sa parole vous apporte la promesse que nulle réforme décentralisatrice, susceptible, tout en aggravant, il est vrai, vos responsabilités, d’assouplir le mécanisme de notre action, n’est pour effrayer désormais la Métropole, aussi disposée à compter sur vous qu'avec vous.
Les grands bouleversements disloquent les nations dont l’unité précaire ne repose que sur le hasard ou sur la violence — nous l’avons pu constater au cours de ces dernières années — mais ils soudent, dans une indissoluble fusion, celles dont les éléments proches on lointains participent à de communs souvenirs, à des espérances semblables. La solidarité franco-algérienne est actuellement une grande vérité morale, un fait politique, une réalité économique. Elle doit produire toutes ses conséquences, coordonner les efforts de tous dans la liberté de tous, pour le plus grand profit de la collectivité nationale, de sa force, de sa grandeur et aussi de sa prospérité.
Oui, de sa prospérité. 11 faut en venir là. Quels que puissent être le rayonnement du nom français et le prestige de la victoire, il faut reconnaître la nécessité primordiale, vitale, d'une tâche de relèvement qui n'est encore qu’ébauchée et pour laquelle toutes les forces de notre peuple doivent tendre leurs énergies revivifiées. Une crise profonde persiste. Nous ne trouverons pas de consolation paresseuse dans la constatation de la détresse plus accentuée de pays plus ou moins voisins du nôtre. Pour en triompher, il ne nous suffira pas de glorifier un magnifique passé, d’imaginer la splendeur brillante d’un proche ou lointain avenir. G’esl aux réalités présentes qu’il nous faut nous attacher, c’est sur nous-mêmes que nous devons compter. Le Président de la République a vu l'Algérie telle qu’elle est, jeune, ardente, riche de sève et de vaillance. Il sera pour elle le plus autorisé, le plus fidèle des amis. Nous saurons être dignes de sa c<jnfiante affection, en méditant et en appliquant les conseils qu’il nous donnait du haut de son expérience de patriote et de républicain.
Un budget d'attente et de prudence.
Le projet de budget qui vous est soumis, a été commandé par la situation actuelle de nos finances.
Il est aisé de ïït caractériser brièvement :
De 1901 à 1914. les budgets de l’Algérie se sont toujours soldés par des excédents. A la clôture de l’exercice 19 1 3, le fonds de prévoyance de la caisse de réserve était à son maximum (10 millions). Cette caisse avait, en outre, pu disposer de plus de 74 millions pour la réalisation de travaux d’intérêt général . La dette de la Colonie était insignifiante. La charge des aunuités ne représentait même pas une somme de 10 millions.
Vous connaissez le bouleversement provoqué par la guerre, le fléchissement des recettes, le vertigineux accroissement des dépenses. Après l’armistice, les conditions générales de la vie économique, des circonstances climatériques particulièrement déplorables ont introduit dans vos finances un déséquilibre qui persiste.
Au cours des années 1914 à 1921 inclus, les recettes bud-
gétaires ont produit une somme de 1.475 millions.
Les dépenses se sont élevées à 1 . 847 »
d’où une insuffisance de ressources de. .. 372 millions.
Ce déficit a été couvert par l’emprunt de liquidation déjà émis à concurrence de 143 millions et, pour le surplus, par un prélèvement sur l’emprunt de 300 millions dont vous avez assuré le service par les crédits inscrits au budget de
La période des déficits est-elle close? Notre situation financière dépend aujourd’hui presque exclusivement des résultats de l’exploitation de nos chemins de fer. Or, l’exercice 1921 vient de se solder par un déficit de plus de 80 millions; l’on prévoit que le déficit sera encore pour 1922 de plus de 50 millions; mais qu’il se réduirait pour 1923 à 14 millions.
Dans ces conditions, le budget de 1923 devait être un budget d’attente, de recueillement, de prudence. Mais entendons-nous bien, prudence n’est pas pusillanimité, prudence n’est pas défiance. La témérité accompagne le désespoir, et ceux qui risquent le plus sont ceux souvent qui n’ont plus rien à perdre ; peu leur importe que sonne plus tôt ou plus tard l’heure de la ruine définitive. Notre prudence n’est ni de paresse ni de doute. Elle nous est dictée par notre pleine confiance dans les destinées de l’Algérie, par la conviction que l’équilibre budgétaire solidement réalisé fortifiera encore notre crédit et nous permettra de développer. à moindres frais la mise en œuvre productrice de nos énergies et de nos ressources.
Il n’est pas d’action féconde par la supercherie ou l’illusion. La sincérité est la première qualité d’un budget. Dans celui que nous vous soumettons, les ressources comme les besoins ont été évalués avec une scrupuleuse rigueur.
Le souci de déférence et de loyauté qui nous conduit un mois avant l’ouverture de votre session, à vous soumettre nos propositions aura sans doute pour effet de multiplier le nombre des critiques dont elles seront l’objet. 11 nous aura sans doute pour effet de multiplier le nombre des critiques dont elles seront l’objet. Il nous aura permis, du moins, de recueillir l’écho de quelques-unes d’entre elles. Ici même ou ailleurs, on nous accuse de vous présenter un budget de façade qui ne gardera rien, à l’heure où l’exercice devra se clore, de la physionomie avec laquelle il s’ofl’re aujourd’hui à vous. Des annulations de crédits, d’une part, des crédits supplémentaires de l’autre, l’auront profondément transformé.
Il est exact qu’en 1921, 40 millions de crédits votés sont demeurés sans emploi. Les prévisions budgétaires de l’administration étaient-elles excessives? Ne le lui reprochez pas trop, car la tentation pourrait lui venir, pour éviter le retour d’une telle critique, pour se protéger contre une réduction ultérieure des crédits, d’épuiser Systématiquement en fin d’exercices, toutes les disponibilités. Ne criez pas au péril imaginaire. Tous ceux qui, en France, se sont occupés tles finances publiques ont constaté l’existence de ces fâcheux errements-
Ils ne se produisent pas — et nous ne saurions tolérer qu’ils se produisent — en Algérie, parce que toutes ces disponibilités oïd ici une affectation prévue. Elles vont, en période normale, alimenter la caisse de réserve dont les ressources ne peuvent être employées qu’à des travaux et à des entreprises productives; avant la guerre, chaque budget apportait ainsi sa part contributive au fonds qui avait été institué pour assurer la continuité du développement économique de la colonie. L’heure semble proche où ce fonds.
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aujourd’hui épuisé, pourra recevoir de nouveaux apports; l’intérêt de tous est que rien ne vienne retarder la création de nouvelles richesses.
Pour l’instant, nous avons à rétablir notre situation. Les 40 millions que dégage la liquidation de l’exerciue de 1921, atténue d’autorité le déficit qui, de 121 est i-amené à 81 millions. Ce résultat, nous l’avons délibérément voulu. La pire politique financière est celle qui emprunte pour couvrir et cacher le déficit budgétaire. L’emprunt se justifie lorsqu'il s’agit de dépenses créatrices dont l’avenir peut d’autant mieux supporter la charge qu’il en recueillera le profit. Mais nous ne saurions mettre à la charge des générations futures les déficits actuels de nos chemins de fer, les charges consécutives aux mauvaises récoltes des dernières années, les augmentations de traitement des fonctionnaires. Nous nous sommes donc attachés à réduire le déficit, et un heureux concours de circonstances a facilité notre effort.
Vous l’avez vu, Messieurs, les découverts de votre -trésorerie s’élèvent actuellement à près de 230 millions. La métropole nous a avancé presque intégralement celte somme. Nous sommes ses débiteurs à vue. Toutes les mesures ont été prises pour faire face à cette exigibilité. Vous avez voté les crédits nécessaires au service de l’emprunt dont le produit vous permettra de vous libérer.
Cet emprunt, nous aurions pu l’émettre. Les offres ne nous ont pas manqué. Elles sont venues de France, d’Angleterre, des Etats-Unis. Mais le ministère des Finances, témoignant lui aussi de la haute confiance que mérite le crédit de l’Algérie, a jugé possible, non seulement de ne pas réclamer les avances, mais de nous en consentir de nouvelles pour les dépenses afférentes aux travaux du programme de 1920. Nous sommes arrivés ainsi à économiser presque intégralement les crédits figurant au chapitre de la dette. C’est ce qui yous explique l’annulation de la plus grande partie des 40 millions. Nous espérons, cette année encore, arriver à des résultats analogues. Je ne pense pas qu’une telle politique puisse nous attirer des critiques, du moins des critiques inspirées par l’intérêt public. Ce sont les seules qui puissent nous émouvoir.
11 est vrai aussi que les comptes de 1921 constatent le paiement de 105 millions de dépenses qui ne figuraient pas au budget primitif et que vous avez autorisées au titre des avances à régulariser. Ai-je besoin de rappeler qu’alors que se préparait, au début de 1920, le budget de l’année suivante personne n’avait prévu, et sans doute ne pouvait prévoir, les calamités qui, quelques mois plus tard, allaient anéantir les récoltes, réduire à la misèrent à la faim, vouer à la maladie une partie des populations de l’Afrique du Nord? Vous avez joué en bons Français fidèles à la mission civilisatrice de leur Patrie, un grand rôle de généreuse solidarité. Les dépenses nouvelles ont alourdi le budget dont les ressources se trouvaient en même temps taries. Les lois rendues expressément applicables ii l’Algérie nous imposaient une surcharge de plusieurs dizaines de millions. Les prévisions les plus réfléchies se sont trouvées dépassées par des événements ou des circonstances dans lesquelles la volonté de l’homme n’avait aucune part. De même, notre sincérité pourra-elle être mise en cause si le magnifique effort agricole des colons européens et des indigènes ne nous donne pas les récoltes qu’il y a quelques semaines encore nous étions en droit d’espérer?
La prudence que nous avons apportée dans l’établissement du budget se trouve mieux justifiée aujourd’hui qu’hier. Mais aujourd’hui comme hier, elle resterait excessive et coupable si nous avions fait de ce budget une œuvre de panique et de stérilité paralysant ou entravant l’action créatrice de richesses ou de progrès. Nous avons eu la volonté de n'apporter aucune réduction aux programmes d’entreprises productives. Nous en avons seulement révisé les évaluations de manière à les mettre en concordance avec les prix actuels. Certains devis établis à l'époque des cours maximn sont en effet susceptibles de rabais importants que nous avons déterminés en tenant compte des résultats d’adjudications récentes.
Par contre, Messieurs, vous avez pu constater, pour la première fois depuis de longues années, une notable diminution des dépenses de personnel. Nous nous sommes proposés d’assurer à moindres frais te fonctionnement de l’administration. Il nous a paru que trop d’emplois sont occu-
pés par des agents dont les aptitudes et les traitements sont supérieurs à ce qu’exigent les services qu’on leur demande; lrop souvent, un formalisme excessif et suranné complique au point de les rendre insolubles les affaires les plus simples; une meilleure adaptation des tâches aux facultés de chacun, la simplification des méthodes, la coordination d’efforts qui parfois se contrecarrent, mais plus souvent s’ignorent et restent pour cette raison peu productifs, en un mot l’utilisation au maximum de rendement de la machine administrative, doit permettre de libérer nos budgets de charges qui sont actuellement sans profil. C’est là sans doute une tâche ingrate et d’assez longue haleine, mais que nous poursuivrons sans répit.
11 ne faut cependant pas s’exagérer l'ampleur des compressions possibles.
Si notre budget, qui était de 60 millions en 1902, atteint maintenant près de 4u0 millions, l'augmentation ne provient pas de développement excessif d'un fonctionnarisme stérile: au cours des vingt dernières années, les dépenses d’administration générale ne se sont guère accrues de plus de 30o %, tandis que les dépenses d’assistance s’augmentent
de : 450 %
L’instruction publique européenne de 800 %
L’instruction publique indigène de 1015 %
Les postes et télégraphes de 550 %
Les chemins de fer de 1028 %
Malgré certaines augmentations de dépenses inévitables, nous sommes arrivés à renfermer le montant des crédits demandés /tans les limites de nos ressources, sans aucune innovation, à moins que vous n’estimiez que ce n’en soit une, et appréciable dans les années difficiles que vit le monde, que de ne pas créer d'impôts nouveaux. Nous n’entendons pas dire que notre système fiscal ait trouvé sa formule définitive. Il est perfectible, certes, mais il s'inspire d'un principe de justice. 11 établit, d’autre part, une étroite solidarité d’intérêt entre l’Etat et les contribuables. Le premier est directement associé à la prospérité du second, dont il ne doit pas stériliser l'activité par une fiscalité tracassière ou écrasante.
Le nouveau système d’impôts a connu cette mauvaise fortune de voir les trois premières années de son application coïncider avec des récoltes ou nulles ou très insuffisantes. Dans une période de crise, quand les affaires sont rares et les bénéfices incertains, toute charge, même légère, parait vile excessive; quand, de plus, on modifie à ce moment les habitudes du contribuable, qu'on l'astreint à de nouvelles formalités, que l’inexpérience de tous entraine des erreurs qui, pour être rectifiées, exigent encore de nouvelles démarches, les préoccupations d’ordre fiscal deviennent une obsession.
Que ce système puisse et doive être amélioré, qui le nierait ? J'écoute vos observations, j'invite mes services à tenir compte de vos suggestions, à seconder vos initiatives, à suivre d’un œil attentif les vicissitudes de la vie agricole, industrielle et commerciale. Pas plus pour l'Etat que pour quelques privilégiés, une prospérité durable ne saurait s’édifier impunément sur la misère de tous.
Nos impôts actuels pourront être assouplis, allégés même dès que la situation le permettra; mais il nous faut reconnaître que, tels qu'ils sont, malgré les circonstances qui en ont souvent ralenti ou même complètement suspendu le recouvrement, ils nous ont, par leur diversité même, permis de traverser des conditions désastreuses, de triompher d’épreuves redoutables, de vivre et d'entreprendre sans charges nouvelles la réalisation des programmes dont l'Algérie attend une prospérité plus grande et mieux assurée.
Les services maritimes postaux.
Devrons-nous cependant. Messieurs, inscrire au budget ds 192U une contribution financière destinée à assurer la part de l’Algérie dans le fonctionnement des services maritimes postaux ? A quel chiffre s'élèveront les crédits nécessaires à cet objet? La question n’est pas nouvelle. Vous l'avez à plusieurs- reprises étudiée. 11 ne semble cependant pas qu’elle soit sur le point d’être résolue, car elle engage de multiples intérêts qu’il n’a pas été encore possible de concilier entièrement.
Primitivement. l’Etat n’avait en vue qu’un service privé;
BENSEIGNEMENTS COLONIAUX
il cherchait à assurer le transport des dépêches, celui de ses agents, de ses soldats, de son matériel. 11 ne se préoccupait ni des passagers, ni des chargeurs, ni de la mobilité, ni de la hausse progressive des frets,' ni des responsabilités qui pouvaient incomber aux armateurs L’idée, peu à peu, s’est précisée que le bateau devait prolonger le rail, que la régularité, la fréquence, la sécurité des relations maritimes, la stabilité relative des tarifs de passage et des frets aussi réduits que possible, la répartition équitable des risques devaient être garanties, bref, qu'il convenait de constituer un véritable service public conçu par analogie avec le régime des chemins de fer adopté par la Métropole et par vousmême. L’Algérie serait arrachée aux déconcertantes el ruineuses fantaisies de son isolement insulaire.
Vous connaissez, Messieurs, les grandes lignes du projet préparé par le sous-secrétariat d’Etat de la marine marchande. Les Compagnies de chemins de fer et de navigation associées exploiteraient les services maritimes postaux. Un Conseil supérieur, composé de représentants de l’Etat, de l’Algérie et de la Tunisie, ainsi que de délégués des Compagnies contractantes de transports maritimes et terrestres, donne au gouvernement un avis obligatoire sur les questions du programme des lignes et des itinéraires, sur le taux des frets et des passages, sur la construction ou l’achat du matériel. Une Société d’exploitation gère tes navires apportés par l'Etat , achetés ou affectés par elle, selon les avis du Conseil supérieur, sous le contrôle du gouvernement. Un fonds commun qui reçoit éventuellement les excédents de recettes de l’exploitation permet de stabiliser le cours îles frets el des passages qui doivent, en principe, compenser les dépenses el reçoit, an besoin les subventions servies par l’Etat. l'Algérie et la Tunisie pour combler le déficit imprévu ou accepté d’avance en vue de servir les intérêts généraux.
L’organisation projetée est simple, souple, moderne. On ne saurait en méconnaître les avantages. Le Gouverneur général vous devait el se devait de chercher à mesurer et à limiter les charges qu’elle entraînerait pour le budget algérien. Le projet prévoyait, en effet, que le déficit d’exploitation possible, inévitable, serait comblé annuellement par une subvention de l’Etat, de l’Algérie et de la Tunisie, dans la proportion de • 0, ^10 et 10 ü 0. Mais, d’autre part, l’Etat limitant sa contribution à une somme de II millions environ représentant l'intérêt et l'amortissement des navires qu’il apportait à la Société, nous finies observer que si le déficit d’exploitation était supérieur à 1!> millions, la répartition proposée perdrait toute valeur et que l’Algérie, placée en face de Compagnies de navigation qui ne courraient aucun risque, en face de l’Etat français, qui limitait prudemment le sien, pouvait être amenée à subir le poids indéterminé d’une charge trop lourde. L’Etat français a entendu notre protestation et c’est une contribution de 60 0/0 sans réserve ni limitation qu’il nous promet aujourd’hui. Si satisfaisant que ITT t ce résultat, il ne nous parut point suffisant. Nous voulions pouvoir vous présenter une évaluation, approximative sans doute, mais cependant précise el justifiée des charges que le projet du gouvernement devait imposer au budget algérien.
Un essai de bilan établi sur le programme réduit du cahier des charges proposé, comportant t4 lignes pour l’Algérie et la Tunisie, utilisant 10 navires, nous a été remis. Il prévoyait un déficit de -i'2 millions, soit une charge annuelle pour l’Algérie de 12. 600. (h o francs. Nous avons prié le sous-secrétariat d’Etat de vouloir bien nous présenter une critique détaillée de ce bilan redoutable. Nous n’avons pas obtenu toutes les précisions désirables. Il nous a été affirmé cependant que les chiffres qui nous avaient été indiqués pouvaient être sans exagération ramenés à 2ij millions, ce qui exigerait encore de l'Algérie une contribution de T.oOü.üi U francs. 11 vous appartiendra, Messieurs, d’examiner ces évaluations, de discuter le programme des itinéraires, le nombre des navires, peut-être leur v itesse.
En une matière aussi complexe, alors que les conséquences de votre décision peuvent être si importantes, il est indispensable que vous puissiez vous prononcer librement, avec une pleine connaissance de toutes les données de la question. Je dois donc vous prévenir qu’une lettre récente de M. le sous-secrétaire d’Etat à la Marine marchande m’informe qu'il n’a pas obtenu, au dernier moment, la signature de toutes les Compagnies de transport. Le consortium prévu ne s’est || pas définitivement constitué. L’honorable M. Rio n’en main-
tient pas moins son projet qu’il réalisera en traitant avec une des Sociétés maritimes sur les bases envisagées. Il déléguera auprès de vous un de ses collaborateurs pour répondre à vos questions, pour vous donner toutes les indications utiles.
Le Président de la Compagnie générale transatlantique m’a prévenu qu’il serait heureux de vous apporter tous les renseignements que vous jugeriez nécessaires. Vous mènerez celle étude en dehors de tout parti pris doctrinaire, avec le seul souci de servir les intérêts solidaires de la France eupéenne et de la France africaine, avec la volonté d’obtenir par la régularité fréquente des transports, par la multiplication des échanges, le développement de l'activité agricole et commerciale de l’Algérie, l'accroissement de sa prospérité économique et financière. Dans la situation présente, vous ne pouvez consentir que des sacrifices d’argent qui paient.
L hydraulique agricole.
Cette situation est délicate. Pour dégager notre responsabilité des difficultés qu’elle nous impose, il ne suffira pas d’incriminer les caprices d’une nature marâtre aussi longlemps que nous n’aurons pas fait tout ce qui dépend de nous pour l'asservir docile à la satisfaction des besoins de l’homme. Une fois encore, la sécheresse printanière compromet ou détruit les riches moissons qui semblaient promises et dues au labeur obstiné de tous nos cultivateurs. Certes, il ne nous est et ne nous sera sans doute jamais per mis de conjurer partout les effets d’un tel lléau, mais 1 histoire et l'expérience montrent que nous pouvons et que nous devons en limiter la malfaisance. Jadis, l’Afrique du Nord fut le grenier de Rome. 11 suffit à noùrrir une population beaucoup plus nombreuse que celle qui l’habite aujourd’hui Nous avons occupé la terre, gagné les esprits et les cœurs, mais il est une conquête que nous avons à peine et mollement entreprise, conquête essentielle cependant, la conquête de l’eau.
Les restes de travaux enfouis sous les alluvions dormant encore inertes à la lumière du soleil nous rappellent la rigueur méthodique avec laquelle notre pays fut, jadis, aménagé en vue de l’irrigation, et l’on a pu donner la longue liste des ouvrages qui assurèrent longtemps après l’époque romaine, la fécondité de régions qui ne sont plus aujourd’hui que des steppes désertiques.
La conservation et l’utilisation de l’eau, de toute l'eau, celle que roulent nos oueds comme celle que recèle obscurément notre sous-sol, exige un effort immédiat et vasle. les charges qui grèvent la production agricole sont devenues, depuis la guerre, lourdes el constantes. Elles exigent des recettes non point fiévreuses et saccadées, mais continues et certaines. C’est par l’organisation d’une culture intense et régulière que nous obtiendrons une prospérité stable. La terre ne constitue que le laboratoire où le soleil el l’eau opèrent leur magie : « Deux de soleil et deux d’eau, a dit Dombasle, font quatre de produit ».
Je rougis, Messieurs, de répéter ce que vous avez tant de fois déjà entendu ou lu. Je sais la vigueur avec laquelle s'exprimait Burdeau dans son magistral rapport de tstts. Je n’ignore ni les inventaires, auxquels on s’est, à dix-erses reprises, livré, des ressources hydrauliques île l’Algérie, ni les emprunts qui ont été consentis, ni la place que vous avez faite aux travaux nécessaires dans vos décisions de 1920. Mais, il faut bien le reconnaître, si des programmes d’ensemble ont été plusieurs fois tracés, les réalisations ne sont pas négligeables el c’est précisément parce que tous nous avons pu comparer la riche et égale productivité des terres irriguées avec le rendement trop souvent médiocre et toujours incertain de celles dont le sol est à la merci des batailles incessantes du soleil ei de la pluie que nous voudrions voir accélérer et généraliser l’exécution des plans que vous avez établis.
Cette exécution, le Gouvernement général entend s’y employer activement et rapidement dans l’intérêt de la prospérité de l’agriculture et des finances algériennes. Il n’hésite pas à faire appel à l’initiative des particuliers, des associations, syndicats, des communes, dont la collaboration sera d’autant plus précieuse qu’elle nous permettra d’appliquer sur un plus grand nombre de points et de prolonger plus longtemps un effort moins immédiatement onéreux. La production de la force motrice pourra d’ailleurs réduire les
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charges financières de la colonie, celles aussi des irrigants. Bref, en dehors de toute préoccupation dogmatique, par un ensemble de moyens souples, efficaces et prompts, nous devons nous attacher à réaliser la diffusion de l'hydraulique agricole qui apaisera l’angoisse que nous apportent ces journées d’avril où la pluie escomptée ne tombe pas, qui assurera au labeur continu la continuité delà rémunération et permettra à la colonie enrichie par la fécondité de l’eau, de venir en aide pendant les saisons mauvaises à ceux qui ne pourront pas connaître les bienfaits de l’irrigation.
Votre grand programme de travaux publics n’en sera pas retardé La nécessité de construire les lignes de chemins de fer projetées s’imposera avec d’autant plus de forte évidence que des produits agricoles plus abondants garantiront un trafic plus régulier et plus fructueux.
Le crédit agricole.
Excusez, Messieurs, la longueur de cet exposé. Le temps m’a manqué pour ramasser en brèves formules l’expression de ma pensée. Nombreux sont les problèmes que pose à notre attention l’élaboration d’un budget qui doit résumer les conditions de la vie d’un pays et en préparer le développement. Les épreuves de ces dernières années m’obligent cependant à vous dire encore quelques mots du crédit agricole qui. par une sorte de fatalité inexorable, devient à la fois de plus en plus indispensable et de plus en plus malaisé à obtenir.
Les banques d’émission, les banques de dépôt se rappellent et nous rappellent naturellement, aux heures de crises, qu'elles ont été conçues et organisées pour des opérations à courts termes. Nous n’avons cessé d’intervenir auprès d’elles pour obtenir l’effort maximum compatible avec leurs règlements. Nous avons secondé de notre mieux l’effort des institutions de crédit agricole mutuel. Vieilles de vingt ans en Algérie, elles sont encore trop peu développées malgré les services qu’elles ont rendus. L’Etat leur a prêté son concours sous deux formes : il leur a accordé d’abord des avances qui s’élèvent actuellement à environ 15 millions, puis une garantie partielle aux prêts consentis aux agriculteurs les plus éprouvés. Les Caisses régionales ont ainsi prêté, en 1921, plus de trente millions. En 1922, il ne nous était plus permis de promettre de nouvelles avances, les disponibilités étant épuisées. Nous avons demandé aux banques des facilités de réescompte pour le papier des Caisses régionales. Notre appel a été entendu et une réserve appréciable sera constituée en vue de la prochaine campagne. Pour favoriser l'action des Caisses régionales, nous nous. préoccupons de rendre applicable à l’Algérie la loi du 5 avril 1920. qui a réorganisé le crédit agricole en France.
Cette application est à l’élude, mais elle exige une adaptation délicate aux besoins et aux ressources de l’Algérie. Cependant, dès le 13 août 1921, un décret autorisait des prêts agricoles à 1 %, pouvant aller jusqu’à 40.000 francs au maximum pour les pensionnés militaires et les victimes civiles de la guerre.
Union et Confiance
11 est enfin d’autres questions dont la solution, pour ne pas dépendre constitutionnellement de vous, vous intéresse cependant au plus haut point.
Le Parlement est saisi de propositions de lois relatives à la réforme des assemblées algériennes et de l’administration de l’Agérie, ainsi qu’à l’immatriculation des terres. Ce sont là problèmes capitaux que vous avez envisagés sous leurs divers aspects. Le gouverneur général est appelé par le ministre de l’intérieur à formuler son avis sur le principe et sur les termes des réformes soumises aux Chambres. 11 entend mettre à profit votre expérience réfléchie, les observations qu’elle vous a dictées, celles qu’elle vous dictera. Peut-être le représentant en Algérie du pouvoir central, responsable devant lui, ne fera-t-il pas toujours siennes les opinions auxquelles vous vous serez rangés vous-mêmes. 11 n'y a là rien qui puisse surprendre ou choquer des hommes de bonne foi. Mais vous pouvez être assurés que l’écho de votre voix sera toujours fidèlement transmis au gouvernement et au parlement. Dans une collaboration amicale et continue, votre autorité comme la mienne ne pourront que grandir. Nous réaliserons pratiquement par avance, dans
les mœurs, les principes de libéralisme dont nous demandons en plein accord l’inscription dans les lois.
En devenant plus léger, le lien qui vous rattache à la Métropole n’en sera pas moins solide. Si vous protestez contre un formalisme déprimant, ce n’est pas seulement parce qu'il paralyse le développement de 1 activité algérienne, c’est parce qu’il ne vous permet pas d’apporter à la Mère-Patrie, dans» ses épreuves, le plein concours de votre tempérament, de vos méthodes, de vos ressources. Nul n’ignore l’ardent patriotisme de toute la population algérienne. Plus elle marchera librement, plus elle avancera vaillamment, « à la Française », pour la France.
L’œuvre complexe, positive et vaste qui s’offre à nous appelle tous les dévouements, justifie tous les espoirs. Nous la mènerons à bien, Messieurs, à force d’union étroite, de sangfroid et de confiance.