L’ A F H I Q U E F II A X G A I S E
BULLETIN DU COMITE DE
d'abuser do la situation, cherchaient à la négocier et. en définitive, se moquaient de nous.
En février J 000. Sanga. Bargué, Kaza, rompent toutes relations avec Bandiagara <T Doucntza: le commandant de cercle en tournée est accueilli de façon insultante par les notables qui, en avril, refusent formellement de se déplacer pour venir saluer M. le gouverneur Clozel, de passage dans le cercle. Celle mauvaise volonté persistante convainc l'autorité supérieure de la nécessité urgente d'une opération militaire.
L'adjoint Yievrcs. cartographe éminent, reçoit mission, en conséquence, de recueillir des données topographiques sur le pays; l'administrateur d'Arboussicr, commandant du Cercle, et le commis Phérivong accompagnent M. Yieyres dans son premier déplacement; ils tombent tous dans un guet-apens organisé par les villages de lvaza; Yieyres, un interprète et six gardes sont blessés à la première décharge; la reconnaissance, à force d’énergie, parvient à se dégager en emmenant les hommes mis hors de combat, Les lia bé brûlent le marché et le campement de Sao. La révolté est préparée ouvertement dans toute la falaise. Les événements se précipitent; l'adjoint Yieyres, invité par le chef de Ivinian à procéder au recensement du village, s'y rend presque seul et sans armes et est traîtreusement assassiné par les Habé de cette agglomération; son corps est mutilé et de ses débris sont fabriqués des talismans de sauvegarde. Notre domination sur le plateau nigérien était tout entière mise en échec.
Une forte colonne quitte Bandiagara le 3 décembre, occupe Sao et Antangaléï le 11, attaque et enlève de vive force Pélingale 13, canonneet occupe, le 15, le village de Ganda Kou. obtient, le 24, la soumission de Bargué, le 26 celle de Kono, puis en ayant ainsi fini avec les rebelles du Kaza Bargué, se dirige vers la falaise du Gandamia où les meurtriers de Yieyres se préparent à une énergique résistance; le 2 janvier 1910, à Kikara, le gros de la colonne escaladait, portant des canons, la falaise qui, haute de plus de 600 mètres à cet endroit, est presque à pic; P ascension était très difficile ; en arrivant au sommet de l'escarpement, le commandant Cazeaux fut grièvement blessé et deux de ses compagnons furent tués par la mousqueterie d’une bande de Habé tapis en embuscade dans les roches chaotiques du passage; après un combat très vif, le village de Ivinian, abandonné par ses défenseurs, est occupé par nos troupes ; Ouro Menti et Manian ont été désertés parleur habitants ; les assassinsde Yieyres, sauf un seul, ont été tués pendant L'action; les villages sont détruits et transportés en plaine.
Les habitants dTbissa font connaître qu’ils sont décidés à une résistance opiniâtre; ils ont barré par des remparts bastionnés les défilés et les ravins qui mènent au village; par un chemin des plus scabreux, il est cependant possible de les prendre à revers; tandis qu’un détachement les amuse par des démonstrations près des défenses qu’ils avaient préparées, le gros de la colonne, avec l’ artillerie, cou ion ne les sommets qui
dominent Ibissa, y installe ses canons. et se déploie sur les crêtes, non sans avoir essuyé le feu de l'ennemi, blotti an fond des grottes et des cavernes de la montagne: un combat violent s’engage, mais les Habé, déconcertés par l’imprévu de notre attaque, trompés par la feinte qui a retenu devant les retranchements les meilleurs guerriers, effrayés par les attaques qui se prononcent en même temps sur plusieurs points, décimés par l'artillerie cl les feux de salve, lâchent pied et nous laissent maîtres du terrain. Nos pertes sont de 2 tués et de 4 blessés.
Le village est désaffecté, déplacé et s’installera dans la vallée, très riche, qui est au pied de la montagne dTbissa. Notre dernière victoire est décisive et amène sans autre coup férir la soumission des derniers dissidents du pays habé; partout les populations rendent leurs fusils, paient l'impôt en retard, et s'acquittent des diverses obligations administratives qui leur sont imposées. Huit mille fusils oui été saisis et nous ne comptons pas les lances, les arcs et les flèches.
La leçon avait été rude, suffisauteet profitable! 1 ); pendant de longues années la paix régna dans le pays; administrés avec une grande douceur, les Habé s’accommodaient fort bien de notre régime qui s'attachait à respecter leurs coutumes, à arrêter dès le début les querelles intestines, à organiser des marchés et des voies de communication; ces peuplades, fières et braves, nous donnèrent pendant la grande guerre, des milliers d’excellents soldats; elles s’acquittèrent toujours de leurs impôts avec ponctualité: le manque de personnel contraignit en 1916. le gouvernement local de fermer la résidence de Sanga, mais comme celle-ci est située sur une route d'étapes, les indigènes voyaient assez fréquemment s’y arrêter des passagers européens pour admettre que, contrairement à certains bruits tendancieux qui couraient dans quelques groupements noirs à cette époque, nous n’avions pas évacué le Soudan et nous n’avions nullement l’intention de l’évacuer, Cependant, il faut reconnaître que, retenus trop souvent au chef-lieu par d’impérieuses obligations, n'ayant auprès d’eux pour les seconder, qu'un adjoint des affaires indigènes chargé des fonctions de comptable, et même, dans certains postes, privés de tout collaborateur blanc, les administrateurs ne pouvaient visiter, aussi fréquemment qu’autrefois, les cantons reculés du territoire; certaines localités manifestèrent en conséquence, quelques
(1) Le 19 octobre 1912, le capitaine commandant le Cercle de Hombori apprenait par le résident de Douentza que le nommé Amadou Nasima Anikoy. l'un des assassins de M. Yieyres, évadé de la prison de Kayes, devait se trouver, d'après les renseignements indigènes, au village de Taga (canton du Boni). Le capitaine parti en tournée le 21 octobre, a fait des recherches immédiates, et grâce à l'activité de Bokary Maïga, chef de Hombori, complètement dévoué à notre cause et très influent dans le pays, le refuge de l'assassiu a été découvert en pleine Brousse, à 23 kilomètres au Sud de Téga, refuge où il avait fait des cultures. L’assassin a été envoyé sous bonne escorte à Douentza. Cet individu se trouvait depuis quinze mois environ dans la région, et, de la première enquête faite sur place, il résulterait que les gens qui connaissaient depuis longtemps sa présence dans le Cercle étaient persuadés qu’il avait été libéré. (Rapport politique du Carde de Hombori, octobre i'Jii.)
velléités de s’affranchir de l'autorité des chefs indigènes; leur loyalisme, certes, n’était pas en cause; il fallait compter toutefois avec l’atavisme qui s’efforcait de ramener les Habé à leurs vieilles conceptions sociologiques du village indépendant, enfermé dans un isolement farouche, se suffisant à lui-même, hostile à l’étranger, gouverné par le Conseil des vieillards, protégé par l'influence bienfaisante du Hogon. fétiche vivant.
En 1912, quatre cantons situés à l’extrême orient du pays habé avaient été détachés du Cercle de Bandiagara et rattachés au Cercle du Gourma ou de Hombori; celui-ci qui ne comprenait jusqu’alors que des nomades, en immense majorité berbères, éprouvait quelques difficultés à ravitailler en grains sa garnison de tirailleurs et de garde-cercle ; l’annexion de villages sédentaires lui rendait plus commode son approvisionnement eu céréales (1). Toutefois, les falaises très élevées, mais d étendue restreinte, dans cette partie de la boucle, situées loin des grandes artères commerciales, forteresses dressées à la limite des déserts battus par les Touareg qui cherchaient constamment, à leurs alentours, des occasions de pillage, étaient habités par des peuplades pour qui la guerre, pendant des siècles, avait été la vie normale, Retranchés sur leurs montagnes oii les nomades ne se hasardaient point, certaines d'être détruites par un ennemi autrement plus ingambe qu’eux, dans un terrain qu’elles connaissaient parfaitement, elles n’étaient vulnérables qu’en plaine; aussi ne quittaient-elles jamais leurs villages, où elles défiaient toutes les attaques. Cependant; b' plus grand nombre d’entre elles, constatant que noire occupation avait pour conséquence le maintien de l’ordre et de la sécurité, et ne menaçait ni la liberté ni les mœurs, ni les intérêts des .Noirs, s’ôtaient, dès le premier jour ralliées à nous sans arrière-pensée. Quatre villages seuls, en somme, nous donnèrent des témoignages formels de mauvaise volonté ; confiants dans leur position qu’aucun adversaire n'avait jamais pu forcer, ils n’entraient qu'avec la plus vive répugnance en relations avec nous ; l'un de ces villages, Kohio, était établi sur le rocher escarpé du Sarniéré. à une dizaine de kilomètres au sud de la falaise du Nokora; les trois autres étaient installéssur les éboulis et au sommet d’une montagne abrupte, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Hombori. à une dizaine de kilomètres au sud de la mare et du campement officiel de Simbi. Kohio. habité par une poignée d’hommes réfugiés sur un plateau étroit et stérile, mal fourni en eau, ne pouvait nous donner grand souci; pendant
(1) La raison de cette extension du Cercle du Gourma fut la nécessité d’assurer la subsistance de la brigade indigène telle qu’elle exista en 1012 avec un effectif renforcé et un peloton monté à cheval. Ces propositions, émanant du commandant du Cercle du Gourma et du commandant de la région de Tombouctou furent sanctionnées par le Gouverneur du Haut-Sénégal- Niger dans un télégramme du 21 mai 1911, n° 2259.
plusieurs aimées, nous l'ignora nies-; son impôt était, chaque année, versé avec la plus grande exactitude par le chef de canton du Bani; par la suite nous apprîmes que. pour éviter des incidents et peut-être les représailles des montagnards, le chef répartissait entre, tous ses administrés la contribution due par Kohio, et nous faisait croire que le produit de cette collecte était l’impôt du village; en 1907. les llabé de Kohio refusaient l’accès de leur montagne à T administrateur-adjoint Febvre. mais l'année suivante, ils autorisaient M. Gabez à monter chez eux et s’il ne le faisait pas. c’est que F escalade, dans un boyau étroit et obscur, lui paraissait dangereuse; depuis cetta époque, leur attitude fut correcte et déférente; ils se contentaient de dire à nos représentants : Montez si vous voulez! » l'n lieutenant d’origine savoyarde qui s'y risqua déclara que cette ascension était un tour de force qu'un acrobate seul pouvait accomplir; une légende se forma, de commandant de Cercle à commandant de Cercle : « Kohio est innaccessible ». Ni gardecercle. ni chefs indigènes n'osaient se risquer sur les échelles branlantes qui, appliquées sur des surfaces verticales, pendant deux cents mètres, conduisaient au village; les habitants descendaient d'ailleurs de bonne grâce se faire recenser dans la plaine. La légende de la montagne devait persister jusqu’en 1920.
La montagne de Tabi demeurait irréductible. Enorme -bloc de grès compact, lourd et dur. elle dresse, sur 2 kilomètres de long et 3 kilomètres de large, son plateau circulaire de couleur bitumineuse. à 300 mètres au-dessus de la plaine: des éboulis sauvages, couverts par endroits, d'une brousse épaisse ou pullulent les épineux grimpent jusqu’à plus de 200 mètres de hauteur à l'assaut du rocher; celui-ci dresse de toi des parts, d’un seul jet. des arêtes verticales dans le ciel: à sa corne sud, il s’incurve, avance son sommet vers les terres plates et surplombe le village de Téga. Ce colossal monolithe a reçu du ( ici sur sa façade septentrionale un coup de gouge qui l’a évidé jusqu’à deux cents mètres de son sommet et a ménagé de la sorte une conque dans laquelle un village a été bâti: la montagne entière a ainsi la forme d’un fauteuil cyclopéen sur le siège duquel des maisons ont crû; le dossier tout droit entoure ce siège sur trois côtés; le quatrième est élevé par trente à cinquante mètres d'à-pic audessus tles dernières pierres de l’éboulis ; il n’y a pas d'autre voie d’accès au village qu’une cheminée. sorte d’étroit tunnel à pente très raide accolé au flanc de la muraille, et qui, large de trois mètres à son débouché inférieur, permet à peine le passage d'un homme à sa partie supérieure; cette cheminée est connue dans la contrée sous le nom de Porte <le Tabi. Ce couloir conduit, à une plate-forme découverte naturellement, mais que les Habé avaient protégée par un rempart à meurtrières: là s'embranchait un second couloir qui accédait à une longue corniche suspendue au-dessus du vide et qui menait à un passage fortifié, de plain-pied avec ta conque de la falaise.
BULLETIN 1)U COMITE DE