L'A ER I QU E ER AN ÇA I S E
Lu force de Tabi n’était pas seulement dans sa situation exceptionnelle sur un piton escarpé, c'était aussi dans l’existence d'un point d’eau permanent et très abondant au sommet du plateau; pendant l’hivernage * l’égout des pluies se faisait sur la montagne, par le déversoir de la source, tombait en cascade dans la conque, courait dans un fossé aménagé par les habitants; la cheminée avait été le débouché normal des eaux; celles-ci suintaient encore, en tout temps, le long de ces pentes qui avaient été rendues de la sorte fort glissantes et assez difficiles à suivre pour quiconque n’avait pas les pieds nus.
A l’est de la montagne de Tabi se dressait le pic, aussi élevé qu’elle, mais plus accessible, du Yombori : les éboulis des deux pitons se joignaient et formaient une gorge assez élevée. Au sommet de l'éboulis de Tabi, au sud-est et au sud de la conqtfe, étaient bâtis les deux villages de Téga et de Toupéré ; la montagne de Yombori qui manquait d'eau n’était pas habitée. Deux énormes dunes fixées, courant de l est à l'ouest, couvertes de hautes herbes et de broussailles, ridaient la plaine, au bas des pics, qu’elles avaient, à une époque dcdesséchement, antérieure, commencé d’assaillir. Entre le bas de ces dunes et le début de l'éboulis, une zone étroite, mais qui conservait de l'humidité pendant plusieurs mois après les tornades, était habitée par des Peuls: ils y faisaient quelques cultures, abreuvaient leurs troupeaux à dès mares temporaires qui se formaient dans les creux, et remontaient vers le nord lorsque ces étangs étaient taris.
Du haut des pics, on découvre des horizons immenses, au sud, à perte de vue, dans la direction de Djibo, des terres basses semi-désertiques couvertes de graminées sauvages ; au nord, le chapelet des falaises, tendu de l'occident à 1 orient ; la canine géante du mont Tamissi se détache, proche, sur l'horizon; les monts deLoro. de Boni, de Mommy et du Sarniéré découpant leurs tours en ruines dans le ciel, sont le plus souvent brouillés par cette brume impalpable, grisâtre, qui épaissit l’atmosphère africaine ; au loin, d'autres [)ics apparaissenl quand les brumes s'éclaircissent : ce sont les monts de Yombori, où à certaines heures, sous les feux de l'aurore ou du crépuscule, on dirait qu’ils sont translucides, et l’on croirait parfois des cristaux de roches gigantesques plantés au cœur, qui palpite en xiolet noir, de la savane.
Depuis notre arrivée dans la Boucle du Niger, nos relations avec les Habé de Tabi avaient été équivoques; très jaloux de leur indépendance, ces indigènes, après que leur village, un siècle auparavant, avait été occupé par surprise, en l’absence des mâles partis à leurs lougans, par les ïlouinbébé, qui ne se retirèrent qu'après avoir reçu un présent de vingt captifs, étaient devenus d’une méfiance extrême; non contents d’avoir fortifié par des remparts de pierres les abords de leur cheminée et les lèvres de la conque, ils ne descen-
daient plus dans la plaine que par groupes pour travailler aux champs, el fermaient alors derrière eux l’entrée du couloir; le Conseil des vieillards était tout-puissant dans le village, et tantôt se montrait accommodant, tantôt- demeurait intransigeant avec les dominateurs du pays. Tabi payait l'impôt à Tidjani et même de fortes amendes : ceci n’empêchait nullement les llabé de vivre en état d’hostilité manifeste avec les Foulbé.
Il semble que c’est à cette animosité entre les deux races que l'on doit faire remonter l'origine de nos premiers démêlés avec les habitants de Tabi. Installés à Hombori en 1898, les résidents ignorèrent le village pendant plusieurs années. En 1 9(3 1 , le recensement des populations de la résidence n’était pas encore commencé, et c’était a, ux chefs de canton (tous de race peide) qu'était abandonné le soin de faire, pour chacun des villages placés sous leur commandement, la répartition des sommes à payer. Le groupe de Tabi se vit imposer pour une somme de 250 francs. Il refusa de la payer. Instruit de ce refus, le lieutenant commandant le poste manda auprès de lui le chef de Tabi (un nommé Poulo Soudé) qui déclara qu'il n’avait pas voulu, en effet, remettre son impôt entre les mains de son chef de canton (un Peul) mais qu'il allait en apporter lui-même le montant à Hombori. Celte déclaration lui valut une punition disciplinaire. Quelques jours après, Poulo Soudé regagnait son village et faisait connaître que non seulement il ne retournerait plus au poste, mais encore qu'il ne paierait jamais l’impôt. ( Hufau , rapport politique de décembre 1905 .) De pénibles pourparlers prolongés pendant deux ans, entre le poste et les dissidents, n'obtinrent aucun résultat.
En 1907. l’administrateur-adjoint Febvre, résident de Hombori, opéra une tentative plus directe de reprendre le contact avec les montagnards de Tabi ; un garde envoyé en mission à Toupéré n’avait pu y pénétrer : Febvre, cependant accompagné d une très faible escorte, parvint sans difficulté dans ce hameau et y fut accueilli sans témoignage de mécontentement ; le chef de Téga vint l y saluer; le lendemain, encouragé par ce succès, le résident décida de se rendre à Tabi : il a laissé un compte rendu détaillé de son aventure, et nous en extrayons les passages suivants :
Un parcours assez long (sur l’éboulis) fut accompli sans encombre, puis un homme apparut sur la droite, qui, après un bonjour sommaire, s’écria : « Ne monte pas ! ne monte pas ! Si lu demandes quelque chose on te l'apportera ici. mais il t'est défendu de monter ». Cet homme interrompit bientôt ses sommations. 11 poussait des appels puissants dont la montagne semblait encore renforcer l’intensité. De rocher en rocher, des gens armés de fusils à pierre apparaissaient et leurs cris faisaient écho à ceux de leur congénère. - Je viens causer avec vous, dit l'administrateur adjoint, je me livre à vous en prisonnier. Tu vois, je n’ai pas de soldats avec moi et je suis désarmé ». Et il lui tendit la main. L’autre fit un brusque geste de dénégation et répéta avec une obstination farouche : « Ne monte pas! il l’est défendu de monter ! ». L’ascension put continuer sans obstacle immédiat quelque temps encore. Les Habé semblaient avoir perdu la tète, être saisis d’une folie de propos, d’appels, de sommations et de hurlements d’où résultait la plus intense cacophonie qui se put concevoir: ils escortèrent les survenants pendant un moment, puis, s’enhardirent jusqu’à poser la main sur 1 iu-
terprète Bokari Maïga. Bientôt un groupe entier se plaça devant lui et force lui fut bien de s’arrêter. L administrateur-adjoint affirma encore en quelques mots le sens de sa démarche et dit à l’interprète de profiter de la moindre hésitation chez ses interlocuteurs pour les dépasser. Mais ils ne lui laissèrent aucune possibilité d’agir ainsi. Le fonctionnaire décida donc de prendre la tète de la petite reconnaissance. Il tourna quelques rocs et dépassa le groupe antagoniste suivi de près par ses compagnons. 11 parut pendant un temps que l’Européen avait un certain prestige, car ils ne mirent pas d’entraves réelles à sa marche. Cependant, l’un d’eux finit par s’enhardir jusqu a poser la main sur son bras droit. De nombreux individus, porteurs d’outils, de lances, surtout de fusils, jalonnaient la route. Une telle ascension ne pouvait être faite d’un seul trajet par un Européen non entraîné. Force lui fut de s’arrêter. Il dut subir à nouveau la sommation : « Tu n’iras pas plus loin ! Dis ici ce que lu veux ! » Un marabout de Tabi, nommé An Ntaou lui fit à ce moment remarquer qu'il désirait ne pas être confondu, au point de vue de l’impôt, avec l'ensemble du village. Les autres indigènes se dispersèrent quelque peu. L’administraleur-adjoint put en profiter pour se relever et accomplir un nouveau trajet. Il atteignit ainsi un endroit où les rocs ne laissaient pas un passage suffisant pour tourner lés gens qui entravaient sa marche, trop nombreux pour qu'il put songer à les écarter, et il dut s’arrêter encore. 11 put imposer silence à un interlocuteur qui prenait une attitude particulièrement autoritaire. Il déclara injurieux pour le gouverneur qu’un homme placé par lui à la tète du pays, se vit refuser l'entrée d'un village comme une bêle malfaisante. Nul ne devait ignorer qu’ilavait les moyens d’anéantir les séditieux. Tout en maintenant leur prétention d’empêcher le fonctionnaire de continuer à gravir la pente accidentée, les gens assurèrent qu'il n’était pas fondé àsc déclarer injurié, qu il se trouvait au contraire favorisé, puisque nul chef avant lui n’avait pu arriver si haut . Profilant d'un moment de moindre presse, il reprit sa marche. Mais parvenu à un petit cirque qui ne s’ouvrait dans le haut que par un escalier naturel à marches inclinées transversalement et assez étroit, il trouva cet escalier garni de geiis armés do fusils et livrés à une conversation d’où le calme semblait banni. L’endroit était ombragé par des arbres assez grands. Au bout d’une longue station il se leva cl gravit d’un élan les quelques mètres difficiles sans qu’aucun des gens qui s’étaient déplacés eût le temps de s'opposer à son passage. Il fut alors vivement pressé. Arrivé à un sentier en corniche, obstrué par les gens et bordé de rocs trop inclinés pour qu’il put songer aies franchir. il lui parut qu’il ne saurait aller plus loin. Il reparla de la puissance de son Gouverneur, de sa colère certaine. « Attends ici h* chef du village, il y aura peut-être moyen de s’arranger, lui dit un homme resté calme au milieu de la surexcitation générale. Le chef du village aurait pu venir depuis longtemps, il ne viendra plus! »... Les gens du sentier se mirent en marche sans empressement et quelqu'un dit : « On l’a mis une natte sous un arbre; lu peux y venir, mais tu n'iras pas plus loin ». Les rochers accumulés qui masquaient la vue, dépassés, le résident sc trouva non loin du pied d’un escarpement vertical de trente mètres environ, sur un palier de quelques mètres carrés. Une natte avait été mise sous un arbre, au delà duquel s’étageaient, sur une pente accentuée, une trentaine d'hommes armés de fusilsà pierre. Derrière s'ouvrait une grotte d'une entrée de six mètres île hauteur et de trois mètres de largeur environ, dont la paroi de fond, un peu obscurcie, paraissait craquelée. Un filet d’eau coulait de haut, en avant de l’entrée. Ne se rendant pas compte de la façon dont il pourrait continuer à avancer, il parut céder à l’invitation impérative qui lui était faite de s’asseoir sur la natte ; dès qu’il fut moins pressé par les gens, il s’avança en obliquant autant que possible vers la droite pour voir s'il 11e lui serait pas possible de trouver de ce côté une voie d'accès au village qu'il avait d'ailleurs cessé de voir depuis longtemps, comme aussi pour examiner la grotte curieuse dont il 11’avait pu auparavant soupçonner l’existence. Mais un individu portant à l’épaule l'outil indigène en forme d’hérminette étroite dit Sénié en bambara, s'élança au-devant de lui, le touchant presque et le fixant d’une façon insolemment menaçante; l administrateur-adjoint crut indigne de son caractère de céder devant une pareille menace ; il le dépassa, mais il ne cessa pas de le surveiller et bien lui en prit; l’autre se retournait et pensait le frapper
avec violence. L’Européen eut le temps de parer le coup par un choc brusque de la main sur le bras de l’homme et jeta un « Eh bien ! » assez rude. L’individu parut à peine déconcerté ; les gens immobiles avaient regardé la scène. Deux d’entre eux s’avancèrent rapidement, saisirent l'individu et l’entraînèrent vers le fond de la grotte qu’ils gravirent. Il fut alors évident que l’aspect de la paroi était dû à des pierres disposées pour servir d’escalier et que la grotte conduisait au village.
S’entêter plus longtemps aurait pu avoir pour conséquence de donner aux événements une portée de nature à forcer la main à l’autorité supérieure en l’engageant dans la voie d’une répression dont sa pensée avait toujours été grandement éloignée. L’administrateur-adjoint regagna donc sa natte et attendit. Un homme sortit de la grotte, descendit en criant avee force : « Le chef du village ne doit pas sortir. Dis ce que tu veux ! Les hommes sont ici, tu n’as qu’à dire ce que tu demandes. — Le Gouverneur nous ordonne d’aller dans tous les villages. Il sera fort irrité s’il apprend que vous m’avez traité en ennemi — . Tu n’as pas besoin de lui dire cela, tuas vu les hommes de Tabi, tu peux dire au Gouverneur que tues allé à Tabi. — Vous n’avez pas de raison pour ne pas me recevoir. Il n’en a rien coûté aux gens de Toupéré parce que je me suis rendu chez eux. — Toupéré n’a pas la valeur de Tabi. Ton cheval t’y a suivi ; tu ne saurais jamais le faire venir ici. Sache que jamais un chef n’a gravi nos montagnes. Tuas entendu parler de la porte de Tabi? La voici ! Tu as pu venir jusque devant elle, tu dois t’en estimer heureux. Vous avez conquis le pays de Saint-Louis jusqu’ici, mais vous ne pouvez pas tout faire. Vous n’avez pas encore été dans les villages de Débéré et Dagana, ni au petit village de lvohio ! Vous n’avez pas pris Ahmadou Cheikhou ! Tu es le maître du pays, mais je suis le maître delà montagne ! Ceci fut dit d’une voix retentissante que des assistants même éloignés ne pouvaient manquer d’entendre, et avec une physionomie rendue puissamment expressive, par un orgueil intense : « La montagne comme le reste du pays doit être soumise au Gouverneur ; le jour qu’il le voudra ton village sera détruit. — Nous sommes à l'abri de vos coups. Une femme placée là-liaut suffirait à faire tomber sur votre tète les pierres qui sont préparées ». Et il ajouta un moment après : que les habitants de Tabi n’ hésiteraient pas, s’il le fallait, à fermer la « porte » comme en l’année de Yéro Ali (I ) où 08 personnes étaient mortes de faim, mais où nul n’était sorti tant que les cavaliers foulbé et touareg avaient paru dans la plaine.
A la suite de cette palabre infructueuse, M. Febvre redescendit dans la plaine, remit au représentant du chef un présent de trois kilos de sel et apprit que, pendant son ascension, il avait dû la vie à la présence d’esprit de l’inlerprète Bokarv Maïga ; un homme l'avait mis en joue avec son fusil et allait tirer quand Bokary avait saisi et détourn él’arme.
En avril 1908, le commis des Affaires Indigènes de Saint-Mart subit à Tabi le même échec que M. Febvre en août 1907. Après avoir péniblement gravi l’éboulis, il arrivait à la « porte » où les habitants armés de fusils lui barrèrent le passage. M. de Saint-Mart, qui n’avait pas les moyens de passer outre, redescendit en plaine et recensa le village d’après les renseignements bénévoles donnés par quelques habitants de la localité.
Dans le Conseil des vieillards, quelques mois plus tard, prévalurent les idées de conciliation, si bien que l'adjoint des Affaires indigènes Gabez pouvait, en septembre 1908. franchir la porte interdite, accompagné, il est vrai, d’un seul garde
(l)F.n 181.1, les Peuls de Bandiagara vinrent mettre le siège devant Tal>i et restèrent pendant deux ans devant la place qu'ils ne purent emporter. Le manque de pluies, pendant la seconde année, rendit impossible la mise en culture de la falaise. Les Habé de Tabi durent accepter de payer tribut au chef du Boni.
ML LE T IX DU COMITE DE L'AFRIQUE FRANÇAISE
('I sans armes: M. Gobez a laissé une relation in! éressan le el très vivante <le sa visite dans le village.
Pendant quelques années, on n’entend plus parler de difficultés quelconques soulevées à l’au-
torité administrative par les gens de Tabi; les opérations de la colonne de Bandiagara contre les Habé des falaises occidentales avaient sans doute donné à réfléchir à leurs congénères orientaux. En 1911. le capitaine Mangeol avait été nommé commandant du cercle de llombori; il prescrivit au lieutenant Malras. son adjoint, de recenser Tabi, en se faisant accompagner d une escorle de gardes et de tirailleurs: les vieillards et la population entière attendirent le lieutenant au bas de l'éboulis. le reçurent au son des lams-lams et le conduisirent au village en grand apparat . sans s’opposer au passage de l'escorte par la « porte » interdite.
Au début de 1912. l'administrateur Maillet, puis quoique temps après, h' capitaine Mangeol. visitaient à leur lour le nid d’aigles, où ils étaient accueillis avec les honneurs réservés aux chefs. En fin octobre 1912. le capitaine' Leblond, nouveau commandant du cercle, opérait, avec le lieutenant Brison, l’ascension dont il s'agit sans soulever la moindre appréhension chez les Iïabé. 11 était permis de croire' à la sincérité de leur soumission: ils s'acquittaient avec régularité de leurs impôts: les rapports politiques, jusqu'en 1911- 1915, s'accordent à reconnaître l'excellent état d'esprit des montagnards.
Des réserves à ci' sujet ne sonl on effet formu-
lées qu'en 1915; Tadministrateur-ad joint Boyriès, qui était alors à la tète du cercle de llombori, envoyait au lieutenant-gouverneur le renseignement suivant : « Malgré les sacrifices qu’ils ont dû. dernièrement, consentir du fait du recrute-
ment de beaucoup des leurs, les sédentaires iront pas cessé, d une manière générale, de garder une attitude correcte, il n'y a à signaler que le mauvais vouloir montré par les habitants des villages habé de Tabi et de Kohio du Sarniéré, à l'occasion des opérations de recrutement. L'accès de ces deux petits villages peut être facilement interdit par leurs ressortissants, qui abusent de leur situation inexpugnable toutes les fois que nos exigences leur paraissent excessives. Tabi a pourtant consenti à fournir deux recrues et. ainsi que Kohio. a an pi il té l'impôt 1915. !e ne crois pas que ce soit le moment de faire descendre ces villages au lias de la falaise ou de rendre leur accès plus aisé, car cela n’irait pas vraisemblablement sans emploi de la force. » L'année suivante, la mauvaise humeur contre nous s’accrut: elle était entretenue sans doute par les événements qui amenaient l'intervention de nos forces de police contre les imrad dissidents du Gourma oriental et contre les Bobos dos cercles de San et de Dédougou. En 191 G, ils déclarent à l'administrateur de la Roncière (pi ils no veulent plus lui obéir, ferment la « porte » de Tabi et remettent le village en étal de défense: l'année suivante, ils refusent de
répondre aux convocations: des difficultés surgissent à Téga. soulevées par un chef considéré comme incapable; en somme, il n'y a là rien de
bien grave; lorsque M. Bevriès esl remplacé par M. Barriéty à la tête du Gourma. le nouveau commandant de cercle reçoit la visite de tous les chefs de village, y compris ceux de Téga et de Tabi: celui-ci acquitte même l’impôt qu'il doit encore, et. en plus, une légère amende à laquelle il avait été condamné.
Il semble bien qu'il n'y ait jamais eu dans la montagne de Tabi d’hostilité foncière contre nous, en tant qu'Européens et Blancs, mais une profonde défiance contre une administration qui troublait à I occasion le cours de la coutume, en demandant en particulier ce que jamais un conquérant soudanais n'avait demandé* aux indigènes, des soldats. Nous constations à cette époque l'existence de deux partis chez ces Habé : les uns. conduits par Abissi Pola.chefde Tabi. homme faible et irrésolu. inclinaient à céder à nos exigences ; les autres conduits par un homme de Toupéré, Diémo Andine, étaient conservateurs à outrance et. tout en consentant au paiement de l’impôt traditionnel, voulaient maintenir leur race à l'abri de notre influence. Abissi, au cours des palabres avec la fraction rivale, se rangeait toujours à l'avis de ses contradicteurs, pour éviter d'en venir aux mains avec eux; le 19 juillet 1918. Ainadi Yéro Diko. chef de canto.n de Boni, accompagné d'un brigadier des gardes, convoqua les trois chefs de la montagne de Tabi. qui envoyèrent auprès de lui leurs représentants: il les prévint qu'on procédait à un nouveau recrutement, que Tabi avait à fournir un homme. Téga deux hommes: Toupéré un homme, les envoyés de la montagne demandèrent à consulter 1rs vieillards et s'en retournèrent. Amadi Yéro. quelques jours plus tard, leur demanda de lui envoyer le contingent cpi i leur avait été réclamé: il n'eut pour réponse qu'un refus formel; jusqu'alors Abissi avait pu s'opposer à la fermeture de la cheminée qui symbolisait, aux yeux des indigènes, l'idée de la résistance à outrance; il vint même, en aoôt. saluer au bas de l'éboulis I adjoint Floccia en tournée: son parent. Amadou Seul ou qui. dès h* début de notre arrivée dans le pays, s'était mis à notre service et servit par la suite d'agent de liaison entre Tabi et le poste, multiplia les démarches de conciliation : des querelles même éclatèrent entre les chefs montagnards, dont les uns préconisaient le parti de la violence, dont les autres hésitaient. I n exprès porteur d'un ordre écrit du commandant de Cercle leur fut dépêché : les trois chefs étaient invités à si* rendre sans délai au poste: l’émissaire revint sans avoir pu les convaincre, il rapportait la réponse suivante : « Nous n'irons pas au poste, nous avons payé l'impôt: nous n'avons ni animaux. ni richesses, nous n'avons que nos enfants pour faire nos cultures, nous ni* pouvons vous les donner! » El le courrier rapporta qu'il avait constaté que la cheminée avait été bouchée avec de grandes pièces de bois et de grosses pierres.
Amadou Seïdou l’avait accompagné; il assura que lui <‘l les siens ne se joignaient pas à cette rébellion, il demanda à descendre s’installer en plaine avec sa famille. Celte requête reçut un
accueil favorable. De son côté, Abissi Pola résolut de se tenir séparé de ses gens. Le 20 août 1918, M. Barriéty. en rapportant les événements relatés ci-dessus, terminait ainsi sa lettre : « Le village ne peut être pris que par surprise dans une expédition de nuit. La garnison de Hombori suffira seule à exécuter ce coup de main, je m’en porte garant. » Le 9 septembre, le colonel Delestre. commandant la région de Tombouctou, annonçait au gouverneur que l'administrateur du Gourma avait l'intention, pour amener à résipiscence les instigateurs de la rébellion, d’user de l’entremise du chef de Tabi dont le loyalisme lui était connu. « D’ici trois semaines les gens des trois villages seront dans leurs lougans, au pied de la falaise, et c’est à ce moment que M. Barriéty compte les ramener dans le droit chemin. Une fois le village de Tabi rentré dans l'ordre, je ferai étudier les moyens de faire sauter à la poudre la fameuse cheminée », Le 26 septembre, le gouverneur, en accusant au colonel réception de ce document, par télégramme, l’avisait qu'il préférerait que l'autorité locale employât, au lieu des voies de force, celles de la persuasion. Mais déjà, grâce à l'aide (l'Amadou Seïdou. d'Abissi Pola, et du chef de canton de Mondoro. les meneurs du mouvement dissident avaient été attirés dans un piège, arrêtés et conduits à Hombori : parmi ces meneurs, Biémo, chef des fusils de la montagne, était le plus remuant, le plus dangereux: il fut seul retenu (1). les autres, simples comparses, étaient, par ordre du gouverneur, remis en liberté. Un télégramme du colonel Delestre en date du 1er octobre, informait les autorités de Koulouba de la soumission complète des trois villages; il donnait en même temps l'ordre au commandant de Cercle de les installer dans la plaine: les villages devaient payer des amendes de 300 francs (Tabi), 130 francs (Téga), 100 francs (Toupéré).
De ces conditions, la seule qui fût réellement de nature à affecter les llabé était celle qui leur prescrivait de s'installer au bas de leur falaise; dès le début, ils eurent l'intention, qu’ils n'annoncèrent que longtemps après, de ne pas l’exécuter, il s'agissait pour eux, avant tout, de ne point donner l'éveil au commandant de Cercle de Hombori. Aussi reçurent-ils fort bien, dans leur village, pendant le deuxième trimestre 1919. M. Bevriès. successeur de M. Barriéty; ils le supplièrent de leur accorder un délai de trois mois pour achever leurs moissons, et de se mettre ainsi en mesure de gagner la plaine.
Le mois d'octobre venu, ils sont invités à tenir leur promesse: leur attitude redevient soudain hostile: puis ils semblent revenir à de meilleurs sentiments et sollicitent un nouveau délai de trois mois qui leur est encore accordé. M. Bevriès, avec une vue très nette de la situation, écrit à ce sujet, dans un rapport du 4e trimestre 1919 ; « Je crains «pu* le délai accordé s'écoule sans que grand chose ait été fait. Dans ce cas il ne restera plus
(1) Il hit interné pour deux ;ins à Bamako par décision du gouverneur général du 2s février 1919.
BULLETIN DU COMITE D
qu'à détruire le village. Toulc nouvelle tentative pacifique serait une faute, elle apparaîtrait connue une marque île faiblesse à tous les habitants du Cercle et sérail un encouragement à la désobéissance. Du mojneul que l'ordre d’évacuer le village a été donné, il doit être exécuté, bon gré mal gré. » Eu fin décembre, une vingtaine de mauvaises cases, construites en paille à la mode des bergers peuls, avaient été bâties au bas de léboulis ; une vingtaine de gens de Tabi ( sur 200 ) étaient venus s'y installer sous les ordres il'Aniadou Seïdou: ils furent aussitôt l'objet de brimades continuelles de la part de ceux qui ne consentaient pas à quitter la montagne, sous prétexte qu'il n’y a pas d'eau en plaine, Cependant trois gardes avaient été envoyés pour surveiller le forage de puits, qui ne tardaient pas à donner de l'eau en quantité suffisante pour les travailleurs.
Le 6 mars 1920, l’administrateur-adjoint Dumas remplaçait M. Beyriès à la tète du Cercle de Hombori :
« Des les premiers jours de mon arrivée, écrit M. Dumas’ les gens de Tabi, encouragés par nos hésitations et notre bienveillance, me faisaient dire qu'ils désiraient rester sur leur montagne, et que si je ne les laissais pas tranquilles, ils refuseraient de payer leur impôt ; bien entendu, j'ai répondu que l’ordre leur ayant été donné de descendre, ils n’avaient qu’à l’exécuter de bon gré, sinon nous l’obtiendrions par la force.
« Le 29 mars, s’enhardissant, ils descendirent dans la plaine armés de 10 fusils, se disputèrent avec les indigènes paisibles établis au pied de la montagne, qu’ils accusaient de les desservir auprès de nous, tiraient un coup de fusil sur une case, blessaient une femme d’un coup de couteau, et remontaient dans leur repaire avant que les gardes, occupés près des puits, eussent le temps d’intervenir.
« Etant en tournée de recensement dans le Boni lorsque j’appris ces faits, je me rendis aussitôt sur les lieux et je trouvai les gens de la plaine très surexcités, me demandant protection car, me disaient-ils, nous sommes malmenés par les autres parce que nous avons obéi à vos ordres. Je les ai rassurés et je leur ai promis qu'ils n’avaient rien à craindre. Aussitôt qu’ils apprenaient mon arrivée, les montagnards fermaient leur entrée et se mettaient en état de défense. Le chef de canton de Boni, qui m’accompagnait, étant monté à Tabi, revint me dire que ceux d’en haut refusaient une fois de plus de descendre et me faisaient savoir qu'ils étaient décidés à se défendre.
" Etant resté deux jours dans la région, j’ai pu étudier les lieux et je me suis rendu compte qu'il est impossible de déloger les Habé pacifiquement. »
Et il préconisait les trois mesures suivantes :
1° Installation cl’un poste de dix gardes devant la porte de Tabi, pour couper les communications du village avec l’extérieur; croyant que toutes les cultures étaient dans la plaine, il espérait amener les montagnards à composition par la famine ;
2° Effrayer les Habé et les amener à se rendre en faisant sauter les obstacles accumulés par eux dans la cheminée;
3° Envoyer un canon et faire faire une démonstration d’artillerie.
En transmettant le rapport ci-dessus au gouverneur le lieutenant-colonel Mangcot, commandant la région de Tombouctou, reconnaissait que la situation était redevenue critique. « Je ne partage pas entièrement l’avis de M. Dumas, ajoutait-il, en
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ce qui concerne l'impossibilité de semer et de récolter aux abords immédiats du village. Si mes souvenirs sont précis, j'y ai vu des lougans. de peu d'étendue, il est vrai, mais suffisants pour prolonger longtemps encore la résistance. Il y a sur la montagne de l’eau en abondance et de très bonne qualité. Le Habé, étant industrieux, pourra peut-être faire plusieurs récoltes, en arrosant au besoin, et tenir plusieurs mois après l’iiivernage. Il faut donc en finir et que force reste à la loi. »
En conséquence1, il sollicitait l’autorisation d'occuper le village de vive force; en attendant, il ordonnait d'installer un poste de dix gardes à proximité de Tabi et sollicitait l’envoi de 30 tirailleur-s de Bandiagara largement approvisionnés en grenades V. B.; ces tirailleurs devaient fournir un poste de i hommes, placé en permanence à l’entrée de la cheminée et garanti par des rochers: si cette démonstration ne suffisait pas, on enverrait de Tombouctou un canon de 80 de montagne avec 200 projectiles; les tirailleurs, sous la protection des obus, grimperaient dans la cheminée, munis d’outils de [tare, placeraient des explosifs (30 kilos de mélinite paraissaient suffisants), ou s’ouvriraient un passage avec des pics; ils pénétreraient alors dans le village, réduiraient la résistance et le feraient évacuer sur Homhori. Le lieutenantgouverneur p. i. M. Maillet, qui avait jadis visité le village, reconnut qu’en principe la capitulation de celui-ci devait être obtenue par des moyens militaires, et demanda l’assentiment du gouverneur général pour commencer les opérations: en fait, il signala au lieutenant-colonel l'insuffisance des moyens qu’il préconisait ; M. Mangeot proposa alors d’envoyer sur les lieux 50 tirailleurs, 30 artilleurs, 2 pièces de 80 de montagne. 10 gardes montés du peloton de Tombouctou, 20 gardes à pied de Hombori; le poste de 10 gardes sur la montagne était maintenu. Une expédition armée était devenue indispensable.
L'état de rébellion chronique de Tabi, l'orgueilleuse insolence de ses habitants, l’impunité dont ils avaient joui depuis notre arrivée dans le pays, menaçaient, en effet, d’avoir une répercussion sérieuse dans toutes les falaises des Habé jusqu'aux portes de Mopti ; le commandant de Cercle de Bandiagara, dans ses derniers rapports politiques, signalait les difficultés croissantes qu’il rencontrait à conserver le contact avec les montagnards : ceux-ci qu'on avait, après la campagne de 1909-1910, contraints de s’installer en plaine, avaient une tendance manifeste à regagner remplacement de leurs anciens villages ; les signes avant-coureurs de troubles, signes auxquels un administrateur vieilli sous le harnais ne se trompe pas, se multipliaient dans le pays; les pasteurs foulbé et les anciens soldats pensionnés, les notables et agents indigènes compromis à notre service. premières victimes d’une rébellion en pays noir, dénonçaient le danger, et leurs indications concordaient avec celles de nos émissaires secrets. Non seulement il fallait agir sans délai et avec la plus grande vigueur, mais encore il fallait réussir. Or, la conviction des Habé était que la position à
enlever, unique en Afrique occidentale, avait de telles défenses qu’une femme suffirait à nous en interdire l’approche. M. Maillet, qui la connaissait, n’était pas sans justes appréhensions et prit ses dispositions en conséquence. De son côté, M. le gouverneur Olivier, qui assurait à Dakar l'intérim du Secrétariat général du gouvernement général, appuyait auprès de l'autorité supérieure les demandes d’hommes et de matériel reconnues susceptibles d’accroitre nos chances de succès.
Un télégramme du Gouverneur général, le 3 juillet 1920, approuva les projets de l’autorité locale. « Il est nécessaire, disait-il, que la résistance des habitants de Tabi soit réduite maintenant et rendue impossible dans l’avenir par le déplacement du village et son installation en plaine. » En transmettant ce document au colonel, le gouverneur p. i. ajoutait qu’il avait demandé à Dakar cent kilos de cheddite avec les artifices nécessaires.
« J’attire votre attention, continuait-il, sur la nécessité d’obtenir la soumission de Tabi par les moyens les plus ménagers de la vie humaine » ; il l’invitait à donner des instructions très précises dans ce sens à l’officier commandant le détachement, pour qu’il eût à s’abstenir de toute attaque brusquée en risquant de faire massacrer inutilement ses hommes.
Une démonstration avec des grenades, en escaladant la falaise par Téga et Toupéré, devait d’abord être tentée. Si cette escalade n’était pas possible, le village serait détruit à distance avec le canon; si ce moyen d’amener les habitants à se rendre échouait, on tenterait de faire sauter la cheminée à la cheddite. Toutefois, le gouverneur p. i. espérait qu’il ne serait pas nécessaire d’en arriver là et que le seul déploiement de nos forces suffirait à rétablir l'ordre.
Le colonel Mangcot, au courant, par sa visite antérieure des lieux, des difficultés de l’entreprise, décida de prendre le commandement du détachement. « J’espérais, écrivait-il, en étalant bien en vue toutes les ressources dont je disposerai, personnel et matériel, et en faisant appel à la cordialité de mes relations d’autrefois avec les révoltés, obtenir une solution pacifique ». Il proposa d'effectuer l’opération au début de septembre.
Le 10 août, avisé par le Gouverneur de l’état d’esprit équivoque qui régnait dans plusieurs endroits de la falaise, et que l’on ne ferait disparaître que par une victoire incontestable et prompte de nos troupes, M. Mangeot, sur sa suggestion, lui proposa de porter celles-ci à l’effectif suivant : 90 tirailleurs, 20 artilleurs, 10 gardes montés de Tombouctou, 20 gardes de Hombori, 2 canons avec 150 obus, une mitrailleuse avec 1.500 cartouches. Par radio du 3 septembre, le Gouverneur p. i. approuvait ces propositions; la date du départ de la colonne était soumise à l'agrément du Gouverneur général.
A la date du 13 septembre, le Gouverneur déléguait au colonel les pouvoirs qui lui sont conférés par les circulaires du Gouverneur général des
RE.SSBICNEMB.1TS COLOSIAUÏ. — N° 8.
21 avril 1911 et 21 décembre 1912, et lui adressait les instructions suivantes :
Vous devez, avant d’engager l’action militaire, vous efforcer d’entrer en relation avec les gens de Tabi, soit par l'intermédiaire des habitants de Toupéré et de Téga, soit par l’intermédiaire de toute autre personne que vous jugerez apte à s’aboucher avec le village rebelle. Ces envoyés transmettront aux habitants de Tabi nos conditions et leur indiqueront un délai raisonnable, que vous fixerez, à l’envoi de leur réponse. Ces conditions sont les suivantes :
1° Abandon du village de la falaise et installation de la population au voisinage de Hombori ; 2° Livraison et destruction des armes ; 3° Désignation et arrestation des gens ayant participé à l’agression dirigée le 29 mars 1920 contre la fraction du village installée dans la plaine et, éventuellement, des meneurs. Vos envoyés rappelleront les événements de 1909-1910 (opération de police contre les Habé de Bandiagara) et je suis persuadé qu’en faisant habilement usage de cet exemple, on réussira à agir sur l’esprit des habé. Ils feront comprendre aux habitants de Tabi que les mesures prises contre eux sont uniquement dues à ce fait qu’ils uous ont constamment manqué de parole. Ils leur montreront enfin que leur intérêt est de céder de suite à nos injonctions et descendre dans la plaine.
Si nos conditions sont acceptées dans le délai fixé, les habitants quitteront le village en emportant leurs biens et seront dirigés sur le lieu que vous aurez désigné.
Si les habitants de Tabi refusent d’accepter nos conditions, vous aurez recours, dans un but d’intimidation, à une démonstration de votre force. Je vous laisse le soin de choisir les moyens qui vous paraîtront le mieux appropriés au résultat à obtenir. Cette démonstration sera suivie d’un dernier ultimatum qui devra recevoir satisfaction dans un délai très court, faute de quoi, le village sera réduit par tous les moyens dont vous disposez. Votre grande expérience militaire, votre connaissance des lieux et votre passé comme commandant de cercle du Gourma sont pour moi de sûres garanties que vous saurez éviter toute inutile effusion de sang (1).
Il se pourrait que, sous le bombardement, les habitants évacuent le village et se réfugient dans les anfractuosités de la falaise. C’est ce qui s’est produit d’une façon presque constante au cours des opérations dirigées en 1909-1910 contre les Habé de la falaise de Bandiagara. Je désire que la prise de Tabi et la poursuite des indigènes constituent deux opérations bien distinctes, dans la mesure où les nécessités militaires le permettront. Il serait bon de n’entreprendre la poursuite qu’après une nouvelle action militaire en vue de ramener pacifiquement les fuyards. Si l’on s’en rapporte aux résultats obtenus parcelle méthode en 1909-1910, il est permis de penser que ce moyen aura un plein succès ; mais, s’il venait à échouer, il y aurait lieu d’avoir, de nouveau. recours à la force armée pour obtenir une reddition complète.
Le village, une fois abandonné par les habitants, sera rasé et le tunnel qui y donne accès, détruit.
Celte première condition remplie, vous aurez à détruire les armes que vous aurez prises ou qui vous auront été livrées.
Les indigènes de Tabi qui ont pris part à l’attaque des gens de la plaine, le 29 mars dernier, seront arrêtés et traduits devant le tribunal de cercle de Hombori, sous l’inculpation d’attaque en bande et à main armée.
Vous aurez également à rechercher si l’attitude des gens de Tabi est due aux intrigues de quelques meneurs, ou si,
(1) Le désir de conclure cette affaire par les moyens pacifiques et, en particulier, par l’effet d’intimidation dù à une démonstration de nos forces de police était tel à Koulouba qu’on avait résolu d’abord de confier la direction de l’affaire à l'Inspecteur des A. A. M. R., Arnaud, à une époque où le colonel Mangeot avait témoigné le désir de diriger en personne l’azalaï d’hiver à Taoudéni; le commandement du détachement eût été confié à un officier désigné par le commandant de région; l’imporlance de l’action militaire apparut à celui-ci si considérable qu’il estima devoir réclamer le bénéfice des circulaires des !l avril 1911 et 21 décembre 1912, qui lui réserve la conduite de toute opération de guerre sur les territoires qu’il administre, et en conséquence décida de se mettre lui-même à la tête des troupes.