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rapidité les armes, les munitions et tout ce qu’ils ont pu voler dans le convoi. Les pet i t s combats sont devenus très rares actuellement.
Tous les « oued » (1) sont généralement sans eau dans le Sud. Cependant au printemps ils forment parfois des obstacles inattendus. Un grondement éloigné se fait entendre soudain qui augmente rapidement. Et. brusquement, une large vague bouillonnante arrive, balayant tout sur son passage. En quelques minutes, un gros torrent infranchissable barre la piste, là où l'on croyait, quelques instants auparavant, pouvoir passer sans difficulté. Force est alors d’attendre que l’eau ait baissé pour pouvoir franchir à gué... Cela dure quelquefois plusieurs jours !...
Parfois encore, un gros nuage aux teintes cuivrées monte tout à coup à l’horizon et grandit A'ite. La chaleur devient accablante. Un souffle brûlant.
(1) Coifrs d'eau.
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Le chameau mange en marchant tout le long de la route. Parfois, pris d'une fantaisie soudaine, il jette sa charge tout d’un coup et se sauve, au hasard, dans le bled. Mais il est vite rattrapé par les cavaliers. Et, malgré ses cris de détresse, les « sokhrars » ont bientôt fait d’attacher tout sur sa vaste bosse et de le faire rejoindre au trot.
Dès que le légionnaire arrive, il monte son camp et l'entoure de tranchées. Un vaste rectangle au centre duquel sont déposés les bagages. Ou bien il campe « à la saharienne », chacun dans son abri, dormant sous les étoiles. Si le point cl eau est à sec. ou par trop souillé par les troupeaux qui y ont passé avant lui. chacun donne un peu de sa provision d’eau pour préparer la soupe et le café!... Puis, on part à la recherche du bois pour les cuisiniers. Sur des centaines de kilomètres on n'a pas rencontré un arbre. Et le légionnaire s’ingénie à découvrir quand même un combustible 11 y arrive souvent. Mais les crottes de chameau
BULLETIN DU COMITE DE L AFRIQUE FRANÇAISE
brûlent 1res bien et sont la plupart du temps ulisées. faute de mieux. Chaque homme recevant ensuite sa ration de farine et de sel, confectionne lui-même son pain (la « kessara »). Un trou dans la terre, do la braise au-dessus, la pâte au milieu... et voilà le four!... Les vieux montrent aux jeunes et. avec un peu d'expérience, ou arrive bientôt à manger d'excellentes galettes. La nourriture habituelle d’au l refois était le riz au gras. Elle est un peu plus variée maintenant, les allocations actuelles de l'ordinaire le permettent. Et puis, parfois. un c< méchoui » (1) de gazelle préparé par les indigènes qui y excellent, ou un cuissot de mouflon que l'on savoure avec délices, viennent fort à propos agrémenter le menu du jour.
§. 11. — Le légionnaire au Maroc.
D'Algérie, à leur tour, les légionnaires sont envoyés au Maroc (2).
Là. la vie change.
L'hiver, on demeure dans les postes, ceux de
I avant en général. Les jeunes légionnaires, amalgamés aux anciens qui rentrent des colonnes, y complètent leur instruction. Cependant l’exercice n'est plus leur seule occupation. Les routes ont souffert par le passage des camions nombreux qui. pendant toute la bonne saison, ont fait le ravitaillement. Il faut les réparer. Il faut améliorer les nouvelles pistes hâtivement tracées. El les unités, à tour de rôle, s’en vont monter leur camp aux emplacements où elles ont à travailler.
Le jeune légionnaire commence à se dégourdir pour aménager sa tente, creuser les tranchées, faire la cuisine. Le jour, il manie la pelle et la pioche. Les ouvriers d'art construisent les ponts. Les spécialistes lèvent les plans. Les autres deviennent terrassiers. La nuit, le fusil toujours attaché au poignet par la bretelle pour éviter les vols d'armes, il ne dort que d’un œil, prêt à bondir hors des « guitounes » (3) à la moindre alerte. Lorsqu’il est en faction, il apprend à scruter l’obscurité et à tendre l’oreille aux moindres bruits du bled. Car le Marocain est à l’affût. Et, pour voler son arme, il n’hésiterait pas à sacrifier la sentinelle inattentive.
Quand arrive le printemps, toutes les unités désignées pour faire partie des groupes mobiles partent en colonne. La Légion n’est jamais oubliée. Comme on ne rentre qu'en automne et que la température est fraîche dans l’Atlas, on emporte, au départ, les effets d’hiver et d’été. Autrefois, on marchait au Maroc (comme partout), avec le sac complet. Actuelleipent, sans sac. Casque en liège, capote kaki, toile de tente et couvre-pieds roulé en sautoir, culotte de toile kaki, fusil, équipement, outil au ceinturon, un jour de vivres dans la musette. Par les fortes chaleurs, l’homme est allégé.
II marche en veste de toile kaki. La capote, le
(1) Rôti à la broche assaisonné de beurre.
2) Régiment de marche de la légion étrangère.
3) Tente.
couvre-pieds et même la toile de lente sont mis aux bagages.
Les groupes mobiles, formés à gros effectifs do toutes armes, se composent principalement de tirailleurs algériens, marocains ou sénégalais avec un noyau de troupes blanches, généralement bataillons de Légion. Ils procèdent au ravitaillement des postes éloignés, ouvrent les grandes pistes qui conduisent vers Je Sud. pacifient de nouveaux territoires et y créent des postes pour les garder.
Ces opérations ne sont pas toujours faciles. Le Marocain, excellent tireur, tenace et d’une mobilité extrême, se montre toujours très ardent au « baroud » (1). C'est un ennemi de premier ordre. 11 est digne du légionnaire!...
Lorsque les unités gardent les positions pour protéger l’écoulement du convoi ou des camions sur la piste, les Marocains se glissent de couvert en couvert, se rapprochent d’elles au plus près et se contentent de tirailler sur tous ceux qui se font voir. Mais, la mission terminée, dès que ces emplacements sont évacués pour rejoindre la colonne, ils s’v précipitent promptement . Ils font alors le plus de mal qu’ils peuvent pendant le décrochage. Seule, à ce moment, l’artillerie les empêche efficacement.
Lorsqu'ils veulent disputer au Groupe Mobile la conquête d'un territoire nouveau, ils livrent alors de véritables combats; habillés de neuf, comme aux jours de grandes fêtes, ils se réunissent à plusieurs milliers, cavaliers et fantassins, sous la conduite de leurs « caïds » (2), Ils choisissent à l'avance la position où ils attaqueront. Puis, ils se répartissent de face et de flanc, dans tous les mouvements du terrain qu’ils connaissent et relèvent soigneusement. Ces jours-là, ils commencent le feu aux grandes distances. Dès que le groupe mobile arrive à l'endroit favorable, ils tâchent de le fixer afin de pouvoir le tourner et fondre ensuite sur lui à l’improviste. 11 n’est pas rare de voir surgir d’un vallonnement où ils s’étaient cachés, une centaine de fantassins qui, tout à coup, le couteau au poing, bondissent en hurlant sur une des unités des ailes, Le Marocain est brave, souple, agile, infatigable, 11 a la volonté d’anéantir le « Round » (3) auquel il fait la guerre sainte! Aussi la lutte est-elle rude. Mais le légionnaire est brave aussi. Et le corps à corps, parfois long et sévère, se termine heureusement à son avantage. D’ailleurs, tous les engins nouveaux sont utilisés à cet effet. Les grenades à main et à fusil sont employées chaque fois qu'il est possible. Et, lorsque les avions survolant le combat aperçoivent à temps ces groupes de contreattaques, par quelques bombes bien placées, ils ont tôt fait de les disperser. Les auto-mitrailleuses rendent aussi de bons services... Cramponnés au terrain, ne tirant qu’à coup sùr, les Marocains continuent ainsi à défendre énergiquement leurs positions jusqu’au combat rapproché. Et, souvent.
(1) Combat.
(2) Chefs de tribus.
(3) L’infidèle. Celui qui n’est pas musulman. Tous lqf Européens en général.
quand l'artillerie n'a pu parvenir à les faire abandonner, on est contraint de les en chasser à la baïonnette.
L’engagement terminé, on campe sur le terrain conquis.
Les camps, jadis serrés, rectangulaires et rectilignes, épousent actuellement les formes du terrain. Ils sont très étendus afin d’éviter les pertes. De solides tranchées, des fortins de mitrailleuses et un réseau mobile de fil de fer les entourent. Car il n’est pas rare que. la nuit, les Marocains tentent un coup de main en essayant d'enlever une sentinelle. Celles-ci doivent particulièrement
empêcher tout retour offensif de l'ennemi. Kl, sous leur protection, l’enceinte fortifiée du poste, les logements, les magasins s’élèvent rapidement. Un solide réseau entoure le .tout. Les puits sont creusés. Les canalisations sont aménagées. Les terrains sont défrichés, les jardins ensemencés, lies routes, rapidement tracées, s enfoncent en peu de temps dans le pays. Et, bientôt, les lourds camions automobiles peuvent accéder jusqu’au poste nouveau pour le ravitailler.
Le légionnaire se montre aussi ardent au travail qu'au combat. Et il ne ménage jamais ses efforts. Toutefois, bien que la besogne avance vite,