‹ Renseignements coloniaux et documentsChapitre 80 sur 154 · L’ A F 11 I Q Y E F II A N Ç A 1 S E · texte numérisé non relu

L’ A F 11 I Q Y E F II A N Ç A 1 S E

gile et dont les compartiments étaient bourrés d’épis de mil.

Notre installation devint plus confortable; les tirailleurs s’étaient construit de longs et bas hangars de feuillage où l’ennemi ne pouvait les compter; sur une petite esplanade ceinte de mégalithes et d’arbres épais était le poste du colonel, le lieu tle nos délibérations, notre salon, notre salle à manger ; au-dessous, sur une terrasse qu’ombrageait un tamarinier géant fumaient les cuisines et se trouvaient la boulangerie, le dépôt d’eau cl la forge; plus loin, au-dessus d'un marigot, l’inspecteur avait planté sa lente; aussitôt après, entre des couloirs rocheux couverts de claies était l’infirmerie; le Dr Bourgeon, le lieutenant Vianey, M. Collin, l’administrateur, artilleur Dumas, s’étaient construit, parmi les roches, des huttes en sécots et en ramées. Des cloisons de verdure dissimulaient aux vues des dissidents, canon et mitrailleuse.

Nous apprenons à circuler sans accident sur les roches, à éviter, en particulier, de poser le pied sur celles qui sont en forme de pyramide, pointe en l'air, et qui basculent facilement : nous taillons aux coutelas des routes dans les fourrés d'épineux, qui composent une grande partie de la végétation, et qui entravent souvent nos reconnaissances. Nous prenons des précautions d’autant plus minutieuses que nous n’ignorons pas que Téga et Toupéré sont complètement dévoués aux gens de Tabi et ont foi en leur triomphe final, que leurs troupeaux ont été conduits, avant notre arrivée, dans le village dissident et que les deux seuls fusils matriculés au cercle par Téga ne pouvant être représentés par leurs possesseurs, il est bien probable qu’ils ont grossi l'arsenal de la défense.

En raisonnant en bonne logique humaine, nous devions estimer que si des fortifications existaient sur la falaise, elles avaient pour raison d'être l’existence de points faibles : nous avions donc à nous attacher à les démolir : nous manquions totalement d’obus percutants; les obus à balles étaient inefficaces au milieu des hérissements de roches où se dissimulaient les Habé. La question de matériel se posait d’abord, et puis celle de méthode.

Par télégramme, des munitions furent demandés à Tombouctou : 500 obus, 12.000 cartouches. 1886, 5.000 cartouches D. A. M., une seconde mitrailleuse, un fusil-mitrailleur, etc. Le commandant de région nous avisa en réponse qu'il ne restait en magasin que 185 obus longs et seulement 125 gargousses; le gouverneur, le général commandant les troupes étaient tenus au courant des événements; de Ivoulouba, on organisait un convoi immédiat de lvayes sur Tabi, et Dakar expédiait sans délai les ravitaillements nécessaires.

De Tombouctou nous sommes enfin prévenus qu'un convoi quittera la ville le li octobre; à ce convoi seront adjoints, un margis artificier, et le sergent Commeau, dont le lieutenant-colonel connaît les hautes qualités de froide bravoure et de résolution. Le gouvernement local nous ordonne.

sans commentaires, de continuer le siège jusqu’à reddition complète : il avise les commandants de cercle du Soudan de notre insuccès, les prie de contrôler les fluctuations de l'opinion publique, prévient de l’affaire son collègue de la Haute- Yolta et fait le nécessaire pour que, s'il en était besoin, la garnison de Bandiagara accoure à marches rapides nous prêter main forte.

Le 1 1 octobre, l'inspecteur des A. A. prévenait le cercle voisin (Bandiagara) que les opérations subiraient un temps d’arrêt d’une quinzaine de jours, jusqu’à l’arrivée du matériel nécessaire à la réduction du village : « 11 est indispensable que vous soyez au courant des modalités de notre action et de notre résolution de poursuivre avec énergie les opérations... Vous pourrez ainsi combattre avec efficacité les bruits tendancieux qui circulent dores et déjà chez les indigènes et assurer ceux-ci qu'à bref délai l'ordre sera rétabli, que la colonne ne quittera Tabi qu'après s'en être emparée et que les fauteurs de troubles auront été mis dans l'impossibilité de nuire. » M. Arnaud informe d'autre part les cercles de Mopti et de Bandiagara de l’arrivée prochaine, par le fleuve, d’un convoi de munitions; cet envoi devra être dirigé sur Tabi, sous l’escorte de gardes qui marcheront jour et nuit. Nous recevons la visite de tous les chefs des villages Habé des environs, et même de ceux du Sarniéré; il est demandé à ces derniers, dont la mauvaise volonté était à craindre, la fourniture d'une demi-tonne de mil à la cotonne: le surlendemain, en témoignage de loyalisme, ils nous en apporteront une tonne; nous ne sommes nullement dupes de ces manifestations de sympathie; nul n'ignore que nos faits et gestes sont épiés de très près ; les engagements précédents sont considérés par les indigènes comme de simples escarmouches, mais ils se tiennent sur le qui-vive.

En attendant l'arrivée des convois, les excursions se multiplient autour du massif de Tabi : quiconque s’approche d’un peu près de la muraille est « sonné » soit à la fronde, soit au fusil, par les veilleurs; nous découvrons des postes nombreux de l'âge de la pierre polie, restes que les Habé ont convertis en fétiches, des ruines d’anciennes cases sur l'éboulis. des gorges où sont entassés quantités de petits canaris où les femmes, après leurs couches, enferment le placenta, et qu elles enterrent loin des habitations: la falaise nous semble partout inabordable; des légendes la confirment impraticable, bien qu'à un noumtoro (nom que se donnent les habitants de Tabi) il doive suffire pour grimper le long d'une roche, affirment les vieux, de trous où il puisse s'agripper à la fois d'un doigt de main et d'un doigt de pied ; mais on nous conte l’histoire du magicien qui, en traçant une croix sur l’à pic, après s'être oint d’un onguent mystérieux, partageait la pierre de la façon qui lui convenait et se servait de ces encoches comme d'un escalier: nous recueillons aussi l'histoire de l'ancien qui. pour gagner plus vite le bas de l'escarpement, se métamorphosait en oiseau, des hommes qui. après avoir bu certaines

boissons, sautaient impunément du sommet du piton, et. en arrivant sur l’éboulis, se recevaient légèrement sur les jambes; de l’enfant qui, en jouant, tomba dans l’abime ; pendant qu’il tournoyait dans l’air un magicien lui lança son bonnet , dont la vertu fut telle qu'on trouva l’enfant assis sur l'éboulis et jouant, en excellente santé, avec le bonnet enchanté.

De temps à autre, un des canons lance un obus dans la conque, où parfois il incendie des chaumes ; un poste d’observation a été installé à demeure sur le Yombori, et les mouvements des villageois y sont notés avec soin. Le li octobre, à 13 heures, nous entendons une forte détonation, au bord de la conque, et une fumée s'élève d'une des redoutes; nous croyons d'abord qu'après avoir ramassé un obus non percuté, les dissidents ont voulu, à leur dam, en extraire la poudre: nous apprendrons, après la prise du village, qu’un guerrier avait essayé de détacher, d'un coup de pierre, pour en faire une balle, le bouton en cuivre d’un Y. B. non éclaté ; le projectile explosa, arracha la main du guerrier et blessa trois île ses camarades.

La sentinelle du Yombori vit d’ailleurs, après l’explosion, quatre hommes quitter la redoute et s’enfuir à toutes jambes dans la direction du village.

Le lendemain, le lieutenant-colonel, le lieutenant Yianey et M. Dumas visitent Téga, occupé dès notre arrivée, ainsi que Toupéré, par des piquets de tirailleurs. Le 15 octobre, le lieutenant Yianey, guidé par Goumbo, grimpe au sommet du Yombori ; il se glisse par des cheminées peuplées de chauves-souris, arrive près d’un gouffre qu'il franchit en s’accrochant aux aspérités de la paroi verticale, parvient sur le plateau supérieur coupé d’énormes précipices: de là, il domine Tabi de 150 mètres, aperçoit le point d’eau, où s’abreuve un troupeau de chèvres et de moutons gardé par un gamin qui fait tournoyer une fronde, et constate que la faille par où on accède à la source semble être très étroite, sinueuse

point d'eau

Vue générale delà montagne de TABI prise du haut d'une dune.

Comité de / Afrique Française. Reproduction intsrdlte.

Fig. 4.

et profonde ; dès que la présence de Yianey est signalée sur le Yombori, les habé se cachent et le troupeau s'égaille ; quoique gêné par un vent vio-

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

lent, le lieutenant lève le plan détaillé de la position.

Le 19 octobre, le très actif résident de Douentza, M. Laroux. en tournée aux limites de sa circonscription, vient jusqu'à Tabi régler avecM. Dumas une fourniture de riz à la colonne ; et repart après quelques heures; il a parcouru quelques falaises dépendant de son commandement et a constaté l'inquiétude des montagnards.

Le 22 octobre, un de nos agents politiques nous rapporte le bruit suivant : après notre première tentative sur Tabi, un homme de Loro monta, par une faille de la montagne, entre Toupéré et Téga, jusqu'à Tabi, porter la nouvelle que nous voulions faire sauter la cheminée à la cheddite ; aussi les dissidents purent-ils intervenir et couper le cordeau à temps; Loro est un centre d'intrigues où sont établis, parmi des fétichistes, de petits marabouts remuants qui dirigent quelques écoles musulmanes. Il est procédé aussitôt à une enquête au sujet de l'existence de la faille ; le chef de Tabi la connaît: il ajoute qu elle est presque impraticable même aux Habé : il importe de s'assurer sans tarder que le blocus ne peut être forcé de ce côté. Sous prétexte d'effectuer le recensement administratif des villages de l'éboulis, demain matin on fera descendre en plaine la population de Téga et de Toupéré ; pendant ce temps, le docteur Bourgeon et le lieutenant Vianey y opéreront des perquisitions, y rechercheront les fusils non matricides, la poudre, le soufre et reconnaîtront la voie d’accès à Tabi. Le même jour, le canon resté sur le Yombori est transporté au campement.

Le recensement nominatif de Tabi-piton. effectué le 23 octobre, grâce à l'aide du chef de Tabiplaine, donne une population totale de 191 habitants, dont 161 imposables, se décomposant en 77 hommes, 84 femmes et 30 exemptés dont 2o enfants au-dessous de 8 ans et 5 vieillards. A 18 heures, les excursionnistes sont de retour au camp ; les cases qu’ils ont visitées, à deux ou trois étages, sont très sombres et d une saleté invraisemblable ; en furetant dans un trou de rocher, le docteur a découvert un fusil non matriculé: quant au passage reliant Téga et Tabi, il crut qu'il était constitué par une longue faille paraissant se prolonger jusqu’à la cime de la falaise ; des troncs d’arbres à encoches appuyés à la roche le confirmèrent dans cette idée : malgré que les indigènes s’efforçassent de le détromper, il entreprit pieds nus l'ascension : les échelles accédaient à une grotte au fond de laquelle était bâti un grenier à mil; il suivit une étroite corniche, grimpa dans une fissure verticale, parvint ainsi à une plateforme de quelques mètres carrés: il dominait alors d’une centaine de mètres Téga: au-dessus de lui s’ouvrait une faille étroite : il s’y engagea avec une agilité prodigieuse, il s’éleva dans cette faille comme un ramoneur dans sa cheminée, avec les coudes, les genoux, les reins, le ventre : il monta ainsi pendant 80 mètres et aboutit à un mince bâillement de la falaise; là la gerçure s’arrêtait; un mur lisse s’élevait au-dessus de lui, imprati-

cable : il était à une trenlaine de mètres encore du faite.

A son retour, un indigène nous assura qu'un magicien avait usé jadis de cette voie d'accès à Tabi: ses gris-gris lui permettaient de ramper le long de la muraille lisso à la façon des tarentes ; son secret est perdu : force nous est de continuer nos recherches; Goumbo consulté nous indique l'endroit exact où se trouve la véritable faille à laquelle font allusion les racontars des gens de la plaine ; elle est un peu plus loin que celle qui fut explorée parle docteur, et porte le nom de Yaiouabagan : elle est extrêmement périlleuse à escalader; seul un vieil homme, qui nous est amené, a réussi, dans sa jeunesse, à la parcourir, et encore n’alla-t-il pas jusqu'au plateau supérieur. D'autre part, l'exploration attentive, répétée, de la falaise du village permettait de reconnaître l'existence de failles, qui, coupées par des corniches, pourraient peut-être être utilisées dans un assaut; en outre, là où la falaise était rejointe par l'éboulis, la roche parfois s’était évidée : certains ressauts de la muraille laissaient à un homme décidé la faculté d’échapper aux vues et aux projectiles des défenseurs: ces particularités étaient notées et seraient éventuellement mises à profit au moment convenable; des échelles de dix mètres de long étaient construites en grand secret : des grappins étaient forgés; les cordes bagages du convoi étaient assemblées deux à deux, transformées en échelles.

Le 2ô octobre, le docteur Bourgeon, guidé par le vieux et par Goumbo, reprit l'escalade de la faille de Yaïoua; cette fois, il ne rencontra pas d'endroit où se reposer en route : la fissure s’élevait d'un seul jet; il dut se glisser à la façon des ramoneurs, sur 200 mètres de haut, à travers un boyau parfois très resserré, offrant un évasement dangereux qui lui tenait la moitié du corps suspendu au-dessus de l’abîme : dérangeant une multitude de pigeons, il parvint ainsi à un endroit où la faille obliquait, s’enfoncait dans la l’alaise, s’encombrait d’épaisses broussailles ; il estima imprudent de donner l’éveil aux dissidents en continuant une ascension qui aboutissait logiquement au plafond supérieur: il redescendit ayant joué un jeu à se tuer: une seule faiblesse, une glissade sur la roche, un moment de vertige, et il faisait une chute effroyable; il est peu probable qu'un lvado, même très agile, prenne ce chemin dans l'obscurité ; quoi qu'il en soit, et par mesure de précaution, un petit poste est placé au bas de la faille.

Le 26 octobre, arrive au camp un premier convoi. venant du fleuve par Korieulzé et Douentza: il est de 20 caisses de munitions, grenades à main, fusées-signaux, gargousses: le colonel rédige les dispositions du futur combat; il réunit les gradés, leur explique ce que sera leur rôle; nous ne porterons plus notre unique effort sur la cheminée; les reconnaissances approchées nous ont permis de découvrir des failles où l'emploi îles diverses échelles livrera, si l'attention de l'ennemi est portée ailleurs, accès à la conque; nos chances sont minimes, mais nous devons les exploiter à fond: les à-pic, entre les paliers plus ou moins

étroits qui coupent les failles, sont d’au moins 10 mètres ; un enfant qui du haut de la gerçure ferait glisser des pierres sur l’assaillant, l'obligerait de déguerpir.

Le 27 octobre, à 100 mètres de la falaise, à gauche de la Porte, des tirailleurs construisent, sous le feu incessant de l’ennemi, un abri de mitrailleuse: le poste de garde à « Yaïoua-bagan » nous informe que les geus de Tabi ont découvert son existence et le criblent de pierres. Depuis le début des opérations nous avons 10 hommes blessés ou contusionnés; tirailleurs, porteurs, chefs indigènes sont, faute d'eau, couverts de vermine.

Un de nos canons est hissé au nord du camp, sur un emplacement d’où I on découvre le village, et qui nous met à même de démolir les fortifications du premier palier de la cheminée.

Le 29 octobre . une caisse de 500 étoupilles nous parvient par la voie Korientzé-Douentza sous l'escorte d'un sergent indigène el de trois hommes du dépôt de Kati; un télégramme urgent du gouverneur au colonel, reçu aujourd'hui, lui enjoint «le ne pas commencer les opérations définitives avant d'avoir reçu ses munitions complètes, y compris 200 obus explosifs qui lui sont expédiés de Kayes par Kali; il l'invite, au cas où nous éprouverions un nouvel échec, à lui communiquer ses projets en vue de continuer le siège. Malgré la distraction <|uc nous apporte le rude travail des reconnaissances et des levés de plan partiels, nous sommes nous-mêmes sans cesse en souci d'un échec, et notre optimisme est de commande.

Dans la soirée, nous recevons le convoi de Tombouctou, qui nous apporte 500 obus, dont 185 longs à fusée noire; il a beaucoup souffert du manque d’eau entre lioa et Bambara-Maoundé. et. s’est môme égaré pendant une trentaine d heures : les animaux sont très fatigués: h* sergent Commeau et le margis artificiel1 Courreau certifient qu’ils n'ont rencontré personne jusqu’à Bambara-Maoundé: les nomades ont tous gagné les bourgoulières du fleuve : le bruit se répand toutefois que nous mettrons en œuvre d 'irrésistibles moyens d'action. L’opinion publique nous redevenait favorable dans les montagnes : le 30 octobre, l’inspecteur des A. A. télégraphiait au gouverneur : « Passage consécutif plusieurs convois importants munitions produit effet excellent sur masse indigènes convaincus maintenant notre résolution inébranlable mettre terme situation Tabi, dont rébellion demeure cas isolé au milieu populations parfaitement soumises et même déférentes. Changement attitude se manifeste par sincérité opérations recensement nominatif effectuées dans cantons sédentaires «pii ont pour résultat sérieuse augmentation dans nombre contribuables resté jusqu'ici bien inférieur réalité et par bonne volonté nomades à acquitter impôt : pour même raison et comme par miracle Alouata chef Kounla du ( lourma , découvre déserteur recherché depuis deux ans. »

Les commandants de cercle de Mopli et de Bandiagara sont «‘gaiement avisés de l’arrivée incessante à Mopti d’un convoi de 200 obus et de 200

gargousses; ce convoi sera dirigé à marches forcées de jour et de nuit sur Tabi,

Il ne se passe pas de jours oii nos reconnaissances n'aillent étudier d’aussi près que possible les failles par lesquelles nous espérons gagner la conque du village ; peu à peu se précise le rôle de chacun, le jour de l'action; celle-ci sera fonction de l’adresse, de l’audace, du courage, du sangfroid, des qualités personnelles des hommes qui y prendront part : les tirailleurs sont entraînés avec soin, dans des conditions identiques à celles qui se présenteront pendant l'attaque, au combat spécial qu’ils auront à livrer. Ils sont de plus en plus familiarisés avee le terrain inimaginablement tourmenté de la falaise et se servent avec dextérité maintenant du long bâton du noum'boro. Les Habé ne cessent plus de remuer des pierres, dès la tombée de la nuit, perfectionnent leurs moyens de défense, et font crouler, tant que dure l’obscurité, des avalanches de moellons sur l éboulis.

Le 2 novembre, on procède à la visile el à l’essai des projectiles reçus de la région de Tombouctou: la poudre, en effet, dans un certain nombre d’entre-eux. s’esl altérée sous l'influence de la chaleur: certains obus ont été en magasin à Tombouctou depuis dix ans, el y ont subi les écarts l«'s plus grands de le température, alors que celleci. dans une poudrière, ne doit pas dépasser 30° ; l'artificier constate de la sorte «pie sur 500 obus expédiés, 105 sont douteux; d'autre part, 2.000 cartouches sur 10.000 sont manifestement abîmées, le cuivre rongé, la balle vacillante. Nous prenons avec bonne humeur noire déconvenue; la pratique de la guerre aux Colonies induit l’ officier qui ne veut pas mourir de chagrin à une douce et non sans ironie résignation: la poudre hors d’usage des obus sera remplacée au furet à mesure des besoins, par de la poudre de mine, dont M. Dumas a découvert un tonneau à Hombori : les projectiles ainsi garnis sont essayés et donnent de bons résultats en percussion. De Tombouctou, nous avons reçu aussi quelques pétards : on tente de faire sauter une roche avec l’un, d’eux : le détonateur ne fonctionne pas ; les pétards sont inutilisables,

Le 5 novembre, dans la matinée, il est procédé aux préliminaires de l’action décisive; un des canons, placé au nord-ouest de la position, démolit le bastion construit sur la partie découverte de la cheminée: l’établissement de la plate-forme a donné beaucoup de travail : les termites abondent. mangent le bois de cette plate-forme. 11 apparaît évident «pie les pièces devront être transportées d'emplacement en emplacement pour effectuer dans chacun d’eux une besogne déterminée.

Chaque sous-officier aura son commandement autonome le jour de l'attaque, sous la direction du lieutenant-colonel. Cinq colonnes d’assaut, composées chacune de dix hommes seront formées. qui opéreront chacune dans une faille déterminée, couverte par le feu incessant de l'artillerie.

La colonne n° 1 sera conduite par le sergent Commeau. il escaladera une faille, qui, située à

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droite de la cheminée, se relie au premier palier de celle-ci, débarrassé à celte heure des fortifications élevées par les Ilabé, et rejoint la grande corniche de sortie du second tronçon du tunnel ; le travail sera très dur en cet endroit, où se concentre la résistance des défenseurs; Commeau, qui a fait pendant la grande guerre ses preuves d’intrépidité, déclare qu’il forcera le passage ou « qu’il y laissera sa peau ». La colonne n° 2 pénétrera dans la cheminée, conduite par le margis artificier Gourreau; elle s’emploiera à démolir les barrages établis par l'ennemi et secondera ensuite les efforts de Commeau; les réserves, composées de gardes et de tirailleurs, seront sur ces deux points commandées par le docteur Bourgeon. La colonne n° 3 conduite par le margis Pérard escaladera avec des échelles (1) la faille située à la droite de la case aux palabres ; la colonne n° 4, conduite par l’adjudant Moussa Konaté, et la colonne n° 5. conduite par le sergent Baba Koné grimperont de leur côté dans les failles qui leur ont été désignées ; les réserves du centre seront commandées par le caporal Allou Touré, celles de gauche par l’adjudant-chef Triep. Quand les détachements couronneront la falaise, ils se rabattront lentement vers la cheminée, de façon à dégager le sergent Commeau, qui, très probablement aura fort à faire avec l’ennemi; les réserves monteront derrière les colonnes d’assaut. Les corps d’assaut sont organisés, et tenus en haleine par leurs chefs, avec qui ils font chaque nuit des patrouilles jusqu’au bas de la falaise; ils reconnaissent les excavations où ils se dissimuleront le jour de l’attaque. Le lieutenant-colonel a rédigé pour l'artillerie les ordres suivants :

« L’artillerie préparera l’ai laque de l’infanterie en détruisant pendant les journées qui précéderont cette attaque tous les obstacles qui, jusqu’à ce jour, ont permis aux défenseurs d’accéder à la cheminée au moment de l’assaut.

« Objectif. — Pièce de droite (lieutenant Vianey). 1° Le mur de flanquement (balcon), qui devra être complètement détruit ; 2° Le bastion qui défend l’entrée du village; 3° Les trois bastions à gauche de la cheminée; 4° Quelques maisons de notables (Yéro boubou, femme Amadou Seydou (2).

« Pièce de gauche (administrateur Dumas). 1° Le mur qui protège le chemin en corniche reliant l’entrée du plateau à l’orifice de la cheminée ; 2° La case aux palabres ; 3° Le bastion qui termine la corniche.

« Les pièces occuperont les différents emplacements reconnus pour battre dans les meilleures conditions de réussite les différents objectifs ci-dessus désignés.

« Mitrailleuse s. — Les mitrailleuses ayant comme pointeurs respectivement à droite le caporal N’Golo Konaté, à gauche l’adjudant-chef Triep, prendront part à l’attaque eu tirant sur tout objectif vulnérable. En particulier ils surveilleront :

« 1° Pièce de droite. — La partie supérieure du plateau côté Est. Les emplacements des guetteurs qui ont jusqu’à ce jour donné le signal de nos attaques. La case aux palabres et le mur en pierres sèches situé à l'Est.

« 2° Pièce de gauche. — La partie supérieure du pla-

(1) Des forgerons engagés à llombori avaient construit en vue des attaques 10 échelles de 8, lOet 12mètres, en bois, et tî échelles de corde de 10 à 13 mètres.

(2) Amadou Seydou, chef du parti loyaliste à Tabi, avait obéi à l’ordre de s'établir en plaine aussitôt cpi'il avait été donné aux gen< du village. Au début de la rébellion ouverte, sa femme l’abandonna et rejoignit les dissidents : dans la coutume Ilabé la femme quitte son mari à sa guise; elle- peut être propriétaire de biens à l’administration desquels son mari n’a rien à voir: elle a parfois une grande influence dans son groupe.

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