‹ Renseignements sur les beaux-arts à GenèveChapitre 13 sur 36 · ÉPOQUE ROMAINE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE ROMAINE

Genève et ses environs offrent un autre genre de monuments qui ne laissent pas d'incertitude sur leur origine, et qui, par leur nature et leur multiplicité, déposent du rang qu'occupa Genève sous les Romains.

Jules-César, en y portant ses armes, dut y répandre les connaissances relatives aux sciences et aux arts que cultivaient les maîtres du monde.

Les marbres que nous conservons contiennent un grand nombre d'inscriptions qui établissent que Genève, ville déjà de quelque importance, devint colonie romaine, « et il est bien vraisemblable (dit à cette occasion Senebier) i que l'exemple des Romains, les modèles qu'ils apportèrent, l'émulation qu'ils inspirèrent, firent fermenter l'esprit naturel des habitants de Genève, et les engagèrent à cultiver les sciences et les arts. »

Mais les siècles de barbarie élèvent une barrière difficile à pénétrer. Elle arrête presque toujours les regards, et ne laisse le champ ouvert qu'à peu d'observations et à beaucoup de conjectures.

Genève, presque détruite dans le quatrième siècle, au dire de nos historiens, ravagée vers la fin du cinquième, en proie à plusieurs reprises à des incendies considérables, a vu disparaître tous les monuments qui pouvaient exister du temps des Romains. Des inscriptions nous restent (nous y reviendrons plus tard); mais nous ne retrouvons aucun des accessoires qui devaient enrichir

1 Senebier, Histoire littéraire de Genève, vol. I, p. 22.

les temples du paganisme, et les fragments d'architecture sont rares.

Le plus remarquable qu'il nous ait été donné d'étudier, est un bloc de roche découvert de nos jours, qui avait été enfoui dans le pavé de la cour de la maison Jequier, située aux Rues Basses, en face de la place du Molard. * Le côté sculpté avait été tourné vers la terre.

L'importance de ce fragment m'a fait désirer d'en avoir une description détaillée. Je la dois à la complaisance de M. Durelli. On verra en même temps le jugement qu'en porte cet habile directeur de notre École d'architecture et d'ornement.

La masse du bloc est de trois pieds neuf pouces.

Cette pierre présente une magnifique corniche d'ordre corinthien. Les moulures dont se compose la corniche sont : le denticule avec sa moulure supérieure; le modillon d'une forme assez élégante et enrichi d'une grande feuille d'acanthe; le quart de rond qui règne tout autour des modillons, et fait le contour des caissons qui ornent le soffite du larmier; le larmier avec le talon; et enfin la cimaise richement ornée de feuilles d'acanthe. Il est à remarquer que tout est orné, même le larmier où l'on voit sculptée une grecque, sans que cette espèce de profusion d'ornements produise la moindre confusion. Le sculpteur a si bien conservé la forme primitive de chaque moulure, que l'œil n'est point fatigué à la vue de cette richesse de sculpture, et le style large et la hardiesse du ciseau rappellent ces beaux temps de l'antiquité où l'architecture était dans sa plus grande splendeur.

* Rue du Marché, n° 40, maison où est né Charles Bonnet.

La hauteur de cette corniche est d'environ deux pieds. Si cette dimension pouvait être considérée comme la hauteur de la corniche prise dans son entier, on pourrait se faire une idée de la hauteur totale de l'ordre auquel elle a dû appartenir, et former quelques conjectures sur l'espèce de monument qui en était décoré; mais malheureusement l'on ne peut connaître au juste la hauteur de cette corniche, puisqu'il manque la moulure qui doit se trouver au-dessous du denticule; elle était sûrement attachée à la frise, qu'on n'a pas retrouvée.

M. Durelli a donc cru devoir s'abstenir de conjectures hasardées sur ce monument, tant qu'elles ne lui seront pas facilitées par la découverte d'autres fragments. Mais, en attendant, il déclare, sans craindre de se tromper, qu'un pareil fragment prouve que Genève a dû posséder de beaux monuments au temps de l'empire romain; il croit que ce fragment peut remonter à l'époque de Dioctétien.

Senebier, dans son Histoire littéraire,1 était déjà arrivé à des conclusions analogues, en parlant « d'une architrave d'ordre dorique qui paraissait, par ses proportions, avoir été de quarante pieds. » Il ajoutait « qu'on avait trouvé quelques débris d'édifices qui annonçaient assez de magnificence, » mais il ne les décrivait pas.

Peut-être Senebier eût-il été plus circonspect dans ses conclusions, s'il eût été plus instruit en architecture; car l'architrave dont il parle, et que nous supposons être celle que l'on voyait incrustée dans l'intérieur de l'ar-

1 Vol. I7 p. 20.

cade du Bourg-de-Four, ne pouvait pas donner des indices sur les dimensions du bâtiment auquel elle avait appartenu.

On voyait aussi incrustée dans les murs de la maison ci-devant Claparède, démolie depuis par M. le professeur A. de la Rive/ quelques portions de frises antiques avec des griffons sculptés. Les mêmes griffons se retrouvaient sur une pierre du socle de la chapelle des Macchabées.

Lors de la démolition de l'arcade du Bourg-de-Four, M. le professeur de la Rive a bien voulu mettre à la disposition de l'administration du Musée huit ou neuf fragments en roche, qui paraissaient avoir appartenu à un monument romain. C'étaient probablement les restes d'une espèce de portique, de petite dimension, à panneaux cannelés, et dont les soubassements représentaient un grillage en losanges»

Une petite corniche pouvait avoir servi d'ornement à la partie supérieure. *

Des fragments d'inscriptions indéchiffrables, trouvés au même endroit, offraient la même nature de roche. M. Frédéric Soret, à qui je dois ces renseignements, estime que ces inscriptions pouvaient bien avoir été placées au-dessus de ce portique ; mais tout cela est conjectural.

Ces débris sont déposés dans un chantier sur les Tranchées.

* Rue de l'Hôtel de ville, n° 14.

1 La plupart des fragments portant quelques traces de sculpture avaient la face sculptée tournée vers l'intérieur des murs ; on n'a donc découvert ces sculptures qu'à la démolition. (Note de M. le professeur de la Rive.)

En 1729, on avait déterré à Genève, dans les fondements du cloître de Saint-Pierre, une inscription dont voici la traduction : 1

Titus Vipius Verecundus , affranchi de Titus Vipiits Celsus, dédie cet arc et ses ornements à Jupiter trèsbon, très-grand.

L'inscription était double, c'est-à-dire qu'elle était répétée des deux côtés de la pierre, afin qu'on pût la lire soit que l'on arrivât par l'une ou par l'autre des faces de l'arc. Les arcs dédiés aux dieux étaient beaucoup plus rares que ceux qui l'étaient aux empereurs.

Nous venons de voir que les débris de cet arc avaient servi aux fondations de l'ancien cloître de Saint-Pierre : il n'est pas bien sûr qu'une partie des fragments qui le composaient n'aient été de nouveau enfouis sous la maison qui a été reconstruite sur l'emplacement qu'occupait le cloître.

En creusant les fondements du portique de notre cathédrale, on trouva aussi, dans les mois de septembre et d'octobre 1 752, trois inscriptions antiques, dont l'une était un vœu à Mercure, une autre est le vœu d'un soldat de la VIIIe légion au Dieu invisible, génie du lieu. La partie où cette inscription se lit a la forme d'un autel : sa hauteur est de trois pieds, sa largeur d'un pied six pouces. Sur l'entablement est un creux circulaire de onze pouces. Ces diverses découvertes témoignent du peu d'intérêt qu'inspiraient au moyen âge les monuments anciens. 2

1 Jor'i optimo maximo arcum cum suis ornamentis Titus Vipius Celsi libertus Verecundus dedicat. (Voy. Spon, édition in-12, vol. IV, p. 14G.)

2 Dans le manuscrit de Simon Goulard, intitulé : Antiquitates

PREMIÈRE TARTIE. 11

Malheureusement, en 1752, l'esprit de conservation n'était pas encore fort grand, puisqu'en même temps que l'on recueillit ces inscriptions, la construction du pilastre méridional du nouveau portique de Saint-Pierre recouvrit le griffon que j'ai signalé plus haut, comme étant sculpté sur le socle des Macchabées; on ne pensa pas à le conserver en enlevant la pierre sur laquelle il était sculpté.

Lors de la démolition de l'ancien Evêché, opérée en 1840, la Commission chargée par la Société d'Histoire et d'Archéologie de recueillir tout ce qui pourrait se rattacher à l'objet de ses recherches habituelles, a constaté l'existence de quelques fragments qui avaient dû appartenir à des constructions antérieures.1 On a trouvé, en particulier, un fragment de corniche d'un grand entablement, en roche blanche, d'une belle taille, avec des ornements que l'on peut supposer avoir appartenu à quelque arc ou porte monumentale romaine. M. Durelli .croit que ce fragment peut être de la même époque que celui de la maison Jequier (temps de Dioctétien) ; mais il n'a pas appartenu au même monument. Les ornements sont d'un goût moins pur. Ce morceau offrirait des traces de la décadence de l'art.

D'autres fragments de la même pierre étaient trop détériorés par l'emploi qui en avait été fait dans les fondations de l'Evêché , pour que l'on ait cru utile de les conserver. On a trouvé aussi un segment de meule ro-

Genevenses (écrit en 1610), il est dit que dans les fondements des boulevards et « dans les voûtes des casemates » se trouvaient plusieurs monuments.

1 Mèm. de la Société d'Hist. et d'Archêol., vol. I, p. 214,

maine en lave, des débris d'amphores, plusieurs inscriptions romaines; la base d'une colonne cannelée de grand module, et cinq pièces formant une partie de son fût, d'un grès rougeâtre; quelques-unes de ces pierres, enfouies profondément dans les fondations du corps de logis central, ont dû appartenir à un monument détruit bien longtemps avant la première construction de l'Évêché. Un petit fragment de corniche en grès rouge, d'une sculpture fine, retrouvé dans les débris, a pu appartenir au même monument.

D'autres fragments de colonnes en grès blanc, et le torse d'une statuette en grès rouge, portant des traces de peinture, paraissaient être des sculptures d'une date fort postérieure. Je ne parlerai pas des pierres portant des écussons armoriés, ni des monnaies ou autres objets trouvés en cet endroit, qui ne se rattachent pas à mon sujet.

Il y a aussi, dans la cour du Musée, deux fragments, assez bien conservés, d'un autre arc ou portail qui doit avoir appartenu à quelque construction fort ancienne; c'est une partie de l'archivolte avec des ornements à palmettes et sculpture en creux; l'un des fragments porte un masque. J'ignore où ils ont été trouvés. Je dois signaler à cette occasion l'état de désordre du dépôt des monuments d'antiquités placés dans la cour du Musée. Nous entassons bien quelques débris, mais nous ne nous occupons pas assez de leur conservation. *

Je n'ai pu découvrir d'autres indices de l'existence, dans Genève, de monuments romains d'architecture et

:;: Un musée épigraphique a été établi, en 1857, au rez-dechaussée du Palais de justice.

de sculpture; mais nous sommes assez riches en simples inscriptions romaines. Il en existait déjà, du temps de Spon, plus de quarante bien conservées, qui se trouvent rapportées dans le volume qui contient les preuves de son Histoire de Genève. Il en est qui remontent au siècle de Jules-César. Je me bornerai à rappeler que deux de ces inscriptions sont des vœux à Jupiter; une autre au dieu Mars. Une quatrième devait servir au monument d'un père et d'un fils de la famille des Plines. La double inscription est encadrée dans une bordure enrichie d'ornements de bon goût et finement sculptés.

Deux inscriptions nous présentent des vœux à Apollon, que nos historiens représentent généralement comme le dieu qui était particulièrement adoré à Genève sous le nom de Bélénus.

Vous savez tous, Messieurs, que les anciennes chroniques ont parlé d'un temple dédié à Apollon, qui avait dû exister sur l'emplacement où Saint-Pierre fut construit.

Je ne vous aurais pas parlé de cette assertion plus ou moins contestable, si le professeur Alexandre Morus, dans un discours prononcé aux promotions du collège et publié en 465°2, n'avait pas soutenu qu'une partie du fond de l'église, à côté du chœur, en face de la Bourse française, était un reste du temple d'Apollon. Cette opinion fut adoptée depuis par feu le syndic Calandrini, l'un des magistrats qui avaient présidé à la restauration de notre cathédrale.

Qu'un professeur de belles-lettres ait choisi ce thème pour un discours académique, cela peut se concevoir; mais la vue du monument de sculpture sur lequel il

s'appuie, cause une véritable surprise. Transportez-vous, Messieurs, derrière Saint-Pierre ; examinez le mur oriental joignant le chœur. Vous verrez, à environ vingt pieds de hauteur, une figure en bas-relief, à large face, un peu plus grosse que nature, renfermée dans un cercle qui la cerne de fort près. Elle est sculptée sur une pierre tendre, et néanmoins cette figure joufflue n'a rien perdu de son riant embonpoint.

Morus a reconnu dans ce masque la figure d'Apollon, et après lui Calandrini a conclu que cette partie de l'église de Saint-Pierre était le reste de son temple.

Les antiquaires se sont refusés à ratifier ce jugement et à reconnaître là le dieu de la poésie et des arts ; et je crois pouvoir prédire à ceux qui n'ont jamais eu connaissance de cette figure, qu'ils ne verront là qu'un caprice de sculpteur, dont les monuments du moyen âge offrent de fréquents exemples.

Une inscription qui était incrustée dans le mur de la Corraterie, à l'intérieur du bastion, avant la construction de la nouvelle rue, nous apprend qu'il y avait à Genève, sous les Romains, une magistrature pour la surveillance des bâtiments publics ; ce qui semble confirmer l'opinion émise plus haut, qu'il devait en exister d'importants. Le monument portant l'inscription était élevé à la mémoire de Titus Jiilius Valerianus, de la tribu Cornélie, protecteur de la Colonie, intendant du Trésor et des Bâtiments publics, tribun militaire de la sixième Légion surnommée la Victorieuse, surintendant des Ouvriers, prêtre d'Auguste et pontife, par sa fille Julia Vera au meilleur des pères. '

1 Tito Julio T'tt't filio Corneliâ (Tribu) Valeriano, Patrono

Dans une autre inscription on retrouve la même charge d'intendant des bâtiments publics. En voici la traduction :

Lucius Julius Brocchus Valerianus Bassus, fils de Publius et de la tribu Voltinie, intendant des Ouvriers destinés pour les machines de guerre, deux fois tribun militaire de la huitième Légion Auguste ; un des deux magistrats établis pour juger les Causes de droit, intendant des Lieux et Bâtiments publics, augure, pontife et prêtre dans la Colonie des Equestres, donne les lacs aux Genevois. i

Cette dernière partie de l'inscription a donné lieu à de nombreux commentaires qui ne sont pas de mon ressort; je ne l'ai citée que pour la qualification d'intendant des lieux et bâtiments publics donnée à Lucius Julius, etc.

M. Louis Levade, dans son Dictionnaire du canton de Vaud, ouvrage très-bien fait, prétend, sans avancer aucune preuve de son assertion, que cette inscription a été transportée de Nyon à Genève. Il n'indique point la date de ce transport. Cette prétention des antiquaires vau-

Coloriiez, Duumviro JErarii, Triumviro locorum publicorum persequendorum , Trïbuno militum. Legionis Sextœ Victricis , Prœfecto Fabrûm, Flamini Augustali, Pontifici, Julia Titi filia Vera Patri optimo. (Voy. Spon, vol. IV, p. 46.)

1 Lucius Julius Publii filius Voltiniâ (Tribu) Brocchus Valerius Bassus, Prœfectus Fabrûm, bis Trïbunus Militum Legionis Octavœ Augustœ, Duumvir Juri dicundo, Triumvir locorum publicor. persequendorum, Augur, Pontifex, Duumvir, Flamen in Coloniâ Equestre vianis Genavensïbus lacuusdat. (Voy. Spon, vol. IV, p. 66.)

dois, qui n'est que rappelée par M. Levade, n'est nullement admise par les historiens genevois, notamment par Spon. En voyant l'incurie des anciens Genevois pour la conservation de leurs inscriptions, quelle probabilité y aurait-il qu'ils eussent mis du prix à en augmenter le nombre, en en faisant venir d'autres parties de la Suisse ?

On a conservé aussi plusieurs colonnes milliaires. — Diverses épitaphes étaient dédiées aux dieux Mânes. Aucune de ces inscriptions ne paraît avoir été destinée à servir de piédestal à quelque statue.

Mais en 4678, on trouva, au pied de la tour de l'Ile,1 une inscription intéressante sur la base d'une statue dédiée au dieu Sylvain pour la santé des bateliers supérieurs, ou qui habitaient le quartier situé dans la partie supérieure du lac et du Rhône, par Marcus Arrius, citoyen d'Helvétie, leur ami, qui s'était acquitté de ce vœu. Sylvain était honoré des bateliers comme le dieu des bois qui leur servaient pour la construction de leurs barques et de leurs radeaux. On n'a retrouvé ni la statue qui avait dû être placée sur ce piédestal, ni aucun de ses fragments.

En 1689, en réparant les fortifications du côté de Saint-Victor, on fit la découverte d'une statuette soit figurine en bronze; elle représente un homme d'âge mûr avec une barbe touffue, une abondante chevelure, et tenant à la main un petit vase creux. Ce bronze antique, dont l'exécution n'a rien de remarquable, fut déposé

1 Spon, Histoire de Genève, vol. II, p. 337.

à la Bibliothèque publique. * Le catalogue manuscrit de la Bibliothèque ! indique que Ton avait pensé que cette statue représentait Antonin le Pieux , mais cette opinion a été contestée.

Dans le peu de fouilles faites à Genève, il n'a pas été découvert d'autres restes d'antiquités, sauf quelques médailles et encore quelques inscriptions; ces médailles appartiennent en général aux empereurs des trois premiers siècles. On ne doit cependant pas conclure de cette absence de fragments de statues, et du petit nombre de débris de monuments, que rien d'important ne puisse se découvrir à l'avenir ; car l'usage presque constant au moyen âge a été d'employer les fragments antiques comme simples matériaux de construction. 2

Hors de Genève, une découverte intéressante fut faite en 1721 : un bouclier votif d'argent5 fut trouvé en creusant l'ancien lit de l'Arve. M. Abauzit le retira des mains d'un orfèvre qui l'avait déjà aplati à coups de marteau pour en faire une pièce de vaisselle. On y voit l'empereur Valentinien haranguant ses troupes après une victoire, et leur assignant la libéralité accoutumée. On lit autour : Larguas Divi Valentiani Aug L'empereur porte un diadème et a la tête entourée de rayons.

* Il est aujourd'hui au Musée archéologique.

1 Catalogue fait en 1791 par' M. Senebier, d'après les notes de son prédécesseur, M. Diodati.

2 Les enquêtes faites à l'occasion des discussions sur l'exhaussement des eaux du lac, constatent qu'on a trouvé, dans diverses localités, jusqu'à trois rangées de pavés successifs ; ce qui montre la chance que Ton a de découvrir des débris de constructions enfouis.

3 Même catalogue.

Le travail est un peu effacé par les coups de marteau, il n'est pas sans mérite; mais personne ne songera jamais à considérer cet ouvrage comme un produit des arts de notre pays. — Valentinien, collègue de Théodose le Grand, vint dans les Gaules après avoir battu le tyran Maxime à Aquilée. Ce bouclier, qui appartenait à la Bibliothèque publique, a été déposé au Musée. *

En mars 1805, on a découvert deux monuments romains près de Carouge, sur la route qui conduisait, avant 4564, de Pinchat à l'extrémité du chemin des Philosophes, où était un ancien pont sur l'Arve. On reconnut que ces blocs de marbre avaient été réunis par des liens de fer; l'inspection de leur ensemble fit présumer qu'ils appartenaient à un monument sépulcral que les Barbares auraient détruit. La différence des formes que l'on remarqua dans ces blocs fit penser que ce monument reposait sur des socles, dont l'arête supérieure était taillée en chanfrein. Au-dessus s'élevait un tombeau de forme carrée, terminé par une corniche bien profilée, cintrée sur le milieu et recourbée sur les extrémités. Au-dessus de cette corniche devait naturellement être placée l'inscription, qui a été incrustée depuis dans le mur de l'église catholique de Carouge. Elle est gravée sur deux pierres formant un parallélogramme de cinq pieds neuf pouces de longueur sur cinq de hauteur. Cette dernière partie du monument est ornée de moulures et d'une bande qui lui servent de cadre; elle est terminée par un fronton triangulaire, dans le tympan duquel on voit une lance rompue passée

* Au Musée archéologique.

au travers d'une couronne militaire. Ce monument était le sépulcre de M. A. Macrinus, qui de simple soldat devint centurion de la Cohorte urbaine. On voit, par l'inscription, qu'il passa par tous les grades de la milice romaine, sous le règne de quatre empereurs, et qu'il reçut à diverses époques les récompenses militaires décernées par les lois.

Ce monument, décrit par Grillet, 1 a aussi occupé M. de Salverte.

Il est facile d'assigner la date de ce tombeau. Les avancements militaires qui y sont consignés- ont eu lieu depuis l'an 826 jusqu'à l'an 850 de Rome, ce qui correspond aux années 83 à 107 de notre ère.

Le second monument retrouvé avec les débris de ce tombeau est un cippe sépulcral, érigé aux dieux Mânes de Modestinus par ses affranchis. Ce cippe est d'un seul bloc de marbre blanc ; l'inscription indique un artiste peu intelligent dans l'incision lapidaire. Il est déposé dans la sacristie de l'église catholique de Carouge.

On a trouvé à plusieurs reprises, à Landecy, des médailles, des briques romaines, et quelques débris d'ornements. Un fragment de colonne d'ordre dorique, conservé par M. Micheli, a été incrusté dans un mur.

Aucun mémoire n'annonce qu'on ait trouvé à Genève, ainsi que dans quelques villes de la Suisse et en particulier à Avenches, des mosaïques antiques. En 1728,2 dans l'emplacement de l'ancien faubourg Saint- Victor où l'on faisait des travaux pour les fortifications, on trouva

1 Grillet, Dictionnaire du Mont-Blanc et du Léman.

2 Senebier, Histoire littéraire, vol. I, p. 36.

bien une mosaïque qui représentait des animaux ; mais on y voyait aussi figurée une croix de Malte, d'où Ton a conclu qu'elle avait dû appartenir à la chapelle des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem , qui avait existé autrefois dans ce lieu. Cette mosaïque n'a pas été conservée.

J'ai fini le peu que j'avais à dire sur Genève romaine.

Vous avez remarqué, Messieurs, que quoique les fragments retrouvés soient isolés et peu nombreux, ce sont cependant autant de témoins d'une existence ancienne, pendant laquelle les arts avaient été portés à un degré de culture assez remarquable.

Le morceau trouvé à la maison Jequier en est, à lui seul, une preuve évidente. Un bloc de cette dimension, d'un poids très-considérable, débris d'un monument, ne peut pas avoir été transporté; rien ne justifierait une pareille assertion. Il dénote donc l'existence, à Genève, tout au moins d'un beau monument et d'artistes habiles, car la beauté de l'exécution se rencontre avec le bon goût et l'élégance des ornements.

Cette trouvaille, si intéressante et si peu prévue, est un puissant encouragement à porter un esprit minutieux d'investigation dans toutes les démolitions et les fouilles qui se font à Genève, et à signaler aux hommes qui s'occupent d'archéologie, tous les blocs ou les simples matériaux sur lesquels on croirait apercevoir quelques traces d'un travail ancien.

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