QUELQUES PEINTRES EN ÉMAIL
J.-B. Favre, Mlles Terroux et Marchinville, Soir on, Fabre, Seguin, Lissignol, Rouvière, Adam père et fils, frères Hubert, Roux père et fils, Richard, Richter, J.-J. Souter, Le Fèvre, N. Soret, Chevalier, Blay, frères UEvesque, Prêtre, Chaponnière, Dufour, Darier, Gautier, Velin, Hess et J. Blanc.
La peinture en émail avait eu à Genève, dans Thouron, un digne successeur de Petitot. La fin du dix-huitième
1 Renseignements de M. Chaponnière père.
2 Graveur du roi et de l'Académie de Paris. Les gravures des derniers ouvrages de Bourrit sont de Mlle Angélique Moitte, fille du graveur.
3 M. Ch. Bourrit, pasteur et bibliothécaire, a publié en 1836 une notice biographique fort intéressante sur son père, M.-Th.
siècle et le commencement du dix-neuvième virent naître un grand nombre de peintres en ce genre, qui, presque tous, peignirent à pleine pâte comme Thouron, et essayèrent de marcher sur ses traces, mais aucun d'eux ne l'égala. Ces peintres travaillèrent presque tous pour la fabrique d'horlogerie et de bijouterie; plusieurs se vouèrent au portrait; il est assez difficile de se procurer des renseignements sur leur vie artistique; je me bornerai, en conséquence, à mentionner plusieurs d'entre eux, me réservant de reproduire, dans un supplément, les détails biographiques qui pourraient me parvenir, et qui me paraîtraient offrir quelque intérêt.
J.-B. Favre,{ ami de Thouron, né vers 1748, a été un excellent peintre de portraits en émail; sa mauvaise santé nuisit souvent à ses travaux; il mourut à l'âge de cinquante ans. Il a donné à la Société des Arts son portrait sur émail d'après Saint-Ours.*
MUe Elisabeth Terroux, fille d'Abraham Terroux, née à Genève en 1759,2 fut son élève, et fit, comme son maître, de fort beaux portraits en émail. Ses peintures ont eu de la célébrité en Russie. M. Falconet, dans son ouvrage, dit que « ses dernières productions en 1780 montraient un talent qui s'acheminait vers la perfec-
Bourrit; la plupart des détails qu'elle renferme sont étrangers aux beaux-arts. L'auteur dit que Louis XVIII continua à son père la pension que Louis XVI lui avait accordée. A cette biographie est jointe une lithographie de Bourrit d'après son portrait par Saint-Ours.
1 Lettres sur l'état des arts à Genève, 1802.
* Le Musée Rath possède un portrait peint par Favre.
2 Senebier, Hist. litt. de Genève, t. III, p. 331.
tion.1 )) Dès lors Mlle Terroux fit encore de grands progrès, et les émaux qu'elle plaça à l'exposition de 4789 lui firent le plus grand honneur.2
Mlle Lucile Marchinville, née la même année que Mlle Terroux (4759), et morte en 1780,5 eut aussi un fort beau talent pour le dessin et pour la peinture, elle faisait également des découpures fort recherchées des amateurs. M. Falconet dit d'elle: «Les succès de Mlle Marchinville vers la réputation de peintre n'eussent pas été douteux, si la mort ne l'eût enlevée, etc.a »
Jean-François Soiron a laissé une assez grande réputation ; j'ai vu des émaux faits par lui qui auraient pu rivaliser avec les ouvrages des meilleurs peintres en ce genre. Il était aussi bon graveur. Mais cet artiste, d'un vrai talent, se laissait souvent distraire de son travail. Il a peint pendant quelques années à la fabrique impériale de Sèvres. Il est mort à Paris en 4842.
Je mentionnerai après Soiron M. Fabre? qui fut le maître de P.-L. Bouvier; MM. Thomas Seguin, J.- Abraham Lissignol père; ce dernier, excellent dessinateur,6 a fait de bons et agréables portraits, dont quelques-
1 Tome IV, p. 280 [* Œuvres d'Etienne Falconet, statuaire, contenant plusieurs écrits relatifs aux beaux-arts. Lausanne, 1781, 6 vol.in-8.]
2 Copie en émail d'un portrait de Netscher ; Latone, copie en émail d'un tableau d'après Jouvenet. (Livret des tableaux de l'exposition de 1789.)
5 Senebier, Histoire littéraire, t. III, p. 317. a Tome IV, p. 280.
5 M. Fabre exposa en 1789 une fort belle copie en émail d'une tête de jeune homme, d'après Arlaud.
6 M. Lissignol fut nommé directeur de l'école de la figure, en
uns, de fort petite dimension, pouvaient être placés dans des bijoux, M. Rouvière, qui faisait de fort jolies peintures, particulièrement de petites têtes ; MM. Adam père et fils, qui avaient aussi travaillé à Paris; le fils fut en Russie, où il fut employé dans une fabrique impériale de porcelaine; il revint à Paris où il mourut; deux MM. Hubert, dont l'aîné, Jean-Paul, était un peintre très-soigneux ; le genre de son talent avait quelques rapports avec celui de Ferrière. Il se fit remarquer de la manière la plus avantageuse à l'exposition de 4789. * M. Roux père et deux de ses fils; MM. Richard, Richter, J.-J. Souter? Le Fèvre, Nicolas Soret; ce dernier avait aussi peint en miniature et travaillé avec succès en Russie; M. Chevalier, M. Rlay,z qui avait peint à Genève, puis à Paris. Les frères UEvesque eurent aussi des succès dans la peinture en émail ; l'aîné, Henri/ avait d'abord appris l'art de la gravure pour la fabrique, et l'avait enseigné à ses frères ; il s'appliqua aussi à faire diverses vues coloriées des beaux sites de nos environs, et reproduisit di-
remplacement de M. Vanière, en décembre 1793 ; il cessa de remplir ces fonctions en 1797.
1 II avait exposé un cadre contenant 12 plaques en émail, la plupart étaient des portraits (Livret de V exposition de 17 89). Hubert avait donné des leçons à Mlle Rath.
2 J.-J. Souter a légué au Musée Rath quatre de ses meilleurs ouvrages, dont le travail est très- remarquable; ils sont réunis dans un même cadre dans les galeries du Musée Rath. (Procèsverbaux des séances annuelles de la Société des Arts, t. IV, p. 55.)
5 Blay présenta à la Société des Arts, en 1787, un ouvrage qui fut fort admiré. (Reg. des séances' de la Société des Arts du 2 juillet 1789.)
4 Procès -verbaux des séances annuelles de la Société des Arts^ X. II, p. 9.
verses scènes des ascensions de de Saussure, qu'il avait suivi dans celle du Mont-Blanc.1 Il forma ensuite un atelier de peinture sur émail avec ses frères. C'est chez eux que Constantin fit son premier apprentissage. Henri L'Evesque se décida plus tard à parcourir l'Espagne et le Portugal, faisant des portraits sur émail à l'aide d'un four portatif qu'il avait inventé. Il dessina plusieurs vues d'Espagne, et se mit aussi à peindre à l'huile. Il passa ensuite en Angleterre, où il se maria, et revint à Genève en 1823. Il fut nommé associé honoraire de la Société des Arts, dont il avait fait auparavant partie comme membre effectif, et fut s'établir à Rome, où il peignit des vues du pays à l'aquarelle.2 L'Evesque mourut à Rome en 1832, il a laissé de bons portraits en émail.5
Ses deux frères cadets, Michel et Jean, ne peignirent que sur émail ; ils sont morts à Paris.
M. Prêtre a fait de jolis émaux; il est mentionné aussi comme peintre d'histoire naturelle dans l'ouvrage de la Commission d'Egypte.4 Il avait fait une grande partie des dessins de la collection de M. Savigny. Pendant une maladie de ce dernier, il fut chargé de revoir les planches et de coopérer à cette partie du travail.
1 On peut voir dans P Album genevois de M '.. Rigaud-de Constant une eau-forte représentant les Moulins de la Coulouvreniere, une Vue de Genève prise de Saint-Jean, et une gravure représentant de Saussure arrivant au glacier du Tacul, etc., au bas desquelles on lit : H. L'Evesque delineavit et sculpsit.
2 Henri L'Evesque a copié sur émail plusieurs des tableaux du comte Sommariva, dans sa villa sur les bords du lac de Côme.
3 On voit au Musée Rath [* aujourd'hui à la Société des Arts] un portrait du professeur M. -A. Pictet, peint par lui.
* Tome XXII, p. 113.
MM. Chaponnière, Dufour, Darier, ainsi que M. Gautier,* élève de M. Roux, ont aussi peint avec succès des émaux pour la fabrique. M. Velin, bon dessinateur, faisait de belles plaques d'après des tableaux de maîtres.2 Il est mort en 1824. M. Henry, l'aîné, s'est aussi acquis quelque réputation pour les copies de tableaux de batailles.
M. Hess se fit remarquer dans le même genre de peinture par son talent pour copier les Petitot. Il a aussi peint à l'huile; il commença par faire des copies de paysages avec animaux, et s'essaya ensuite dans quelques compositions. J'ai vu deux de ses paysages, dont l'un représente deux chevaux à l'abreuvoir, l'autre un retour de chasse au chamois ; ces tableaux sont assez bien peints, mais ils manquent d'originalité, et on y retrouve parfois des réminiscences des ouvrages que Hess avait copiés. Ce peintre doit être mort en Russie.
Isaac Blanc, après avoir étudié le dessin dans nos écoles, s'était voué à la peinture en émail et au genre du portrait ; il quitta Genève dans sa jeunesse et fut en Russie où, grâce à son talent, il parvint à se faire une modeste existence; il s'établit ensuite à Paris, et son nom, presque oublié dès lors à Genève, n'y a été rappelé qu'à sa mort, lorsqu'au commencement de l'année 4837 on communiqua à la Société des Arts ses dernières dispositions, par lesquelles il l'instituait légataire universelle,
1 Gautier fut s'établir à Paris où il mourut.
2 Le 17 novembre 1800, M. Velin soumit à la Société des Arts deux grandes et fort belles peintures sur émail d'après des tableaux de M. Maystre. fReg. de la Société des Arts du 17 novembre 1800.)
avec la condition de donner annuellement un prix de peinture à l'huile et un de peinture en émail.1 L'héritage a dépassé 13,000 francs.
Je ne mentionne point ici M. Henry (Jacques-Marc), que nous avons perdu il y a quelques années et qui s'était distingué tout particulièrement dans la peinture en émail. Il trouvera sa place dans la partie consacrée à la nouvelle école genevoise, à laquelle il appartient exclusivement.2