AVANT-PROPOS. VII
cupa de peinture sur émail et fit quelques copies de portraits qui ne sont pas sans mérite. Un voyage en Italie lui ouvrit une abondante source d'instruction et de jouissances , qu'il eut bientôt l'occasion d'utiliser en qualité de secrétaire du Comité de dessin de la Société des arts. Elu membre de cette Société en 1819, il y apporta tout d'abord des lumières au service d'une activité féconde pour le pays. Nous n'en citerons qu'un exemple. Quand Mlles Rath eurent la pensée de laisser à Genève un durable souvenir, non-seulement M. Rigaud se vit appelé, avec d'autres hommes distingués, à délibérer sur les intentions des généreuses donatrices, mais il présenta au Conseil Représentatif, au nom du Conseil d'Etat, le projet de loi pour la construction du Musée Rath en remplacement de l'ancienne salle du Calabri. On nous croira si nous ajoutons que, lors de la translation des tableaux dans l'édifice dont l'une de nos places est décorée, M. Rigaud donna plus d'une marque de sa munificence au Musée en détachant plus d'une toile de sa collection. Cadeau de parrain au palais nouveau-né de l'art.
A la Société des arts se rattachent trois classes ou sections: les Classes d'agriculture, d'industrie et de commerce, des beauxarts. Déjà placé à la tête de cette dernière en 1821, Rigaud vit ses fonctions se renouveler dix fois jusqu'en 1845 ; elles se seraient renouvelées plus souvent encore si le règlement n'y eût mis obstacle autant que les affaires de l'Etat. D'après les contemporains, dont le témoignage n'a rien de suspect, jamais le fauteuil de la présidence des beaux-arts ne fut occupé avec plus de distinction que par Rigaud. Il y portait, comme au gouvernement, comme partout, un mélange de bienveillance et de fermeté, de grâce et de noblesse qui n'appartenait qu'à lui. Il avait le maintien qui impose, la physionomie qui attire et commande. C'était un vrai chef, disent-ils, un président modèle. On l'écoutait, on le respectait, on l'admirait. Nul n'avait plus de tact