IN REI MEMORIAM
LINEAS HASCE
MARMORI INSCRIBEBAT
CONJUGUM DILECTORUM AVUNCULUS M. A. PICTET.
2 Pour transporter chaque pierre depuis le port du Molard, il fallait huit ou dix chevaux.
joints ne s'aperçoivent pas, ils sont cachés derrière les colonnes ; chaque architrave, de onze pieds de long, est formée d'une seule pièce ;1 elle est entièrement soulagée du poids de l'entablement par une construction en forme de voûte. Les colonnes d'ordre ionique, au nombre de huit sur la grande face du jardin, et de six sur chaque côté, sont toutes en trois morceaux égaux; les colonnes des angles sont plus fortes que les autres, et la forme qui leur est donnée fait qu'elles correspondent parfaitement au style des diverses faces. La grosseur des matériaux2 rend le bâtiment à la fois plus beau et plus solide. 5
La face du côté de la rue n'offre qu'un seul étage, à raison de l'élévation de la chaussée à laquelle l'édifice est adossé. Cette face présente un fort beau et noble portique à quatre colonnes, au-devant duquel est placée une grille. Les colonnes sont de très-grande dimension. L'intérieur des appartements est de la plus belle distribution.4 L'escalier, en particulier, a quelque chose de monumental. Tous les plafonds, ainsi que la salle de spectacle du rez-de-chaussée, ont été peints par des Italiens, entre
1 Des architraves ordinaires auraient été en plusieurs morceaux. Une immense grue montait en moins d'une heure cette énorme pièce ; la pose en était très-facile.
2 M. Eynard estime qu'il y a eu une grande économie dans ce mode de construction : économie de taille de pierres, de transport et de pose ; il l'évalue à 90,000 francs, quoiqu'il ait fallu construire exprès des chars et des machines.
3 II n'y a, dans- tout le bâtiment, que vingt-deux grosseurs de pierres.
4 Les plafonds des salons du rez-de-chaussée ont de quinze à seize pieds de hauteur.
autres par Spampani et Soldaini. J'ai parlé ailleurs des objets d'art qui décorent les appartements.
La maison de M. le professeur de la Rive, située à l'extrémité de la Treille et bâtie d'après les plans et sous la direction de M. l'architecte Guillebaud, sur l'emplacement où se trouvait autrefois la demeure du roi Gondebaud, est le plus beau bâtiment particulier élevé à Genève après celui de M. Eynard. Il est entièrement construit en pierres de taille et en fort beaux matériaux. Le corps avancé du bâtiment, du côté du midi, est orné de quatre colonnes d'ordre corinthien ; on admire particulièrement la beauté de la sculpture des chapiteaux. La face du côté du Bourg-de-Four rappelle le style florentin.
Je m'abstiendrai de parler des autres bâtiments particuliers, tels que la seconde maison Eynard, les maisons Viollier, Mirabaud, Darier, etc. J'ai déjà indiqué quelquesunes des constructions nouvelles élevées sur les bords du Rhône.1
Quelques mots maintenant sur les deux maisons de campagne les plus remarquables qui aient été construites depuis la Restauration.
1 Les constructions publiques relatives, soit au culte, soit aux établissements d'instruction dans les communes, sont en général d'une extrême simplicité. Il est très-rare que, dans ces bâtiments, on ait eu en vue la décoration. Nous mentionnerons cependant les deux églises de la ville de Garouge. L'église catholique fut bâtie en 1779 et 1780, sur les plans de l'architecte Plaisance ; mais ils ne furent exécutés qu'en partie. L'église devait être en forme de croix latine, avec une coupole et deux clochers latéraux. La décoration intérieure est d'ordre corinthien. Le tableau du maître-autel (un Christ sur la croix) avait été peint à Turin par Joseph Mazzuola, élève de Mengs. En
La maison de campagne de M. Saladin de Lubières est celle qui a été le plus habituellement visitée par les étrangers. Elle est placée sur le coteau de Pregny, qui offre l'un des plus beaux points de vue de notre pays.
La construction fut commencée en 1822 et achevée en 1825. L'architecte qui en fit les plans et qui en surveilla la construction, fut M. Louis Bagutti, de Milan. Cette maison est construite en style grec. Sur la face du côté du lac se détache un péristyle à quatre colonnes d'ordre ionique, de neuf pieds de circonférence. Les autres faces ont des colonnes du même ordre à trois pieds de saillie. Les salons du rez-de-chaussée sont ornés de fort belles peintures à fresque sur mortier.
Les peintres qui ont concouru à cette œuvre sont Louis Vacca, élève d'Appiani, qui a exécuté les sujets suivants : au plafond du grand salon les Dieux de l'Olympe recevant Psyché et l'Amour ; ce tableau était de la composition de Vacca. Au plafond du salon à manger
1824 et 1825 l'église fut augmentée, et une nouvelle façade fut construite. De chaque côté de la porte on voit une colonne d'ordre ionique; deux pilastres soutiennent un fronton surmonté d'un clocher de petite dimension. Ces travaux furent exécutés, d'après les plans de M. l'architecte Bagutti, par MM. Duboin père et fils.
Le temple protestant fut bâti en 1819 et 1820, sur les plans de M. l'architecte Brolliet, par M. Grezet. La façade est ornée de quatre colonnes d'ordre dorique soutenant un fronton j elles reposent sur un péristyle qui occupe toute la façade. L'épuisement des crédits empêcha de continuer autour du bâtiment la corniche dorique, ce qui eut l'inconvénient d'isoler la façade et de lui donner une apparence lourde.
Je ne terminerai pas cette note sans dire un mot du petit temple protestant des Eaux- Vives, dont M. Brocher a été l'architecte. On y remarque un joli porche en style gothique.
du nord, Y Aurore d'après le Guide; au plafond du salon du midi, Ganyrnède, Silène, Faunes et Bacchantes. Berra a peint les bas-reliefs: les plus remarquables sont ceux qui entourent le tableau central de l'Olympe ; ils retracent toute l'histoire de Psyché. Velzi, peintre milanais, a fait aussi plusieurs fresques.
Les salons contiennent quelques bustes ; le plus remarquable est celui de M. l'ancien syndic Saladin-de Budé, exécuté par Pradier. On y voit aussi un groupe allégorique en bronze, de Tan 1600, provenant d'un couvent d'Allemagne. Les appartements sont décorés de tableaux. 1 Le vestibule est orné de fort beaux vitraux de couleur, peints par Muller de Berne ; ils représentent des armoiries de famille.
La villa de MM. Bartholony, située à Sécheron, sur un promontoire qui s'avance dans le lac, rappelle tout à fait ces élégantes habitations qui décorent les rives du lac de Corne. La maison est entièrement construite dans le style italien. Tout fut créé dans cette propriété d'après un plan d'ensemble, conçu par M. Félix Callet fils, jeune architecte de Paris, élève de lE'cole de Rome, où il avait été envoyé par l'Institut. MM. Bartholony avaient mis en lui toute leur confiance ; rien n'a été fait que sur ses dessins, en sorte qu'il règne à Sécheron une seule et même pensée qui a produit un ensemble très-remarquable.
L'intention de MM. Bartholony a été de faire de leur maison un objet d'art ; aussi les plafonds et les murs peints à la manière d'Herculanum et de Pompéï, les
1 J'ai parlé ailleurs dos tableaux de M. Saladin, p. 344.
pavés en marbre et les autres décorations, attestent la volonté de rappeler les temps anciens, autant que les mœurs actuelles peuvent le permettre.
La maison, commencée en 1 828, a 66 pieds de face, sur 62 pieds de profondeur. La façade principale, tournée du côté du lac, est ornée d'un beau péristyle en marbre, communiquant avec le salon par trois grandes portes à glaces. Des niches aux deux extrémités du péristyle renferment les statues en marbre de la Flore Farnèse et de ['Amazone, copiées de l'antique. Cette façade offre encore quatre grandes niches, dans lesquelles sont placées des statues de quatre pieds de hauteur, représentant Clio, Julie, Euterpe et un Joueur de flûte. * Toutes les peintures du rez-de-chaussée ont été exécutées par Cinati de Milan, d'après les dessins de Callet. Les figures des statues de la salle à manger et de la salle de bain ont été peintes par Picot, membre de l'Institut. Dans la salle de billard est Diane à la chlamyde ; dans la bibliothèque, Y Amour et Psyché; dans la salle à manger, YHébé de Canova; dans la galerie, Y Ariane abandonnée d'après l'antique, et la Vénus victorieuse, de Canova. Ces statues en marbre ont été achetées, la première à Paris, les quatre autres en Italie; les trois dernières sont de Fontana de Carrare. Dans le salon étrusque est un Mercure en bronze de Jean de Bologne, et dans la salle de bain se trouve une Vénus sortant du bain, copiée de l'antique. Les travaux en marbre de l'intérieur ont été exécutés2 par MM. Doret et Dizerens, de
1 Ces statues, en carton-pierre, offrent une parfaite imitation du marbre.
2 Toujours d'après les dessins de M. Callet.
la Coulouvrenière; les parquets et les frises par M. Monod, de Genève. i
La villa de MM. Bartholony renferme aussi un assez grand nombre de tableaux. Dans le grand salon on voit deux paysages de Prévost de Paris, représentant des sites de la Grèce; dans les autres pièces se trouvent un beau portrait de Napoléon et un autre de Louis XVIII, par Robert Le Fèvre ; des tableaux de Gudin, Suebach, De Marne, Regnard, Turpin de Crissé, Couderc, Decamps, Clignet, Lauvé et d'autres maîtres.
Sur la terrasse du lac est une statue en marbre, copie de la Danseuse de Canova;2 on y voit aussi de beaux vases, et une table en marbre de Carrare. Au milieu de la cour d'entrée la Diane chasseresse d'après l'antique,3 et au-devant de la serre la Flore du Capitule. * Une fresque peinte au cintre du portique est d'une conservation très-remarquable. M. Bartholony m'a fait observer, à cette occasion, que les statues de marbre d'Italie, exposées à l'air extérieur, se sont admirablement conservées, tandis que les marbres du pays, placés dans les mêmes conditions, s'altèrent facilement.5
Après les maisons de campagne de MM. Saladin et Bartholony on pourrait mentionner plusieurs autres ha-
1 La galerie du premier étage, sur laquelle ouvrent tous les appartements, est éclairée par une lanterne en vitraux de couleur, d'une belle exécution, sortis des ateliers des frères Millier, de Berne.
2 Par Fontana, de Carrare.
3 Acquise en Italie.
4 Statue venue de Paris.
5 On voit à Sécheron un moulin à vent placé sur un pavillon, dans le genre moresque, qui fournit à la villa une grande abon-
bitations nouvelles, qui témoignent du bon goût et du talent de nos architectes; mais la nomenclature en serait trop longue.