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AVANT-PROPOS. IX

des médailles aux meilleures compositions des élèves. Il aimait à stimuler l'effort, à récompenser le travail, à encourager la conscience dans Part, cette conscience qui, disait un jour M. le professeur de la Rive, est comme le devoir dans la vie morale.

Encourager ! M. Rigaud se plaisait aussi à prononcer ce mot à propos des salons ou expositions, dont il ne se dissimulait pas, du reste, les inconvénients :

« Le public aime en général la nouveauté,* il se passionne quelquefois pour de jeunes peintres qui n'ont encore donné que de faibles gages de talent, et il escompte leur avenir de la manière la plus flatteuse ; puis oubliant les éloges exagérés qu'il avait donnés, il porte souvent des jugements trop sévères sur ceux qu'il croit n'avoir pas répondu aux espérances qu'il en avait conçues, et devient aussi injuste qu'il avait été partial. » Et ailleurs : « Il faut que les hommes qui se consacrent aux arts le sachent d'avance, le public est souvent semblable à une coquette qui aime à partager ses faveurs sans s'inquiéter du mal qu'elle fait. C'est pourquoi il est arrivé que des peintres d'un talent reconnu se sont refusés à produire leurs œuvres dans les expositions périodiques ; on les a accusés à cette occasion d'un amour-propre excessif; c'était plutôt de la prudence; ils ne voulaient pas risquer de compromettre la réputation qu'ils avaient acquise, en livrant leurs œuvres à des jugements peu éclairés et souvent malveillants. On pouvait regretter de ne pas voir les expositions ornées de leurs ouvrages, on n'avait pas le droit de les blâmer. »

Ces dangers des expositions pouvant et devant être balancés d'autre part par de réels avantages, Rigaud demanda au Grand Conseil en 1845 d'inscrire au budget une allocation de 2400 fr., qui seraient cumulés pendant deux ans pour acheter les tableaux les plus remarquables des expositions publiques annuelles. Mais cette proposition fut rejetée à trois voix de majorité comme entraînant une dépense qui ne concernait pas l'Etat.

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