X AVANT-PROPOS
Les rapports sur les travaux de la Classe des beaux-arts que Kigaud se trouva si souvent appelé à rédiger d'un style net, ferme et sobre, peuvent être regardés soit comme le complément, soit comme le développement sous une autre forme de plusieurs des appréciations et réflexions émises dans les Renseignements sur les beaux-arts. On voit, par exemple, à quel point l'écrivain, préoccupé de sa ville natale, aimait à insister (c'était une de ses idées favorites) sur la nécessité de resserrer les liens entre l'art et l'industrie et de rendre, par l'enseignement des écoles, la décoration des bijoux genevois toujours plus artistique. Un autre sujet qui a exercé plus d'une fois la plume du rapporteur était le développement tardif des beaux-arts à Genève. Il en parlait dès 1836 :
« Tandis que nous encourageons l'étude de l'ornement, du modelage, de l'architecture, et que vous vous réjouissez de voir nos élèves s'élever jusqu'au buste et à la statue, nos pères, par leurs ordonnances, proscrivaient ces productions des arts au dedans comme au dehors de leurs habitations. Ils défendaient toute peinture de prix, tout buste, toute statue, tout excès dans la sculpture. On ne voulait point de meubles ouvragés, et le cadre doré n'était toléré que pour de modestes portraits de famille. Cependant nos pères voulaient le bien et la prospérité du pays, et c'est aussi notre unique but. Tant il est vrai que pour juger chaque siècle, si l'on veut être juste, il faut savoir faire la part de toutes les circonstances dans lesquelles se trouve un pays et en apprécier l'état moral et politique à l'époque où existent les institutions sur lesquelles on porte son examen.
« Genève, dont l'indépendance était alors en butte à des ennemis de tout genre, et à des ennemis puissants, si on compare leurs ressources à celles de la république, croyait que l'austérité des mœurs de ses habitants était l'une des premières conditions de son existence; elle pensait préparer ainsi ses citoyens