AVANT-PROPOS. XI
à tout sacrifier à sa conservation. Elle voulait des hommes maniant la hallebarde plutôt qu'admirant les produits du ciseau. Elle estimait que les arts pouvaient finir par amollir le cœur des citoyens. — Les temps ne sont plus les mêmes, et maintenant nous croyons servir notre patrie en encourageant les beaux-arts, aussi utiles qu'honorables pour le pays, soit qu'ils se présentent comme auxiliaires de l'industrie, soit qu'ils viennent enrichir nos musées et décorer nos places publiques. »
Dans la séance où étaient accentuées ces vigoureuses paroles, suivies de quelques considérations sur la théorie de l'ornement, telle qu'elle doit être enseignée, Rigaud, cherchant selon son habitude ce qu'il pouvait y avoir de bon et de nouveau à faire dans l'intérêt de l'art, concluait ainsi : « Nous possédons à Genève des hommes placés pour parler avec autorité sur les matières qui se rattachent aux beaux-arts ; ne serait-il pas utile qu'elles fussent traitées dans quelqu'un de ces cours libres que la jeunesse a l'habitude de suivre avec avidité? Les jeunes artistes ont sans doute, à côté des écoles de dessin, une instruction classique propre à étendre leurs connaissances et à enrichir leur imagination ; mais, jusqu'à ce jour, on ne leur a jamais présenté d'une manière spéciale et complète l'histoire de l'art suivant les différents caractères des temps, des peuples et de leurs artistes. Un semblable cours serait éminemment intéressant pour nos nombreux élèves. Puisse ce vœu être entendu ! »
Ce vœu fut écouté. Les cours de M. le professeur Ferrucci et de M. John Coindet sur l'histoire de l'art en Italie habituèrent les esprits aux théories esthétiques d'Adolphe Pictet et aux incomparables Menus-propos de Topffer. La joie du président de la Classe des beaux-arts, témoin de cette première floraison des études sur le beau, ne dut être surpassée qu'au moment où l'école alpestre conquit sa place dans le domaine immense de l'art. Il la salua, cette école, il en apprécia les mérites, il en