XII AVANT-PROPOS
caractérisa les œuvres dans ses représentants les plus illustres ; son prévoyant bon sens alla même au devant de certaines critiques renouvelées jusqu'à nos jours, touchant l'impossibilité de représenter de quelque manière le sublime des Alpes. « Cette école, disait-il, prend surtout ses inspirations dans les mœurs, dans l'histoire nationale et dans cette admirable nature qui nous offre des tableaux si variés, depuis les sites les plus riants jusqu'aux plus sauvages. Il en résulte un caractère d'originalité qui nous paraît être l'une des plus sûres garanties de ses succès. Notre nature, dans ses diverses régions, est assez variée, notre histoire est assez riche, pour que cette mine puisse être considérée comme inépuisable. Sur ce terrain l'école suisse genevoise restera souveraine. Que quelques critiques, dans des feuilletons étrangers , se croient obligés de se plaindre de voir si souvent des rochers, des sapins, des glaciers, nature qu'ils ne comprennent pas, peu importe. Ce qui reste certain, c'est que le peintre suisse, en reproduisant les scènes sublimes qu'offre notre pays, conservera dans ce genre une supériorité incontestable, car il sentira ce qu'il peint. »
Les considérations artistiques qu'on peut relever dans les écrits de Rigaud étaient nées, pour la plupart, de son expérience personnelle , de son goût, de son propre tact. Comme le naturaliste ne se laisse pas guider d'abord par les livres, mais avant tout par l'observation et l'analyse des êtres, le véritable esthéticien se place devant la toile ou le marbre, apprécie l'œuvre, la critique, se rend compte de ce qu'il voit. Voilà bien aussi l'habitude prise par Rigaud, dont les jeunes artistes recherchaient les conseils et ambitionnaient les suffrages.
Les collections qu'il avait acquises ou qui lui étaient échues par héritage lui avaient rendu facile et familier le spectacle des belles œuvres. Dans sa demeure de Genève, il pouvait contempler tour à tour la communion de saint Jérôme, d'Augustin