CHAPITRE
LE MÉCANISME d'uNE RESTAURATION MONÉTAlRii
Conditions d'une restauration monétaire générale : un institut international de crédit ; des offices nationaux de change,
La restauration d'un régime monétaire mondial sur une base stable suppose — étant donné qu'il n'est pas question, pratiquement, aujourd'hui, d'une internationalisation intégrale de la circulation monétaire — une organisation des systèmes monétaires nationaux qui permette, dans chaque pays, de disposer, à un taux de conversion fixe — comme c était généralement le ca^ autrefois — d'une quantité de monnaie valable à l'extérieur suffisante pour couvrir amplement les fluctuations normales de sa balance des comptes.
On pourrait, théoriquement, envisager la
possibilité de revenir à un régime très voisin, au total, de celui d'avant-guerre, en assurant à chaque nation, par une redistribution bénévole des stocks d'or, une quantité de monnaie internationale correspondant à l'importance de ses transactions avec l'étranger, sous la seule réserve que cet or — devenu assez rare, eu égard à la hausse des prix des marchandises, même exprimées en or, et au fait que les transactions sont moins bien équilibrées qu'avant la guerre — ne circulerait pas à l'intérieur et serait destiné exclusivement à assurer la convertibilité extérieure de la circulation fiduciaire nationale. Mais, comme il n'est guère à présumer que les pays encombrés de métal jaune soient disposés à en rétrocéder purement et simplement une part proportionnelle à leurs besoins aux parents pauvres de la Société des Nations, et comme ils seront tout au plus disposés à souscrire en leur faveur à un emprunt international en dollars ou en francsor, par exemple, cette hypothèse nous conduit à en envisager une autre, qui nous paraît de nature à faire l'objet d'une application pratique.
Les sommes d'or nécessaires à la conversion, sur une base stable, de chaque monnaie nationale en monnaie extérieure, ne seraient pas transportées dans chaque pays pour reconstituer son encaisse, mais un Institut International de crédit serait constitué, au moyen d'un capital souscrit par un emprunt international ii); il ouvrirait à
{i) Cet Institut international de Crédit ne serait pas uni* banque ; il ne ferait di- crédit qu'aux offices de changée. ' N"ou» ne verrions nul inconvénient de principe, au contraire, à ce que cet établissement international fût dot^ du pouvoir d'émission; mais nous croyons que cette émission, destin c exclusivement à des règlements internationaux exigerait une couverture d'or presque intégrale, ai le billet n'avait pas cours légal en tous pays. (Voir k ce suj€t notre artich- sur le Projet Vanderlip, Revue Economique Internationale, janvier 1922). D'ailleurs, étant donné le rôle de Chambre de compensation internationale que jouerait cet institut de crédit, il n'auri^it guère besoin, même, sans pouvoir d'émission, de procéder à des déplacements d'or; car les virements auxquels il procéderait lui permettraient d'opérer de larges règlements internationaux avec des quantités de numéraire minime», fl n'e«t que juste de rappeler ici que l'idée d'une Chambre de Compensation Internationale a été depuis fort longtemps émise et préconisée par l'éminent financier italien Luigi LurzATTi, qui Ta fait adopter notamment au Congrès de VUniof} Economique Internationale à Bruxelle» en 1915; voir sur ce point, dans le* procès- verbaux d^
toute nation offrant les garanties requises un crédit adéquat aux besoins normaux de sa balance des comptes (i) ; et, parmi ces garanties, figurerait, en première ligne, le paiement des intérêts en or, par un prélève ment sar les tirages ou devises privées des exportateurs de ce pays. Sur ce crédit seraient acquittées les traites, libellées en dollars ou en francs-or par exemple, émises dans chaque Etat adhérent par un Office national de change, rattaché ou non à la banque d'émission, qui serait Vunique emprunteur, et correspondant, pour ce pays, de Vfnstitut international de crédit.
Cet Office national, en fournissant des traitesor à un taux {\\e. établirait le gold point de sortie de la monnaie intérieure ; en
la GonférencT InteiparKriMMilairt- du coniinero. (mai igaa). La paix monétaire, par I.iiig^ Luzzatti. C'est celte mèm** idée qui nous paraît devoir être réalisé* sou» une fornr pJus gyRtematiquo. on conjonction avpr lVtablis«emenl d'offices nationaux de change.
(i) L'affectation de ce crédit est essctitielle : si, rominr on le suppose dans le système Ter Mculcn, ou même dans le projet Vanderlip, on fait des crédits à des particuliers isolés, il en pourra résulter dea facilités pour certaine* transactions, luais non une siabilisation Ju change.
effet, les particuliers, cUat assurés en cas d'insuffisance des tirages commerciaux, d'obtenir des traites officielles leur permettant de trouver de l'or à l'étranger — sur New- York, par exemple — à un prix déterminé, n'accepteraient pas — la logique et l'expérience le prouvent — de payer plus cher les effets qui leur seraient offerts : donc le change du pays adhérent ne tomberait pas au-dessous de la parité établie. 11 suffirait, d'ailleurs, d'autoriser l'office national de change à acheter, avec de la monnaie intérieure, des traites suil'étranger pour lui permettre de déterminer également, dans l'hypothèse où la balance des comptes serait, au contraire créditrice, d'équivalent d'un gold point d'entréCy en assurant aux créanciers de l'étranger un prix tiiinimum de leurs traites lorsqu'ils ne trouvent pas immédiatement preneur. Si le prix de vente des traites détenues par l'Office et 1p prix d'achat des traites des particuliers étaient identiques, il y aurait stabilisation absolue : si, au contraire, on laissait subsister un léger écart entre eux — comme cela s'est fait déjà dans plusieurs cas de gold exchange standard — le cours du change continuerait à
varier dans des limites analogues à celles des gold points effectifs, donnant ainsi, sur l'état momentané de la balance des comptes, une indication que l'on peut juger utile (i). Rien n'empêcherait, d'ailleurs, semble-t-il, que les offices nationaux do change fussent autorisés à entretenir des agences sur les places étrangères en vue de faciliter les arbitrages, sous réserve d'en régler l'activité d'accord avec l'Institut international de crédit.
Cela dit il paraîtrait expédient, dans les pays où la monnaie est actuellement extrêmement dépréciée, de remplacer la circulation actuelle par une circulation nouvelle, très réduite, et basée sur une imité monétair<^ convertible à l'extérieur par la méthode indiquée ci-dessus.
Ti I C'c^t, <n «ffrt. niiifti. »n t«nanf compte de^ fni» éventuels de transport de Tor, r\*st -à-dire dee gold points effectif?, qu'ont été futés le* prix d'achat et de vente d«* Iraitep dans la plupart des pays où a été établi b gol/i e.Tchange standnrd. EiiGn on pourrait mftme, en adnit»ttant, conformément à une suggestion faite à Gènes, un écart plus grand entre les prix d'achat et de vente de* traites, laisseï osciller lo change un peu plus largement, <n vue de donner des indications plus nette» sur le déséquilibre éventuel de la balance commerciale.
Dans les autres pays, il suffirait de fixer, par un accord entre l'Institut international et l'Office National, une parité correspondant a peu près au cours moyen du change dans la période qui précéderait la stabilisation ; cette méthode paraît s imposer pour ne pas causer de perturbations éconouxiques dont se ressentiraient d'abord les industries d'exportation ; car elles souffriraient d'un change qui ne correspondrait pas aux parités de pouvoir d'achat, si l'écart était trop brusque pour empêcher cette parité de se modifier assez vite (i). Mais le taux du change pourrait être progressivement relevé, si les circonstances le permettaient, par paliers successifs, jusqu'à l'ancien pair : car Vobjet de la stabilisation n'est pas de fixer du premier coup, ne varietur, le taux du change, mais d'abord de le mettre à Vabri des sautes brusques, et surtout d' une déprcciatlon nnu-
i) On peut, en eff^f. ivdouler quf la parité dcp pouvoirs d'achat sr modifia' beaucoup moins aisément en cas d'amélioration qu'en cas de détérioration du change. I^ prrto au rli iii:r<\ comme nous l'avons vu plu« haut, fait monter les prix intérieurs; maw ils ont ensuite une tendance à se stabiliser au niveau qu'il> ont iitteinl (^n dépit des facteurs de baisse.
Vf lie, et firu^lement d'osnirer à la naiion inte ressée la maîtrise de son ckange.
Conditions subsidiaires d'une restauration
monétaire
J/in§taiiratioii de ce régime si rationnel e\ n\ simple, qui ne contient réellement qu'\<n»' formule plus moderne des systèmes d'étalon d'or avec papier convertible, exigerait-'^Ue. en outre, des dispositions préliminaires, on des corollaires, tels que la réduction de la circulation fiduciaire ou la centralisation des devises?
La réponse doit varier, croyons-nous, selon le pavs en cause. En ce qui concerne, d'abord, l'éventualité d'une réduction immédiate de la circulation fiduciaire, il ne semble pas qu'elle apparaisse comme inéluctable dans un pays ofi cette circulation est adaptée au. niveau actuel des prix, et où le taux de stahilisntion a été, comme il convient, fixr en tenant compte de ce niveau : en effet, l'efficacité de la réserve d'or ne dépend pas, avec ce sv«t^mp âc conveilibilité, du rapyxî'^t entre
la somme disponible en or, ou en crédit-or, et la quantité de monnaie fiduciaire, mais bien du rapport entre cette disponibilité en monnaie extérieure et le solde des échanges internationaux à régler; aussi, même s'il existe une quantité de monnaie intérieure — correspondant au niveau élevé des prix en cette monnaie — notablement supérieure k celle d'avant-guerre, la quantité d'or nécessaire pour assurer la régularité des règlements internationaux ne devra jamais être déterminée quen fonction des prix en or, — et pourra, par conséquent, être assez indépendante du niveau des prix en monnaie intérieure et de la quantité de cette monnaie.
Mais, s'il est procédé à des relèvements successifs — tous les ans ou tous les deux ans, par exemple — de la parité, il sera normal qu'ils soient accompagnés d'une réduction de la circulation. Et, en tous cas, tout recours à des émissions déréglées doit être banni, comme incompatible avec les règles budgétaires dont l'observation est, d'un consentement unanime, la condition première d'une ouverture de crédit destinée Ti rpdrpt- «pr et à stabiliser le cbange.
Nous avons vu, d'autre part, qu'il est nécessaire, pour que la stabilisation joue dans les deux sens (i), que Y Office National de change ait la faculté d'acheter des traites privées, et, par conséquent, de les revendre. // n'en résulte aucunement que son fonctionnement implique la centralisation obligatoire des effets sur V étranger entre ses mains. Dans les pays oh les transactions internationales — aussi bien financières que commerciales — suivent leur cours normal, VOffice Central fournira, en cas de besoin, sur son encaisse-or ou sur son crédit-or, les moyens de change exigés, dans les mêmes condition!^ que le faisaient, avant In guerre, les banques d'émission des grandes nations commerçantes. — fixant ainsi les gold points, sans qu'il en résulte In moindre restriction à la liberté des transactions privées.
(i) Voir p. i35
Conditions d'application du système
à r Allemagne. — La restauration monétaire
el les réparations.
Par contre, dans un pays où, comme en Allemagne, les particuliers ont pris l'habitude de se servir des moyens de change pour opérer des transports anormaux de capitaux, et oh, souvent, ils négligent systématiquement de faire rentrer le produit de leurs ventes à l'extérieur, faussant ainsi la balance des comptes, Voctroi d'un crédit extérieur pour stabiliser le change sera nécessairement subordonné au fonctionnement d'une Centrale de devises et aux garanties les plus strictes contre Vévasion des capitaux.
11 est évident, en effet, qu'un système de stabilisation, basé sur l'existence d'un crédit suffisant pour parer aux fluctuations normales de la balance des comptes, et permettant d'ailleurs au pays qui en bénéficie de faire ressortir, en présentant son bilan international, la limite de sa faculîé de paiement extérieure, doit aussi faire ressortir cette faculté de paiement tout entière.
C'est donc sous la réserve d'un contrôle rigoureux qu un premier crédit devrait être ouvert à l'Allemagne, uniquement en vue de restaurer son change, cette restauration étant indispensable pour mettre fln à la fois aux perturl)ations financières, économiques et sociales, dont elle souffre, et à l'insolvabilité dont pâtissent ses créanciers. Mais, toujours sous cette réserve, il paraîtrait tout à fait opportun de faciliter l'adhésion de l'Allemagne, comme des autres pays qui subissent une crise grave de change, au système esquissé ci-dessus : car il ne suffit pas, pour redresser le change, d'ouvrir un crédit extérieur ; il faut que ce crédit soit utilisé par un organe de stabilisation, tel que l'Office national de change défini ci-dessus.
Cette première opération, une fois effectuée, un nouvel emprunt international devrait être envisagé, qui permettrait aux créanciers de l'Allemagne, et en premier lieu à la France, qui supporte en fait, jusqu'ici, la charge des réparations, de percevoir au moins une partie de ce qui leur est dû. Peutêtre ks obligations souscrites par le Reich pourraient-elles alors être négociées ; tinou,
on pourrait envisager, par exemple, un emprunt amortissable ou un emprunt perpétuel, dont le service serait désorinais assuré et qui s'amortirait en tant que dette extérieure, par un rapatriement progressif. Telle est, croyons-nous, la méthode par laquelle il serait possible d'aborder successivement la solution des problèmes de fînaoces extérieures qui dominent actuellement la politique mondiale :
i" La stabilisation des changes et la restauration générale des systèmes monétaires :
2" La liquidation des dettes de guerre, à commencer par la dette des réparations (i).
Or, il ne semble pas que la solution du premier de ces deux problèmes dépasse les possibilités actuelles : car il ne paraît pas excessif de présiuner que les Etats-Unis et les pays neutres sont en état de souscrire les quelques milliards de dollars indispensables
(x) On doit rappeler que M. Luitr^ Luzzath avait déjA signalé — notamment à la conférence de Paris — la ué'retiité de résoudre le problème monétaire pour f>ou- Toii aborder utilement le problème de« réparatioiiA. Toir Id Pakt monitairt, p. 77.
pour rétablir l'équilibre des finances internationales, et qui seront sans doute saffisanii s ils sont rationnellement uiîlisés.
La restauration moi)étaire en France : néce$sité d'arriver à ta convertibilité extérieure du billet.
Une question nous reste à envisager qu* ne saurait manquer d'être abordée devant le lecteur français : la France a-t-elle intérêt, non seulement à participer activement à cette restauration monétaire, mais à adhérer au système exposé ci-dessus ?
On peut douter que la France, qui possède encore, par l'organe de sa puissante banque d'émission, un stock de plusieurs milliards de francs-or, soit dans l'obligation de recourir à un emprunt international en vue de parfaire les disponibilités dont elle a besoin pour parer aux oscillations normales de sa balance des comptes. Mais un point nous paraît d'abord hors de conteste : c'est que la France, pour revenir à l'étalon d'or, n'a pas d'antre voie à suivre que d'adopter le
système moderne de convertibilité de la circulation fiduciaire : la convertibilité limitée aux règlernenta extérieurs (i).
D'autre part, étant donné le niveau actuel des prix en France et l'iinpossibilité de lé modifier brusquement, il faut fixer d'abord un taux de convertibilité assez voisin du cours actuel du change, sauf à le relever, par étapes juccessives, tous les ans ou tous les deux ans pai' exemple.
Les objections que l'on peut élever contre une telle politique sont déjà en partie réfutées par ce qui précède : nous pensons notamment avoir fait justice de cette erreur
(ij Dans un artick' paru dans la Revue Economique Internationale (août ig''^). M. François-Marsal admol que I ■ danger d'une convertibilité illimitée du bille! on or en \ ue des règlements extérieurs serait le même que celui qui résulterait de l'abrogation du cours forcé. Nou.> supposons que l'expression a dépa&sé la pensée de l'auteur, car le danger du drainage de l'or est manifestement infiniment moins grand si son usage est limité au règlement des soldes extérieurs, que s'il doit tout à la fois y pourvoir et se laisser absorber par la circulation intérieure (celle-ci en xigeait déjà six on sept fois plus avant la guerre; elle en < \igerait bien davantage encore, alors que la hausse de* prix intérieurs est :iu moins double d<' la liausf^ des prix en or).
singulière qui fait considérer comme (( naturelles » des fluctuations anormales, livrées à tous les hasards de la spéculation et comme « artificielle », une méthode qui ne diffcre nullement, en son principe, de la pratique traditionnelle, et qui tend simplement à nous procurer, pour les échanges internationaux, un minimum d'instruments de paiement de caractère international.
On a cependant formulé aussi à l'égard do ce système, qui a surtout contre lui d'être encore mal connu, d'autres griefs qu'il convient d'écarter. On reproche à toute méthodo dite de siabiUsafion (c'est-à-dire en réalité, de converti b m lé extérieure) qui adopterait une parité inférieure à l'ancien pair, d'impliquer la « dévaluation » de notre monnaie, c'est-à-dire l'aveu officiel de sa dépréciation, et enfin de décourager, par la consolidation de cette dépréciation, la spéculation étrangère, qui, en achetant du franc, "^outiput notre change de son crédit.
Or, il résulte de ce qui a été exposé plus haut que, si cette méthode de restauration monétaire permet d'assurer la convertihilité extérieure de la circulation fiduciaire avant
que les circonstances autorisent le retour à l'ancien pair, il n'est nullement nécessaire de maintenir à perpétuité la parité prise pour point de départ. Et si l'on objecte que, dès lors, il ne s'agit plus, à proprement parler, de stabilisation, il suffit d'observer que le but poursuivi n'est pas d'adopter immédiatement un taux de stabilisation définitif ; il k'agit d'acquérir cette maîtrise des changes qui permet d'échapper aux sautes brusques et aux terribles aléas d'un marché déréglé, et finalement de relever la parité dès que les circonstances sont favorables : car le pouvoir de contenir les fluctuations du change est à peu près indépendant du taux de conversion adopté. Il apparaît d'ailleurs, en dernière analyse, que l'objection se retourne contre ceux qui la formulent : c'est, au contraire, la méthode traditionnelle de la suppression du cours forcé qui conduirait, comme nous l'avons déjà indiqué, à la dévalorisation officielle : car, si le billet redevenait ainsi convertible en or, au taux correspondant à sa valeur nominale, il n'y aurait d'autre alternative que de revenir automatiquement au pair — au risque d'un cata-
clysiDe économique, — ou de changer la définition même du franc, c'est-à-dire de le dévaloriser, en le réduisant à un moindre poids de métal I
Cependant, il y a quelque chose qui mérite d'être retenu de cette observation : c'est la fragilité d'une situai ion de change qui repose encore, pour une j)arl, sur de simples crédits de spéculation, suïiceptibles de se dérober d'un jour h l'autre ; mais il n'apparaît pas (fue la perspective d'un lelèveuient progressif cl régulier du change soit de nature à provoquer le retrail de ces cr»''dits, au contraire. En tout cas, la seule conclusion qui se dégage paraît simple et nelle, et la voici : avant de compter sur notre stock d'or pour assurer la convertibilité extérieure de nos billets, il serait prudent de nous efforcer de consolidcices crédits de spériilation.
Il est enhn un argument qui ïious paraît de nature à rallier les hésitants, ceux qu'intiînide un peu la nouveau lé — relative — du système» : c'est que, h vrai dire, il n'y a pas d'autre méthode pour revenir à des changes normaux.
En eff(M. à la méthode dite de stahlUsation
et qui est, avant tout, une méthode de convertibilité rationnelle de la circulation liduciaire nalionale, qu'<^pp08e-t-on ? Ou opjiost^ simplement le procédé de la <( déflation », c'est-à-dire de la réduction de la circulation fiduciaire, par le remboursement anHcipé des avances de la Banque à l'Etal. Tout projet de déflation évoque dans beaucoup d'esprits l'idée un peu confuse d'une amélioration de notre système monétaire, et d'une « revalorisation » de notre monnaie, qui retrouverai I ainsi peu à peu son ancien pouvoir d'achat, intérieur et extérieur. On entrevoit comme son aboutissement final la suppression lointaine du cours forcé, le retour à la « saine monnaie », c'est-à-dire à la monnaie d'avanto^uerre.
En un lanofage plus précis, il est permis de dire que la déflation nurail bien — si elle était effective — (t) pour résultai mathéma-
(i) L«s prota«?onist<'S Ioîî plus émiiK'ntîî <!<• !;i vléllatioii. \o\% que M. Fhançots-Marsat. ^t M. Yvos Guyot, ne manquent pa3 df f;>ir<' (>bfi<;rvoi- d'abord que lo remboursement de!* avances à l'Etat n'implique pas nécessairement une réduction correspondante de lo oireulntior» fiduciaire. I:i Banque pouvant avoir à émetliv des billets eu plus
liqiie, de diminuer l'écart existant entre le stock d'or de la Banque et le nombre des billets émis, de lelle manière que le découvert serait moindre. Mais, pour nous en tenir d'abord à la seule question du change, on ne saurait nullement affirmer qu'une amélioration progressive du rapport entre l'encaisse métallique et la circulation fiduciaire se traduirait par un relèvement également progressif de la parité entre le franc-papier et la monnaie extérieure : il y aurait là, sans doute, un élément psychologique de nature à influencer la spéculation, confiante, peutêtre, en une reprise future des paiements en espèces, — et d'ailleurs plus ou moins imbue des doctrines traditionnelles ; mais personne
^Man(l<' quantité pour le besoin des affaires. îl? so préoornpont d'ailleurs de compenser cette réduction de la (( rirculation » apparento (qui n'est autre chose que la sîatistiquo des bill<'ts sortis de la Banque et non rentrés), par un accroissement de la circulation 4'ffective, dA au perfectionnement des procédés de compensation et de virement, qui permet à clioquo billet émis de servir à un plus grand nombre d'achats. Mais on est bien obligé de constater que ce souci, si légitime qu'il soit en lui-même, va à rencontre de leur thèse, qui est d'aboutir, par la diminution de la quantité des moyens d'achat. i\ la bei»9e des pri.\ et à hi revalorisation du franc.
n'ignore que le cours du change, lorsqu'il n'est pas contenu dans les limites matérielles des gold points, dépend de bien d'autres éléments d'appréciation, tels que l'état momentané de la balance des comptes et les nombreux facteurs qui agissent sur les conditions d'obtention des crédits extérieurs. Aussi, tant que l'or n'est pas disponible pour les règlements extérieurs, la plus ou moins grande proportion de l'encaisse, par rapport à l'émission, ne modifie en rien les conditions matérielles du change : elle ne peut donc avoir aucun résultat décisif et certain, et le pays reste exposé, soit à des relèvements trop rapides — justement redoutés des exportateurs, qui ne trouveraient plus dans le prix de vente de leurs traites la compensation nécessaire à leurs prix de revient élevés en monnaie intérieure — , soit à de nouvelles chutes du cours du change.
Ainsi eeux qui, reprochant, à tort d'ailleurs, aux méthodes dites de stabilisation, de décréter la « dévaluation » du franc, se bornent à préconiser la déflation, ne sauraient certainement pas nous garantir ce redressement graduel de nos changes, qui ne
pourra résulter avec certitude que de la convertibilité extérieure du billet, à des taux saccessivemeiit relevés ; ils n'ont à nous offrir, pour le présent, que le maintien de cette dévaluation, déjà suffisamment consacrée par la cote officielle du change, et aggravée, d'ailleurs, par la continuation des aléas redoutables auxquels nous resterions exposés. Pour l'avenir — avenir très lointain sans doute, car on se garde de l'évoquer d'une façon précise — on nous laisse entrevoir la suppression pure et simple du cours forcé : hypothèse sédui^artc pour beaucoup de gen*^ qui croient déjà entendre de nouveau le son des louis d'or tintant sur les guichets, maipour parler franchement, irréalisable. Car. comme nous l'avons déjà observé plus haut, nous n'avons pas assez d'or désormais pour parer à la fois aux besoins accrus des règlements extérieurs et |)our nous eu servir connue de monnaie courante à l'inlérieur (i).
(i) Sans dout*'. !<• retour au système d 'avant-guerre €»t-il lié à l'hypothèse non seulement du relèvement de la valeur du franc à l'extérieur, mais aussi de «on pouvoir d'achat intérieur, c'est-à-dire de la bai"»*^^' g-énérale des prix, et c'est par là que les partisans d'une politique purement
Aussi les partisans de la seule déflation n'onHls finalement à opposera un ji^rogiamrae de convertibilité extérieure de la circulation fiduciaire, avec relèvement progressif de la
Iradilionnelle ont acquis la sympathie des modestes épargnants qui ont vu fondre le fruit de leur labeur. Mai» alors même s'il serait au pouvoir de l'Etat de faire, par une politique de contraction monétaire, retomber les prix au niveau d'avant-guerre, la nécessité d'assurer l'équilibre budgétaire le lui interdirait : l'Etat, en effet, dans un budget où les arrérages de la dette publique représentent plus de la moitié et bientôt les deux tiers des dépenses annuelles, a inscrit une dette fixe en jrancs, — quelle que soit la valeur du franc. Or, la revalorisation intégrale du franc ferait retomber les revenus en argent m même temps que les prix des marchandises et du travail, et diminuerait ainsi, en moyenne, les facultés des oontribunblps : de telle manière qu'on ne pourrait plus équilibrer un budget en majeure partie incompressible. D'ailleurs, les partisans de la déflation reconnai.ssent eux-mêmes que bien des facteurs sont de nature à atténuer son action »iir la baisse des prix (voir le remarquable discours de W. Françoi8-Marsal à la Semaine de la Monnaie, publié '.n extenso dans la Journée Industrirelle du ii-i'> juin 1922^, et il est manifeste qu'ils n'envisagent pas un retour au [liveau de prix ancien. Mais alors les observations présentées plus haut (p. io5) gardent toute leur >.ileur Dour le futur, comm<' pour le présent : avec des prix Uevés. la suppression du cours forcé — à laquelle perlonne ne songe sérieust-nunt aujourd'hui en France — 'erait évanouii notre or dan> la circuiution inléiivuiv !
parité, que, le maintien de Vinconvertibilité eA de V instabilité, avec tous les périls qu'elles comportent ! Une pareille thèse ne saurait donc être mise en balance avec un plan précis de restauration monétaire.
GONCLUSTONS
Nous pouvons désorrïiais foimuler nos conlusioris sur ce vaste sujet des finances extéieures d'après-guerre, dont nous nous somles efforcé d'analyser ici les éléments : on eut constater d'abord qu'il est tout entier ominé par le problème des règlements interationaux. C'est, en effet, parce que ce prolème n'a pas été résolu que nous avons vu Allemagne devenir insolvable. On doit jouter — bien que ce ne soit pas une hypoîièse politiquement vraisemblable — que, mte de le poser correctement, nos propres lliés pourraient, par des exigences inconsiérées, nous acheminer vers un désastre plus u moins analogue !
L'expérience, en tous cas, nous montre 3ut ce qu'une dépréciation illimitée peut auser de désordres financiers, économiques ! sociaux, et elle nous prouve, en outre,
qu'un change dépourvu de base stable esl une des causes les plus redoutables d'effondrernenl soudain d un système monétaire, et des perturbations qui s'ensuivent.
Par contre, il semble bien qu'il soit parfaitement j>ossible de concevoir, dans l'étal actuel de nos connaissances, un plan général de restauration monétaire, qui ne consiste que dans une adaptation rationnelle et simple de principes bien acquis, qui a, d'ailleurs, ses bases dans lexpérience, et qui n'exige enfin aucune mesure d'application contraire à la pratique courante. C'est ce plan que nous avons cru pouvoii* esquisser cidessus.
La restauration monétaire étant, de l'aveu unanime, la pivface obligée de tout effort d'ensemble en vue de résoudrdans la mesure du possible, le problème des réparations et les grands problèmes économiques qui se posent entre alliés, la France ne saurait manquer de collaborer activement ;i la réalisation d'un programme général tel que celui que nous avons exposé : cette attitude serait, d'ailleurs, pb conforme non seulement à ses intérêts, mais
ses traditions, qu'une politique de doute et 'abstention, inspirée par le seul respect de ormules archaïques et vides de sens précis.
La France n'aurait, d'ailleurs, pas seuleiient un avanlage indirect — avantage de réancier surtout — à s'associer à une œuvre !e solidarité internationale entreprise d'abord n faveur des pays les plus gravemeni tteints pai" la débâcle des changes ; elle urait aussi, croyons-nous, le plus grand vantage à y participer- directement : car un >ays doni le change ne repose sur aucune lase stable est exposé à toutes les aventures inancières, économiques et, par répercusion, sociales.
Et, s'il est des hommes, ou des institutions, [ui n'accueillent qu'avec réserve des innovaions rationnelles, mais dont la réalisation ngagerait plus ou moins leur responsabilité, I nous semble qu'un homme de science spéialisé en ces matières, et guidé seulement mr le double souci de la vérité et de l'intérêt lational, sentirait, lui aussi, sa responsabilité ngagée s'il ne dénonçait pas les périls évenuels d'un régime d'inconvertibilité prolongée, — alors qu'il parRÎI possible, par des
mesures appropiiées, d en préparer la disparition.
Or, si, en laison des données du problème, nous ne sonnnes pas assurés d'obtenir, par d<: meilleures méthodes techniques, toutes le> réparations que la justice nous autorisa il ■<\ escompter, nous pouvons du moins noii> efforcer d'éviter de nouvelles pertes et de non velles déceptions ; nous devons donc nous préoccuper de nous acheminer v^ers un»^ méthode pratiqua de convertibilité qui, seule, nous rendra la bonne, la « saine ^ monnaie, condition première d'un retour h l'économie normale.