THÉORÈME I : DU CERCLE CHROMATIQUE
27. Démonstration de la 4" partie, — Toutes les couleurs sont uniformément espacées sur la circonférence d’un cercle.
M. Chevreul a placé les trois couleurs primitives R,J,B, aux sommets du triangle équilatéral inscrit ; puis les dérivées immédiates de celles-ci, O, WE, V, à égale distance de chacune de leurs composantes, c'est-à-dire que les six couleurs principales R, O, J, , B, V, occupent les sommets d'un hexagone régulier. Cette disposition méthodique et uniforme n’est point arbitraire, elle exprime géométriquement le fait physiologique de la parenté des couleurs; elle est voulue par l'étude des couleurs et indiquée par celle des rayons colorés. En effet, aidé de M. Edmond Becquerel, M. Chevreul a comparé ses types chromatiques aux couleurs du spectre solaire, et voici les conclusions auxquelles il est arrivé : Le vert du cercle partage également l'intervalle du jaune au bleu, le violet semble partager également aussi celui du bleu au rouge; les couleurs rouge, jaune et bleu sont à des intervalles égaux. (Mémoires de l’Institut. T. XXXIII p. 45.)
J’ai pu vérifier dans une certaine mesure et par une voie différente cette équidistance des couleurs en me reportant à leurs longueurs d'onde respectives. Les divers physiciens, ne s'étant pas placés dans des conditions identiques, ne sont pas entièrement d'accord sur l’expression numérique de ces longueurs d'onde. Les déterminations faites avec le plus grand soin par M. Mascart diffèrent de celles de Babinet et de M. O. N. Rood. Nous nous arréterons à ces dernières, d’abord parce que l'auteur se place plus strictement au point de vue chromatique, et ensuite parce qu'il a opéré à l’aide d’un réseau de diffraction d’une grande perfection sur un spectre fort étendu. Or voici les longueurs qu'il assigne aux ondes du milieu de l’espace occupé par chacune des six couleurs principales; elles sont évaluées en millionièmes de millimètre, je n'ai conservé que trois chiffres sur les
quatre que donne l’auteur (1).
La gradation n’est pas uniforme, mais il s’en faut de peu. En effet la différence
entre la longueur des ondes de R et de V est de 700 — 400 = 300, qui, divisé
(1) Théorie scientifique des couleurs, par O. N. Rood, p. 15 et 16.
RÉPERT. CHROM.
e : ' 00 f par 5, nombre des intervalles des six couleurs, donne 5 — 6o pour la différence
uniforme que suppose notre disposition des couleurs sur la circonférence ; avec
cette différence uniforme de 60, les longueurs d'ondes deviennent respectivement
En comparant les deux séries, on voit qu'il n'y a d'écart sensible qu'en deux termes, l'orangé et le bleu, et encore l'écart n'est-il pas considérable. Si l'on considère d'ailleurs ce qu'il y a d'incertitude dans l'appréciation du type de chaque couleur, on conviendra qu’en espaçant uniformément les six couleurs principales comme nous le faisons à la suite de M. Chevreul, nous ne nous écartons d’aucune donnée positive de la science; je dirai plus, nous nous y conformons dans la mesure où elles sont connues. Quant à la distance du rouge au violet, voir le commencement du présent article (26).
Il résulte de ce qui précède relativement à la différence uniforme des longueurs d'onde des diverses couleurs, une coïncidence assez curieuse : c’est que le même nombre qui indique en degrés la longueur de l'arc qui sépare les milieux de deux couleurs sur la circonférence exprime en même temps la différence de leurs
longueurs d'onde en millionièmes de millimètre, ainsi :
120° séparent le rouge, le jaune et le bleu sur la circonférence et 120 millionièmes de millimètre est la différence de leurs longueurs d'onde; les six couleurs principales sont distantes de 60° et diffèrent les unes des autres de 60 millio-
nièmes de mm. : les 12, 36, 72, 180 nuances équidistantes sur la circonférence
sont respectivement à des distances de 30°, 10°, 5°, 2° et diffèrent respectivement les unes des autres en longueurs d'onde de 30, 10, 5, 2 millionièmes de mil-
limètre.
28, Corollaire 1°. — Toutes les couleurs forment une gamme chromatique. En effet leur série correspond exactement à la définition de la gamme (7), et
de même que l’on a des gammes de ton, des gammes de nuances, on a aussi la
gamme générale des couleurs qui se compose de toutes les nuances équidistantes