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THÉORÈME II : RÉACTIONS DES COMPLÉMENTAIRES

les éteindre d’une seule complémentaire; les rayons pigmentaires au contraire contiennent habituellement des rayons de diverses nuances, dès lors l'extinction complète exige la rencontre de plusieurs complémentaires.

Quant à l'extinction dans le noir des pigments complémentaires mélangés ensemble, elle estdonnée par M. Chevreul comme un fait d'expérience constante(1). Nous pouvons l'établir rationnellement en démontrant qu'il ne saurait en être autrement.

La coloration des pigments, comme celle de tous les corps de la nature, est due à un phénomène d'absorption : les corps absorbent la couleur complémentaire de celle qu'ils réfléchissent. Si la couleur du bouton d’or est jaune, c’est que cette ]

tous les autres dont la résultante est la complémentaire du jaune (32)

fleur éclairée par la lumière blanche ne renvoie que les rayons jaunes, et absorbe

i la campanule est bleue, c’est que sa corolle ne réfléchit que les rayons bleus et absorbe la complémentaire du bleu.

Donc, en mélangeant deux couleurs complémentaires, chacune d’elles absorbera la couleur réfléchie par l’autre, puisque cette autre est sa complémentaire. S’absorbant toutes deux, il en restera moins que des deux loups qui se seraient entredévorés; il n’en restera rien. Les deux couleurs s’éteindront dans le noir, comme les rayons colorés s'éteignent chromatiquement dans la lumière

blanche.

AT. Vérification imparfaite par l'expérience. — Dans la pratique les effets ne sont pas aussi nettement définis : en superposant les impressions des rayons colorés complémentaires à l’aide d’un disque tournant, sur lequel on a placé des secteurs de couleurs voulues, on n'obtient pas un blanc pur; en mélant deux pigments complémentaires, on n’a point un noir absolu. Cette divergence provient de ce que les conditions de l'expérience ne réalisent pas pleinement celles qui sont prises comme point de départ de la théorie.

Pour que le disque tournant donnât l'impression d'un blanc pur, il faudrait que

ses couleurs n’absorbassent pas de lumière, que ses rayons colorés fussent aussi

lumineux que ceux de la lumière blanche, ce qui est impossible puisque les rayons

(1) Comptes rendus hebdom. de l'Académie des Sciences. Tome X, pp. 121, 122; et Mémoires de l'Acad. des Se. Tome XXXII, p. 7, note.

colorés ne sont qu'une partie de cette lumière. Dès lors le disque éclairé par la somme de ses rayons colorés sera beaucoup moins lumineux qu'un disque blanc; il sera plus obscur, grisé. La proportion de lumière absorbée par les secteurs colorés, si brillants soient-ils, est d'environ les deux tiers ; donc le gris résultant des rayons non absorbés contiendra deux tiers de noir pour un tiers de blanc, à moins que les couleurs employées ne soient lavées.

D'autre part, le mélange des pigments complémentaires donne du gris au lieu de donner du noir; cela tient d’abord à ce que souvent le mélange des couleurs n'étant pas assez intime donne lieu à une fusion optique de rayons et par suite à la production de lumière blanche; ensuite et surtout à ce que les pigments réflé-

chissent toujours une quantité plus où moins considérable de lumière blanche.

42. Corollaire 1°, — Les couleurs complémentaires donnent le moyen d'assombrir une teinte à volonté sans recourir au noir.

Il suffit d'introduire dans une couleur quelconque sa complémentaire, quelque brillante que soit celle-ci, pour neutraliser et rabattre la couleur donnée. Voici par exemple un vermillon criard qui aurait besoin d'être rabattu ; au lieu de recourir à l'addition du noir, j'y introduirai quelque peu de bleu-verdâtre sa complémentaire, et l'effet désiré sera obtenu de la manière la plus satisfaisante.

« Lorsqu'on veut (en teinture) obtenir des couleurs rabattues ou brunitures solides, y a tout avantage à mêler les couleurs complémentaires avec un excès de la couleur qui doit se faire sentir. Du moment que les matières mélangées appartiennent aux couleurs dites de grand teint, les couleurs ainsi rabattues ont plus de stabilité que celles qui le sont par le procédé généralement suivi qui consiste à ternir les couleurs franches avec une sorte d'encre appelée rabat (1). »

J'ai pu remarquer, en examinant attentivement des pommes dites reinettesgrises, que leur teinte grise provenait de l'association du rouge et du vert, deux teintes complémentaires. En serait-il ainsi de tous les gris, de toutes les teintes foncées que nous offrent différentes parties des végétaux ? On peut le croire, car nous lisons dans un mémoire de M. Chevreul : « Beaucoup de fleurs dans leur plein épanouissement, les feuilles, surtout en avançant en âge, les poires, les

pommes que l'on sert sur nos tables présentent des couleurs rabattues lors même

(1) M. Ghevreul. Comptes rendus hebd. de l'Académie des Sciences, Lom. X, p. 193.

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