DU MÉLANGE DES COULEURS
46. Remarque essentielle. — Plusieurs fois au cours de ce répertoire nous avons distinguéle mélange matériel des couleurs de leur mélange optique (43 etc.). Cette distinction est importante.
Ces deux sortes de mélanges ne diffèrent pas en nature, ils diffèrent plutôt en degré selon que l'union de leurs éléments divers peut être plus où moins intime, d'après la finesse ou la grossièreté de ces éléments. Un mélange de couleur jaune et de couleur bleue, en poussière assez grossière, paraîtra vert à quelque distance, de près il révélera ses deux éléments; on en concluera que la sensation verte produite par le susdit mélange, à quelque distance, est le résultat d'une alliance optique des couleurs. Supposons que cette poussière bleue et jaune soit porphyrisée jusqu'à devenir impalpable : de près comme de loin, on verra une poussière verte, et l’on dira qu'il y a mélange proprement dit. Cependant, à l'aide d'un microscope, on peut alors encore constater la variété des éléments.
Ce qui fait l'importance de cette distinction, c’est que ces deux sortes de mélanges ont des effets opposés. Le mélange matériel du rouge et du vert, du jaune et du violet, du bleu et de l’orangé tend vers le noir, leur mélange optique
RÉPERT. CHROM. 6
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tend vers la lumière blanche (40-45); la raison en est que le mélange optique est surtout un mélange de rayons colorés, tandis que dans le mélange matériel les pigments jouent le rôle principal. Cette diversité des effets n’a pas seulement lieu pour les couleurs complémentaires, elle s'applique dans une certaine mesure au mélange de toutes les couleurs. En effet, dans un mélange optique de couleurs quelconques, il y a une addition de rayons colorés, et par suite une teinte résultante plus brillante; dans tout mélange matériel, il y a au contraire une absorption de rayons colorés et conséquemment une teinte assombrie.
Nous traitons ici principalement du mélange matériel des couleurs, et nous
formulons le théorème suivant :
Le résultat d'un mélange chromatique est indépendant de l'état d'association ou de liberté de ses éléments; il dépend des proportions de couleurs primitives et de couleurs auxiliaires qui font partie de ce mélange; quand il n'y entre que deux des couleurs primitives, le mélange donne lieu à la formation d’une dérivée dont la nuance est, dans le cercle chromatique, intermédiaire aux deux couleurs parentes,; quand les données contiennent les trois couleurs primitives, le résultat du mélange se traduit par la plus grande extinetion possible des couleurs
dans le noir.
Établissons successivement chacune des quatre parties de ce théorème.
47. Démonstration de la 1° partie. — Le résultat d'un mélange est indépendant de l'état d'association ou de liberté de ses éléments.
En effet, dans tout cet ouvrage, et ici plus que jamais, nous écartons l'hypothèse de réactions chimiques et de combinaisons proprement dites dans l'association des couleurs primitives pour former des dérivées, comme dans le mélange des unes et
des autres. Dans un mélange tel que nous le considérons, s’il y a des dérivées