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THÉORÈME IV : DU MÉLANGE DES COULEURS

réfléchie par un pigment bleu mélée à la lumière réfléchie par un pigment jaune, produit invariablement un blanc peu brillant, du gris neutre (1). »

L’erreur nous paraît manifeste. Veut-on la constater? Soit une feuille de carton pliée en deux et colorée intérieurement, le verso en bleu, le recto en jaune; ül suffit d'entrouvrir ce carton à la lumière du jour de manière à ce que le bleu reçoive le reflet du jaune, on verra immédiatement apparaître une teinte verte. Au reste, qu'on veuille jeter les yeux sur la xx° planche de notre atlas et l’on y verra le mariage optique du bleu et du jaune, en toutes proportions, donner toujours une teinte verte.

Comment alors expliquer l'erreur régnante ? Le voici : d'abord les physiciens

ont souvent employé le bleu d’outremer dans leurs expériences. Or ce bleu

réfléchit peu ou point de rayons verts, comment pourrait-il fournir une dérivée de cette couleur? Par contre, ce bleu réfléchit beaucoup de rayons violets : le violet est complémentaire du jaune, donc dans leur fusion optique les rayons violets du bleu d'outremer éteindront chromatiquement plus ou moins des rayons du pigment jaune, nouvelle raison pour que le vert ne puisse se manifester. Ensuite la résultante verte d’un mariage optique peut passer inaperçue parce qu'elle est toujours fortement lavée. Elle est toujours affaiblie par la lumière blanche provenant de la lumière non décomposée à la surface du pigment, et surtout de la fusion optique des rayons complémentaires réfléchis par les pigments. Prenons en effet le bleu de Prusse et la gomme-gutte, les deux pigments qui fournissent le plus facilement la dérivée verte. Le bleu de Prusse réfléchit des

rayons bleus accompagnés de rayons violets et de ra

yons verts; la gomme-gutte

reflète des rayons jaunes accompagnés de rayons orangés et de rayons verts.

Lorsque les impressions sont superposées, quel que soit le procédé employé pour cette superposition, les rayons orangés de la gomme-gutte et les rayons bleus du pigment bleu donnent de la lumière blanche ; il en est de même pour es rayons violets du bleu de Prusse à la rencontre des rayons jaunes du pigment jaune; donc les rayons verts, les seuls qui ne soient pas absorbés ou

neutralisés, seront plus ou moins noyés dans la lumière blanche provenant de

a double fusion optique des complémentaires.

(1) Colour : an elementary manual for students by A. H. Church, professor of chemistry in the royal academy of arts. London 1887.

La résultante optique peut encore échapper aux regards parce qu'elle disparaît sous certaines incidences du rayon visuel. La nuance des pigments varie souvent avec l'obliquité des rayons. A mesure que l’on voit le bleu de Prusse et la gomme-eutte sous un jour plus rasant, le premier pigment vire au violet, le second à l'orangé, dès lors le jaune neutralisé par le violet et le bleu par l'orangé tendent à s’éteindre dans la même mesure,

sant convenablement ses pigments,

En tenant compte de ce double fait et chois on pourra toujours constater la formation optique de la dérivée verte.

Répétons-le, la vraie différence entre le mélange optique des rayons pigmentaires et le mélange matériel des pigments, cest que l'extinction chromatique à lieu dans la lumière blanche pour les rayons pigmentaires et dans le noir ou l'obscurité pour les pigments. De ce contraste en résulte un autre dans la formation des dérivées : c'est que la dérivée d'un mélange optique est toujours plus ou moins lavée, et la dérivée d’un mélange matériel plus ou moins rabattue. La dérivée de rayons pigmentaires est plus particulièrement une somme de rayons,

tandis que la dérivée des pigments est une différence, un résidu de rayons.

51. Démonstration de la 4" partie. — Quand les données contiennent les trois couleurs primitives, le résultat du mélange se traduit par la plus grande extinction possible des couleurs dans le noir.

En effet toutes les fois que l'on mêle des couleurs primitives, on obtient leur couleur dérivée (49) dont la troisième couleur primitive est nécessairement complémentaire (32); donc la présence simultanée des trois couleurs primitives amène la rencontre de couleurs complémentaires et, par suite, fatalement, une extinction de ces couleurs dans le noir (40) ; donc le résultat final d'un mélange sible des couleurs

contenant les trois couleurs est la plus grande extinction pc proprement dites dans le noir.

Cette tendance, en chromatique, à l'extinction maximum des couleurs, a pour

analogue, en éhermochimie, la tendance à la perte maximum de chaleur.

52. Question curieuse ? — L'ordre dans lequel on méle les éléments d'un mélange a-t-il de l'influence sur le résultat ? La réponse négative peut sembler évidente. Elle cessera de le paraître si l’on

a présent à l'esprit le principe de l’équivalence des couleurs et ses conséquences

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