LIVRE TROISIÈME
54. Causes extrinsèques de divergence. — Elles se rapportent à l'éclairement, au plus ou moins d’opacité ou de transparence des couleurs, à l’état et à la nature du substratum, au mode d'application, et enfin au voisinage d'objets colorés. Nous allons examiner successivement chacune de ces causes pour en montrer l'influence, rappeler les précautions à prendre en face d'elles, et conclure à la nécessité de types chromatiques, c'est-à-dire, d'une représentation typique des couleurs, pour pouvoir apprécier sûrement celles que nous offre la nature ou
qu'emploient l’art et l'industrie.
55. Influence de l'éclairement. — Cette influence variera avec la nature de l'éclairement, sa puissance et la direction de ses rayons.
Par là même que la couleur d'un corps résulte des rayons colorés qu'il transmet ou réfléchit, la nature particulière de la lumière qui l'éclaire aura une influence capitale sur sa coloration (1). Il est évident d'abord qu'il ne pourra jamais réfléchir ‘les rayons qu'il ne reçoit pas, manifester une couleur qui fait défaut dans les rayons qui l’éclairent. En mêlant à l'alcool de l'eau saturée de sel, on en obtient une flamme monochromatique qui n'émet que des rayons jaunes ; jamais une telle lumière ne pourra nous faire voir d'autre couleur que le jaune; elle anéantira ou altérera profondément les autres couleurs. C'est là un cas extrême, mais, proporion gardée, toute modification dans la lumière en amène une dans la manifestation des couleurs. Un bleuet des champs vu le soir à la lumière d'une bougie, paraît presque blanc. Pourquoi? Parce que la lumière de la bougie contient beaucoup moins de rayons bleus que la lumière du soleil. Cette faiblesse des rayons bleus
et même violets est plus sensible encore dansla lumière du gaz qui est d'un jaune
irant sur l’orangé. Au contraire, l'arc voltaïque (2) ou la combustion du magnésium produisent une lumière riche en rayons violets et bleus; de là l'adoption de l’éclairage à l'électricité dans les ateliers de teinture.
Un jour obscur, une lumière trop faible rabat toutes les couleurs, cela se conçoit, mais de plus elle verdit le jaune en l’assombrissant, elle brunit l'orangé, elle rend le bleu violacé; d'autre part une lumière trop vive, en même temps qu'elle
tend à éclaircir les teintes, fait avancer le jaune vers le blanc, le vert du côté du
(1) C£.N. O. Rood : Théorie scientifique des couleurs. Chap. vnr. (2) La lumière électrique émise par les lampes à incandescence est franchement jaune, à peu près comme celle du gaz et des bougies. (E. Guignet : Les Couleurs.)