CHAPITRE I : NÉCESSITÉ DES TYPES
jaune et le rouge sur l’orangé. Ainsi les couleurs cessent d’avoir leur nuance vraie quand la lumière est trop faible ou trop vive : un éclairage moyen est une condition requise à la saine appréciation des teintes (83).
La direction même des rayons apporte d'étonnantes modifications aux nuances. Nous en avons une brillante démonstration dans les couleurs chatoyantes ; et, qui ne l’a remarqué? à mesure qu'on les regarde sous un jour plus frisant, la teinte de la gomme-gutte vire à l'orangé, celle du bleu de Prusse au violet. Bien plus, il suffit de regarder une peinture à l'huile, sous ce même jour frisant, pour en voir disparaître toutes les couleurs. Quand vous jetez les yeux sur le cours d’un fleuve ou sur l'étendue de la mer, les parties éloignées vous paraissent argentées, celles qui sont près de vous sont seules à vous montrer une teinte verte ou bleue; la
raison en est que les rayons dont la direction se rapproche de celle de la surface
réfléchissante donnent lieu à la réflexion spéculaire qui ne saurait manifester la couleur de cette surface (57). Le changement ne sera pas moins saïllant si la
couleur est éclairée par dessous au lieu d'être éclairée par dessus. Un morceau de
verre rouge posé à plat sur du drap noir, nous enverra à l'œil de la lumière incolore tout comme le ferait un fragment de verre blanc. Mais si, soulevant le verre, nous permettons à la lumière de le traverser, nous sommes immédiatement impressionnés de sa couleur rouge. Le plus ou moins de transparence jouera donc un rôle
dans la manifestation des couleurs.
56.Influence de l’opacité et de la transparence des couleurs.— Une substance n'est absolument opaque qu'autant que son épaisseur étant réduite à son minimum, elle ne laisse passer aucun rayon de lumière; qu'autant que sa couche superficielle suffit à intercepter le passage des rayons lumineux. De telles substances n'existent pas, la structure de toute substance matérielle offre des méats à la lumière.
Les métaux, l'or par exemple, les minéraux en apparence les plas opaques tels que le basalte, réduits en lames très minces, deviennent plus où moins transparents. Il en sera donc au moins de même des couleurs. Bien plus, il est à remarquer que le blanc et le noir sont, à vrai dire, les seules couleurs d'une opacité notable; c’est pour elles une condition d'existence, et elles communiquent cette opacité aux autres couleurs dans la proportion même de leur mélange. Une couleur parfaitement opaque ne saurait serabattre par elle-même quelle qu’ensoit l'épaisseur, ni subir aucune
modification en raison du fond qui est au delà quel que soit son peu d'épaisseur ;
mais toutes les couleurs étant plus où moins transparentes, ces deux circonstances exerceront fort souvent leur influence, il faut en tenir compte.
Une substance parfaitement transparente ne réfléchirait ni n’absorberait aucun rayon lumineux, mais les transmettrait intégralement. En réalité, on ne rencontre pas de telles substances ; le verre, le cristal, l’eau, en approchent sensiblement. Une couleur transparente est une couleur qui transmet la plupart des rayons de sa nuance et par suite n’en réfléchit et n'en absorbe que peu. Plus un corps est ransparent, plus il paraît noir quand on le voit uniquement par réflexion, c’est l'aspect que nous présentent les vitres d’une fenêtre partout où le rideau n'apparaît pas ; Là où se trouve un rideau, le verre éclairé par la réflexion qui a lieu sur
ce fond blanc manifeste sa transparence. Un phénomène semblable se produit sur
es verres colorés. Pourquoi les vitraux de nos églises sont-ils si brillants vus de ‘intérieur et tellement rabattus vus de l'extérieur ? C’est que de l'intérieur on les
voit sur le fond éclairé du grand jour, tandis que, de l'extérieur, on n’a guère que
a lumière réfléchie, vu l'obscurité relative de l’intérieur de l’église. Soit encore, un verre jaune posé à plat sur du papier blanc : la lumière transmise à travers le verre rencontre le papier, y subit la réflexion et nous revient en rayons jaunes. Les autres rayons qui constituent la lumière blanche ont été absorbés par le verre, et, parce qu'il n'est pas absolument transparent quelques rayons jaunes ont été eux-mêmes absorbés dans le trajet de la double traversée. À mesure que l'épais-
seur de ce verre jaune augmentera, les rayons qui viennent du fond seront moins
nombreux et par suite la teinte du verre se trouvera de plus en plus rabattue. On
modifiera donc le ton de la couleur d’un milieu transparent en augmentant ou
diminuant son épaisseur, ce qui augmente ou diminue l'absorption de certains rayons. Une lame de verre (ou une couche d’eau), tant qu'elle est mince, paraît incolore, plus épaisse elle révèle une couleur verdâtre et finit par s’assombrir à mesure que l'épaisseur est plus grande.
Tout ce que nous venons de dire de la transparence du verre, s'applique aux couleurs dont se servent les peintres et les teinturiers à proportion de leur transparence. L'intensité chromatique dépend de l'épaisseur de la couche colorante et du fond sur lequel elle repose. Cependant les couleurs étant en général plus opaques que les verres colorés { faut surtout tenir compte de la réflexion qui s'opère sur la
couche surperficielle et sur les couches sousjacentes voisines ; ce sont, en effet, les
rayons réfléchis par ces couches qui contribuent le plus à la couleur des corps et