PROBLÈME II
DÉTERMINATION DES GAMMES DIVERSES DONT FAIT PARTIE UNE TEINTE DONNÉE QUELCONQUE.
97. Importance de cette détermination. — Savoir assortir les couleurs, c'est un besoin pour quiconque s'occupe de décoration, de peinture ou de tapisserie ; pour qui dessine les tissus de vêtement où d'ameublement ; pour les modistes et les bouquetières. Ce problème et le suivant répondent à cette exigence pratique, ils intéressent tous ceux qui cultivent l'esthétique. Déterminer les gammes diverses dont fait partie une teinte donnée, c'est indiquer les différentes séries graduées dans l’assortiment desquelles elle entre.
98. Où se trouve l'harmonie chromatique. — C'est dans la juxtaposition ou la succession des teintes graduées, des nuances ménagées que consiste l'harmonie chromatique ; de là le nom de gamme chromatique donné par analogie en musique, à la gamme qui procède par demi tons.
« Pour bien reconnaître la différence qu'il y a, sous le simple rapport de la beauté, entre une couleur bien dégradée et une autre qni ne l’est pas, il suffit d'étendre sur une feuille de papier une teinte plate de couleur rose et de mettre
RÉPERT, CHROM. 13
une feuille de rose à côté. La beauté de la rose, quand on la compare aux autres fleurs, dépend surtout de la délicatesse et de la multitude de ses gradations de couleur, car toutes les autres fleurs sont ou moins riches en gradations ayant moins de pétales accumulés, ou moins tendres parce qu’elles sont marbrées ou veinées au lieu d'être nuancées. La nature nous présente sans cesse des changements gradués de couleur. Cette succession de teintes qui se fondent l’une dans l'autre est une des plus grandes sources de beauté que nous connaïssions.. C'est la dégradation bien plus que le contraste qui est le triomphe de l’art du peintre (1)». Qui se lassera jamais d'admirer l'harmonie chromatique de l’arc-en-ciel dont toutes
les nuances passent insensiblement de l’une à l'autre.
99. Rôle du contraste dans l'harmonie. — En traitant des arrangements harmonieux de couleurs, plusieurs auteurs à la suite de M. Chevreul distinguent deux sortes d'harmonie, celle des teintes analogues et celle de contraste. La dis-
tinction est commode pour indiquer d’un mot le caractère de l'association chroma-
tique en question, mais l'expression n’est pas heureuse (2), peut induire en erreur et laisser croire que le contraste constitue une harmonie .Aïnsi, dans le grand dictionnaire des arts et manufactures de M. Ch. Laboulaye, à l’article couleurs,
il est dit que « parmi les harmonies de contraste, celle des couleurs complémen-
taires est supérieure à toute autre. les tons étant à la même hauteur, elle pro-
duit le plus bel effet ».
Est-il bien sûr que le contraste soit un élément d'harmonie ? Que la juxtaposition des couleurs complémentaires de même ton, qui donne lieu au contraste le plus violent (38) produise le plus bel effet ? Le plus grand effet, assurément. Mais peut-on légitimement confondre la beauté d’un effet avec sa violence ? La variété dont le contraste est la forme limite est une condition du beau ; soit. Mais la variété qui va jusqu'à l'opposition, jusqu'au contraste, ne sera jamais qu'une ressource accidentelle dans la production de l'harmonie.
Qu'un enfant, qu'un homme non cultivé puisse trouver beau le contraste le plus voyant, belle l'association des couleurs les plus tapageuses, à peu près comme les
Indiens et les Tartares apprécient la musique qui est pour eux d'autant plus belle
(1) O. N. Rood, Théorie scientifique des couleurs, pp. 239 et 240. Voir également la Grammaire des Arts décoratifs de Ch. Blanc, p. 227. (2) Cf, Cotour, by A. H. Church, chap. xx.