PROBLÈME II : GAMMES D'UNE TEINTE QUELCONQUE
qu'elle est plus bruyante, cela se conçoit, mais précisément en raison de l'absence de toute culture du goût.
Il est un principe fondamental en esthétique : Le charme de l'harmonie naît de l’aisance avec laquelle nos facultés trouvent leur épanouissement sous son impression. Or, au lieu de produire cet épanouissement, le contraste ne donne qu'une secousse.
Donc, si le contraste des couleurs peut contribuer en certains cas à la beauté d'un tableau, comme les accords dissonants à la beauté d'un morceau de musique, en faisant goûter davantage l'accord consonnant qui les suit, jamais le contraste en tant que contraste, ne sera un élément d'harmonie, il en est la contradictoire.
Nous disons le contraste en tant que contraste, car nous le verrons (109), si le contraste est ménagé de manière à n'être plus qu'un élément de variété décidée, ou l'occasion de la production d’une nuance de transition par une fusion optique,
ce contraste ainsi atténué concourt efficacement à la beauté de l’ensemble.
100. Facilité avec laquelle La femme résout les problèmes de ce genre. — C’est habituellement avec une grande sûreté de coup d'œil que les femmes ou les jeunes filles savent assortir les couleurs. Elles ont sur ce point un instinct, un sens de l'effet qui les trompe rarement. Entrez chez une marchande de laines pour tapisserie, montrez-lui un échantillon, demandez-lui des laines dont la couleur puisse se marier avec celle que vous lui présentez. La marchande n'hésitera pas une seconde et vous mettra immédiatement sous les yeux toutes les nuances ou tons appartenant à la même gamme que votre échantillon. Les occupations de la femme, l’attention qu’elle donne à la toilette et aux divers ouvrages dans lesquels la couleur joue un rôle, peuvent contribuer à développer en elle cette apütude à juger de l'harmonie chromatique. Innée ou acquise cette perception a chez elle plus de perfection qu'elle n’en a le plus souvent chez l'homme à qui nos tableaux donneront le moyen de suppléer à ce déficit.
101. Emploi de ce répertoire pour la solution du problème en question. — I suffit de procéder à l'égard de la teinte donnée comme on l’a fait dans le problème précédent, c’est-à-dire de trouver dans les tableaux la place assignée à cette
teinte par sa nuance spécifique et son ton ou degré d'intensité.
Cette case et par suite la teinte donnée, où qu’elle soit du tableau, appartient à la fois à une série horizontale, à une série verticale et à une ou deux séries diagonales ; qu’il s'agisse de la nuance ou du ton, ces séries sont précisément les gammes demandées.
L'usage de nos notations chromatiques permettra d'obtenir les gammes demandées sans recourir aux tableaux.
Prenant la formule de la teinte donnée pour point de départ, on la répète en série au-dessus et au-dessous, à droite et à gauche, en forme de croix, en faisant varier les deux indices en sens contraire sur la verticale et dans le même sens sur l'horizontale. Dans les directions obliques intermédiaires, on répétera encore la formule en série, en faisant varier un seul indice d’une unité, en deçà et au delà, en sens contraire.
Dans cette construction on se servira avec avantage d'un quadrillage. Soient par exemple C et C' deux couleurs quelconques et C30'a cette teinte. Le diagramme ci-dessous offre les gammes auxquelles appartient la teinte donnée. On
procéderait d’une façon analogue s'il s'agissait d’une teinte plus ou moins rabattue.