HARMONISATION DE DEUX TEINTES DONNÉES QUELCONQUES
102. Consonnance et dissonance en chromatique. — Si l'on examine les couleurs au point de vue de l'impression plus ou moins agréable que produit leur juxtaposition, elles se partagent en couleurs consonnantes où harmoniques dont l'association plaît aux veux, et en couleurs dissonantes qui ne s’'harmonisent pas et jurent ensemble.
Les couleurs consonnantes sont des teintes qui, tout en restant nettement distinctes, présentent entre elles une certaine continuité ou parenté, soit de nuance, soit quelquefois de ton.
Il y a consonnance, harmonie, par continuité de nuance dans la juxtaposition de deux tons différents d’une même nuance plus ou moins lavée ou rabattue. Telles sont les peintures en camaïeu, les étoffes dont les dessins se détachent en clair ou en foncé sur un fond de même nuance mais d'un ton différent ; telles sont les teintes offertes dans chacun des tableaux de la seconde section de notre atlas.
Deux teintes voisines sur le cercle chromatique sont consonnantes par parenté
de nuances, alors même qu’elles diffèrent de ton. Les nuances convergentes, c'est-
à-dire qui ne diffèrent chromatiquement que par le plus ou moins d'admission de la même couleur primitive, rentrent dans l'énoncé général de la consonnance par parenté de nuance.
On aura consonnance et harmonie par continuité de ton, entre deux nuances différentes lavées ou rabattues au même degré, pourvu qu’elles soient assez loin de leur point de saturation ou maximum chromatique (6). Car la distance de deux nuances est d'autant moins sensible que leur ton est moins franc. Par extension le noir qui est la limite commune de tous les tons rabattus, s’harmonisera bien avec toutes les nuances, pourvu qu'elles ne soient pas trop claires ; et le blanc, qui est la limite de tous les tons lavés, s’harmonisera avec toutes les nuances, pourvu qu'elles ne soient pas trop foncées, car il faut une certaine parenté.
Les couleurs dissonantes sont de beaucoup les moins nombreuses. D'abord il ne saurait y avoir de dissonance que dans les tons francs ou peu éloignés de l'être, car, nous venons de le voir, il suffit que des teintes soient notablement lavées ou rabattues pour qu'elles puissent s’harmoniser. Parmi les teintes voisines de leur point de saturation, nous pouvons compter comme dissonantes, c'est-àdire comme couleurs dont la juxtaposition est plus ou moins criarde, d’abord les couleurs primitives (le rouge, le jaune et le bleu) entre elles, de même les dérivées immédiates (lorangé, le vert, le violet) entre elles ; le blanc et le noir juxtaposés soit l’un à l'autre, soit à un ton franc d'une couleur quelconque. Nous répondrons plus loin (104) à l'objection que l'on pourrait tirer de ce fait que beaucoup d’étendards et de drapeaux plaisent à l'œil bien qu'ils présentent la juxtaposition non ménagée des couleurs dont nous venons de parler comme jurant entre elles.
On donne encore comme dissonantes les couleurs placées à peu près à angle droit sur le cercle chromatique. En effet, il y a peu de parenté entre leurs tons francs.
Certains auteurs (1) comptent encore comme dissonantes les nuances qu'ils nomment divergentes, c'est-à-dire qui diffèrent en deux directions opposées par l'alliance avec deux couleurs primaires différentes, mais nous avouons que cette
divergence nous parait un peu contradictoire, car s'il y a divergence relativement
(1) Cf. L. Sorer de Genève : Revue scientifique du 4 septembre 1886 : item, de Grimoüann de SainT-