AVANT-PROPOS
c II n'est pas de pays où , plus constamment qu'en France , les esprits se soient préoccupés du sort des classes pauvres et des moyens de soulager leurs misères. A toutes les époques et sous tous les régimes , les particuliers se sont associés à l'action du gouvernement, pour augmenter la masse des secours publics et pour en assurer la b^Hie distribution. Aujourd'hui encore , il se pubUe des écrits où la question du paupérisme est examinée sous ses diverses faces ; des associations charitables se forment pour mettre en pratique des systèmes nouveaux de bienfiiisance , et la philantropie se montre aussi ingénieuse à inventer ou à peN fectionner les moyens de répandre les secours qu'elle est libérale à en alimenter les sources. Sur plusieurs points du royaume , une noble émulation semble s'être établie, et, dans un grand nom* bre de communes, de louables tentatives ont été faites.
c Le gouvernement n'est pas demeuré en arriène de ce mouvement des esprits. Partout il l'a encouragé et soutenu , comme il lui avait dionné lui-même la première impulsion. Depuis quelr ques années, il a étéfaitbeaueoup dans l'intérêt spécial desclasses pauvres. Sans parler de la loi sur l'instruction primaire , qui formera, pour l'avenir, des générations de plus en plus aptes à toutes les industries utiles; des salles d'asile (1) ont été ouvertes à la première enfance , dont la surveillance journalière enlevait aux
(1) V. au JRépertoire les mots Sallei d'asile.
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parens des heures qu'ils peuvent consacrer au travail ; des caisses d'épargnes (I) ont été fondées, qui sollicitent et conservent les économies que la loterie , maintenant supprimée , engloutissait autrefois ; la loi sur les chemins vicinaux a occupé un grand nombre de bras , en même temps qu'elle a favorisé la production, en ouvrant des voies nouvelles à la circulation des denrées. Enfin, plus récemment , la loi de 1838 sur les aliénés (2) vient d'assurer aux malheureux atteints de cette triste infirmité, des asiles où ils reçoivent les secours que réclame leur situation , en même temps que leur famille se trouve dégrevée de la charge pénible qu'occasionnent la garde et l'entretien d'un aliéné.
< A côté de ces mesures nouvelles, les services anciennement constitués ont reçu de notables améliorations. Les hôpitaux et les hospices (3) ont été augmentés et assainis ; la somme des secours distribués à domicile s'accroît sensiblement d'année en année (4) ; enfin, les monts-de-piété (5), qui procurent aux besoins imprévus une ressource si précieuse , ont successivement réduit Tintérét de leurs prêts et offert des facilités nouvelle^ aux emprunteurs. *
Ces observations , que nous empruntons à la circulaire de M. le ministre de l'intérieur, en date du 6 août 1840, sur le paupérisme et la chariié légale (6) , exposent parfaitement Félat des esprits en France, et les tendances de radministratioin surtout ce qui cpncerne l'importante matière des secours publics. Tandis que des économistes distingués recherchent les causes de la misère et propo8«Qnt.des systèmes pour la prévenir ou la soulager, le gouvernement ouvre une espèce d'enquête auprès des conseils généraux etdes préfets; il veut connaître tous les faits, apprécier les opinions divei*ses , recueillir toutes les vues utiles, afin de retirer de celte étude les élémens de modifications progressives qui pourraient améliorer les services de bienfaisance.
Mais ces réformes, hautement réclamées par Topinion publique, et que, pour notre part, nous croyons nécessaires , ne sauraient > alors mênie que le gouvernement veut en prendre la noble initiative, intéresser qu'un avenir plqs ou moins éloigné. Les
(1) r. au Répertoire les mots CaU$B d*épargn9S.
(2) Id., Aliénée.
(3) Id., Hospices,
(4) Id., Bureau de bienfaisance.
(5) Id., Mont-de piété.
(6) Id., Paupérisme.