Lettre de Dreyfus au ministre de la Guerre
Monsieur le ministre de la Guerre,
Il y a quelques mois, probablement à la suite d'un rapport sur l’accusation, il m'a été dit que celle-ci reposait :
1° Sur une accusation contre ma famille :
Cette pièce, je l’ignorais. Elle ne m'a jamais été communiquée ; je n’ai donc pas pu y répondre. Elle est, d’ailleurs, aussi atroce que calomnieuse.
20 La présomption d'écriture.
J’ai déclaré que je n'étais pas l’auteur de la lettre incriminée; j'ai montré que, d’après le contenu même de la lettre, je ne pouvais pas en être l’auteur.
3° Le tremblement de main.
Au Conseil de guerre, M. le commandant du Paty de Clam, interpellé, a déclaré qu’il faisait chaud ; M. Cochefert, interpellé, quelques instants après, a déclaré, comme moi, qu'il faisait froid, un froid piquant !
4° Le reste de l'accusation.
Une autre pièce :
Au Conseil de guerre, la protestation très aisée, très loyale, de M. le capitaine Besse, contre l'interprétation qu'on avait donnée à sa déposition, l'explication de M. le commandant Mercier, ont fait abandonner par M. le commissaire du gouvernement cette partie de l’accusation.
D'ailleurs, au Conseil de guerre, les dépositions verbales, les explications provoquées par la défense ont réduit à néant toute cette partie de l'accusation.
5° Causes morales, jeu, femmes.
Je ne puis que me reporter à mes propres déclarations, contre lesquelles il n’a été
apporté aucune preuve sérieuse, aucune déposition signée, reconnue.
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