‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 102 sur 244 · L: PRE · texte numérisé non relu

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RAR TER #4 | (ut FEES

1609 — Mars 1898.

Au Conseil de guerre, il n’a rien été retenu des pièces anonymes, atroces, qui avaient été jointes au dossier.

Dans une lettre adressée à M. le ministre de la Justice, il y a quelques mois déjà, j'ai demandé au nom des droits imprescriptibles de la justice et de la vérité, au nom des intérêts de ma femme, de mes enfants, qu'une enquête sérieuse füt faite pour élucider d’une manière définitive, concluante, tous les rapports anonymes, tous les racontars.

En résumé, Monsieur le ministre, j'en appelle à la loyauté du général de Boisdeftre, j'en appelle à la loyauté de ceux qui m'ont fait condamner, pour faire reconnaitre qu'au Conseil de guerre, où it y avait un représentant du ministre, l'accusation, sauf la première pièce, que j’ignorais, qui n’a donc été communiquée qu'aux juges, l’accusation a été réduite par les débats à une présomption d'écriture.

Je vous demande de vouloir bien agréer l'expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

{Figaro du 1° août 1899.)

— Le Provost de Launay annonce qu'il va demander au Sénat une enquête sur les dépenses du « Syndicat ». Les journaux revisionnistes se joignent à lui pour réclamer une enquête.

— Paul Deschanel, dans un discours prononcé au banquet du Commerce et de l'Industrie, traite l'affaire Dreyfus et le procès Zola de « misérable querelle ».

A. DREYFUS

3. — Picquart envoie dans la matinée ses deux témoins, Ranc et Gast, à Henry qui refuse de constituer les siens.

Dans la soirée, Henry change d'avis et charge les lieutenants-colone!s Parès et Boissonnet de le représenter.

— Le lieutenant-colonel Bergouignan et le commandant Sainte-Marie-du-Nozet (juge suppléant au procès Esterhazy), constitués par Esterhazy contre Picquart, écrivent à leur client :

Nous considérons comme notre devoir de vous déclarer, en notre âme et conscience, à vous qui avez remis votre honneur entre nos mains, que la double disqualification dont M. Picquart est l’objet, ne vous permet aucune rencontre avec lui.

— Le service de la Sûreté découvre dans une chambre de l'Hôtel de la Manche, 141, rue de Sèvres, le corps de Lemercier-Picard accroché à l’espagnolette de la fenêtre. La police cache l'identité du pendu qui se faisait passer, tantôt pour un M. Roberty, tantôt pour un M. Lucien Durieu.

— Les groupes du Sénat se réunissent pour s'occuper de l'incident Trarieux- Bégouen.

— Le général Billot se résout à éloigner le capitaine Bégouen de l’État-Major général ; il l'envoie à l’Etat-Major du 6° corps, à Chälons.

— Le Gaulois annonce que le député de Grandmaison a l'intention de reprendre pour son compte les insultes du capitaine Bégouen à Trarieux.

— Le général Gonse est relevé de ses fonctions de membre du comité technique de l’Etat-Major.

4. — Les témoins d’Esterhazy adressent à Picquart une lettre motivée, suivant eux, par « la nouvelle attitude » prise à son égard par Henry.

Is réclament pour leur client le droit de priorité qui lui avait été reconnu par Henry, et prient Picquart de les mettre, le plus tôt possible, en rapport avec ses témoins.

5. — Duel entre Picquart et Henry dans le manège de l’École militaire. Henry est blessé deux fois au bras droit. ;

Picquart refuse de constituer des témoins contre Esterhazy, « parce qu’il lui est impossible de constituer des témoins pour laffaire qui a fait l’objet de leurs lettres de la veille ». Les témoins d’Esterhazy insistent.

— 164 — Mars 1898.

6. — L'identité de Lemercier-Picard est établie, à la suite des déclarations d'Emile Berr.

— Maurice Lebon, député de la Seine-Inférieure, ancien sous-secrétaire d'Etat aux Colonies, écrit à ses électeurs :

Témoin attristé des événements qui se sont déroulés dans ces derniers mois, blämant toutes les violences, j'estime qu'un grand parti comme le parti républicain ne peut impunément laisser violer les principes supérieurs du droit et de la justice et perd ainsi toute sa raison d’être.

En désaccord évident sur ce point avec mes amis du Gouvernement, du Parlement, de la presse, je n’entends pas vous faire juges de ce différend, et la loyauté ne me permettait pas de vous le dissimuler.

Je ne serai pas candidat aux prochaines élections législatives.

8. — Les témoins d'Esterhazy proposent à Picquart la constitution d’un jury d'honneur dont la présidence serait donnée au général Dufaure du Bessol.

— Note du général Gonse, relative à une déclaration que M. Painlevé aurait faite à M. d'Ocagne. (Rexxes : ZI, 339) :

Dans le courant de l’année 1897, M. Painlevé, professeur à l'Ecole normale supérieure, a déclaré à M. d’Ocagne, professeur à l'Ecole des ponts et chaussées, qu'il était prêt à affirmer le fait suivant :

Quelque temps après le départ de Dreyfus pour les îles du Salut, M. Hadamard, cousin de Dreyfus, faisait part à M. Paialevé, son collègue à la Sorbonne ou au Collège de France, de ses doutes sur la régularité du jugement.

En présence de l'attitude de M. Painlevé, qui coupa court à la conversation sur ce sujet en affirmant sa conviction dans l'exactitude du jugement rendu, M. Hadamard, craignant d'être allé trop loin, a ajouté textuellement :

« Je n’ai pas voulu vous dire que je croyais Dreyfus innocent ; d’ailleurs, depuis son arrestation, nous avons eu dans sa famille connaissance de certains faits de sa conduite qui font que nous ne pouvons pas répondre de lui. »

M. Painlevé, dans les premiers jours de mars 1898, à confirmé, en présence du général Gonse et de M. d’Ocagne, la présente déclaration.

Le général, Sous-chef d'État-major général, GONSE.

9. — Le tribunal correctionnel, présidé par M. Richard, se déclare compétent dans l'affaire des experts Couard, Belhomme et Varinard contre Zola, et renvoie à quinzaine.

Le Conseil de l'Ordre des avocats suspend, pour six mois, M° Courot, avocat. (Voir l'audience du 11 février.)

— M° Mengin, bâtonnier des avocats de Nancy, défendant devant le Conseil de guerre un soldat accusé de refus d’obéissance, pour avoir refusé, étant indisposé, de manger des haricots, proclame les sentiments d’attachement à l’armée du barreau nancéen. L’accusé est condamné à un an de prison. Les avocats présents protestent contre ce Jugement.

10. — Esterhazy, autorisé par le général de Pellieux à poursuivre Mathieu Dreyfus devant le tribunal correctionnel, fait déclarer, par l'Agence Nationale, « qu'il renonce pour le moment à ce dessein et qu'il n’agirait correctionnellement que si de nouvelles imputations étaient dirigées contre lui ».

— Picquart refuse la constitution d’un jury d'honneur, proposée par les témoins d'Esterhazy et qui eût compris MM. Féry d'Esclands, Paul Déroulède et Mézières, ceux-ci ayant accepté cette mission.

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