Esterhazy écrit à ses témoins, parlant de Picquart
Son refus de donner la moindre explication n’a qu’un seul motif : la peur ; son refus de se battre, qu'une seule raison : la lâcheté. Il ne relève plus désormais que de la cravache. J'en fais mon affaire.
— 165 — Mars 1898.
Picquart répond :
Je suis au-dessus des injures et des menaces de M. Esterhazy. On saura ce qu'elles valent le jour où toute la vérité sera connue.
12. — A la Chambre, interpellation du député Dron. Intervention de Léon Bourgeois, d'accord, sur l'affaire Dreyfus, avec M. de Mahy.
— M. Lacour-Gaget, dans un cours libre à la Sorbonne, dit : « La révocation de l’édit de Nantes est la plus belle œuvre de Louis XIV. »
— Apparition, à Dijon, d’un journal antisémite : {a Libre Bourgogne.
13. — L'abbé Garnier, dans le Peuple Français, prétend que les amis de Zola appartiennent à un «syndicat allemand et anglais ».
44. — Des agents de police empêchent les vendeurs du Siecle de crier ce journal dans les rues de Paris.
45. — M. Bertulus rend une ordonnance de non-lieu en faveur de Mathieu et de Léon Dreyfus, inculpés de tentative de corruption de fonctionnaires. — Voir au 13 décembre 1894.
— Comparution de M° Leblois devant le Conseil de l'Ordre des avocats. La décision, suspendant l’avocat pour six mois, ne sera, suivant l’usage, prise officiellement que la semaine suivante (à la date du 22); elle n’en est pas moins communiquée immédiatement aux journaux.
— M° Barboux, ancien bâtonnier, donne sa démission de membre du Conseil] de l’Ordre des avocats de Paris.
— Brunetière publie dans /a Revue des Deux Mondes un article : « Après le Procès », où 1l affirme la culpabilité de Dreyfus.
— Le juge de paix de Bar-le-Duc, jugeant des antisémites coupables de violences et de bris de clôtures, commis le 23 février, s'excuse d’être obligé de leur appliquer la loi.
16. — Un comité d'avocats, d'écrivains, d'artistes et d'hommes politiques se constitue pour faire frapper en l'honneur de Zola une médaille d’or avec ces mots : « La vérité est en marche; rien ne l’arrêtera ».
— Hyacinthe Loyson assure Mathieu Dreyfus « de la sympathie des gens de cœur ».
— Duel à Alger entre Max Régis et le capitaine Oger, du 4°’ tirailleurs, insulté dans /’Anti-juif.
47. — La Cour d'appel d'Alger confirme le jugement condamnant Max Régis et Philippi à quatre mois de prison et 1.000 francs d'amende.
48. — Le Siècle publie les lettres écrites par M"° Dreyfus aux différents ministres des Colonies et au président de la République pour demander à rejoindre son mari.
19. — M%° de Boulancy communique aux journaux une note où elle déclare avoir porté plainte contre la publication des lettres d’Esterhazy, et reproduit une lettre du commandant, la mettant hors de cause en ce qui concerne cette publication.
20. — Gaston Méry, rédacteur à /a Libre Parole, s'étant rendu à une réunion organisée en faveur de Cyvoct, est expulsé de la salle aux cris de : « A bas Îa calotte! »
24. — Max Régis est arrèté à raison des provocations au meurtre proférées par lui dans une réunion tenue à Paris, à la salle Chayne.
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— 166 — Mars 1898.
22. — Le Conseil de l'Ordre des avocals prononce contre M° Leblois une suspension de six mois. (INSTR. FABRE : 2##.)
24. — Le Petit Temps publie une consultation juridique à propos du refus opposé à la demande de M"° Dreyfus. Le sénateur Thézard, professeur de droit à la faculté de Poitiers, déclare illégale la décision du gouvernement ; M. Léveillé, professeur de droit à la faculté de Paris, approuve cette décision ; d'Haussonville, rapporteur de la loi de 1873, refuse de se prononcer.
— Mmes de Pressensé, Trarieux, Havet, Réville, Meyer, Psichari née Renan, Ménard-Dorian, Suchard, Georges Hervé, Morhardt, adressent un appel aux femmes françaises pour leur demander d'intervenir, en dehors de tout esprit de parti. en faveur de M"° Dreyfus, qui s’est vu refuser l'autorisation de rejoindre son mari à l’île du Diable. Un grand nombre de femmes répondront à cet appel et signeront la protestation. {Siocle, Fronde.)
. 25. — On distribue dans les rues la liste des juifs de la vilie, à Rouen, Saint- Étienne, Nantes, etc.
27. — Assemblée générale de la Société des Gens de lettres, présidée par Henri Houssaye. Paul Alexis et Armand Charpentier font, malgré le bureau et le tumulte de la salle, l'apologie de Zola et de son courage.
— A Alger, deux cents antijuifs assomment un israélite, ouvrier matelassier, père de huit enfants, du nom de Shébat, qui avait pris place dans un tramway.
— Picquart, souffrant, garde la chambre jusqu'au 8 avril. Quelques journaux placèrent néanmoins pendant cette période son prétendu voyage à Carlsruhe et ses entrevues avec un agent étranger. (Cass. : dép. Griset. 1, 386.)
30. — On apprend que M. Israëls, avocat de la légation des Pays-Bas à Paris et correspondant du Handelsblad, d'Amsterdam, a dû se démettre de son poste à la légation, sur l’intervention de M. Hanotaux, mécontent des comptes rendus envoyés par lui en Hollande sur le procès Zola.
— Le Siècle publie une lettre à la France d’un Hollandais, montrant combien l'opinion publique, à l'étranger, nous est défavorable.
— Viviani, à la Chambre, blâme sévèrement le procureur général Quesnay de Beaurepaire et l’accuse d’avoir, dans les affaires du Panama, «assuré aux coupables une scandaleuse impunité ».
M. Quesnay de Beaurepaire, dit l’orateur, a été le magistrat à double face, souriant et aimable pour les puissants et les heureux de ce monde, hautain et dur pour les déshérités.
La Chambre adopte à l'unanimité de 515 votants, un ordre du jour flétrissan- Quesnay de Beaurepaire, dont « la défaillance » à assuré « l'impunité aux cout pables », et décide que le discours de Viviani sera affiché dans toute la France.
31. — La Cour de cassation examine le pourvoi de Zola et du gérant de l’Aurore, sur le rapport du conseiller Chambareaud. Réquisitoire du procureur général Manau. En terminant, M. Manau supplie « M. Zola etses amis » «d’avoir pitié de la France ! »
— Revue des troupes passée, place des Invalides, par le général Zurlinden. Manifestation nationaliste. On demande aux passants de crier : « Vive Pellieux ! »
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—101— Avril 1898.
1. — Le générai Billot déclare à M. Mazeau, premier président de la Cour de cassation, qu'i ne répond plus de rien si l'arrêt Zola est cassé.
— Constitution définitive de la Ligue de défense des Droits de l’homme et du citoyen.
— Du Paty donne rendez-vous à Esterhazy, par ordre de Boisdeffre. Esterhazy prétend (Sunday Times du 16 avril 1899) que, dans leur entrevue, il parla à du Paty du « document faux » (faux Henry).
— Le romancier Pouvillon, ayant souscrit pour la médaille Zola, se voit obligé de donner sa démission de membre de l’Académie de Montauban.
2. — La Cour de cassation casse l'arrêt de la Cour d'assises qui a condamné Zola et Perrenx: attendu, dit l'arrêt, « qu'à défaut de plainte du Conseil de guerre, le ministère public a été sans qualité comme sans pouvoir pour saisir la Cour d'assises ».
— A la Chambre :
Interpellation de Marcel Habert et Chiché sur la suite que le Gouvernement entenä donner à l’arrèêt rendu par la Cour de cassation. Le Gouvernement déclare « qu’il réunira le Conseil de guerre, qui sera juge de ce qu’il voudra faire. » Chiché demande la révocation du procureur général Manau. Méline, président du Conseil, «regrette et blâme » certaines déclarations du procureur général. Vote de l’ordre du jour pur et simple, par 333 voix contre 174.
3. — Le Gaulois, l'Écho de Paris, l'Autorité, l'Intransigeant, le Journal, l'Éclair, le Petit Journal, attaquent violemment l’arrêt de la Cour de cassation ; /’Eclair traite son président M. Læw, de juif. La Libre Parole écrit en manchette: « Les magistrats contre l’armée. »
— À Alger:
Arrivée de Drumont. Un rédacteur de l’Anti-Juif salue en lui «la France, la République et la Liberté. » — Les juifs sont assaillis et assommés dans les
faubourgs. — Max Régis fait publier les noms des femmes de la ville qui se fournissent dans les magasins juifs.
4. — Le Siècle publie, sous le titre : La vérité sur Esterhazy, une lettre d’un diplomate, datée de Berne, qui contient le récit des relations du commandant avec Schwarztkoppen.
— Clôture de la souscription pour la médaille de Zola, qui a atteint 10.063 fr. 50 c.
5. — La conférence Molé-Tocqueville adopte l’ordre du jour suivant: « La conférence attend de la prévoyance et de la fermelé gouvernementales les mesures nécessaires pour arrêter l'envahissement périlleux de la prédominance du cosmopolitisme et de la race juive ».
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— 168 — Avril 1898.
— Ernest Judet demande, dans /e Petil Journal, que, pour répondre à la Cour de cassation, on enlève à Zola sa croix d'officier de la Légion d'honneur. Le même journal veut que l’on « coffre sans explication tout adversaire ». +
6. — Le ministre de la Guerre adresse au gouverneur de Paris des instructions sur la suite à dopner à l'arrêt de la Cour de cassation cassant l'arrêt qui a condamné Zola.
— Esterhazy adresse de la prison de la Santé au ministre de la Guerre : 1° une plainte en faux au sujet du petit bleu ; 2 une plainie sur la violation de sa correspondance par Picquart. (Petit Temps, du 10 avril 1899.)
— Le ministère de la Guerre dément que les frères de Dreyfus aient construit un château à Belfort en pleine zone militaire. Leur maison est située dans l’enceinte de la ville.
.— François Coppée publie, dans Je Journal, un article àla gloire du « sabre libérateur ».
— L'Éclair rejette sur les auteurs de la campagne Dreyfus la responsabilité de la crise subie par le commerce,
— L'Indépendance Belge, la Gazelte de Francfort et la Gazette de Cologne, confirment la Lettre d'un diplomate, publiée, le 4 avril, par le Siécle.
— Le Siècle publie la déposition que Henri Casella eût faite devant la Cour d'assises, si le président Delegorgue eût consenti à entendre son témoignage. (Voir Pr. Zora, II, 515.)