Dernière séance de la Chambre des députés élue en
Le président Brisson souhaite qu'aux prochaines élections, le pays « fidèle à ses illustres précédents de 18176, 1877 et 1889, sache, de sa main souveraine, écarter les pertides ». ñ
8. — Le Conseil de guerre qui a jugé Esterhazy porte plainte contre Zola et Perrenx ; il décide que certains membres se porteront partie civile.
Il émet le vœu que le ministre de la Guerre adresse une plainte au grand chancelier pour faire rayer Zola des cadres de la Légion d'honneur. Le commissaire du gouvernement n’assistait pas à cette séance.
— La comtesse Walsin-Esterhazy introduit contre son mari une demande en séparation.
Du 8 au 21. — Fabrication de la fausse photographie représentant Picquart en conversation avec le colonel de Schwartzkoppen, à Carlsruhe.
9. — Paul Déroulède adresse un manifeste aux municipalités de France. Il ne veut pas qu'il y ait un seul « défenseur du traitre » à la Chambre des députés. Il demande qu'on fasse signer aux candidats, dans toutes les circonscriptions. une déclaration ainsi conçue : « Le candidat prend l'engagement de s'opposer à toute revision directe ou indirecte du procès Zola. »
10. — Sur la plainte du Conseil de guerre, Zola et Perrenx sont assignés à nouveau. Les trois lignes suivantes sont seules relevées, cette fois, dans l’article de huit colonnes de l’Aurore :
Un Conseil de guerre vient, par ordre, d'oser acquitter un Esterhazy, soufflet suprême à toute vérité, à toute justice.
— Une bande de drôles, dont neuf soldats, assaillent Zola se promenant à bicyclette aux environs de Médan, et lui lancent des pierres.
— La Patrie, visant le colonel Picquart, assure qu’au prochain procès Zola seront lues «les notes d’un dossier de la sûreté générale sur l’agent principal de la revision et qui prouvent sa complicité dans la propre trahison de Dreyfus».
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LIGUES Avril 1898.
— La Patrie dit également qu’un «agent du Syndicat Dreyfus, dont elle cite les initiales, P, de C., est parti pour Londres avec 300.000 francs, afin de publier une brochure avec documents apocryphes ».
42. — La Patrie publie, d’après un journal allemand, le Berliner Tagblatt, une note où Esterhazy est représenté comme ayant eu des rapports avec Schwartzkoppen « au su et avec l'autorisation de l’Etat-Major français ».
— Rochefort, dans l'Intransigeant, assure que « les preuves de la culpabilité de Dreyfus peuvent se peser par kilos ». Ce ne serait qu'après deux ans d’un filage incessant, et après avoir réuni contre lui le plus écrasant dossier, qu'on l'aurait arrêté.
43. — Esterhazy déclare à un rédacteur de l’Agence nationale « qu'il ne veut plus s’occuper de l'affaire Dreyfus ». Les journaux antirevisionnistes l'en approuvent beaucoup.
44. — Sous ce titre : « Une nouvelle ignominie », Zola s'élève, dans l’Aurore, contre la manœuvre de ceux qui, en ne poursuivant que deux mots de sa lettre, veulent l'empêcher de faire la preuve de ses accusations.
Zola signifie au parquet la liste de ses témoins,
45. — M. Grosjean, juge au tribunal de Versailles, désigné comme assesseur au procès Zola, ayant écrit dans l’Eclair un article hostile à l'accusé, doit demander à être remplacé.
— Le Jour publie une interview de Panizzardi, démentant le récit de Casella dans le Siècle. Panizzardi répond qu’il a refusé de recevoir le rédacteur du Jour et qu’il n’a accordé d’interview à personne.
— Maurice Talmeyr insulte Zola dans le Figaro, et le traite de « saltimbanque qui donne le spectacle ou la parade d’une nouvelle crise d’épilepsie ».
16. — Hyacinthe Loyson écrit à Esterhazy pour l’inviter à entrer dans la voie des aveux.
— Discours de Méline à Remiremont ; le président du Conseil fait l'éloge de sa « loyauté », rend hommage à la chose jugée et à l'honneur de l’armée.
— Discours de Ribot à Arras ; l'affaire Dreyfus est passée sous silence.
— Le Soir menace les revisionnistes et demande qu’on leur applique les lois de sûreté générale, Mêmes menaces dans l’Intransigeant, sous la plume du député Castelin.
— Le Figaro, dans un article signé WMagistrat anonyme, préconise l’étranglement du procès Zola à la Cour d’assises de Versailles. On attribue cet article à M. Périvier, premier président de la Cour d'appel, qui doit diriger les débats.
19. — Dans une lettre à M. Bertulus, Picquart désigne Esterhazy comme l’auteur des articles signés Dixi, parus dans la Libre Parole les 15, 16 et 17 novembre 1897. ( Cass. : instr. Bertulus, IT, 221, 268.)
20. — L'Intransigeant s'efforce d'établir l’authenticité de la lettre de 1896 (faux Henry).
24. — La Chambre des appels correctionnels, présidée par M. Feuilloley, confirme le jugement par lequel le tribunal correctionnel s’est déclaré compétent, dans le procès intenté à Zola par les trois experts en écritures.
— Henri Casella, interviewé à Thuin par un rédacteur de /a Gazetle de Charleroi, donne de nouveaux détails sur les relations d’Esterhazy avec Schwartzkoppen,
22, — Un capitaine d'infanterie d’une garnison du Midi donne le nom de Zola
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à une silhouette de tir et promet trente jours de permission aux tireurs qui alteindront le cœur.
— Jules Guérin ayant été condamné, à Alger, à huit jours de prison pour avoir fait assommer un passager inoffensif débarqué dans le port, la Libre Parole traite les magistrats de « {as de crapules ».
— Rochefort traite le procureur général Manau de « vieil agent du syndicat... misérable allié des traîtres... odieux cabotin.. etc. » L'Intransigeant déclare que les Alsaciens dreyfusistes sont tous des Al/emands.
23. — Hanotaux, ministre des Affaires étrangères, relève de ses fonctions de consul de France à Gand, M. Gréquier, signataire d’une adresse à Zola.
— La Patrie essaie de rattacher à l'affaire Dreyfus la mort du capitaine d’'Attel.
— L'Indépendance Belge publie un article du sénateur russe Zakrewski sur l'arrêt de la Cour de cassation, qui a, dit-il, « sauvé l'honneur de la magistrature en France ».
— L'Intransigeant traite de « Prussiens.. criminels... imbéciles, faussaires… agenouillés.…., etc., » les magistrats de la Cour de cassation.
24.— Le comte de Munster parle au comte de Turenne d’Aynac des prétendues lettres de l’empereur d'Allemagne, et lui confirme leur inexistence. (Cass. : dép. Turenne, 1, 612.)
— M. Grimaux, professeur de chimie à l’Institut agronomique, est mis à la retraite.
— Article de l’Echo de Paris relatif à l'affaire Dreyfus.
La mention de certaines signatures (Maximilien, Chien de guerre, Alexandrine), employées par Panizzardi dans sa correspondance avec Schwartzkoppen, révèle une communication provenant du bureau des renseignements. (Cass, : dép. Picquart, I, 137-158.)
Le même journal impute au colonel Picquart un voyage mystérieux en Allemagne. (Voir aux 28 et 30 avril.)
25. — L'Intransigeant assure que les officiers témoins au procès de Versailles « mangeront enfin le morceau », et qu’on servira aux défenseurs de Dreyfus « une bombe toute chaude à la première réquisition ».
— On répand le bruit qu'un attentat aurait été dirigé contre Drumont à Alger.
— Nouvelle interview de M. Casella dans /a Réforme, de Bruxelles.
— Lé Siècle, sous la signature Jean de Cournon, publie le récit suivant qu'il attribue à un agent du ministère de la Guerre (Guénée) :
J'ai été chargé de filer le capitaine Dreyfus. Je suis dans le secret de ses trahisons.
… Dreyfus a fait le voyage de Belgique pour s’entretenir avec un officier allemand. Il a eu avec lui une entrevue dans la cour de l'hôtel où il était descendu à Bruxelles. Je pris même un instantané du groupe qu’ils formaient tous deux en causant...
(Cf. Rennes : dép. Mayet, III, 556.)
26. — Vingt-six Conseils généraux émettent des vœux hostiles à la revision.
Ceux de la Manche et des Basses-Alpes flétrissent « la criminelle campagne des insulteurs de l’armée et de la justice militaire ».
Celui de la Mayenne vote une motion contre la revision.
Les Conseils du Gers, de la Loire-Inférieure, de la Charente, du Finistère, de Maine-et-Loire, de Seine-et-Oise, ceux du Lot-et-Garonne, de la Haute-Marne et de la Corrèze, (ces trois derniers républicains), réclament l'intervention gouverne-
mentale et des poursuites judiciaires contre les revisionnistes.
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Quatorze autres Conseils se contentent d'adresser à l’armée l’expression de leur confiance,
— Le Conseil de l'Ordre des avocats, saisi d’une plainte contre M° Demange, déclare que l’éminent avocat n’a jamais manqué à ses devoirs professionnels.
— L'écrivain norvégien B. Bjoernson expose à Zola l'opinion des pays du Nord sur les événements de France,
27. — L'Écho de Paris publie un article sur le procès de Versailles et sur le « Syndicat Dreyfus ». Il dit qu'au procès de février, les officiers ne pouvaient parler : « des ordres formels s’y opposaient », mais qu'il n’en est plus de même.
28. — Le Gaulois dit que le principal témoin de Zola (Picquart) s’est rendu auprès de Schwartzkoppen, à Carlsruhe, et qu'il existe une « preuve matérielle » de leur entretien. (Voir au 24 avril; Cf. Cass. : dép. Picquart, I, 210.)
— La Libre Parole donne des détails sur l’organisation du « syndicat de trahison », auquel seraient affiliés vingt-trois juges d'instruction sur vingt-six, et le général Billot lui-même « qui terrorise les officiers assignés ».
— Aménités de l’Intransigeant à l’adresse de la Cour de cassation : « Conseil suprême de volailles mal farcies..., comédiens flétris..., trafiquants de justice, etc. »
— La Liberté de Saône-et-Loire invite les électeurs à exiger des candidats un engagement signé de s'opposer à la revision.
29. — A Duzerville (Algérie), le député Thomson est frappé d’un coup de matraque, et des coups de revolver sont tirés sur lui par des antisémites.
30. — Le Gaulois, revenant sur son information de l’avant-veille, affirme qu'il existe une photographie de l'entretien de Picquart avec Schwartzkoppen.
Sous le titre : Un nouveau traître, le Jour dit que cette entrevue a eu lieu à Bade et qu’il en a été pris un instantané. (Voir aux 24 et 28 avril.)
— La Libre Parole relève un article du Patriote de Bruxelles, accusant le général Billot de s’être fait donner 8.000 francs par an sur les 40.000 francs que le colonel Picquart avait à sa disposition comme chef du service des renseignements.
Fin avril ou début de mai. — Le général Billot ordonne de faire un nouveau classement de toutes les pièces concernant l'affaire Dreyfus.
Ce travail aboutit à la rédaction d’un rapport d'ensemble, dit rapport Wattinne, et à l'établissement d’un inventaire. (Cass. : dép. Cuignet, 1, 338, 356 ; dép. Gonse, 961 ; RENNES : dép. Billot, III, 353.) — Voir au 28 mai et au 1° juin.
Au cours de ce travail, on ne retrouva pas le texte du télégramme Panizzardi, du 2 novembre 1894. Gonse invita du Paty à reconstituer de mémoire ce télégramme et en écrivit lui-même le texte sous sa dictée. Il envoya, d'autre part, Henry au ministère des Affaires étrangères, pour redemander cette pièce. M. Paléologue ne put la lui remettre, mais il lui en dicta le texte exact. De retour auprès de Gonse, Henry se borna à lui dire qu'il fallait faire demander officiellement la pièce par le ministre de la Guerre. Le ministre prescrivit alors à Gonse d’aller demander le télégramme au sous-secrétaire d'Etat des Postes et Télégraphes, M. Delpeuch, qui lui répondit, peu après, que cette pièce avait été détruite. (Cass. : dép. de Boisdeffre, 1, 557 ; dép. Gonse, 1, 561-565 ; dép. Paléologue, I, 590-391.)
Printemps. — D’après un télégramme de l'ambassade de France à Rome, transmis par les Affaires étrangères à la Guerre, « Esterhazy aurait recu, en ces dernières années, de gouvernements étrangers, une somme de 200.000 francs, Fe récemment, une somme de 8.000 francs ». (Cass. : dép. Paléoloque, 1,
— 172 — Mai 1898.
Courant de mai. — Le général anglais Talbot, ancien attaché militaire en France, causant avec Galliffet, lui dit :
… Ce qui m'étonne, c’est que le commandant Esterhazy soit encore en liberté, car nous tous, les attachés militaires, nous savions parfaitement qu'avec un ou deux billets de 4.000 francs, M. Esterhazy nous fournirait les renseignements que nous ne pouvions avoir directement du ministère de la Guerre.
(Cass. ; dép. Galliffet, I, 217.)
4. — Zola fait remettre au parquet de Versailles une citation à témoin destinée à Dreyfus.
— Trarieux écrit au président du Conseil des ministres pour lui demander d’éclaircir l’affaire des fausses photographies représentant Picquart, à Carlsruhe, en conversation avec Schwartzkoppen.
— Le député Georges Berry déclare dans une réunion électorale, rue Blanche : « Que Dreyfus soit innocent ou coupable, je ne veux pas de la revision. »
Le 5 mai, il tentera de démentir ces paroles. Mais Chincholle, rédacteur au Figaro, affirmera les avoir entendues, ainsi que d’autres personnes. (Aurore du 14 mai.)
— L'Écho de Paris, ayant prétendu que Picquart avait été nommé chef du bureau des renseignements sur la recommandation de Joseph Reinach, reçoit de ce dernier un démenti.
— Le Conseil de l'Ordre des avocats décide qu’il ne sera pas donné suite à la plainte de M° Jules Auffray contre M° Barboux.
— Duclaux répond, dans la Revue du Palais, à l’article de Brunetière: Apres le Procès, publié par la Revue des Deux Mondes.
— Rochefort écrit: « La revision du procès Dreyfus serait la fin de la France.
— La Liberté de Saône-et-Loire écrit : « Dreyfus est-il coupable ou non, il n'importe ! »
— Le Jour, dans un article signé : Adolphe Possien, précise ses accusations contre Picquart :
Le 5 avril, M. Picquart quittait Paris et était le lendemain en grande conférence à Carlsruhe avec un mandataire de la banque Schreider; il voyait M. de Schwartzkoppen deux jours après et ces messieurs ne se quittaient que vers le 20 ou le 21.
Pourquoi toutes ces entrevues et dans quel but? La question est évidemment naïve et nous savons ce qu'il en faut penser.
Nous avons là une photographie à l’appui, démonstration évidente de l'entente qui règne entre la famille Dreyfus, M. Zola et les ennemis de la France.
(Voir aux 24, 28 et 30 avril.)
3. — Le Jour, dans un article intitulé : le Complot allemand et signé H. Galli, reproduit ses accusations contre Picquart, en plaçant à Bade son entrevue avec Schwartzkoppen.
— 17 — Mai 1898.
4. — Le commissaire de police Bernard adresse à M. Bertulus un rapport faisant connaître que les articles signés Dixi, publiés par /a Libre Parole, auraient été dictés par Esterhazy. {Cass. : II, 269; cf. IT, 220-224.)
— M. Klotz, candidat à Montdidier, fait la déclaration suivante :
Patriote avant tout, j'ai flétri dès la première heure la campagne odieuse dirigée contre l’armée de la République, et, comme je l’ai toujours dit, je prends l'engagement formel de voter contre la revision du procès Dreyfus.
5. — L'Aurore reproduit des déclarations d'André Lebon. Le ministre des Colonies ne sait pas si Dreyfus est coupable ou non, mais il sait que, s’il s'évadait, sa carrière politique à lui Lebon serait finie, et il prend les précautions les plus sévères pour empêcher l'évasion (la chaîne, la nuit). Le ministre ajoute qu'il désire vivement la mort du déporté qui serait pour lui « un débarras ». C’est dans cette éventualité d’ailleurs qu’il a fait transporter aux îles du Salut tout un matériel d'embaumement.
— Sébastien Faure se rend en Algérie et entreprend une campagne de réunions publiques contradictoires.
6. — Picquart poursuit pour diffamation le Jour, à raison des articles datés des 1, 2 et 4 mai. Il dépose en même temps une plainte au parquet, la preuve n'étant pas admise devant le tribunal correctionnel.
— La Libre Parole recommande aux électeurs des Grandes-Carrières la candidature Vervoort.
7. — Yves Guyot publie la brochure: l’Innocent et le Traitre : Dreyfus et Esterhazy.