‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 115 sur 244 · Manifeste du duc d'Orléans · texte numérisé non relu

Manifeste du duc d'Orléans

.… Sous prétexte d’innocenter l’homme que les tribunaux militaires ont condamné, c’est l’armée qu'on veut détruire et la France qu'on veut perdre.

— L'Éclair et le Petit Journal disent qu'au moment où il a donné sa démission, le général Zurlinden était sur le point de déférer Picquart à un Conseil de guerre sous l’inculpation de faux.

— L'Observer de Londres dit qu’Esterhazy est dans cette ville depuis dix jours et annonce de prochaines révélations. Esterhazy aurait déjà déclaré que plus de six cents pièces, sur les mille qui forment le dossier Dreyfus, seraient des faux.

— À un banquet donné à Recologne, l’ancien ministre Rambaud blâme la révélation du faux de 1896.

— Le contre-amiral Réveillère, dans une lettre au député Guieysse, s'élève contre les appels au coup d'Etat: « Ne pas connaître la souveraineté de la Cour de cassation, c’est faire l'abandon de toutes les garanties qui nous ont coûté si cher. »

— Le Figaro, les Débats, l'Estafette, le National, le Matin, le Petit Bleu, la Liberté, la Petite République, le Radical, le Siècle, l’ Aurore, la Lanterne, le Temps, le Voltaire, se félicitent de la revision. Le Gaulois S'Y résigne. L'Eclair proteste contre l'atteinte portée à la chose jugée.

19. — Le général Zurlinden est réintégré dans ses fonctions de gouverneur militaire de Paris. (Voir le Gaulois du 8 octobre 1900.) Le décret ne sera signé que le lendemain.

— Francis de Pressensé est traduit devant le Conseil de la Légion d'honneur pour avoir publié sa lettre au Grand Chancelier et présidé des réunions publiques où ont été votés des ordres du Jour outrageants pour des officiers de l’armée, « faits de nature à porter atteinte à l'honneur de M. de Pressensé ».

— Le Temps rapporte qu'au mois de février, le générai Zurlinden exprimait auprès du général Billot, alors ministre de la Guerre, un avis contraire à la mise en ré-

— 208 — Septembre 1898.

forme du colonel Picquart. La détention de quarante-cinq Jours, subie par cet officier, lui paraissait alors une punition suflisante.

— Le convent maçonnique, réuni rue Cadet, adhère à la résolution prise par le gouvernement d'engager la revision.

— Réunion salle du Temple. Vote d’un ordre du jour de félicitations à Zola, Picquart et Jaurès.

— Le député Georges Berry écrit au président de la Chambre, pour demander qu'un des salons du Palais-Bourbon soit ouvert à une réunion de députés.

— Esterhazy écrit à M"° Beer, directrice de l’Observer, pour protester contre l’article publié la veille par ce journal. (Sur les démêlés d’Esterhazy avec M: Beer, voir le Temps daté du 27 septembre 1898 ; la Libre Parole du 30 septembre 1898 ; les Dessous de l'affaire Dreyfus, et les dépositions de Strong ; Cass.: 1, 741 et suivantes.)

20. — Le général Chanoine, ministre de la Guerre, transmet le dossier formé contre le colonel Picquart au général Zurlinden, qui signe l’ordre d'informer.

Le procureur général Bertrand en avise à 5 heures du soir le substitut Siben, chargé d'occuper, le lendemain, le siège du ministère public dans l’affaire Picquart-Leblois. (InsTR. FABRE, 268.)

— Le Siècle signale les agissements du lieutenant-colonel Bertin contre la revision. — Le duc d'Orléans fait afficher un manifeste contre la revision du procès

Dreyfus. Il y affirme que la monarchie seule est en mesure de protéger l'honneur de l’armée.

21. — Réunion, au ministère de la Justice, de la Commission de revision, composée des conseillers Petit, Lepelletier, Crépon, et des directeurs La Borde, Couturier et Geoffroy. (Cass.: 17, 128.)

— Le procès Picquart-Leblois vient à la 8° Chambre correctionnelle, présidee par M. Bernard.

Le substitut Siben demande le renvoi de l’affaire, tant à raison de l’ouverture d’une information militaire, contre le colonel Picquart, « sous l’inculpation de faux pour le pefit bleu » que de la réunion de la Commission de revision.

M: Labori, avocat de Picquart, et M° Jules Fabre, avocat de Leblois, s'opposent à la remise de l’affaire. É

Picquart proteste contre l’accusalion de faux lancée contre lui et fait la déclaration suivante:

J'irai peut-être ce soir au Cherche-Midi.

C’est probablement la dernière fois, avant cette instruction secrète, que je puis dire un mot en public. Je veux que l’on sache, si l’on trouve dans ma cellule le lacet de Lemercier-Picard ou le rasoir de Henry, que ce sera un assassinat, car jamais un homme comme moi ne pourra avoir, un instant, l’idée du suicide. J'irai le front haut devant cette accusation, et avec la même sérénité que j'ai apportée toujours devant mes accusateurs !

Le tribunal renvoie la cause au premier jour. (InsrR. Fagre, 263. Voir au 17 septembre.)

Picquart refuse de demander sa mise en liberté provisoire.

Une ovation est faite au colonel Picquart. Celui-ci est ramené à la prison de la Santé où il est réclamé par un capitaine de la Prévôté militaire. Le directeur de la Santé refuse de le livrer sans ordre supérieur.

— Esterhazy écrit une nouvelle lettre à M®° Beer, directrice de l'Observer. (Temps daté du 27 septembre 1898 ; voir aux 18 et 19 septembre.)

22. — Deuxième séance de la Commission de revision. (Cass.: 17, 428.) — Sur l’ordre du parquet, Picquart est livré à l'autorité militaire et écroué au Cherche-Midi. La foule l’acclame à la porte de la prison.

— 209 — Septembre 1898.

Le lieutenant-colonel Foulon est nommé commissaire du gouvernement, et le capitaine Tavernier rapporteur près le 2° Conseil de guerre. — Trarieux écrit une lettre d'encouragement au colonel Picquart.

— Le Daily News publie une interview d’Esterhazy.Il prétend avoir, au procès Zola, signalé le faux Henry au général de Pellieux, avoir refusé la retraite que lui offrait le général Billot, et posséder des documents dont il se réserve de faire usage.

23. — Troisième et dernière réunion de la Commission de revision.

La Commission s'étant partagée en deux fractions égales, l’avis négatif prévaut; il est formulé dans les termes suivants :

Attendu que l’article 443 susvisé exige, pour que la revision puisse avoir lieu, qu’après la condamnation un fait vienne à se produire ou à se révéler, ou que des pièces, inconnues lors des débats, soient représentées, de nature à établir l’nnocence du condamné ;

Aitendu que, des documents produits à la Commission, il ne résulte aucun fait nouveau et qu'il n’est représenté aucune pièce qui soit de nature à établir l'innocence du condamné Dreyfus;

Que ce fait ne peut se voir dans la fabrication d’une pièce fausse par le colonel Henry;

D'abord, parce que cette pièce, postérieure. de deux ans à la décision du Conseil de guerre, ne peut avoir influé sur cette décision ;

Ensuite, parce que le commandant Henry est resté étranger à la détermination de poursuivre Dreyfus, et qu’il résulte de la procédure que son rôle y a été insignifiant;

Qu'il ne peut se trouver non plus, ni dans les divergences d’appréciationsd’écritures — soit qu’elles émanent d’experts, soit qu’elles émanent de personnalités quelconques, ces divergences, en matière aussi conjecturale, ne peuvent être sérieusement invoquées comme constituant le fait nouveau de nature à établir l'innocence du condamné —; ni dans les deux pièces saisies, alors qu'aucune de ces pièces ne peut démontrer que la condamnation qui a frappé Dreyfus a été le résultat d’une erreur.

Par ces motifs,

La Commission n’est pas d’avis qu’il y ait lieu à revision.

(Cass. : II, 129.)

— Le député Julien Dumas écrit au ministre de la Guerre pour demander la réorganisation du service des renseignements.

— A Ja requête des experts en écriture Couard, Varinard et Belhomme, l'huissier Loison saisit, chez Zola, les meubles et les objets garnissant trois pièces de l'hôtel.

— On rapporte ce propos du commandant Ravary :

« Il y avait dans mon rapport une page à la charge d’Esterhazy ; on m'a donné l'ordre de la faire disparaître. »

— Le Petit Journal, sous la signature de Judet, reproduit, avec des allérations, le texte de la déposition de Lauth contre Picquart, au procès Zola.

— Le Matin émet l'hypothèse que « le petit bleu, s'il n’était pas faux à l’origine, a pu le devenir depuis ».

— La National Zeitung, de Berlin, écrit :

On n’a jamais mis en doute, en Allemagne, que l’ancien attaché militaire allemand avait des relations avec Esterhazy.

24. — Au Conseil des ministres, Brisson, Bourgeois et Delcassé se prononcent en faveur de la revision. La décision est renvoyée au 26.

— Lettre de Dreyfus au gouverneur de la Guyane. Il exprime son désespoir de ne recevoir aucune réponse à ses demandes de revision. Il déclare qu'il n'écrira plus, même à sa famille, et qu'il n’enverra plus que deux appels suprêmes, au président de la République et au général de Boisdetfre, pour leur léguer sa mémoire à venger, l'honneur de son nom, de sa femme et de ses enfants. (Cette lettre sera communiquée le 10 novembre au ministère des Colonies par le gouverneur de la Guyane.)

Page 1