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— 210 — Septembre 1898.
— Le Figaro publie une dépêche de Berlin, aux termes de laquelle la Gazette de Cologne et le Berliner Tageblatt déclarent savoir, de source autorisée, que le petit bleu n'est pas faux. Il n'aurait pas été écrit par Schwartzkoppen, mais par l'agent secret de l'ambassade d'Allemagne, qui servait d’intermédiaire à l’attaché militaire dans ses rapports avec les espions.
— La National Zeitung dit que Schwartzkoppen a eu avec Esterhazy les rapports que comportait sa mission.
— Paul Déroulède convoque la Ligue des Patriotes à une réunion privée, salle Guyenet. Manifestations à la sortie.
— Quatre réunions publiques sont organisées à Paris par les revisionnistes.
25. — L'Observer publie les déclarations faites par Esterhazy à Strong :
J'ai écrit le bordereau, sur la demande du colonel Sandherr, mort aujourd’hui. Il est malheureux que le colonel Sandherr et le lieutenant-colonel Henry soient morts, car ils connaissaient le fait. Mais, néanmoins, il m'est possible de prouver que c’est moi qui ai écrit Je bordereau, en dépit de la disparition de ces deux témoins.
Le bordereau devait servir à prouver matériellement la culpabilité de Dreyfus, le
bureau des renseignements n'ayant pu recueillir contre Dreyfus que des preuves morales. On savait, cependant, par le service d’espionnage français à Berlin, que l’Etat- Major allemand était en possession de documents que, seul, Dreyfus pouvait lui communiquer. C’est la liste de ces documents, dont l’arrivée à Berlin avait été signalée à notre bureau des renseignements, qui constitue le bordereau... De simples témoignages ne suffisant pas devant le tribunal militaire, il fallait produire des documents probants. J'étais, à cette époque, attaché au bureau des renseignements, mes fonctions consistant à surveiller les faits et gestes des attachés militaires accrédités à Paris par les puissances de la triple alliance. Je devais aussi faire des voyages en pays étrangers, où l’on ne soupçonnait jamais que j'étais un officier français, pour deux raisons : d’abord parce que je parle couramment l’allemand et l'italien et, ensuite, perce que l’on me prenait pour un Autrichien à cause de mon nom.
Lorsque le colonel Sandherr me dit d'écrire le bordereau, j'exécutai l’ordre qu'il me donnait sans remords et sans hésitation. Je suis un soldat de profession et je demeure fidèle aux vieilles traditions de discipline militaire. J’ai donc écrit le bordereau parce que le colonel Sandherr m'avait donné un ordre dans ce sens. Je savais, naturellement, le but pour lequel il était fait. Je savais que je commettais un faux, mais je savais aussi que les bureaux des renseignements, dans tous les pays, n’agissent pas autrement, car il serait impossible d'arriver d’une autre façon à faire punir les espions.
Ces déclarations seront démenties par Esterhazy dans le Morning Leader et le Daily News.
(Temps, daté du 27 septembre 1898: voir aux 18 et 19 septembre; cf. les dépositions de Strong, Cass. : 1, 74 et suiv. ; l’article de la Libre Parole du 30 septembre 1898, et les Dessous de l'affaire Dreyfus.)
— Le député Chassaing écrit au président du Conseil qu’il l’interpellera sur les mesures prises pour assurer la suprématie du pouvoir civil. (Voir au 30 septembre.)
26. — Le Conseil des ministres autorise le garde des Sceaux à transmettre à la Cour de cassation la demande en revision formée par M"° Dreyfus.
— Le garde des Sceaux Sarrien adresse aux procureurs généraux une circulaire les invitant à réprimer énergiquement les attaques qui seraient dirigées contre l’armée.
— La Libre Parole publie une lettre outrageante de Lasies au ministre de la Guerre, qu'il accuse d’être « un mauvais citoyen et un soldat indigne, vindicatif et incapable. »
— L'éditeur Fayard annonce qu'il s’est engagé à donner à Esterhazy 100.000 francs et une part dans les bénéfices de la vente d’une publication intitulée : les Dessous de l'affaire Dreyfus. Mais Esterhazy lui ayant fourni de vio-
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