Chambre criminelle. Suite de la déposition de Picquart
— La Libre Parole publie une lettre d'André Buffet, chef du bureau politique du duc d'Orléans, opposant à la lettre de Hervé de Kérohant (voir au 1°" décembre) l'avis du duc d'Orléans :
.. Dans sa lettre à M. le colonel de Parseval et dans son manifeste adressé aux Français, il a dénoncé clairement le complot dirigé contre l’armée, donc contre la France. L'opinion du duc d'Orléans n’a pas changé.
— M. Edmond Gast écrit à /a Libre Parole pour démentir qu'un frère du lieutenant-colonel Picquart ait opté pour l'Allemagne. L'unique frère du lieutenant-
— 930 — Décembre 1898.
colonel Picquart est mort directeur du bureau auxiliaire de la Banque de France à Sens.
— Réunion publique au Grand-Orient, sous la présidence de Duclaux. L'ordre du jour réclame la suppression des Conseils de guerre et rend hommage au colonel Picquart. Parmi les orateurs, Anatole France, Paul Reclus et Ferdinand Buisson.
Ceux qui n’ont pu entrer dans la salle tiennent un meeting dans la cour.
A lasortie, plusieurs milliers de personnes se répandent sur les boulevards et vont conspuer /a Libre Parole, l’Éclair et le Petit Journal. Bagarres boulevard Montmartre.
4. — Hervé de Kérohant publie, dans le Soleil, une lettre d’un catholique « dreyfusard de la première heure » :
.… Je considère la campagne menée jusqu’à l’apologie du faux par quelques catholiques alliés au pire... comme une faute qui aura des conséquences incalculables pour la religion. À MAR
Ce serait, ajoute-t-il, rendre un grand service à l’Église, qui a été si imprudemment engagée à fond dans cette triste affaire par quelques prêtres journalistes, que de convoquer les catholiques qui pensent comme vous, afin qu'ils puissent se concerter…
Hervé de Kérohant répond qu’il ne peut se charger de cette convocation :
Dans le grand drame qui occupe l'attention du monde civilisé, c’est au successeur de Saint Pierre, c’est au vicaire de Jésus-Christ, qu’il appartient de dire avec autorité le mot que les catholiques attendent. Et peut-être l'heure n'est-elle pas éloignée où nous connaïtrons la pensée du souverain pontife.….
— Le Temps publie une interview d'André Buffet. Il est persuadé que sa lettre à la Libre Parole exprime les sentiments exacts du parti royaliste et « traduit de façon précise l’avis du duc d'Orléans lui-même » :
En ce qui concerne Dreyfus, sa culpabilité est, pour nous, absolument certaine ; un Conseil de guerre et cinq ministres de la Guerre l’ont déclarée, et nous ne saurions tolérer qu’on mette en doute le verdict et la parole d'officiers français.
En ce qui concerne M. Picquart, nous ne pouvons supporter qu’on s'efforce de le soustraire à ses juges naturels qui doivent être les juges militaires et peuvent seuls connaître les faits qui lui sont reprochés.
— L'Observer publie un article signé Dixi où plusieurs généraux et ministres de la Guerre sont pris à partie. D’après cet article, le dossier secret contiendrait des photographies de lettres de Guillaume II, accompagnées de rapports et de procès-verbaux garantissant l’authenticité de ces documents et établissant leur provenance. (Temps daté du 5 décembre.)
— Joseph Bertrand, Lavisse, Gaston Päris, Sardou, Sully-Prudhomme, de l’Académie française, neuf membres de l'Institut, Poincaré, Jules Herbette, ambassadeur de France à Berlin, et un certain nombre de professeurs de l’Université signent un vœu tendant à l’ajournement du procès du colonel Picquart.
5. — Chambre criminelle. Dernière déposition de Picquart. — Déposition du général de Galliffet. (Cf. la lettre de l'avocat Ferrante à l’Aurore, numéro du 13 avril 1899.)
— Au Sénat, l'urgence sur la proposition Waldeck-Rousseau (addition à l’article 445 du code d'instruction criminelle, renvoyée le 1° décembre à la Commission d'initiative et revenant en discussion), est repoussée par 129 voix contre ere intervention de Waldeck-Rousseau et avis défavorable du président
u Conseil.
— A la Chambre des députés, Charles Gras et plusieurs de ses collègues déposent une proposition de loi tendant à « admettre, en temps de paix, les justiciables des tribunaux militaires à se pourvoir en cassation ».
— Eugène Fournière, en présence de la demande en règlement de juges de Picquart, ajourne son interpellation,
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931 Décembre 1898.
— Dans une réunion de la Ligue des Patriotes, salle Pascaud, le député Firmin Faure invite les assistants à assommer ceux qui crient : « Vive Picquart! ». Georges Thiébaud déclare : « S'il faut faire la guerre civile, nous la ferons ! ». Les assistants, conduits par Marcel Habert, Caron et Millevoye, se rendent rue du Bac pour assommer les partisans de la revision à la sortie de la conférence de Sébastien Faure, salle du Pré-aux-Cleres. Des coups de revolver sont tirés. Dans la bataille, Galli, rédacteur à l’Intransigeant, a un bras cassé.
— Conférence de Francis de Pressensé à Montpellier. Manifestations antirevisionnistes à la sortie.