‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 135 sur 244 · Chambre criminelle. Fin de la déposition Bertulus · texte numérisé non relu

Chambre criminelle. Fin de la déposition Bertulus

— M Henry, décidée à poursuivre, devant la Cour d’assises, Joseph Reinach et le gérant du Srécle, écrit au bâtonnier Ployer :

Depuis quelques jours, lamémoire du lieutenant-colonel Henry est attaquée etdiffamée de la plus odieuse façon.

M. Joseph Reinach affirme que mon pauvre mari, qui n’a failli que par folie patriotique, est un traître avéré.

J'ai, paraît-il, le droit de conduire le calomniateur en Cour d'assises et d’étaler là, aux yeux de tous, l’infâme lâcheté de ceux qui, pour réhabiliter leur riche client, s’essaient à déshonorer, après sa mort, un fils du peuple sorti du rang, dont tous les grades ont été conquis sur les champs de bataille.

Après avoir demandé un avocat au bâtonnier, M"*° Henry s’adressera elle-même à M° Jules Auffray, qui déclinera ce mandat. M° Chenu, désigné par le bâtonnier, refusera également, et le procès sera plaidé par M° Saint-Auban.

— Esterhazy, réfugié en Hollande, demande un sauf-conduit pour déposer devant la Cour de cassation.

__ Réunion publique, salle Chayne, sous la présidence de Duclaux. Parmi les orateurs, Francis de Pressensé, Mirbeau, Pierre Quillard, Vaughan, Georges Bourdon et Reclus.

Paul Déroulède et Marcel Habert se présentent et Duclaux donne la parole au premier. La salle le hue. Le président lui maintient la parole. — Manifestations revisionnistes à Auxerre et à Nantes.

— Le sénateur russe Zakrewski écrit, dans la Gazette juridique de Saint-Pétersbourg, « qu'il ne veut pas admettre qu'il aurait pu se trouver en Russie, un tribunal, un juge, un procureur, pour ordonner une instruction contre le colonel Picquart ».

414. — Millevoye convoque, pour le lendemain, à une manifestation hostile contre le colonel Picquart, la Ligue des Patriotes, la Ligue antisémitique et les cercles catholiques. — La Patrie démentira le lendemain l'initiative de son directeur, mais on publiera des lettres de convocation signées de lui.

— 233 — Décembre 1898.

— Le ministre de l'Intérieur prend dans la nuit des précautions contre les manifestations annoncées. Des postes militaires sont placés aux gares Montparnasse et Saint-Lazare ainsi qu'aux Invalides. Les abords du Cherche-Midi sont garnis de troupes et d'agents.

— L'Observer assure que le seul traître de l’Etat-Major fut le colonel Henry, ayant pour agents le commandant Esterhazy et Lemercier-Picard, qui étaient chargés des communications avec Schwartzkoppen. Le bordereau accompagnait les pièces livrées par Henry, qui dériva les soupçons sur Dreyfus. La perte de Dreyfus fut organisée par Henry avec des documents faux. En même temps, Henry faisait agir /a Libre Parole par l'intermédiaire d’Esterhazy. (Temps daté du 12 décembre.)

— La Liberté annonce comme certaine la mise en liberté provisoire du colonel Picquart pour le jour même ou au plus tard pour le lendemain.

— Le Soir prétend que le retour de Dreyfus est décidé et que le « détachement de cent cinquante dragons qui doit l'accompagner jusqu’à Paris » est déjà désigné dans la garnison de Libourne. Le Soir demande aux Français de relever « ce défi ».

— Le Jour dénonce sérieusement un complot anarchiste fomenté par Francis de Pressensé, Anatole France, Duclaux, dans le but de jeter des bombes dans la salle de l'Opéra-Comique à la journée d'inauguration.

— Un groupe d’Alsaciens-Lorrains se réunit, sous la présidence du D" À, Netter, et vote des félicitations au colonel Picquart.

— Lasies, Millevoye et Jules Guérin organisent une manifestation antisémite à Nantes. Mais l’arrivée des socialistes conduits par Allemane change la face des choses. De nombreuses bagarres éclatent et se continuent dans les rues de Ja ville.

— L'abbé Pichot, professeur au séminaire de Felletin (Creuse), écrit au Figaro à propos d’une brochure qu'il vient de faire paraître : la Conscience chrétienne et l'affaire Dreyfus :

Le clergé, en général, a donné, a priori, Sa confiance à l’Etat-major, aux chefs militaires, comme il l'avait donnée à Léo Taxil... Il à cru au « syndicat de trahison » comme il croyait à Diana Vaughan. Mais c'est tout; le clergé n’a rien inspiré, rien dirigé. ;

Rendre le clergé, l'Eglise et les catholiques responsables de tout, c’est commettre une injustice et semer des germes de discordes plus fâcheuses encore...

Page 1