‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 165 sur 244 · Ouverture de la session d'avril des Conseils généraux · texte numérisé non relu

Ouverture de la session d'avril des Conseils généraux

Le président du Conseil général des Pyrénées-Orientales, faisant allusion à l'affaire Dreyfus, dit que « la France veut toute la vérité, toute la justice ». Le Conseil général du Morbihan. après un vœu à la gloire de l’armée, ajoute que « si le gouvernement ose agir quand il en est temps encore, il aura le pays tout entier derrière lui ». Le Conseil général de l'Hérault et celui du Gard votent 90 francs pour la publication des documents. Un vœu analogue, présenté au Conseil général des Bouches-du-Rhône, réunit 41 voix contre 41.

— M. Painlevé, maître de conférences à l’École normale supérieure, écrit au Temps :

Rentré en France aujourd’hui, je lis dans le Temps du vendredi soir 7 avril, la déposition faite par M. le général Roget, le 28 janvier, devant la Chambre criminelle. Cette déposition se termine par cette phrase : , à

« Il a été établi au moment du procès, ou à peu près, que M. Hadamard aurait eu à » payer des dettes pour son gendre, ce dont il était très peu satisfait. Il aurait même » tenu à ce propos à M. Painlevé un propos significatif. » k :

Je me demande qui a pu donner à M. le général Roget des renseignements aussi inexacts. Je ne connais pas M. Hadamard, le beau-père de Dreyfus; je ne l'ai jamais vu; je n'ai jamais eu avec lui aucune relation par aucun intermédiaire d'aucune sorte. La vérité, c’est que, plusieurs mois avant qu'éclatât l'affaire Esterhazy, mon collègue, M. Jacques Hadamard, cousin par alliance de Dreyfus, s’est trouvé amené incidemment à me parler du procès de 1894. Dans cetie conversation, qui fut très longue, M. J. Hadamard n’a cessé de défendre énergiquement l'innocence de Dreyfus et d'essayer de m'en convaincre.

Je m'explique d'autant moins l'erreur commise par M. le général Roget que (peu de temps après la fin du procès Zola) M. le général Gonse, à qui on avait rapporté ladite conversation en la défigurant, m'a fait demander de venir le voir et de lui répéter moi-même cette conversation, ce que je fis en termes précis et détaillés qui ne laissaient prise à aucune équivoque. | k e ; x

Je ne crois pas devoir entrer ici dans de plus amples détails. Vers la fin de l'enquête de la Chambre criminelle, j'ai été appelé à déposer au sujet de mon entretien avec M. le général Gonse. J'ai dit alors tout ce que j'avais à dire. Cet entretien a eu lieu devant deux témoins. Je viens d'écrire à M. le président de la Cour de cassation pour lui demander à étre confronté avec M. le général Gonse et les deux témoins en question, si ma déposition présente une contradiction quelconque avec la pièce du dossier secret me concernant.

— On mande de La Haye à l'Indépendance belge :

J'ai eu récemment, dans un diner, l’occasion de recevoir une confidence grave relativement à l'affaire Dreyfus. Cette confidence émane d’un diplomate au service de la Russie, ce qui m’empéche seul de vousdonner son nom. S'il est nécessaire, il serapublié.

Au cours du diner où je le rencontrai, il fut question de M. de Smaguine, attaché militaire de la Russie à la Haye et à Bruxelles, dont la mort, il y a deux ans, produisit une certaine sensation. On alla jusqu’à parler de suicide.

À ce propos, mon interlocuteur me dit : MALTE

La mort de mon ancien chef ne m'a jamais semblé naturelle. Mais il n'y à pas eu suicide. Je crois plutôt que depuis longtemps M. de Smaguine était miné par de violents troubles d’esprit dont je me suis aperçu peu de temps après la condamnation de Dreyfus et qui n’avaient fait qu’augmenter depuis lors.

OT Avril 1899.

Au moment de la dégradation du déporté de l’île du Diable, nous étions à Bruxelles, et M. de Smaguine, en proie à un trouble visible, me dit alors à ce propos :

— Ah! si je pouvais parler. On vient de commettre une grande iniquité. Mais le secret professionnel !.….

Souvent mon chef me fit allusion à la malheureuse affaire et c'était toujours avec l'émoi d'un homme qui détient un secret terrible et qui brûle de le divulguer sans le pouvoir.

En reproduisant cette information, les Droits de l'Homme ajoutent qu’elle confirmerait la version qu'une trahison, dont Dreyfus n’est point l’auteur, a été opérée pour le compte de la Russie.

Cette information sera, de la part de la légation de Russie, l’objet d’un démenti. En reproduisant la note de la légation, l'Indépendance belge du 17 avril maintiendra que la condamnation de Dreyfus avait profondément frappé M. de Smaguine. Îl répétait que c'était une épouvantable erreur, et que le silence auquel il était condamné lui pesait. (Siècle du 18 avril.)

Page 1