‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 166 sur 244 · L'Agence Havas cominunique la note suivante · texte numérisé non relu

L'Agence Havas cominunique la note suivante

Certains journaux prétendent que les dépositions reçues par la Chambre criminelle

auraient été communiquées à un journal du matin par le ministre des Affaires étranères.

; Pour démontrer l’inexactitude absolue de cette assertion, il suffit de dire que les deux volumes de l'enquête qui ont été remis par le garde des Sceaux à M. Delcassé ont été immédiatement versés par celui-ci au dossier de l’affaire Dreyfus ; ils y ont été conservés depuis lors par les soins de la direction politique, dans des conditions qui exeluent toute possibilité d’indiscrétion.

12. — Le gérant du Siècle est condamné, pour diffamation, à 100 francs d'amende et 500 francs de dommages-intérèts envers André Vervoort, à raison d’un dessin publié dans le supplément : Les Mensonges de la Photographie.

43. — Picquart écrit au premier président de la Cour de cassation une lettre en réponse à la déposition du général Gonse. (Aurore du 10 mai 1899.)

— Le capitaine Freystætter écrit au ministre de la Marine (Cass. : 1, 5) : Monsieur le Ministre,

Une campagne de presse faite en dehors de moi par des amis ou des inconnus me fait solliciter de votre haute bienveillance une audience pour vous exposer les scrupules d’une conscience troublée par des événements survenus depuis la condamnation de Dreyfus, dans laquelle j’eus à me prononcer comme juge.

Je me permets de m'adresser directement à vous, Monsieur le Ministre, comme à la seule haute personnalité à laquelle je puis soumettre respectueusement et légalement mes angoisses, soit verbalement, soit par écrit.

— M. Paléologue adresse au Gaulois la lettre suivante :

Monsieur le directeur, ù

Depuis plusieurs jours, le Gaulois me prend personnellement à partie, au sujet de la mission que le ministre des Affaires étrangères m’a chargé de remplir devant la Chambre criminelle.

Je ne conteste pas votre liberté d'appréciation ; mais j’ai le droit et le devoir de rectifier vos allégations dans ce qu’elles ont d’inexact. Ê

1° Hier, un de vos rédacteurs cherchait à infirmer la véracité de mes dires, en Invoquant contre moi le témoignage de deux de mes collègues qui auraient coopéré à la traduction du télégramme du 2 novembre 1894. Une note Havas, que vous avez négligé de publier, m’autorise à déclarer que mes assertions devant la Cour de cassation n'ont fait que reproduire les attestations officielles et concordantes des personnes qui ont participé à cette traduction ;

2 Le Gaulois insinue aujourd’hui que je me suis gardé de communiquer à la Cour le texte original du télégramme du 2 novembre 4894. C'est une erreur. D'ordre du ministre des Affaires étrangères, j'ai placé sous les yeux de la Cour non seulement le texte authentique et original de cette dépêche, mais foules les pièces originales et authentiques s’y référant. La Cour est donc pleinement en mesure de résoudre la question des deux versions ;

3° Vous me reprochez encore d’avoir « semblé faire grand état », devant la Chambre

— 2179 — Avril 1899.

criminelle, des dénégations émanant d’un attaché militaire étranger, et vous rappelez, à cette occasion, une affaire d'espionnage qui aurait dû, selon vous, m'inspirer plus de réserve dans mes affirmations. Veuillez vous reporter au texte de ma déposition publié par l’EÉclair (texte qui, sur ce point au moins, est exact), et vous reconnaitrez que j'ai soigneusement signalé à la Cour la prudence avec laqueile il convenait d’apprécier les dénégations de cette nature. L'affaire d'espionnage que vous citez m'a précisément servi d’argument ;

4 Vous m'incriminez enfin de n'avoir pas pris les mesures nécessaires pour « faire parler » la signataire du billet mystérieux expédié d'Italie le 16 juin 189%5, et vous ajoutez que j'ai trouvé plus commode « de faire parler les morts ».

Des deux morts que J'ai dû mettre en cause, l’un certainement ne me démentirait pas, et le démenti de l’autre ne prouverait rien.

Quant à la vivante, je n’avais ni compétence ni autorité pour la rendre plus loquace. C’est au ministère de la Guerre seul qu'incombait ce soin. Relisez attentivement ma déposition, et vous comprendrez que je ne m'explique pas davantage.

— M. Painlevé adresse au Figaro la lettre suivante (numéro du 15) :

J'ai attendu la publication de la dernière déposition de M. le général Gonse pour voir s’il y serait fait allusion à la pièce du dossier « secret » me concernant. Cette déposition étant terminée, je crois devoir compléter, sur un point, le texte de ma déposition telle qu’elle a paru dans l’enquête imprimée. A ce texte manque une phrase, à savoir la question qui m'a été posée tout d’abord, question à laquelle toute ma déposition n’est qu’une réponse et sans laquelle elle perd sa signification. Cette question à été supprimée dans la publication officielle de l'enquête (contrairement à ce qui a été fait pour les autres témoignages), parce qu’elle se rapporte à un document du dossier « secret ».

Voici quel était le sens de la question :

« Il existe au dossier une pièce qui vous concerne. Il résulte de cette pièce que, d’après une conversation recueillie de votre bouche par M. le général Gonse, conversation que vous auriez eue avec M. J. Hadamard, cousin de Dreyfus, certains membres de la famille Dreyfus seraient très enclins à admettre la culpabilité de Dreyfus. »

Je rappelle que la conversation de M. J. Hadamard, que j'ai reproduite devant M. le genéral Gonse, commence par ces mots : « Dreyfus est innocent » et se termine par ces mots : « C’est un fait que j'affirme, quand j'affirme que sa responsabilité ne repose sur rien. »

Il m'est impossible à ce sujet de ne pas me poser plusieurs questions.

Pourquoi, m’ayant fait venir pour reproduire devant lui ma conversation avec M. J. Hadamard, M. le général Gonse a-t-il rédigé cette conversation après mon départ, sans m'avoir soumis cette rédaction, sans avoir pris de notes, sans m'avoir laissé supposer d'aucune façon son intention de garder une trace écrite de cette conversation ?

Pourquoi cette note, portant sur un détail si ridiculement insignifiant, a-t-elle été mise au dossier secret ?

Si mes paroles n’y sont pas travesties, comment cette pièce peut-elle entrer dans le faisceau des preuves qui entraînent la culpabilité de Dreyfus ?

Comment M. le général Roget, ayant eu cette pièce en main, a-t-il pu substituer à M. J. Hadamard, cousin par alliance de Dreyfus, M. Hadamard, beau-père de Dreyfus? Comment a-t-il pu transformer la conversation qu'a eue avec moi M. J. Hadamard en un propos que m'aurait tenu le beau-père de Dreyfus et signifiant qu’il aurait payé les dettes de son gendre ?

A ces questions, je ne trouve pas de réponse. La meilleure réponse serait, peut-être, la publication de la pièce du dossier secret qui me concerne. Si secrète que soit cette pièce, je ne pense pas que sa divulgation compromette la défense nationale.

Le Temps, daté du 17 avril, publia, sous la rubrique : M. Hadamard el M. Painlevé, une lettre affirmant que le dossier secret ne contenait pas de pièce relatant la conversation de M. Hadamard avec M. Painlevé. Le lendemain (numéro daté du 18 avril), le même journal crut pouvoir affirmer que cette pièce figurait bien au dossier secret, entre les n° 90 et 100, et qu'elle avait été communiquée à la Cour de cassation par le capitaine Cuignet. Dans une lettre publiée par le Temps daté du 20 avril, M. Painlevé affirma que la pièce en question figurait parmi les pièces « dites authentiques » du dossier secret. Une lettre du correspondant anonyme du Temps expliquait d'autre part que les dossiers constitués au ministère de la Guerre se divisaient en deux catégories : l’une, le dossier secret, composé exclusivement de pièces d’un caractère absolument secret, l’autre,

(F4 Ÿ At Fin FLRQUE FACE

= 0 Avril 1899.

comprenant une série de pièces non secrètes, enquêtes, rapports, notes, etc. « C’est parmi ces dernières pièces, dit la lettre, que figurait la note du général Gonse. Cette note. a été remise par le commandant Cuignet entre les mains de la Chambre criminelle. C’est la meilleure preuve qu'elle ne faisait pas partie du dossier secret ; car le dossier secret tout entier a été rapporté au ministère de la Guerre... »

M. Painlevé termina le débat par la lettre suivante (Temps daté du 22 avril) :

Monsieur le directeur,

Permettez-moi de revenir une dernière fois sur l'incident soulevé par ma conversation avec M. J. Hadamard.

Votre correspondant a beau épiloguer sur les dossiers : l’ensemble de tous les documents communiqués à la Chambre criminelle par M. le capitaine Cuignet forme un dossier unique, le dossier secret. C’est ce que nous apprend M, le général Gonse luimême au début de sa déposition du 13 décembre 1898. Il a mis au dossier secret, dit-il en substance, toutes les pièces relatives à Dreyfus qu’il a pu recueillir.

La pièce qui me concerne est donc bien une pièce du dossier secret, une des mélle pièces dont il a été question jadis, si j'ai bonne mémoire.

Mais c’est là une querelle de détail ; ce qui est grave, ce qu'il faut retenir du débat, c’est que la pièce existe, c'est qu’elle est de la main de M. le général Gonse, c’est qu’eile prétend relater des propos que j'aurais tenus à ce général et qu’elle me fait dire, sur le point essentiel, le contraire de ce que j'ai dit.

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