Le député Adrien de Montebello écrit au Figaro
Je lis dans la déposition de M. Grenier, publiée par le Figaro, qu’en 1896 j'aurais recommandé avec insistance au ministre de la Guerre le commandant Esterhazy.
Pour éviter toute équivoque, je tiens à préciser ce qui s’est passé,
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— 284 — Avril 14899,
Vers l’automne de 189,6, alors que personne ne pouvait soupconner les événements qui se sont succédé depuis, le commandant Esterhazy, sur lequel ne planait aucun soupçon, vint me trouver, comme député de son département, et me pria d'appuyer auprès du ministre de la Guerre une demande qu'il avait faite pour rentrer à Paris. Il alléguait des raisons de famille et de santé.
J'en dis un mot, à la Chambre, au général Billot, qui m'arrêta par un refus formel, en s'exprimant dans les termes les plus vifs el les plus sévères sur le compte de cet officier supérieur. Une semblable réponse m'interdisait d’insister, et je ne songeai pas un instant à le faire, me bornant à la transmeltre au commandant Esterhazy, que je n'ai plus revu.
— Le Sunday Times de Londres publie un long article d'Esterhazy.
47. — Le capitaine Freystætter écrit au premier président de la Cour de cassation pour lui demander de le faire appeler devant la Cour, (Cass. : 7, 5.)
— Le ministre de la Guerre écrit au ministre des Affaires étrangères :
Je suis informé que M. Paléologue a donné lecture, devant la Cour de cassation, toutes Chambres réunies, des trois dépêches échangées entre nos deux départements les 9, 12 et 27 février. Je vous serai très obligé de vouloir bien me dire si c’est par votre ordre ou avec votre autorisation que cette lecture a été faite.
Je vous serai également reconnaissant de vouloir bien me faire connaître si, en outre, la copie desdites dépositions a été laissée à la Cour.
Delcassé répondit le lendemain à de Freycinet :
En réponse à votre lettre d'hier, j'ai l'honneur de vous faire savoir, après avoir interrogé M. Paléologue et m'être fait replacer sous les yeux le compte écrit qu’il m'avait rendu de sa déposition du 20 mars, qu’il n’a pas plus donné lecture à la Cour de cassation des trois dépêches échangées entre nos deux départements, en date des 9, 12 et 27 février 1899, qu’il n’a laissé copie à la Cour desdits documents,
Le 20 avril, de Freycinet écrivit à Delcassé :
En réponse à votre lettre du 18 courant, j'ai l'honneur de vous informer que M. le général Chamoiïn et M. le commandant Cuignet, envoyés par moi auprès de M. le prenier président Mazeau, ont reçu de ce haut magistrat, ainsi que de M. le greffier en chef Ménard, l’assurance que notamment la lettre du 27 février — la plus importante des trois — avait été lue à la Cour par M. Paléologue et qu’en outre elle avait été remise entre les mains de M. le premier président, qui l'avait restituée à M. Paléologue après l'avoir relue.
Delcassé répondit le même jour :
Vous avez bien voulu me faire savoir, le 17 de ce mois, que M. Paléologue avait donné lecture devant la Cour de cassation des trois dépêches échangées entre nos deux départements aux dates des 9, 12 et 27 février, et qu'il en avait, de plus, laissé copie sur le bureau de la Cour. Je me suis empressé de vous répondre que cette double assertion était inexacte.
Vous me mandez aujourd'hui que M. le général Chamoin et M. le capitaine Cuignet, envoyés, par vous, auprès de M. le premier président Mazeau, ont recu de ce haut magistrat, ainsi que de M. le greffier en chef Ménard, l’assurance que notamment la lettre du 27 février — la plus importante des trois — avait été lue à la Cour par M. Paléologue. Le mot « notamment » semble indiquer que vous croyez devoir maintenir la déclaration précitée en ce qui concerne la communication des trois lettres cidessus visées.
M. Paléologue persiste à protester contre une déclaration ainsi formulée. Il n’a ni lu ni produit les lettres des 9 et 12 février.
Quant à celle du 27 février, il reconnait volontiers l’avoir partiellement lue et commentée devant la Cour, afin de lui prouver que ce n'était point par surprise que les dires du capitaine Cuignet se trouvaient déférés, selon mes instructions, à l'appréciation de cette assemblée judiciaire. Je ne saurais le désapprouver d’avoir ainsi agi.
M. Paléologue m'a derechef affirmé n'avoir laissé sur le bureau de la Cour aucune des trois copies que, d’après vos renseignements, il y aurait déposées. Je ne saurais non plus lui faire un grief de ne s’être pas opposé à ce que M. le premier président Mazeau prit connaissance par lui-même du document qui venait d’être partiellement lu et commenté devant la Cour.
Ces lettres ont été lues à la tribune, le 12 mai, par M. Lasies; le texte de la
— 285 — Avril 1899,
dernière, qui n'avait pas été cité intégralement par lui, a été complété par le ministre des Affaires étrangères. (Voir au 9 février.)
— Le Matin dit qu'il résulte d’une enquête faite par lui au sujet des plans directeurs de la frontière des Alpes-Maritimes, qu'en 189%, au moment où l'affaire Dreyfus éclata, on était en train de dessiner ces feuilles au service géographique de l’armée, d’après les travaux faits pr les Italiens avant la cession du comté de Nice à la France.
— Le Siècle raconte que, dans le courant de novembre 1897, deux messieurs se présentèrent aux Sarraix, près de Thiers, chez M"° Dosjouh qui avait été la nourrice de la petite Jeanne Dreyfus. Ne l'ayant pas trouvée chez elle, ils la rejoignirent au marché de Thiers, et lui montrèrent une lettre portant « une certaine adresse », en lui demandant de déclarer que, lorsqu'elle était en service chez le capitaine Dreyfus, celui-ci l'avait chargée de mettre à la poste des leltres portant cette adresse. — M° Dosjoul déclara n'avoir jamais vu ce nom, ni porté aucune lettre ainsi adressée. Malgré l'offre d’une somme d'argent, elle maintint cette réponse.
Interrogée par un rédacteur du Moniteur du Puy-de-Dime, M"° Dosjoul confirma ce récit. (Temps daté du 21 avril 1899.)
M. Fleury-Bonnard, de Lyon, écrivit, d’autre part, au Siecle que M"° Dosjoul lui avait, le 31 janvier 1898, fait un récit analogue. (Siécle du 24% avril 1899.)
— Le commandant Forzinetti proteste par télégramme contre la déposition de l’agent Guénée. (Cass. : 7, 720.)
Îl n’a pas donné de carte à un nommé « Joseph », ni à personne, pour assister aux séances du Conseil de guerre qui a jugé Dreyfus; il n'avait jamais vu Dreyfus avant son incarcération. (Figaro du 19 avril.)
— La Ligue nationale française de San-Francisco envoie aux journaux français un appel chaleureux en faveur de la concorde et de l’apaisement.
18. — Lettre de Cavaignac au premier président de la Cour de cassation. (Cass, : II, 344.)
— M. Émile Weyl, officier de marine en retraite, mis en cause par le colonel Picquart dans sa déposition du 1° décembre, écrit au premier président de la Cour de cassation que son article du Yacht sur Madagascar a été, en 1896, l'objet d'uïe enquête faite sur sa demande, et que les renseignements qu’il contenait ‘avaient été publiés antérieurement. Il ajoute qu'il ne connaissait pas Esterhazy. (Siècle du 19 avril 1899.)
— Le Figaro reçoit de son correspondant de Rome une dépêche relatant l’explication officieuse suivante du fait que, dans sa dépêche de novembre 189%, le colonel Panizzardi se servit d’un chiffre pour désigner Dreyfus :
Dans la dépêche originale, le nom de Dreyfus est désigné par plusieurs chiffres formant un nombre. Panizzardi se servait du dictionnaire chiffré Baravelli, qui est employé assez fréquemment dans le commerce. Le mot « Dreyfus » ne se trouvant naturellement
pas dans ce dictionnaire, Panizzardi, pour le désigner par syllabes et consonnes, a dû former une réunion de chiffres.
— Le Matin rapporte des déclarations faites par Esterhazy à son correspondant de Londres.
— Duclaux, Grimaux, Morhardt, Lapicque et Fontaine, membres du bureau de la Ligue des Droits de l'Homme, sont condamnés à 16 francs d'amende, avec sursis, pour contravention à la loi sur les associations non autorisées,
— Le Siècle reproduit un article de la Réforme de Bruxelles, relatif à Richard Cuers, à l’entrevue de Bâle, au rôle de l'agent Lajoux et à celui de l'agent Fend (désigné par l’initiale F. dans la déposition du commandant Lauth du 11 janvier 1899; Cass. : I, 419, 420).
— 286 — Avril 1899.
49. — Les Chambres réunies de la Cour de cassation siègent à huis clos. (Temps daté du 21 avril 1899.)
— Le ministre de la Guerre communique au Conseil des ministres une lettre qu'il a reçue du lieutenant-colonel Picquart, et dont /e Temps, daté du 21, donne l'analyse suivante :
Dans cette lettre, le colonel Picquart expose que l'enquête de la Cour de cassation l’a confirmé dans ce qu'il savait déjà des machinations qui avaient été ourdies contre lui et lui en a révélé de nouvelles.
Ces machinations se sont toutes produites pour le même but : entraver l’œuvre que le colonel Picquart avait entreprise depuis qu'il fut mis en possession du petit bleu et qu'il eut comparé l'écriture d’Esterhazy à celle du bordereau.
À la veille de paraitre devant ses juges militaires et civils, le lieutenant-colonel Picquart demande au ministre de la Guerre d'ouvrir une enquête sur les machinations dont se sont rendus coupables le général Gonse, le lieutenant-colonel du Paty de Clam, le personnel du bureau des renseignements, ou toute autre personne au moment où il était chef de service et depuis cette époque.
Le colonel rappelle les principales machinations tramées contre lui ou contre son œuvre : 2
Faux Weyler, — Article du journal l’Eclair, du 15 septembre 1896. — Rapports de l’agent Guénée, du 30 octobre et du 21 novembre 1896. — Article du journal le Matin, du 40 novembre 1896. — Faux Henry. — Faux Speranza, du 15 décembre 1896, etc., elc.
Aucune des instructions ouvertes jusqu'ici, dit-il, n’a pu faire la lumière désirée, grâce aux résistances opposées par les intéressés. Il signale que le général Gonse, notamment, a donné au conseil d'enquête du 1% février des indications inexactes au sujet de la violation de la correspondance du colonel, et que, à l'enquête Fabre, il s’est refusé formellement à répondre sur ce point et sur les autres machinations dont le colonel se plaint d’avoir été victime.
La Cour de cassation, qui a sa tâche spéciale, n'étant pas chargée d'étudier et d’éclaircir les choses qui le concernent, le lieutenant-colonel Picquart, en s'adressant au ministre de la Guerre, ajoute qu'il croit suivre la voie la plus régulière et la plus correcte pour faire la lumière et mettre en relief, comme il est nécessaire, toutes les responsabilités.
— Jules Lemaïître, Dausset, Syveton et Vaugeois, membres du bureau de la Lique de la Patrie française, sont condamnés à 16 francs d'amende, avec sursis.
Le 2 mai, le secrétaire de la Ligue, Le Menuet, sera également condamné à 16 francs d'amende, avec sursis.
20. — Le général de Boisdeffre écrit à Adolphe Possien, qui lui avait demandé celte attestation :
… Je n'ai donné aucun ordre de faire acheter, par l'intermédiaire de Tomps ou d’un agent sous mes ordres, un article de journal que vous auriez écrit en faveur de Dreyfus.
Les souvenirs de M. le lieutenant-colonel en réforme Picquart l’ont certainement trompé.
(Intransigeant daté du 23 avril.)
— M. Merry, pharmacien à Gien, écrit à l’Aurore (numéro du 22 avril) :
Il y a quelques mois, au café du Loiret, à Gien, une discussion s'était élevée entre le commandant Patron, un des juges du conseil de guerre de 1894, actuellement en retraite à Saint-Brisson, commune située à six kilomètres de Gien, et M. Marc Rouffet, distillateur à Orléans, rue des Carmes, de passage à Gien.
M. Marc Rouffet disait au commandant Patron que des pièces secrètes avaient été communiquées au Conseil de guerre, sans que Dreyfus ou son défenseur en aient eu communication.
— Nous n'avions pas à les communiquer à Dreyfus, répondit le commandant Patron, puisque c’est lui-même qui les avait écrites.
Je puis vous faire certifier ce fait et je crois que M. Marc Rouffet lui-même en témoignerait.
Interrogé par le rédacteur du Progrès du Loiret, M. Merry plaça cette conversation à la date du 25 juin 1898.
— 981 — Avril 1899.
Le 24 avril, M. Rouffet écrivit au sénateur Joseph Fabre que le fait communiqué à l’Aurore par M. Merry était « rigoureusement exact », et s'était passé le 25 juin précédent. (Aurore du 25 avril 1899.) Cf. une interview du commandant Patron, dans /a Patrie datée du 26 avril.
24. — La Cour de cassation reçoit la déposition du général Chamoin et celle de M. Paléologue. (Cass. : 11, 13, 15.)
— M. Charles Gachet écrit au premier président de la Cour de cassation :
En 1897, un haut fonctionnaire de l’administration pénitentiaire à la Guyane, en faisant le classement des documents concernant le condamné Dreyfus, trouva dans ce dossier une pièce tellement importante qu'il crut devoir la retirer, la mettre en lieu sûr et aviser immédiatement le département, par dépêche, de ce qu'il venait de découvrir,
Il demandait à être déchargé de la responsabilité de la garde d’un tel document, ajoutant que cette pièce avait été certainement envoyée à Cayenne par erreur ; qu'il considérait qu’à cause des changements dans le personnel administratif, il pourrait se faire que des indiscrétions eussent lieu.
Le département répondit par dépêche au gouverneur de la Guyane d’avoir à lui retourner immédiatement le document en question par le commissaire du Gouvernement (un médecin de la marine) à bord du steamer affrété chargé du transport des condamnés et actuellement en Guyane.
Le gouverneur, en présence de ce fonctionnaire et du directeur de l'administration pénitentiaire, mit le document dans une première boîte qui fut scellée et enfermée à son tour dans une seconde. Un procès-verbal fut rédigé et signé par les personnes présentes.
Le commissaire du Gouvernement avait l’ordre du gouverneur de ne remettre son dépôt qu’au ministre des Colonies, qui était à cette époque M. Lebon, et de n’en faire opérer l'ouverture qu’en sa présence, afin qu'il püt en reconnaitre le contenu.
Cet ordre fut ponctuellement exécuté.
Par conséquent, je ne doute pas de l'importance de cette pièce, car autant de précautions auraient-elles été prises pour un document sans valeur ?
Il sera facile de contrôler ce que j'ai l'honneur de vous faire savoir : je suis du reste certain que le ministre des Colonies livrera ce document à la Cour de cassation dès qu’elle en manifestera le désir,
(Aurore du 23 avril.) |
Cf. l'interview donnée au Temps par M. Gachet (numéro daté du 28 avril).
— Alphonse Bertillon écrit à l'inspecteur général Fournier (Temps daté du 22 avril):
.… Jamais des doutes sur les conclusions de mon expertise de 189% ne me sont
venus ; jamais, -à aucune période de mon existence, je n'ai essayé de me suicider, je vous en donne ma parole d'honneur.
22. — La Liberté dit que M. Delaroche-Vernet, secrétaire de l'ambassade de France à Berlin, a remis au colonel Picquart, le 2 juillet 1895, une pièce (la pièce dite C. C. C.) qui a disparu depuis du ministère de la Guerre, et demande qu'on recherche les responsabilités.
Judet, dans /e Petit Journal de la veille, avait déjà insinué que Picquart avait « dérobé la lettre accusatrice ».
Le 29 avril, le Petit Journal publiera un article intitulé : La machination Picquart, La Piece soustraite, accusant Picquart d’être « l’auteur de cette soustrac- {ion » :
.… Le lendemain même de son entrée au service des renseignements, M. Picquart est mis en possession d’une pièce aceusatrice de Dreyfus. IL la supprime. N'est-ce pas la démonstration, la preuve matérielle que M. Picquart n’est entré au service des renseignements que pour y faire la besogne du Syndicat?
Quesnay de Beaurepaire écrira dans /’Écho de Paris daté du 2 mai: « Je n'ai Jamais vu de preuve plus directe d’un crime. »
Voir au 16 juin 1895.
— M. Grumbach, chef de bureau au ministère de l'Intérieur, demande au
— 288 — Avril 1899.
Figaro de démentir les propos que, d’après la déposition du général Risbourg, il aurait tenus, le 6 janvier 1895, au capitaine Lebrun-Renault. (Cass.: 7, 285.)
23. — Plusieurs journaux ayant demandé ce qu'était devenu le document (une copie du bordereau) trouvé par M. Picqué, directeur du dépôt de Saint- Martin-de-Ré, dans la poche d’un vêtement de Dreyfus, l’Agence Havas répond que ce document, versé au dossier secret, a été communiqué avec les autres pièces à la Cour de cassation.
— Le Matin publie une nouvelle interview d'Esterhazy, relative à la déposition du général Gonse.
— Le Soir raconte, d’après M. Moro, ancien chef du service des informations du Matin, que le bordereau publié par ce journal a été communiqué en photographie à un de ses reporters, M. Girard, par l'expert Teyssonnières.
— Gabriel Monod écrit au Figaro :
Le texte de ma déposition, dans le Figaro, contient d'assez nombreuses fautes d’impression que je vous prie de me permettre de rectifier.
M. Hanotaux à cherché à infirmer l'exactitude de mon témoignage relatif à la conversation que j'ai eue avec lui, et M. Sorel, en mai 1897, en prétendant que j'avais donné trois versions de ses paroles, l’une dans une lettre à Jaurès, l’autre dans une interview du Temps, la troisième à la Cour de cassation.
Cela est tout à fait inexact.
L'interview du Temps ne donnait aucun texte des paroles de M. Hanotaux, et le texte de ma lettre à Jaurès ne diffère de celui que j'ai donné à la Cour de cassation que parce qu'à la Cour j'ai supprimé deux épithètes, en avertissant les juges de cette suppression, parce que, leur ai-je dit, on peut toujours se tromper sur une épithète, tandis que je suis sûr de ne pas me tromper sur les verbes et les substantifs, ni sur le sens précis des phrases.
Voici, du reste, le texte de cette conversation tel qu'il se trouve dans mon journal de l'affaire Dreyfus : « J'ai eu, nous dit M. Hanotaux, trois durs moments dans ma carrière de ministre. Le premier a été l'affaire de Kiel ; j'ai été agoni d'injures. Je les ai supportées sans peine, car j'étais sûr d'avoir raison.
» Le second a été l'affaire de Madagascar.
» Ici, je me demande si je n'aurais pas pu agir autrement et éviter quelques-unes des erreurs qui ont été commises.
» Enfin, le troisième et le plus dur a été l'affaire Dreyfus, qui a été et qui restera le malheur de ma vie. Vous savez les moyens abominables qu'a employés le général Mercier pour tâcher de prouver la culpabilité de Dreyfus, qui n'est peut-être qu'un affreux roman. Je me suis trainé à ses pieds pour l'empêcher de faire ce procès. Il n'y a pas eu moyen. »
J'ai cru devoir supprimer dans ma déposition les mots abominables et affreux, craignant que ma mémoire ait pu mettre des épithètes trop accentuées à la place d’autres moins fortes. M. Hanotaux peut avoir dit déplorables, fâcheur, au lieu d’abominables, et horrible ou déplorable au lieu d’affreux. Je n’ai voulu dire que ce dont j'étais sûr.
Cf. la lettre écrite le lendemain par Gabriel Monod à Jaurès. (Petite République datée du 26 avril.)
— Emile Bourgeois, maitre de conférences à l’École normale supérieure, écrit au premier président de la Cour de cassation, à propos de la déposition de Gabriel Monod et du déjeuner de mai 1897 :
Je n’assistais pas à ce déjeuner, mais j'ai eu dans la journée même la communication des propos qui y furent tenus...
Nous revenions, à la fin de mai 1897, de Paris par un train de l’après-midi. Nous parlions d’une façon générale des compromis de conscience auxquels la politique oblige et qui dénaturent et faussent la politique elle-même. Cette conversation générale amena M. Monod à me dire, pour me donner un exemple en particulier :
— Tenez, je déjeunais chez un ministre de mes amis, ce matin, avec un autre membre de l'Institut. Et là, dans l'intimité, voici ce que ce ministre nous disait :
« La condamnation d’Alfred Dreyfus n'a été obtenue que par la pression de certains journaux, de certains milieux politiques sur le général Mercier. Les preuves n'étaient pas établies. Il a fallu un procès, et peut-être une condamnation. »
(Siècle du 24 avril 1899.)
"990 Avril 1899.
— Le Voltaire commence la publication d’une série d'articles, accompagnés de fac-simile, sur les expertises de M. Bertillon.
24. — Cour de cassation. Dépositions du capitaine Freystætter et de M. Lépine. RSS UT EN T2)
— Le ministre de la Guerre de Freycinet écrit au général Mercier pour lui réclamer la copie, à lui remise par le général Gonse, du commentaire établi, en novembre ou décembre 189%, par le lieutenant-colonel du Paty de Clam et s'appliquant aux pièces du dossier secret. (Cass. : 11, 358.) L
Le général Mercier répond au ministre :
… Le général Gonse m'a en effet remis, à la fin de 1897, la copie d’une note que j'avais fait établir à la fin de 1894 pour mon usage personnel. Cette note contenait une classification des pièces qui composaient, à cette époque, le dossier secret de l'affaire Dreyfus, avec un commentaire relatif à ces pièces.
Elle avait été établie par moi personnellement et ne faisait aucunement partie du dossier. Aussi j'avais donné l’ordre de la détruire, en janvier 1895, quand j'ai quitté le ministère de la Guerre, et l'original a en effet été détruit devant moi.
Il paraît cependant qu’une copie avait été conservée contrairement à mes ordres. Le général Gonse me l’a remise en 1897, en m'informant qu’une autre classification et un autre commentaire avaient été établis par ordre du général Billot, alors ministre de la Guerre. Je l'ai immédiatement jetée au feu, en présence du général Gonse et dans son cabinet.
(Cass. : 11, 339.)
— Quesnay de Beaurepaire ayant publié, dans l’Echo de Paris daté du 24 avril, une lettre où le commandant Forzinetti était accusé d’avoir, en 1894, permis à M®° Dreyfus de voir son mari à la prison du Cherche-Midi, où il était au secret, le commandant écrit au directeur de ce journal :
Dans votre numéro en date d'hier dimanthe, M. Quesnay de Beaurepaire s’est fait, à propos de la publication devant la Cour criminelle, l'écho de calomnies auxquelles il est de mon droit et de mon devoir de répondre.
A l'appui de ses appréciations injurieuses, votre collaborateur publie une lettre anonyme « dont il affirme l'exactitude » et « qu’il tient à la disposition de qui de droit ».
Cette lettre prétend d’abord que M"° Dreyfus est venue au Cherche-Midi « voir son mari, alors qu'on le croyait au secret, avec la permission et la connivence du commandant Forzinetti ». A cela je réponds que M" Dreyfus n’a pu voir son mari, pour la première fois, qu'après le prononcé du jugement sur permis du gouvernement militaire de Paris et dans les conditions indiquées, sous la foi du serment, dans ma déposition devant la Cour criminelle, le 24 décembre 1898. J'ai dit aussi que je n'avais jamais été détenteur, à aucun moment, de la clef ouvrant la chambre occupée par le capitaine Dreyfus, ce qui détruit toute idée de « permission et de connivence »…
Quesnay de Beaurepaire répondit dans l’Écho de Paris, daté du 3 mai, en proposant la réunion d’un tribunal arbitral.
— M. Duplantier, avocat à la Cour d’appel de Poitiers, écrit au premier président de la Cour de cassation :
Dans des lettres rendues publiques, que vous a récemment transmises M. Clemenceau, MM. Delpla et Capelle attestent qu'Esterhazy s’est reconnu, devant MM. Julien Dumas, Drumont et Papillaud, l’auteur du bordereau pour lequel, en 1894, Dreyfus a été condamné.
L'exemple de ces témoins demandant spontanément à être entendus me décide à offrir à la Cour, sur le même sujet, des renseignements d’origine différente qui confirment les précédents.
A la fin de mai 1898, M. Gaston Méry, rédacteur à la Libre Parole, m'a dit, en effet, qu'il savait, par Esterhazy lui-même, que ce dernier était bien l’auteur du bordereau, mais que c'était par ordre qu'il avait rédigé ce document — pour fournir, grâce à la ressemblance de son écriture avec celle de Dreyfus, la preuve matérielle, qui manquait, de la trahison de ce dernier. M. G, Méry ajouta qu’il n’y avait en France qu’une dizaine de personnes qui connussent {oute la vérité sur cette mystérieuse affaire et qu'il était de ce nombre, ainsi qu’un de ses collaborateurs dont il cita le nom. Suivant lui, cette
— 990 — Avril 1899.
vérité était telle que, si elle était divulguée, il en résulterait sans nul doute la désorganisation de notre Etat-Major, la guerre avec l'Allemagne et un soulèvement populaire. -
M. Duplantier fait suivre ces renseignements d’une offre de témoignage, qu’il renouvellera le 27 avril. (Aurore du 29 avril 1899.)
Gaston Méry démentit ce récit dans /a Libre Parole du 27 avril :
Le seul point exact dans la lettre de M. Duplantier, écrit-il, c'est qu’en effet, un jour — dans des circonstances très particulières — Esterhazy nous confia, à un de mes amis et à moi, sous le sceau du secret, divers renseignements ayant trait au bordereau, et d’ailleurs infiniment plus intéressants que le prétendu aveu rapporté par M. Duplantier.
Mais ces renseignements, ni mon ami ni moi n’en avons jamais parlé à personne.
M. Düuplantier n’en maintint pas moins ses affirmations. (Aurore du 28 avril.)
— M° Mornard dépose son mémoire au greffe de la Cour de cassation.
25. — Cour de cassation. Dépositions Bertulus, Roget et Gonse.
— Maurice Dumoulin, rédacteur en chef du Journal du Havre, écrit au premier président de la-Cour de cassation une lettre confirmant notamment la déposition de Chincholle, du 17 décembre 1898, sur les propos tenus par Esterhazy dans les couloirs du Palais, au cours du procès Zola. (Awrore du 2 mai.)
— Gabriel Monod écrit à Clemenceau (Aurore du 26 avril) :
Voici exactement les propos échangés entre M. Pierre Bertrand (secrétaire de M. Hanotaux) et moi, dans la cour de l'Institut, le samedi qui a suivi mon retour d'Italie, en avril 4898 : « M. Hanotaux, me dit M. Bertrand, m'a chargé de vous dire que la revision est impossible, parce qu’en la faisant, on risquerait la guerre. »
Je me mis à rire : « A cause, sans doute, des lettres de l’empereur d'Allemagne ? » — « Vous ne faites pas à M. Hanotaux l’injure de penser qu'il croit à l'authenticité de cette histoire ? » — « Non, sans doute, mais alors ce qu’il me fait dire ne peut avoir qu'un seul sens. Il croit les gens de l’Etat-Major capables de préférer la guerre à l’aveu de leurs erreurs. » — « Je ne sais, mais on peut tout craindre. Et puis, M. Hanotaux me charge de vous dire aussi qu'il n’est pas absolument sûr de l'innocence de Dreyfus. »
— Gabriel Monod écrit au directeur du Temps (numéro daté du 26 avril) :
Permettez-moi de recourir à la publicité de votre journal pour signaler une incroyable erreur commise par l'Eclair dans l’article qu’il a consacré hier à ma déposition, et qui est de nature à me causer le plus grave préjudice et à égarer absolument l'esprit de ses lecteurs sur mon rôle dans l'affaire Dreyfus.
Il supprime toutes les dates que j'ai données dans ma déposition et prétend que je connaissais en avril 1897 tous les faits relatés dans ma déposition comme recueillis par moi en Italie, que ce serait moi qui aurais révélé à Scheurer-Kestner et à la famille Dreyfus le nom et le rôle d'Esterhazy. Il suflit de lire ma déposition pour voir que mon séjour à Rome a eu lieu dans l'hiver de 1897-1898, du milieu d'octobre 1897 au milieu d'avril 1898 (avec un séjour à Paris en novembre). Je n’ai appris le nom d'Esterhazy que par les journaux, en allant en Italie à la fin de novembre; et je n’ai revu M. Scheurer, je n’ai fait connaissance de la famille Dreyfus et du colonel Picquart qu'en mai 1898. M. Humbert sait mieux que personne, par la lettre éplorée que j'ai eu la naïveté de lui écrire en juillet 1897, quel était à cette date mon état d'esprit ; que toute ma terreur était de voir la question Dreyfus se poser autrement que par une action gouvernementale, et surtout de voir l'étranger qui devait, si Dreyfus était innocent, savoir la vérité sur le véritable traître, profiter un jour d'un moment de crise pour la révéler. En juillet 1897, je ne savais qu’une chose, c’est que le bordereau ne pouvait être de Dreyfus, que M. Hanotaux avait des doutes sur sa culpabilité et que M. Scheurer avait dit à ses collègues du bureau du Sénat être sûr de l’innocence du condamné. Que l’on m’accuse et qu'on m'injurie tant qu'on voudra, j'y suis résigné d'avance ; mais qu’on prenne la peine de me lire avant de parler de moi.
— L'Agence Havas reçoit de Rome la dépêche suivante :
La Tribuna, relativement à la déposition de M. Monod, publie une lettre de M. Guerrieri Gonzaga, sénateur, disant que M. Monod a exactement rapporté l'affirmation du général Primerano, suivant laquelle Dreyfus ne fut jamais en relations avec l'Italie ;
— 991 — Avril 1899.
mais {a Tribuna ajoute que M. Monod à mal compris lorsque M. Guerrieri Gonzaga dit que le général Primerano n'avait pas pu ou voulu lui affirmer que l’Etat-Major italien ne possédait pas de documents d’Esterhazy.
M. Guerrieri Gonzaga déclare :
« Dans ma conversation avec le général Primerano, lorsque j'abordai le point douloureux relatif à l'affaire Esterhazy, il me fat répondu par un silence qui me parut éloquent. En tout cas, il n'appartient pas aux Etats-Majors étrangers qui auraient pu payer Esterhazy de le divulguer sans absolue nécessité. »
Gabriel Monod écrivit le lendemain au directeur du Temps (numéro daté du 28 avril) :
La rectification donnée par M. le marquis Guerrieri Gonzaga à ma déposition au sujet des propos du général Primerano est parfaitement juste.
Ma déposition écrite, qui n’est qu’un résumé fort sec d’une longue déposition orale, donnait sur ce point une impression erronée. M. le marquis Guerrieri m'a, en effet, raconté ce matin du mercredi 11 janvier 1899, qu'il avait demandé au général Primerano si le gouvernement ou les agents italiens avaient eu des relations avec Dreyfus et recu des documents émanant de lui; que le général avait répondu énergiquement : « Jamais », et qu'ayant alors fait la même question relativement à Esterhazy, le général s'était tu.
Quoi qu’en dise la presse antirevisionniste, il y a des silences qui sont des aveux. M. de Hohenlohe a été moins discret que le général Primerano dans les propos qu'il a tenus au peintre Lenbach, et la belle-mère du prince de Hohenlohe ou plus exactement la seconde femme de son beau-père, l’été dernier, à Lausanne, a dit également à M. le docteur Larguier que Dreyfus avait été condamné pour les crimes d’Esterhazy. Dans mon voyage à Rome, en janvier 1899, j'ai eu connaissance d’une nouvelle lettre de Mme de Bulow adressée à un ami, où elle disait : « Nous sommes heureux de penser que la vérité va être connue et que Dreyfus et Picquart seront remis en liberté. Ces injustices pesaient sur notre cœur. »
Je vous autorise à publier ces renseignements et vous prie de croire à mes sentiments tout dévoués.
Le 27 avril, Gabriel Monod écrivit à Clemenceau (Aurore du 2 mai) :
J'ai eu la curiosité de rechercher encore dans des lettres de Rome autres que mon journal ce que j'avais recueilli sur laffaire Dreyfus. J’y ai trouvé les deux notes suivantes, qui ont leur intérêt :
4 mars : « J'ai tâché de savoir par des amis ce que disent ici les généraux. Primerano, le chef de l’Etat-Major, affirme l'innocence absolue de Dreyfus, et il traite Esterhazy de canaglia et de birbone, mais refuse de rien dire de plus. Je doute que les Gouvernements disent rien : 1° à cause de la crainte de la folie populaire française ; 29 parce que les Etats-Majors se sentent tous solidaires. Il est visible que les ofliciers de l’armée trouvent que leur Gouvernement a trop parlé — que si les conseils de guerre se trompent, cela ne regarde qu’eux, qu'il est dangereux de les discréditer. »
6 avril : « J'ai vu, aujourd’hui, Ziegler, le correspondant du Temps, qui m'a raconté qu'il avait longuement causé avec Panizzardi et que celui-ci lui a affirmé n'avoir jamais eu aucune relation avec Dreyfus. »
Enfin, le 30 avril, Gabriel Monod écrivit au directeur du Siéele (numéro du 2 mai) :
J'ai reçu le texte même de la lettre de M. le sénateur marquis Guerrieri relative aux déclarations du général Primerano, ex-chef d’'Etat-Major général, rapportées par moi à la Cour de cassation. Cette lettre confirme absolument ma déposition. Le général Primerano a déclaré, en effet, que l’Etat-Major italien ne possédait aucun document provenant de Dreyfus, mais, ajoute M. le marquis Guerrieri, le général n’a pas pu ou n’a pas voulu ni affirmer que l’État-Major ne possédât pas de documents provenant du commandant Esterhazy.
« En Italie, comme en Allemagne, dit l'honorable sénateur, on sent ce devoir de disculper ouvertement un officier français, injustement accusé d’avoir trahi son pays, en nous révélant des secrets militaires. Les gouvernements d'Italie et d'Allemagne, leurs ambassadeurs, leurs généraux et leurs attachés militaires n’ont pas manqué à ce devoir. Mais quand, dans ma conversation avec le général Primerano, j'ai touché le cas douloureux d’Esterhazy, il m'a répondu par un silence qui m'a paru éloquent. Nier les relations d’Esterhazy avec le colonel Schwartzkoppen serait superflu et même ridicule, puisque le brave commandant s’en est publiquement vanté, affirmant lui avoir vendu, très cher, des documents faux, pour l’induire en erreur. Et cet officier
= 909 = Avril 14899,
un
distingué aurait agi ainsi par ordre de ses supérieurs. Ces révélations d’'Esterhazy s'accordent admirablement avec tout ce qu’on sait de lui et de ses amis et protecteurs. En tout cas, ce n’est pas aux États-Majors étrangers, qui ont payé Esterhazy, à divulguer, sans absolue nécessité, son infamie. »
La Tribuna, après avoir publié cette lettre, disait le lendemain, à propos de cette dernière phrase de M. le marquis Guerrieri : « Nous espérons que cette nécessité se manifestera; nous n'avons pas besoin de dire que cette espérance a sa source dans le devoir qu'ont tous les hommes honnêtes de parler, quand il s’agit de sauver un inno-
cent et de dénoncer un scélérat .»
Voilà bientôt deux ans que je répète à tous nos gouvernants : « Faites la lumière sur
le procès Dreyfus, car s’il est innocent, comme j'en suis certain, il arrivera un jour où les étrangers donneront les preuves de son innocence, et alors, quelle humiliation de ne les avoir pas cherchées et trouvées et montrées nous-mêmes ! »
M. Rochefort me traite de « vieux raseur » dont les correspondants mettraient les lettres au panier. Il a parfaitement raison.
J'ai écrit dix fois à M. Hanotaux et quatre fois au moins à M. Cavaignac; j'ai écrit à MM. Faure, Méline, Bourgeois et Brisson.
Il y a eu jadis une raseuse, nommée Cassandre, dont on n’écoutait pas non plus les avis.
L'Histoire dit qu’on l'a regretté.
— Francis de Pressensé, quittant en voiture Avignon où il avait donné la veille une réunion avec Pierre Quillard, est assailli sur le pont par des manifestants et reçoit à la tête de violents coups de poing. Il revient à Avignon pour porter plainte; de nouvelles manifestations se produisent.
— La Patrie publie les déclarations suivantes du commandant Patron, un des juges de Dreyfus :
Si le capitaine Freystætter a basé son verdict sur cette déposition (la déposition du colonel Henry), les autres juges, ont pu asseoir leur jugement sur d’autres et plus solides bases, sur l’ensemble des preuves qui leur ont été fournies.
Chacun de nous a agi selon sa conscience, et encore une fois, la mienne ne me
reproche rien.
Au contraire, des faits postérieurs au procès ont démontré surabondamment la
culpabilité du condamné, je parle des pièces diplomatiques et autres, qui ne sont pas
contestables. | Si la Cour de cassation veut connaître l’état d'âme des juges qui ont siégé dans
l'affaire Dreyfus, elle peut les appeler; en ce qui me concerne, je serai heureux de répondre à une semblable invitation.
— La comtesse Esterhazy est entendue par le président du tribunal de la Seme sur la demande en divorce qu’elle forme contre son mari. (Voir au 9 mai.)
26. — La neuvième chambre correctionnelle, présidée par M. Roulleau, déclare la juridiction correctionnelle incompétente pour connaître de la poursuite dirigée par le lieutenant-colonel Cordier contre {a Libre Parole.
— Un « ami intime » du colonel du Paty de Clam fait au Temps des déclarations relatives à ses relations avec Picquart, avec Henry et avec Esterhazy :
.…. Le lieutenant-colonel du Paty n’a pas eu de relations directes avec le commandant Esterhazy, comme on l’insinue, depuis le jour où il a reçu défense de le voir, jusqu’à la fin du procès. Mais il a vu, à cette époque, des intermédiaires, et notamment ME Tézenas et ses messagers, sur l’ordre du général Gonse.
IL n’a jamais remis ni fait remettre, soit au commandant Esterhazy, soit au cabinet du ministre, aucune pièce secrète.
.… Ainsi qu’il l’a dit et répété à satiété, le lieutenant-colonel du Paty a ignoré les soupçons qui planaient sur Esterhazy jusqu’au jour — 16 octobre 1897 — où le général Gonse l’a fait venir pour lui en parler et commencer à débattre avec le lieutenantcolonel Henry, les moyens de prévenir cet officier.
.. Jamais le lieutenant-colonel du Paty n’a eu de rapports directs ou indirects avec le journal l’Eclair.
.… Quant à l’affaire des télégrammes Blanche et Speranza, elle devient, dans la déposition du commandant Cuignet, une accumulation d’insinuations qui défie toute vraisemblance.
— 993 — Avril 1899.
. Quant à l'accusation de complicité avec le lieutenant-colonel Henry, formulée, avec des gradations savantes, par le commandant Cuignet, sans d’ailleurs l'ombre d’une preuve, le lieutenant-colonel du Paty considère qu'elle ne mérite que le mépris.
— L'Eclair, daté du 27, donne « le démenti le plus formel » à l’accusation que, dans sa déposition (Cass. : /, 372), Cuignet porte contre du Paty, d’être l’auteur des articles de l’Eclair des 10 et 15 septembre 1896.
Le premier de ces articles a été écrit « sous le coup de la colère que provoquaient les symptômes évidents de la campagne qui allait s'ouvrir » :
M. du Paty de Clam y a été complètement étranger.
Henry y a été complètement étranger.
M. Picquart, soupçonné aussi d'en être l’auteur, y a été complètement étranger.
L'article du 15 est un article de reportage : du Paty de Clam, ses camarades du bureau, Picquart y sont tous étrangers.
Voir au 14 septembre 1896, au 30 octobre 1896 et au 29 mai 1899.