‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 182 sur 244 · LL AU · texte numérisé non relu

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— 337 — Juillet 1899,

— Le Temps publie la liste des soixante-dix témoins cités devant le Conseil de guerre par le commissaire du Gouvernement.

— Le Patriote Breton, organe antisémite de Rennes, publie une lettre apocryphe de Dreyfus à M° Labori. Ce journal reconnaîtra deux jours après que cette lettre est un faux.

— L'Écho de Paris publie une interview du premier président Mazeau. Le Figaro écrivit le lendemain, à ce sujet, les lignes suivantes :

Nous croyons savoir que les déclarations de M. le premier président Mazeau n’ont pas toutes été reproduites dans cette interview.

M. Mazeau, notamment, aurait raconté à son interlocuteur une conversation qu'il a eue, tout récemment, au sujet de l'affaire Dreyfus, avec le président de la République.

— Voyons, mon cher président, lui demanda M. Loubet, vous qui avez tout vu, tout examiné, toutes les pièces, tous les dossiers secrets ou non, dites-moi donc, en brave homme, votre opinion personnelle sur l'innocence ou la culpabilité de Dreyfus ?

— Monsieur le président, répondit M. Mazeau, je vous répondrai en âme et conscience; j'ai, en effet, tout vu et tout examiné : eh bien ! il n’y a rien dans le sens de la culpabilité, et il y a, au contraire, les présomptions les plus fortes en faveur de l'innocence.

Telle est — nous pouvons le garantir — la déclaration que M. le président Mazeau a faite, au cours de son interview, au rédacteur de l’Echo de Paris.

Notre confrère a oublié de l’enregistrer.

La même interview donna lieu, de la part du ministre de la Justice, à une demande d’explications et à la note officielle suivante (Temps daté du 2 août) :

Il résulte de la réponse de M. Mazeau que la conversation rapportée, qui n’était pas destinée à la publicité, a été reproduite d'une façon inexacte, lui donnant une portée qu 2lle n'avait pas.

26. — Le garde des Sceaux écrit au ministre des Affaires étrangères :

En transmettant la cédule d’assignation à témoin ci-jointe, destinée au chef de bataillon en réforme Esterhazy, j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien faire connaître à ce dernier qu'il peut obéir à cette citation sans avoir à craindre d'être inquiété à l’occasion des poursuites qui sont actuellement dirigées contre lui.

Pour lui permettre de se rendre à Rennes et de se tenir à la disposition du Conseil de guerre chargé de statuer dans l'affaire Dreyfus, il ne sera l’objet d’aucune recherche, ne recevra aucune notification d’une nature quelconque à la requête du ministère public pendant le temps de son séjour en France, à partir du 6 août 1899 jusqu’à l’expiration du délai de vingt-quatre heures qui suivra la clôture des débats devant le Conseil de guerre.

Voir au 28 juillet.

28. — Le Matin croit pouvoir aflirmer qu'Esterhazy ne se rendra pas à Rennes, malgré le sauf-conduit qui lui a été accordé. CF. le Siècle du 30 juillet.

— On lit dans la Patrie :

Aujourd’hui, nous pouvons dire sans danger que l’on a retrouvé l'ouvrier d'État qui a fait pour Dreyfus des coupes et des plans de l’obus Robin. Son témoignage sera corroboré par un autre dont l'authenticité ne pourra être mise en doute. Ce n’est pas tout. On est arrivé à avoir les preuves que Dreyfus faisait de l’espionnage depuis longtemps, et ces preuves sont remises en ce moment.

29. — Quesnay de Beaurepaire publie dans l’Echo de Paris l'enquête dont il s'était proposé de donner connaissance au président du Conseil de guerre. Cette enquête comprend les dépositions dé trente témoins, dont il ne doune d’ailleurs pas les noms. — Il y a lieu de rappeler, notamment, que le vingt-deuxième témoin avait mystifié l’ancien président, en lui donnant des renseignements sur une maîtresse que Dreyfus aurait eue, à Tours, de 1890 à 1892. (Figaro des 1* et 2 août; Temps, numéros datés des 3 et 5 août.)

Voir au 22 juillet.

— 338 — Juillet 1899.

— Un maréchal des logis israélite du 18° régiment de chasseurs, nommé Klein, est tué en duel, à Saint-Germain, par un de ses camarades. (Aurore des 30 et 31 juillet ; Temps daté du 31 ; Figaro et Libre Parole du 30.)

30. — Mathieu Dreyfus, dans une interview publiée par l’Aurore, dément les allégations de plusieurs des témoins de Quesnay de Beaurepaire.

—— A Ja suite d’une réunion antisémite tenue à Rennes, place Sainte-Anne, une collision se produit entre socialistes et nationalistes. Plusieurs personnes sont blessées. (Temps daté du 31 juillet et Petit Temps daté du 1° août.)

31. — L'ancien ministre des Colonies Chautemps, suffisamment désigné, à son avis, comme un des témoins de Quesnay de Beaurepaire (le 26° témoin de l’enquête publiée le 29 juillet), écrit à l’ancien président (Temps daté du 2 août) :

Si j'avais quelque chose d’utile à dire, j'aurais depuis longtemps considéré comme étant de mon devoir de parler, et je n’aurais pas attendu d’être cité.

Cf. les Droits de l'Homme de la veille.

— Le lieutenant-colonel du Paty de Clam bénéficie d’une ordonnance de nonlieu et est mis en liberté. (Temps daté du 2 août.)

— Le Figaro publie, sans en affirmer l'authenticité, une lettre du colonel Sandherr à Ulric de Civry, du 5 janvier 1895, démentant les aveux attribués à Dreyfus. Il ajoute que M. de Civry a remis cette lettre au ministre de la Guerre «qui, si elle est authentique, la versera au dossier du Conseil de guerre de Rennes, et, si elle est fausse, ordonnera une instruction pour crime de faux contre X... ».

— Des incidents scandaleux se produisent au Cercle militaire de Tarbes. (Siècle du 3 août.)

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— 339 —- Août 1899.

4. — On lit dans le Petit Caporal, sous le titre L'empereur d'Allemagne el l'Afjaire Dreyfus. — La Pièce secrète:

Demain nous publierons une communication des plus graves sur la « pièce secrète » du procès Dreyfus.

Cette communication traite aussi, avec une compétence particulière, la question des actes personnels de l’empereur d'Allemagne dans cette affaire.

Nous croyons que la lecture d’une telle communication peut jeter sur le drame qui va se dénouer à Rennes un jour nouveau. — P. H.

Le lendemain, le même journal publia, sous la signature P. Halary, la note suivante :

Sous ce titre, nous annoncions hier que nous publierions aujourd'hui une communication des plus graves sur la « pièce secrète » du procès Dreyfus.

Cette note nous a valu la visite d’un personnage dont le nom est intimement mêlé à l'affaire Dreyfus et qui est appelé à se rendre à Rennes pour déposer dans le procès qui s’y déroulera la semaine prochaine.

Sur les instances de notre visiteur, et pour lui laisser sa complète liberté d'action et de déposition, nous avons consenti, dans l'intérêt de la justice, à priver nos lecteurs d’un article véritablement sensationnel et dont tous les termes étaient, nous en avons reçu l'affirmation catégorique, l'expression de la vérité.

Cette vérité sera du reste démontrée au cours du procès, d’une façon irréfutable, par le témoin auquel nous faisons allusion, et — comme d’après les renseignements qui nous parviennent, nous avons tout lieu de croire que les juges du conseil de guerre de Rennes, jugeant en leur âme et conscience, ne se laisseront influencer par aucune cause étrangère à la justice — c’est avec confiance que nous attendons leur verdict.

2. — Le Temps publie la liste des dix-neuf témoins cités à la requête de Dreyfus.

— Le Journal de Genève publie une correspondance de Berlin relative aux fausses lettres de l'empereur d'Allemagne (Siècle du 4 août) :

Le Journal de Genève a été le premier à faire entendre qu'un général russe, le général A..., l’ami d’Esterhazy et du lieutenant-colonel Henry, pourrait bien être le personnage qui aurait offert des lettres falsifiées de l'empereur Guillaume au général Mercier. Or, l’un des organes les mieux informés et en même temps le plus répandu en Allemagne, le Local-Anzeiger, met aujourd'hui les points sur les à, en publiant le nom du général Annenkoff. Dans les cercles bien informés de Pétersbourg, c'était le secret de Polichinelle.

— Du Paty de Clam écrit à un de ses amis (suivant /a Lanterne, numéro date du 17 août) :

Me voilà sorti enfin, après soixante et un jours de captivité. Je suis dans un fichu état physiquement, et les gens (le mot «gens » est écrit en surcharge sur le mot « coquins ») qui m'ont fait mettre là par leur incroyable lâcheté espéraient bien que j'y laisserais mes os. Ils auraient pu ensuite me charger tout à leur aise, mais tout s'est terminé à la confusion de mes calomniateurs.

— La Ligue des Droits de l’Homme publie, chez l'éditeur Stock, l'enquête de la Cour de cassation (2 volumes).

Les débats devant la Cour parurent en fascicules quelques jours après.

3. — Le ministre de la Guerre adresse la circulaire suivante aux officiers cités comme témoins dans le procès de Rennes :

M. le Commissaire du Gouvernement près le Conseil de guerre de Rennes a bien voulu me faire savoir qu'il avait l'intention de vous citer à comparaître, comme témoin, au cours des débats de l'affaire Dreyfus.

J'ai l'honneur de vous informer que je vous autorise à déférer, le cas échéant, à cette citation et à témoigner devant le Conseil de guerre, sans vous considérer comme lié par le secret professionnel.

Toutefois, vous devrez vous abstenir absolument de prononcer, au cours de votre déposition, les noms des personnes dont la mise en cause pourrait entrainer des complications diplomatiques ou nuire au bon fonctionnement de notre service de renseignements.

Je vous prie de m’accuser réception de la présente dépêche.

— Le Siècle publie l'information suivante :

Il est décidé officiellement que le dossier secret sera communiqué au Conseil de guerre de Rennes, comme il l’a été à la Cour de cassation, par le général Chamoin et M. Paléologue qui fourniront sur les différentes pièces toutes les explications nécessaires. :

Cette communication sera faite à huis clos, mais en présence du prévenu et devant ses avocats M° Demange et Me Labori, et en présence aussi du commandant Carrière, commissaire du gouvernement.

Le huis clos a paru nécessaire au gouvernement en raison de la nature d’un grand nombre de pièces du dossier, qui n’ont pas un rapport direct avec l'affaire Dreyfus et ne sont que des pièces de comparaison... Il est impossible de faire savoir publiquement que le gouvernement a ces pièces ni comment il en est entré en possession.

— L’Intransigeant publie la déclaration suivante du général Mercier :

Dreyfus sera sûrement condamné de nouveau.

Car, dans cette affaire, il y a sûrement un coupable. Et, ce coupable, c’est lui ou moi. Comme ce n’est pas moi, c’est Dreyfus.

A huis clos ou publiquement, je parlerai et je dirai tout.

Dreyfus est un traître : je le prouverai.

D'autres journaux ajoutent que le général Mercier a l'intention de déposer qu’en 1894 l'ambassadeur d'Allemagne, M. de Munster, lui a dit : « Dreyfus est coupable; mais, si vous déclarez que je vous l'ai dit, je vous donnerai un démenti. » (Voir au 5 août.)

— L'Echo de Paris « croit savoir » que le voyage de Delcassé à Saint- Pétersbourg « se rapporterait à certains incidents de l’affaire Dreyfus, mis en lumière par l'enquête de M. de Beaurepaire ». Il ajoute que la Russie aurait entretenu autrefois « des relations particulières » avec le capitaine Dreyfus.

— Le Soir rapporte les déclarations suivantes de Georges Thiébaud, relatives aux propos qui lui furent tenus en décembre 1894, par un neveu de Dreyfus (Paul Dreyfus), en présence d’un professeur libre (M. Pouey), qui avait pris l'initiative de les réunir :

Je vis, en effet, ce jeune homme de dix-sept ou dix-huit ans, et il me fit une bonne impression, par son intelligence très viveet l’ardeur touchante qu’il déploya à défendre son oncle, alors au Cherche-Midi, affirmant le goût de celui-ci pour le métier militaire, sa bonté personnelle, les sentiments qu’il lui connaissait et qui étaient si éloignés du crime affreux dont il était accusé. S’exaltant à mesure, le généreux enfant finit par s’écrier : « Je vous jure, monsieur, qu’il n’y a rien ou presque rien!... »

M. Pouey protesta, dans une lettre publiée par Le Siecle du 15 août, contre l’interprétation défavorable donnée aux paroles du jeune Dreyfus :

Dans la longue conversation que nous avons eue ensemble, le journaliste, Paul Dreyfus, neveu du capitaine, et moi, ces mots « il n’y a rien ou presque rien », où M. Thiébaud veut voir une présomption de culpabilité, ont été prononcés en parlant de l’unique témoignage, du « mauvais chiffon de papier » produit contre Dreyfus et qu’on a appelé le bordereau. J’affirme formellement qu’il ne s’appliquait pas, dans la bouche de son neveu, à une faute, si atténuée fût-elle, que le prévenu du Cherche- Midi aurait pu commettre.

— Le Siécle est condamné envers la duchesse d’Uzès à 5.000 francs de dommages-intérêts et à dix insertions. — Voir au 23 janvier et au 20 juillet.

4. — Le Matin raconte la saisie, opérée dans ses bureaux, sur une commission rogatoire de Rennes, d’une lettre et du manuscrit d’un article d'Esterhazy. Le journal ajoute, parlant du commandant Carrière :

Peut-être l'honorable organe du ministère public aura-t-il l’idée de faire la petite expérience, très simple et très frappante, dont M. le substitut du rapporteur près le deuxième Conseil de guerre de Paris, chargé d'exécuter les commissions rogatoires venues de Rennes, fut le témoin, dans la journée de mercredi.

Le représentant du Matin, désireux d'établir la bonne foi de ce journal, plaça devant lui, sur la table, et les uns à côté des autres :

4° La lettre d'Esterhazy, en date du 4 juin 1899, reconnaissant qu'il a fabriqué par ordre le bordereau de 1894 :

20 Le fac-similé du bordereau lui-même ;

3 Le manuscrit original de l’article d’Esterhazy, racontant ses relations avec les généraux de Boisdeffre et Gonse.

Cette juxtaposition arracha un geste d’étonnement à l’aimable magistrat du parquet militaire : Les lignes des trois documents paraissaient se suivre, en effet, sans modification de caractère ni de forme... On eütdit qu’elles avaient été tracées par la même main, le même jour !

— On lit dans /a Croix :

On ne se demande plus : Dreyfus est-il coupable ou innocent ? On se demande : qui l’emportera des ennemis de l’armée ou de ses amis ?

— Pollonnais écrit dans /e Soir :

En admettant que la guerre soit le résultat du procès de Rennes, nous accepterions cette éventualité le plus allégrement du monde, parce que ce fléau nous paraît cent fois préférable à la réhabilitation du plus odieux des félons. Évidemment, avant de partir pour la frontière, nous aurions à cœur d'essayer sur les troupes du syndicat l'efficacité des Lebel et l'effet des balles plus ou moins Dum-Dum ; car les cosmopolites ne s’imaginent pas, je suppose, qu’ils auront pu outrager l'armée gratis, et que, devant marcher à l'ennemi, nous confierions aux traîtres la garde du sol français : mais cette précaution prise, nous suivrions joyeusement le drapeau et nous ferions tout notre devoir.

Le même journal dit que le président du Conseil et le comte de Munster ont eu ensemble un entretien secret, dont il indique le sujet.

— La salle de la manutention de Rennes ayant été reconnue insuffisante, il est décidé que le Conseil de guerre siégera au lycée (Temps daté du à août).

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