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EU Août 1896.
Picquart, 1, 132.) Il fait connaître à Boisdeffre et au ministre le résultat de la comparaison des écritures. (Cass. : Enquête Bertulus, 11, 208-26%.)
Fin. — Henry part en permission. (Cass.: Rapp. Dumont, IT, 151.)
31 environ. — Picquart dit à Boisdeffre, pour la première fois, qu’il croit à l'innocence de Dreyfus. (INsrr. FABRE, 99.)
31. — Date que porte le « faux Weiller ». Voici le texte de cette pièce, dont le fac-similé à été publié, le 4 juillet 1899, par le Voltaire, et reproduit, le même jour, par le Petit Temps :
31 août 1896.
Mon cher Alfred,
Je tiens à vous annoncer moi-même le prochain mariage de notre chère fille Noémie, qui est fiancée depuis huit jours avec un jeune homme de Bâle, M. Carl Mayer. Il est. de ses défunts parents une très belle fortune qu'il augmente en faisant la commission. Enfin, nous sommes tous très contents. Nous le serions plus encore si nous ne pensions pas à la triste situation où vous êtes. Je ne vous en parle pas, quoique nous voudrions bien que nous pourrions confier au papier ce que nous pensons de vous. Maïs je sais que c’est non autorisé. Nous sommes dans l'instant à Paris pour les achats et j'espère bien que nous verrons votre chère famille.
Au revoir, mon cher Alfred, je vous suis bien attaché toujours.
Signé : A. WEILLER.
Dans les interlignes, on lit :
Impossible de déchiffrer dernière communication. Reprendre ancien procédé pour répondre. Indiquer avec précision où se trouvaient les documents intéres.. et les combinaisons faites pour armoire. Acteur prêt à agir aussitôt.
Voir au 4 septembre.
— 5 — Septembre 1896.
— L'agent Guénée, dans sa déposition à l'enquête de la Cour de cassation, déclare que, au mois de septembre 1896, Picquart lui a dit avoir montré à un ami domicilié non loin du ministère, le dossier Dreyfus et qu'il était, comme son ami, convaincu de l'innocence du condamné. (Cass. : dép. Guénée, 1, 724.)
4. — Le colone! Picquart adresse à ses chefs une note résumant les charges relevées contre Esterhazy par son service. Cette note se termine ainsi :
Il n'a pas été possible d’aller plus au fond des choses dans une enquête préliminaire qui, pour rester secrète, a dû forcément être conduite avec des moyens limités. Mais les faits signalés paraissent assez graves pour mériter une enquête plus approfondie. II serait nécessaire avant tout de demander des explications au commandant Esterhaz) sur ses relations avec l'ambassade et sur l'emploi qu'il a fait des documents pris en copie; il serait également intéressant d'interroger ses secrétaires. Mais il est indispensable d'agir inopinément, avec fermeté et prudence, car le commandant est signalé comme un homme d’une audace et d’une rouerie sans égales.
(Cass. : [T1; 87-89; dép. Picquart I, 187 ; dép. Roget I, 111, 119.) Un rapport sur l’entrevue de Bâle du 6 août 1896 était joint à cette note. (Cass.: dép. Picquart, 1, 154.)
3. — Picquart, sur l'ordre de Boisdeffre, se rend auprès de Gonse, en permission à Cormeille-en-Parisis, lui rend compte de son enquête sur Esterhazy, lui montre le petit bleu, et lui remet le mémoire du 1° septembre. (Cass. : dép. Picquart, 1, 156-157 ; dép. Gonse, 247-248.) Gonse, d’abord au procès Zola {7, 366), puis à l'enquête de la Cour de cassation, se plaint de n'avoir connu qu'à celte date l'enquête sur Esterhazy et le petit bleu. (Réponse de Picquart : Pr. ZoLa, 1, 360.) Gonse a déclaré encore avoir dit ce jour-là que cette dernière pièce n’avaitaucune « valeur, authenticité ni vraisemblance ». (Cass. : 1, 256.) Dans cette entrevue Picquart fait remarquer à Gonse, ainsi qu’il l'avait déjà fait remarquer à Boisdeffre, l’erreur du commentaire de du Paty de Clam relativement à la pièce du dossier secret de 1894 « Doute.. Preuve » qui ne saurait s'appliquer à un officier d’Etat-Major. (Cass. : dép. Picquart, 1, 135.)
— Le Daily Chronicle, dans un article reproduit par la presse française, annonce l'évasion de Dreyfus.
Picquart fait remarquer qu’à partir du 3 ou du 4 septembre, c’est-à-dire peu de jours après qu'il eut fait connaître à Boisdeffre sa conviction de l'innocence de Dreyfus, la presse avait recommencé à s’occuper du condamné. (Cass. : 7, 162.)
4. — Picquart est appelé par téléphone au ministère des Colonies, au sujet du faux Weiller. (Voir au 31 août).
Le général Billot ne voulut pas que j'y allasse moi-même et j'y envoyai Gribelin; on montra à Gribelin une lettre qui venait d'arriver à l'adresse d’Alfred Dreyfus; c'était une lettre signée Weyler, dont le signataire entretenait Dreyfus du mariage prochain de sa fille. Cette lettre était écrite en caractères bizarres, semblables à un dessin; et lorsque j'ai vu plus tard la lettre Espérance, qui aurait été envoyée à Esterhazy par une
be — Septembre 1896.
dame voilée, il m'a semblé reconnaitre au bas des lettres, des boucles du même genre que celles de la lettre Weyler; mais c'est une simple impression, je ne saurais rien affirmer à ce sujet.
Ce qui était grave, c’est que, dans les interlignes, étaient écrites à l'encre sympathique des phrases compromettantes à peu près ainsi conçues : « Ne comprenant plus rien à votre dernière communication, reprenez le premier système. Dites où sont les armoires d’où on a enlevé les documents et quel est le mot des serrures, acteur agira aussitôt. »
Cette encre sympathique était assez visible, me dit Gribelin, pour que l’on püût lire presque tout sans faire chauffer la lettre. En tout cas, elle ne pouvait pas échapper à l'examen le plus superficiel. Je vis cette lettre le lendemain ou le surlendemain entre les mains de M. Bertillon…
J'étais persuadé alors que la famille Dreyfus allait tenter un grand coup et la lettre Weyler m'effraya comme indiquant une tentative maladroite et de nature à créer du scandale.
Ce n’est que plus tard, quand je reparlai de la question avec un haut fonctionnaire de la Sûreté générale qui avait vu également le document, que mes yeux s’ouvrirent et que je vis que ce ne pouvait être qu’un faux.
Lorsque je vis ce document entre les mains de M. Bertillon, il avait été chauffé de manière à faire ressortir toute l'encre sympathique, mais M. Bertillon était en train d'en faire faire une copie qui devait être envoyée au condamné à la place de l'original.
La copie, déjà très avancée, était d’une exactitude parfaite, et le filigrane du papier était le même.
Je n’ai pas eu de nouvelles de l’arrivée de ce document à Dreyfus et de l’accueil qu’il y a fait.
(Cass. : dep. Picquart, I, 162-163. Comp. : INsrRucTION Fagre, dép. Picquart, 99-101; CASs. : enquête Bertulus, dép. Picquart, IE, 209; Interr. Esterhazy, LE, 26%; lettre de Picquart au garde des Sceaux du 1% septembre 1898 ; mémoire de Picquart à la Cour de cassation du 16 mai 1899.)
Cuignet, dans sa déposition devant la Cour de cassation, accuse du Paty d’être l’auteur de ce faux. (Cass.: 7, 343.)
— Picquart, autorisé par le ministre, demande pour la première fois un spécimen de l'écriture d’Esterhazy au commandant du régiment de celui-ci, le colonel Abria. (Cass. : dép. Picquart, I, 154, 161.)
— André Lebon, ministre des Colonies, télégraphie au gouverneur de la Guyane :
Vous maintiendrez jusqu’à nouvel ordre Dreyfus dans case, double boucle de nuit. Vous entourerez périmètre promenoir autour case solide palissade avec sentinelle intérieure en plus de celle du tambour.
(Lettre d'André Lebon au Journal des Débats du 12 juillet 1899.)
— Dreyfus, apprenant qu'il va être mis à la double boucle, écrit au commandant du pénitencier des Iles du Salut la lettre suivante :
Mon commandant,
Je viens d’être prévenu que je serai mis la nuit aux fers. Je vous serais très reconnaissant de me dire quelle faute j'ai commise. Depuis que je suis ici, je croyais m'être conformé strictement à tous les règlements, à toutes les consignes : tout ce que l’on m'a dit, je l’ai exécuté dans son intégralité. Je me permets donc de vous demander ce qu’il faut que je fasse pour éviter une punition aussi effroyable.
Je vous prie de bien vouloir agréer l’expression de mes sentiments respectueux.
A. DREYFUS
Je ne vivais, mon commandant, que par devoir, pour ma femme, mes enfants. Si je dois mourir, plus court cela sera, mieux cela vaudra.
Le gouverneur de la Guyane, à la transmission de cette lettre, télégraphie à André Lebon pour lui demander s’il persiste dans son ordre. Le ministre répond affirmativement.
Le 21 octobre, le gouverneur de la Guyane télégraphiait :
Conformément aux instructions ci-dessus, Dreyfus est mis pendant la nuit à la double boucle du 6 septembre au 20 octobre.
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— 57 — Septembre 1896.
Une note du 7 septembre 1896 ajoute :
D’autres prescriptions suivaient, telles que le stationnement d’une goëlette dans la rade des îles du Salut et l'interdiction de l’accès de l’île du Diable. En outre, « par mesure de précaution, furent suspendus tous envois de lettres destinées au condamné Dreyfus, toute expédition de denrées ou d'effets quelconques, à l'exception de ceux qu'il se procurera par l'intermédiaire des fonds versés à son pécule ».
(Rapport officiel, voir le Matin du 7 août 1899.)
Dreyfus était à cette époque malade de la fièvre. Les allusions qu'il fait dans sa correspondance à ces nouvelles rigueurs, inexplicables pour lui, seront supprimées dans les copies remises à sa famille.