Réponse du général Gonse
Mon cher Picquart,
J'ai reçu votre lettre du 5, et, après avoir bien réfléchi à tout ce que vous me dites, je m'empresse de vous faire connaître qu’il me paraît utile de marcher dans toute cette affaire avec une grande prudence, en se méfiant des premières impressions.
Il serait nécessaire maintenant d’être fixé sur la nature des documents. Comment ont-ils pu être copiés ?
Quelles ont été les demandes de renseignements faites auprès des tiers ?
On peut répondre que, dans cet ordre d’idées, il est assez difficile d'arriver à un résultat sans faire quelque bruit. Je le reconnais; mais, à mon avis, c’est le meilleur moyen pour marcher sûrement.
La continuation de l’enquête, au point de vue des écritures, a le grave inconvénient d’obliger à prendre de nouveaux confidents dans de mauvaises conditions, et mieux vaut, il me semble, attendre encore que l’on soit fixé pour continuer dans cette voie assez délicate.
Je rentre le 15 septembre, et c’est verbalement que l’on peut le mieux s'entendre dans une affaire de cette nature. En résumé, mon sentiment est qu'il est nécessaire de marcher avec une extrême prudence.
Je vous serre la main, mon cher Picquart, bien affectueusement.
Votre tout dévoué.
Signé : À. GONSE.