‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 24 sur 244 · Seconde lettre du colonel Picquart · texte numérisé non relu

Seconde lettre du colonel Picquart

Mon général,

J'ai lu attentivement votre lettre et je suivrai scrupuleusement vos instructions, mais je crois de mon devoir de vous dire ceci :

De nombreux indices et un fait grave (1), dont je vous parlerai à votre retour, me montrent que le moment est proche où des gens qui ont la conviction qu'on s’est trompé à leur égard vont tout tenter et faire un gros scandale.

Je crois avoir fait le nécessaire pour que l'initiative vienne de nous.

Si l’on perd trop de temps, l'initiative viendra d’ailleurs, ce qui, faisant abstraction de considérations plus élevées, ne nous donne pas le beau rôle.

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(1) Le faux Weiller (Note de l’auteur). — Voir au 31 août et au 4 septembre.

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Ds pores Septembre 1896.

Je dois ajouter que ces gens-là ne me paraissent pas informés comme nous, et que leur tentative me paraît devoir aboutir à un gâchis, un scandale, un gros bruit qui n’amènera pourtant pas la clarté. Ce sera une crise fâcheuse, inutile, et que l’on pourrait éviter en faisant justice à /emps.

Veuillez agréer, etc.

Signé : G. PICQUART.

— Une décision suspend la remise à Dreyfus des colis alimentaires qui lui étaient régulièrement adressés par les soins de la famille. Cette suspension durera jusqu'au milieu de janvier 1897. (Rapp. officiel, Matin du 7 août 1899.)

— Article de Gaston Calmette dans le Figaro.

Il y raconte, d'après le témoignage d’un voyageur qui passa aux Iles du Salut, la vie quotidienne du déporté :

Il est libre de ses mouvements, et, du lever au coucher du soleil, il peut aller et venir à sa guise dans les limites du rocher.

… Dans les lettres fort nombreuses qu'il écrit chaque semaine, l’ancien officier répète constamment qu'il est innocent. C’est le même cri stupéfiant, inquiétant malgré tout, qu’il jetait à l'Ecole militaire.

.… Il déclare qu’il a voulu par un acte mal calculé, qui n’a été selon lui qu’une imprudence, donner un semblant de confiance au Gouvernement étranger dont il déroberait ensuite les secrets à notre profil.

Il n’y a eu de la part du Gouvernement qu'une seule démarche en faveur de Dreyfus. Elle émane de M. Chautemps, sous le ministère Ribot. M. Chautemps, mimstre des Colonies, désirant adoucir le sort du déporté, a adressé à cet effet un telégramme au Gouverneur de la Guyane le priant instamment de voir s'il serait possible d'autoriser Mme Dreyfus à rejoindre son mari. Le Gouverneur de la Guyane, craignant des complications ou des tentatives d'évasion, câbla un refus tellement formel qu'aucune autre démarche ne fut faite à ce sujet par le Ministre.

L'article du Figaro fut l’origine d’une violente campagne de presse :

Libre Parole, 11 septembre : « Dreyfus et Deutz » par E. Drumont; /’Intransigeant, 12 septembre, article de Rochefort; puis Éclair du 14 septembre : « Le Traître » ; Autorité du 13 septembre, voir plus loin.

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