Réponse du général Gonse
Men cher Picquart,
Je vous accuse réception de votre lettre du 8, après y avoir bien réfléchi. Malgré ce qu'elle contient d’inquiétant, je persiste dans mon premier sentiment.
Je crois qu'it est nécessaire d’agir avec une extrême circonspection.
Au point où vous en êtes de votre enquête, il ne s’agit pas, bien entendu, d'éviter la lumière, mais il faut savoir comment on doit s’y prendre pour arriver à la manifestation de la vérité.
Ceci dit, il faut éviter toute fausse manœuvre et surtout se garder de démarches irréparables.
Le nécessaire est, il me semble, d'arriver au silence et, dans l’ordre d'idées que je vous ai indiqué, à une certitude aussi complète que possible, avant de rien compromettre.
Je sais bien que le problème à résoudre est dificile, qu'il peut être plein d’imprévu, mais c’est précisément pour cette raison qu’il faut marcher avec prudence. Cette vertu ne vous manque pas, je suis donc tranquille.
Songez donc que les difficultés sont grandes, et qu’une bonne tactique, pesant à l'avance toutes les éventualités, est indispensable.
J'ai occasion d'écrire au général de Boisdeffre; je lui en touche quelques mots dans le sens de ma présente lettre.
Prudence! Prudence! Voilà le mot que vous devez avoir toujours devant les yeux.
Je rentre le 15 au matin; venez donc me trouver de bonne heure, à mon bureau, après que vous aurez vu votre courrier.
Je vous serre la main, mon cher Picquart, bien affectueusement.
Votre tout dévoué,
Signé : A. GONSE.
— Premier article de l’Eclair intitulé Le Traitre. (Voir au 1% septembre 1896.)
— Lettre de Chautemps au Figaro. (Voir plus haut 21 février 1895.)
— 59 — Septembre 1896.
11. — Le Jour publie un article signé Adolphe Possien annonçant d’incessantes révélations sur la non-culpabilité de Dreyfus. Cet article n'eut aucune suite. (Voir Cass. : dép. Tomps, 1, 764.)
43. — L'Autorité, portant la date du 14, publie un article de Paul de Cassagnac : le Doute.
Par cela même que le châtiment encouru est plus effroyable, plus mérité et n’entraine aucune compassion, il ne faudrait pas que, par la poltronnerie insigne du Gouvernement à l'endroit de l'Allemagne, on eût permis qu'un doute subsistât, doute horrible, épouvantable, et qui autorise à se demander parfois, avec terreur, si réellement, si effectivement, et malgré toutes les précautions dont on s’est entouré, malgré l'honneur et le patriotisme des juges, il n’y à pas là-bas, à l’île du Diable, quelqu'un qui agonise dans un supplice moral surhumain et qui serait innocent! Ce doute, à lui seul, est une chose effrayante.
44. — L'Eclair, portant la date du 15, publie un nouvel article intitulé : Le Traître; la culpabilité de Dreyfus démontrée par le dossier. Cet exposé de l'affaire Dreyfus, où la vérité est fréquemment altérée, contient notamment un résumé, inexact d’ailleurs, du « bordereau » et les phrases suivantes :
Vers le 20 septembre, le colonel Sandherr, chef de la section de Statistique, communiquait au général Mercier cette lettre (la pièce dite : Ce canaille de D...), qui avait été déchiffrée. Elle était relative au service d’espionnage à Paris, et contenait cette phrase : « Décidément, cet animal de DREYFUS devient trop exigeant ».
… Elle (cette pièce) fut communiquée aux juges seuls, dans la salle des délibérations. Preuve irréfutable, elle acheva de fixer le sentiment des membres du Conseil. {ls furent unanimes lorsqu'il s’agit de prononcer sur la culpabilité du traître et sur la peine qui devait lui être infligée.
Cuignet prétend que du Paty est l’auteur de cet article et de celui du 10 septembre. (Cass. : 7, 542.) Du Paty affirme y être étranger. (Css. : 1, 443.)
( Voir encore Css. : dép. Roget, 1, 119; dép. Picquart, 1, 127, 13%, 166-167 ; 11, 209; enquête Bertulus, II, 26%. Inst. FaBre, dép. Gribelin, 20, 21. Voir en outre au 30 octobre 1896, au 26 avril et au 29 mai 1899).
Picquart demande en vain qu’on fasse des perquisitions dans les bureaux de l’Eclair pour retrouver l’auteur de l’article. (Cass. : dép. Picquart, 1, 166; conseil d'enquête, dossier disciplinaire Picquart, 11, 165.)