‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 26 sur 244 · Rentrée de Gonse à Paris · texte numérisé non relu

Rentrée de Gonse à Paris

Ce jour-là ou le lendemain — certaines dépositions disent le 16 — Gonse invite Picquart à formuler des propositions au sujet d’Esterhazy.

Voici le passage de la déposition de Picquart :

Je ne voudrais pas émettre des allégations à la légère, mais il me semble cependant que l’on m'a poussé quelquefois à commettre des imprudences et j’ai dû souvent m'arrêter au bord de l’abime.

… Je dis alors [au général Gonse] qu'il fallait faire venir très carrément Esterhazy et lui demander des explications au sujet du bordereau et du petit bleu; cette proposition fut repoussée.

Je proposai alors de le mettre aux arrêts, au Cherche-Midi, tous les faits que j'avais relevés à son égard, concernant sa vie privée et ses actes indélicats, étant plus que suffisants pour motiver une mesure de ce genre. Pendant son incarcération, on aurait conduit l’enquête avec une nouvelle vigueur. Cette proposition fut également repoussée.

Je me souviens que le général de Boisdeffre traita ces propositions avec mépris et me dit qu’un vrai chef de service des renseignements avait d’autres moyens. Je dis alors au général Gonse que l’on pouvait faire à Esterhazy ce qu'une puissance étrangère avait fait l’année précédente à l’un de nos agents, c’est-à-dire lui envoyer un télégramme où l'on aurait reproduit le langage convenu du petit bleu. J'ajoutai que je ne ferais jamais faire une chose de ce genre sans un ordre formel.

Le général Gonse me fit immédiatement écrire ce que je venais de lui dire et il le montra au général de Boisdeffre. On ne me donna aucun ordre, mais on m'’envoya avec ce papier au Ministre. Le Ministre se rallia verbalement à la proposition, mais quand je lui parlai de me donner un ordre et de m'’autoriser à arrêter Esterhazy si sa conni-

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— 60 — Septembre 1896.

vence avec une puissance étrangère était établie, il ne voulut pas et l'affaire en resta là ; le général Gonse a repris ce papier.

(Cass. : dép. Picquart,'T, 168-169; cf. Cass.: dep. Gonse, 1, 218; dép. Roget, 1,,419:)

C'est dans cette même conversation que Gonse aurait dit à Picquart en parlant de l'affaire Esterhazy et de sa connexité avec l’affaire Dreyfus :

Qu'est-ce que cela vous fait que ce juif soit à l’île du Diable? Comment voulez-vous revenir sur ce procès, ce serait une histoire épouvantable, le général Mercier, le général Saussier sont engagés là-dedans... Si vous ne dites rien, personne ne le saura.

Picquart aurait répliqué :

Mon général, ce que vous dites est abominable; je ne sais pas ce que je ferai, mais je n’emporterai pas ce secret dans la tombe.

Picquart ajoute qu’à partir de cette conversation, il sentit dans tous les actes de Gonse envers lui une hostilité déguisée. (Cass. : dép. Picquart, 1, 167-168. Lettre de Picquart au garde des Sceaux du 1% septembre 1898.)

Le général Gonse a démenti avec véhémence, par une lettre du 28 octobre 1898, adressée au président de la Chambre criminelle, les propos qui lui étaient attribués par Picquart. (Rapport Bard, p. 208.) Les termes de ce démenti ont, à leur iour, motivé une lettre de M. Gast, que Gonse laissa sans réponse.

16. — Comme suite aux entretiens de la veille, Picquart rédige la note suivante :

En raison de l’indiscrétion de /’Eclair, E... et son correspondant habituel doivent savoir actuellement qu’une des pièces envoyées par E... en 1894 est entre mes mains. Ils doivent donc se tenir sur leurs gardes et toute surveillance parait désormais illusoire. Mais, étant donné que d'iei à deux jours ils ne peuvent communiquer, on pourrait envoyer à E... un télégramme rédigé en se servant des termes de con‘ention employés par le correspondant habituel. Si E... donne suite à la demande contenue dans ce télégramme, son affaire est bien claire. Sinon la question ne sera pas beaucoup plus compliquée qu'elle ne l’est actuellement. Ce télégramme serait le suivant : « Affaire importante et urgente concernant maison R... Venez immédiatement à Paris. Vous ferai attendre à la gare ».

Signé : C...

Il serait nécessaire de ne pas tarder jusqu'au 18 pour envoyer ce télégramme.

Boisdeffre avait approuvé cette idée, Billot l’approuve également tout d'abord, Mais comme Picquart à la fin de l’entretien, lui fait observer que, si Esterhazy se rend à Paris, il faut l'arrêter, le ministre s’écrie: « Jamais de la vie, je ne suis pas un sous-Mercier. »

48. — M"° Lucie Dreyfus adresse à la Chambre des députés une pétition pour demander la revision du procès de son mari.

Cette pétition fut rejetée sans discussion, par la Commission, au mois de novembre suivant.

21.— Note du surveillant chef de l’île du Diable au gouverneur de la Guyane :

A la fin de l’année 189,6, le régime auquel était soumis Dreyfus devient plus rigoureux encore. On entoure la case d’une palissade, de laquelle il est interdit au condamné de sortir, et, en même temps, sa correspondance est soumise à une surveillance minutieuse. Il en est de même de celle qui lui est adressée; la transmission en est opérée en copie; les lettres suspectes sont retenues et les passages à double entente sont supprimés.

(RapPorT OFFICIEL. Matin du 7 août 1899.)

24. — Lettre du député Jules Roche au ministre de la Guerre pour lui recommander Esterhazy « un officier du plus rare mérite, un véritable homme de guerre ».

Par un concours de circonstances, écrit Jules Roche, il ne peut espérer l'avenir qu'il mérite que si vous le prenez au Ministère, dans les bureaux.

C’est un acte de justice éclairée que je vous prie d’accomplir personnellement en

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faveur d’un soldat comme il n’y en a pas beaucoup. Je voudrais seulement que vous le vissiez pendant dix minutes!...

30. — Picquart convoque à son bureau le capitaine Le Rond. (Css. : Z. 621.) — Voir au début d'octobre.

Fin septembre. — Picquart informe Henry, de retour de permission, qu'il s'est fait remettre le dossier secret de 189%. (Css. : dép. Picquart, 1, 133.)

Septembre et premiers jours d'octobre. — Capiaux, concierge de l'hôtel du ministère de Ja Guerre, dit avoir vu M° Leblois venir plusieurs fois en septembre et dans les premiers jours d'octobre au bureau des renseignements. Il affirme de la façon la plus formelle avoir vu, dans le courant de septembre, Leblois et Picquart compulsant des papiers devant le coffre-fort ouvert. (Cass. : eng. Tavernier ; dép. Capiaux, 11, 512-313.)

Or il a été prouvé que Leblois n’était pas à Paris du 5 août au 7 novembre 1896. (Pr. ZoLa : Confrontation Gribelin et Leblois. 1, 161-162; INSTR. FABRE, 26-27, 161-165, 174-177, 183-186 ; RENNES, 11, 244.)

Automne. — Esterhazy déclare à Maurice Weil qu'il est dans une situation difficile et que «les juifs étant cause de sa perte, c’est à eux de le sauver ». Grâce à des démarches de Weil, Esterhazy aurait obtenu 10.000 francs. (Cass. : dép. Weil, I, 307.)

— 62 —- Octobre 1896.

Début. — Picquart interroge le capitaine Le Rond sur l'attitude d’Esterhazy aux écoles à feu en 1894 et 1895. (Cass. : dép. Le Rond, 1, 617-618.)

Epoque à laquelle Henry a déclaré avoir vu M Leblois assis près de Picquart et à sa (able, devant le dossier secret ouvert, la pièce « Ce canaille de D... » étant sortie du dossier. (PR. EsTERHAZY : dép. Henry au Conseil de querre des 10 ei 11 janvier 1898. Cass. : Conseil d'enquête Picquart; démenti de Leblois, IT, 155-156. Pr. Zoua : dép. Henry, 1, 558-559; démentis de Picquart et de Leblois, 1, 360-36%. Cass.: dép. Picquart, 1, 206, 209.) Gribelin, devant le conseil d'enquête Picquart, dit avoir vu — à l'automne — Leblois assis à la table de Picquart. (Cass. : 11, 457.) Gonse apprécie que ce doit être le 10 novembre. Picquart nie absolument. (Cass. : 1, 178.) Il faut remarquer que Leblois était absent de Paris en octobre. (PR. ZoLA, dép. Leblois, 1, 160-162; Cass. : II, 156.)

Au conseil d'enquête Picquart, Henry dit que le dossier secret a été repris à Picquart par Gonse, le /endemain du jour où Henry l’a vu devant Leblois. (Cass. : 11, 156.) Gonse dit : vers le 12 ou le 13 novembre. (Pr. Zora, 7,377.)

— Le lieutenant-colonel de Foucault, intermédiaire entre Richard Cuers et le bureau des renseignements, se plaint à Picquart qu’à l’entrevue de Bâle, l’un des officiers (Henry) ait « bousculé » en paroles l’agent allemand, et l’ait empêché de parler. (Cass. : dép. Picquart, LI, 151.)

8. — Rapport mensuel du gouverneur de la Guyane. Il transmet au ministre la lettre de protestation de Dreyfus contre sa mise aux fers. (Voir plus haut : 4 septembre 1896.)

Le gouverneur dit :

La topographie des lieux et les ditficultés d’accès de l’île du Diable constituent par elles-mêmes les meilleures des garanties, en interdisant de façon absolue toute tentative d'approche, par ruse ou par force, du lieu d’internement du déporté.

(Rapport OFFICIEL, voir Matin, 7 août 1899.)

Milieu du mois. — Boisdeffre reproche à Picquart d’avoir « agi avec peu de pondération dans l'affaire Esterhazy-Dreyfus » : ;

Il me reparla de la lettre Weyler, dit Picquart. Je Jui dis qu’à mes yeux c'était un faux, et il me répondit : « Oui, mais si ce n’est pas un faux, quelle preuve de la culpabilité de Dreyfus! » Je répondis que cette culpabilité ne pouvait absolument pas être démontrée et j'attirai son attention sur la déclaration officielle de janvier 1895 d’un Gouvernement étranger qu’il n’avait eu jamais aucune relation avec Dreyfus.

Le général m’objecta que l’agent qui avait été en relations avec Dreyfus pouvait avoir trompé son Gouvernement, et ceci me frappa beaucoup, puisque, peu de temps après, cette objection se trouvait reproduite dans le faux Henry. J'en déduisis que le général avait dû en parler devant Henry, qui en aura fait son profit.

(Cass. : dép. Picquart, I, 171.)

26-27. — Signature d’un ordre envoyant Picquart en mission dans l'Est. Une lettre du 27 avise le général commandant le 6° corps de cette mission. (Cass. : lettre de Gonse, IT, 353; dép. Roget, I, 119.)

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