Lettre de Gonse à Picquart
Mon cher Picquart,
J'ai reçu votre lettre du 11 février et je m'empresse de vous dire que, à l'heure actuelle, toutes les questions relatives à vos indemnités doivent être complètement terminées. La notification officielle doit être faite, si je m’en rapporte à ce que m'a dit la 5e direction, que je fais pressentir encore pour être bien assuré que tout a été bien fait.
C’est par suite d’une erreur que je vous ai parlé du rapport sur le 14 corps: ce rapport est, en effet, arrivé. Je l’ai encore dans mon coffre ; vous pouvez donc étre tranquille.
Faites-moi savoir, aussi exactement que possible, vos mouvements, afin que je sache où vous écrire, et que nous puissions vous envoyer, en temps utile, les instructions nécessaires à votre mission, et cela quand vous serez assis à vôtre régiment.
Je vous serre la main, mon cher Picquart, bien cordialement.
Voire tout dévoué,
A. GONSE
WATTS Mars 1897.
10, — Lettre de Gonse à Picquart :
Mon cher Picquart,
Je vous remercie de ce que vous voulez bien m'écrire et je suis très sensible à vos compliments de condoléance. J’ai passé comme vous par de terribles épreuves et c’est seulement aujourd'hui que je puis songer à reprendre mes occupations d’une façon sérieuse et continue !
Je commence par vous, pour répondre aux nombreuses lettres que j'ai reçues.
Puisque l’occasion s'offre aujourd’hui, j'en profite pour vous dire que les instructions pour votre mission en Tunisie sont actuellement prêtes ; elles partiront, j'espère, dans quelques jours; mais vous aurez toute latitude pour commencer vos opérations quand vous le jugerez à propos, c’est-à-dire après votre voyage à Marseille.
Je vous prie d’agréer, mon cher Picquart, la nouvelle assurance de mes sentiments . affectueux.
Votre bien dévoué, :
A. GONSE
Sans date précise. — Picquart, en permission régulière, vient à Paris pour huit jours. Il essaie de voir le général Millet : celui-ci ne le reçoit pas.
Avant de rentrer en Tunisie, dit-il, je confiai, pour la première fois, à un vieil ami, lieutenant-colonel comme moi et qui m'était absolument dévoué, que j'avais les plus grandes craintes à mon sujet, qu'on avait dû se tromper en 1894 dans le procès Dreyfus et qu'à mon avis le vrai coupable était un nommé Esterhazy.… Je lui dis également que, s’il m'arrivait malheur, il fallait chercher du côté de du Paty et peut-être de Henry.
(Cass. : dép. Picquart, 1, 194.) 23. — Dernière lettre de Gonse à Picquart :
Mon cher Picquart;
Voici plusieurs jours que je voulais répondre à votre lettre du 12 mars; mais j’attendais, pour le faire utilement, d’avoir un renseignement positif à vous donner. Les instructions concernant votre mission à poursuivre en Tunisie viennent d’être signées ; elles sont envoyées au général commandant la division d’occupation.
Je pense donc que vous pourrez commencer vos opérations à votre retour de Marseille.
Du reste, toute latitude est laissée au général Leclerc pour l'époque des opérations et leur durée.
Je profite de la circonstance pour vous dire que si les mouvements que vous allez faire vous entraînent dans des frais nouveaux et imprévus, vous ne devez pas hésiter à me le faire savoir. Il est nécessaire que vous soyez indemnisé dans des conditions satisfaisantes.
Je vous serre la main, mon cher Picquart, bien cordialement.
Votre tout dévoué, A. (GONSE.
Printemps. — Esterhazy sollicite du préfet Grenier une recommandation auprès de Billot; Grenier se rend chez le ministre qui l’accueille mal; il prie Henry d’user de son influence pour faire obtenir satisfaction à Esterhazy et Henry
0 — Mars 1897.
répond : « Je l’aide de tout mon pouvoir, et cela très affectueusement ». (Cass. : dép. Grenier, 1, 714.)
— Scheurer-Kestner, vice-président du Sénat, commence à avoir des doutes sur la culpabilité de Dreyfus, ayant entendu un oflicier d’Etat-Major affirmer, comme preuve de cette culpabilité, que le condamné avait acheté à Paris une maison 120.000 francs, et s'étant convaincu, par une enquête, de la fausseté de cette allégation. (Cass. : dép. Monod, 1, 461.)
I — Avril 1897.
2. — Picquart rédige un exposé de l'affaire Dreyfus-Esterhazy, destiné à être, en cas de décès, remis au président de la République seul. (Cf. Insrr. FABRE, 5.)
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— 18 — Mai 1897.
18. — Picquart, fatigué de recevoir en Tunisie des lettres d'agents du service des renseignements, adresse à Henry la note suivante :
Personnelle.
Commandant Henry,
Que l’on dise donc une bonne fois aux gens que j'ai été relevé de mes fonctions, ou que je n'occupe plus mes fonctions. Je n’ai aucune raison d'en rougir ; ce qui me fait rougir, ce sont les mensonges et les mystères auxquels ma situation vraie donne lieu depuis six mois.